La côte orientale et, enfin
\ô. La région du haut plateau au sud-est de l'Afrique.
Parmi ces régions, celle des bords de la Méditerranée a été reconnue pour appartenir, autant par le cliinnt que {)nr la politique, plutôt à l'Euiope qu'à TA fri(jue, dont elle est sé|)arée par le désert du Sahara. La basse f^gypte rentre beaucoup dans la même catégoiie, le désert «le îNubie agissant pour elle comme le désert du Sahara, bien que dans des proportions plus laihh'S. Les conditions climatéri(jues relèguent, par conséfjuent, cette région en dehors de l'Afrique continentale.
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IVaiilro part, le Soudan (.'j^yjjlicii csl ouvcit au uon\ ilii ciitc de la iiior llnii^c, ot au sud par la j»roviiut' éijualoriale pL'idue (jui, à son loui-, pourrait être accessible par la côte de losl. Mais celte région nous est actucllonicnl IVrnicc par un cinieini aussi mortel, sinon aussi invincible (pie le clinial, je veux parler des malidisles et des patriotes arabes.
Le nord-ouest de TAfi'icpie semble ètie assez babilable; mais nous connaissons la côte de la Guinée su|)érieure comme la région la [)lus insalubie du continent. Du littoral de la mer Uouge, le moins à en diie est le mieux; nous savons ce que les troupes anglaises ont souffert à Souakim. I^'Abyssinie, au contraire, est pour la plus grande partie de son territoire un v(''ritable sanitaiium ; elle offre de plus l'avantage d'une des meilleures routes allant de la mer Rouge à l'intéi'ieur en passant par Kassala.
Les effets du climat se font sentir sur presque tout le continent central de l'écjuateur. Dans la plus grande partie de cette région, nous voyons comment le climat est actuellement un adversaire des entreprises européennes, et comment dans le passé il a été le plus sûr rempart de l'indépendance des indigènes. Protégés au nord par le désert, n'ayant que deux grandes routes assez ()raticables du côté de l'est, si ces deux routes n'avaient pas été négligées et rendues inaccessibles aux troupes anglaises, elles seraient devenues pour les malidisles et leurs adhérents de formidables adversaires. Par la perle de Khartoum et de la province d'Lmin, I Angleterre a perdu les deux seuls et les meilleurs points d'où sa domination politique pouvait
s'exercer. Quant à raccès par l'ouest au sud de l'équateur, la récente expédition de Stanley démontre des difiicultés presque surhumaines qu'il y auiail à vaincre pour s'ouvrir une route du Congo aux lacs, et il serait impossible de conserver cette route, tout au moins ne serait-ce possible que dansun aveniréloigné.
Nous avons donc dans le haut Nil une région qui, au point de vue dhnalér'icjue, est une enclave dans laquelle il est extrêmement difficile de pénétrer d'aucun coté. Elle nous est fermée actuellement et, pour y pénétrer de nouveau, il faudra mettre en œuvre toutes les ressources de la civilisation. Il faut déplorer la chute d'Ëmin-Pacha qui, pendant plus de dix ans, a si noblement défendu notre forteresse avancée dans l'Afrique musulmane. L'Abyssinie est peut-être destinée à devenir un jour un auxiliaire important pour nous, mais aujourd'hui, malgré les tentatives de suprématie politique, nous sommes bien loin de tirer aucun parti de ce royaume pseudo-chrétien. Compter sur l'Ouganda est jusqu'à présent un peu prématuré.
Les grands États mahomélans du Soudan que nous avons encore abandonnés ne sont guère accessibles <jue par l'insalubre cote de Guinée. Mais une fois que l'on a atteint le plateau, le climat des régions plus hautes est assez favorable aux Européens. Derrière la côte, dans les régions qui se relèvent jusqu'à une certaine altitude, on peut trouver également des districts salubres. Les monts Cameroun, par exemple, sont par eux-mêmes un sanitarium, et les Européens peuvent encore jouir de l'excellent climat des Canaries sans ^|ue cela les oblige à un tiop long voyage en mer.
Au sud de lÏMjualcur, dans li'S ivi^ions de i'Alritjue stricteiiuM»l tropicale, nous avons trois classes distinctes (le climats : les côtes, les montagnes «i les Eones intermédiaires. Nous avons parlé de la ceinture îôtièie et des vallées de rivières comme des reliions les plus insaluhres; les Kuiopi-eiis peuvent cependant y lliabilei", pourvu (pi'ils ne uéi;ligent pas certaines meîures protectrices, telles (ju'un grand soin de la santé, le dessèchement des marais, etc., etc. Il est à remarquer que tous les élaldissements européens, le lonu; de Lia côte d'Afrique, sont suitout situés dans les îles près le la cote ou sur les terres péninsulaires; il est cerlin que cette mesure de précaution a été adoptée plutôt pour des considérations hygiéniques que pour [se garder contre les attaques.
Les régions d'élévation modérée qui se trouvent [entre les côtes et le plateau intérieur contiennent 'naturellement des districts où les Européens peuvent s'établir. xMais c'est surtout dans les contrées montagneuses, le long du grand axe continental, que nous chercherons les districts les plus salubres du sud équatorial de l'Afrique. C'est là que les conditions climatériques comme les raisons politiques nous donnent les meilleures chances de diriger personnellement et elVectivement les destinées de l'Afrique. Les superbes routes lluviales et le climat relativement salubre, sont pour nous de précieux auxiliaires en compensation de ceux qui nous manijuent au sud de l'éijuateur.
Il sendjle que l'Afrique ait été ainsi partagée par la °^fr"cuve° nature : au nord, elle est au pouvoir de l'insaisissable
et immuable islam; au sud, c'est le Bantou, que l'Europe chrétienne a pris sous son «'gide. C'est là (jue sont nos espérances et nos responsabilités. Le développement de l'Afrique est en définitive un combat entre la croix et le croissant, non seulement au profit de chaque cause respective, mais aussi au profit de l'Afrique païenne. Que la lutte soit entreprise dans un but commercial ou politique, l'issue doit être vraisemblablement la même.
Nous avons démontré que pour exercer efficacement un rôle politique, les Européens devaient ai)Solument avoir une base sur la côte. 11 send)le que notre empire sud-africain, s'étendant du Cap aux rives du Zambèze, et embrassant les plus beaux climats et les plus riches contrées de l'Afrique, nous place dans une situation exceptionnellement avantageuse pour exercer noire influence sur les contrées situées au nord et même les dominer au besoin. Il est presque superflu de faire ressortir cette conclusion évidente que, de la puissance et de la cohésion de nos forces dans le sud de l'Afrique, doit dépendre non seulement le bien-être <le la colonie, mais aussi le succès de notre mission en Afrique et l'avenir des populations indigènes. Les intérêts des Européens et ceux des indigènes sont, après tout, inséparables et identiques. Les indigènes doivent être nos alliés ou nos ennemis : les employer seulement comme des instruments serait un crime.
Trzs,\^:JK:iZ^
ClIAmUK IV.
Populations indigrènes.
I Hcrt'latinn t'iilrt' li> pli*'-iioiiu>iH-s phvsiqucs et les phéiioniènes pnliliques. — DistrilxitioM de l;i population iiuli^èm-. — Langajift'S l't «lialecles. — i*o]>iila(ioii «le rAfriqiu'. — population : Divisions torritorialos. - - (ilassifu-ation «los rares. — Oaprices des distributions <'thnoi;rnpiii(|ut>s. — Conditions clinialériques. — Occupations des indigt'nes. — Arclu'olofrii'. — Itaces distinctes. — Groupes linguisti<iues : IMstribution. — I>angay;es étrang^ers. — Hamites el Sémites. — Kléments «>thnii|u<-s divers. — Arabes. — Systèmes nègres. — Familie liantou. — Ilottentots. — .Malais-Polynésiens. — Hottentots et Bojesmans comparés. — Rojesmans. — Hottcntots.
— Dispersion des tribus boltentotes. — Dégénérescence des tribus primitives. — Tribus des Pygniées. — Nègres. — Caraclérislique des nègres. — Développement de la race nègre. — Caractère nègre.
— Moral du nègre. — Travail du nègre. — Vie domestique du nègre. — Formes de gouvernement. — Vie courte des nègres. — Hontes de guerre. — Mode d'existence des nègres. — Habitations des nègres. — Costumes «les nègres. — Habitudes des nègres. — I'rati«|u<'s des nègres. — Idées religieuses des nègres. — Superstitions des nègres. — Fétichisme. — Trafic et commerce. — Tralic des cara>anes. — Représentants indigènes des peuples. — Peuples cafres. — Les Zoulous. — Les He-Cbouana. — Les Ova-Herero — Les Ova-Mbo. — Variétés ethnologiques. — Tribus du Zambè/e. — Tribus du Nyassa. — Tribus de la côte orientale. — Dualisme ethnulogi(|ue. — Les Ma-Tebelé. — Tribus des Galla, des Somal et des Massai. — « Kntre le diable el le profond océan. » — Tribus éthiopiennes. — Oii-Canda et On-.N\oro. — Ou-Ganda. — Tribus entre l'Abyssinie et le Congo. — .Nègres du Nil supérieur. — Peuples de couleur claire. — Tribus de l'.Vfrique centrale. — Pratiques et coutumes. — Les Fia-Lounda. — Tribus de l'ouest africain. —
Tralit; cl cuimiu-rcc tlo la cùto do l'ouesl. — Ksflava};o el trailc di-s (ïSfhncs. — UovauiiM's iirgres. — Occupations tics iiidigcncs de la côte de l'ouest. — liCS Ouolofs et les Maiidin|;ucs. — Nèj;res païens ties districts du Mfjcr-Hcnué. — Islamisme dans l'ouest central du Soudan. — Les Foula. — Les llatuissa. — L'islam dans le Soudan occidental. — Culture des indij^ènes. — Iniluenees Iroultlantcs — Civilisation des indigènes. — hominalion eui'cipc'enne. — Hes|ionsaliililt's européennes.
Langages. Daiis Ics cliapltres précédents, nous nous sommes eiïorcé d'expliquer les phénomènes physiques de l'Afrique par rapport aux lois qui les gouvernent, el d'en déduire les enseignements pratiques destinés à nous faciliter « l'accès » du continent. Nous verrons dans quelles proportions les causes physiques ont pu agir sur les événements politiques. C'est seulement en comprenant cette corrélation entre les phénomènes physiques et politiques que nous pouvons espérer établir les bases d'une politique en Afrique : la violation des lois naturelles déchaîne inévitablement la guerre.
Nous avons maintenant à nous occuper de la distribution des populations indigènes. Notre connaissanct; des innoinlnabies liibiis habitant rAfri({ue et de leurs différents langages, pour l'étude desquels le meilleur classement est encore à trouver, est, à vrai dire, à peu près aussi rudimenlaire que celle de la structure géologique du continent. Nous connaissons beaucoup de tribus côtières et celles qui sont en contact avec elles, mais (jiiant au reste, qui est le plus grand nombre, nous n'avons (pie des spécimens isolés pour nous guider dans notre étude. Une classification générale et élémentaiie peut cependant être établie.
Le D' Ciisl, écrivant (') «m» 1<SS7, lions a|»(»i('ii(l qu'il y a 458 langages et 155 dialectes parlés en AlViriiii'. l'.ii ilisanl(ju'il y a (iOO langages et dialectes, nous ne serons donc pas loin de la vérité. Mais à cause inèine de cette riclicsse de bagage liiigiiisli(pie, la dilïiciilli' <le classer les tribus d'après les caiiu tcrcs roiidamoiilaux du langage est énorme dans l'étal actuel de nos connaissances. Le professeur kean (*) nous cite comme exemple la race nègre pure, cette grande et très importante division de la lamille africaine, (]ui présente une unité etlinologi(jue ap()arenle avec une diversité très évidente dans les langages. De plus, beaucoup de tribus ont été transportées de groupe en groupe, suivant riiabileté ou l'initiative de celui (pii faisait ces groupements; de fré(juentes migrations se sont produites, de telle sorte que les tribus, prenant pour nom dislinctif celui de leurs chefs, ont subi des changements à vue sur la carte. Par conséquent, si l'on fait du langage la base d'une classification, notre étude peut être modifiée et développée de diverses manières, suivant le besoin des circonstances.
La population totale de l'Afrique, qui a été diverse- popuiat.un. ment estimée, est généralement regardée comme dépassant deux cents millions. Cependant, en 1890, M. E.-G. Ravenstein lit des calculs très soigneux, indépendants de tous les autres, et qu'il a mis très obligeamment à ma disposition. Le résultat en est sursurprenant. M. Uavciislein estime la population de
i') Laïujnmjes uf A/'rica. Liiigitislic (iiitl (/riciilal Essai/. Triihiicr anil C".,
(-) Apprnilicr lo Slan/hnls A/'iira Kfilh .Inlmston', p. ."i^.".
l'Afrique à 127,058,570 habitants seulement, distribués comme suit :