SUPERFICIE
Milles carrés anglais. POPUL.\TION.
.Maroc et Touat 514,027 6,076,000
Al-ôrie 257,600 3,870,000
Tunis 41,800 1,500,000
Tripolitaine 100,000 1,010,000
Sahara 2,586,000 1,100,000
Égypic proprement dite 456,000 6,970,000
— anciennes dépendances . . 685,000 7,162,000
Abyssinie 128,000 5,000,000
Pays des Somal et des Galla . . . 752,100 5,190,000
Soudan central 662,200 51,880,000
Soudan occidental et Guinée supé-
ri.Mire 770,000 14,266,000
Afritpu- é(|uatoriale et méridionale. 4,458,700 41,818,170
Iles 239,880 4,896,200
M. Ravenstein calcule ensuite les superficies de l'Al'rique ainsi que les habitants qui les peuplent, et les établit de la manière suivante :
suPERFicn:.
sous i..\ ixiMiNATioN TUitgi'E. .Milles cacri-s anglais. POPULATION.
Egypte 456,000 6,970,000
Tripolitaine 400,000 1,010,000
(') Densité de la |)Opul:ilioii : M lialiilanls par iiiille carré ; \aleur de rauf^Mienlalion par* diradi- : 10 p. c. Pour plus ample relevé-, voir VAppcudicc.
Possessions europicnncs, etc.
SUPERI'ICIE. MillPH carrés aiiBliiis. rOPl'L.VTION.
AiiKi''»eiro . . . 2,.Mi,yr)«; .lii/iS!),:;!»»»
Fraiici- .... :2,7S.-..!tl8 il.MtT.OOO
.Mh'iiuiKnf . . . S.Vi.T'iO 5,103,000
llalir ."i:i,070 5,369,000
l'..rln-al . . . 00!», 820 5,513,0(10
Kspa-ii.-. . . . -liUjm 111,000
IW-lKi'lue . . . S-i7.l)00 13.000,01)0
LiluTia 37.000 1,0.30,000
États (1rs Hoors .... I73,.3.30 7 i 1,000
Ktats intk-p.Muiants . . . 2,I20,.323 2l,.393,.370
Grands lacs 80,330 —
Total },"''>''''-!'l- • • 11.311.307 127,038,570
Les races indigènes de l'Aliique peuvent être clas- Races, sées de différciite.s niaiiièrGS. Nous en citerons deux exemples : 1° D'après la nature des cheveux : les Sémites, les Hamites et les l-oula ont les cheveux bouclés; les Nègres et les Bantou ont les cheveux crépus et laineux; endn, les Ilotlentots les ont égalemont laineux, mais plantés par toulTes; 2* d'après la couleur de la peau : les races ainsi classées comprennent toutes les variétés, depuis le jaune jusqu'au brun et au noir, ou du moins ce qui semble noir, car brun foncé serait une définition plus exacte. Les races de couleur claire se trouvent naturellement, d'après les conditions climatériques, dans le Nord et dans l'extrrine Sud-Ouest, tandis (|ue les racesde couleur foncée
— iOA —
occupent les régions inlertropicales. La première catégorie comprend le littoral de la Méditerranée, la basse Egypte et la plus grande partie du Sahara septentrional, puis le pays des Hottentots et des Bojesmans dans le Sud-Ouest, tandis que la seconde catégorie, end)rassant tout le reste du continent, se subdivise entre le Soudan et l'Afrique-Hantou. On ne doit cependant pas considérer comme absolue cette distribution des races suivant la couleur, attendu que l'on rencontre des races claires dans d'autres régions que celles que nous leur avons assignées d'une manière générale. Les Monbouttou, par exemple, qui se trouvent au sud des cannibales du Niam-Niam, ont la peau très claire, et quelques-uns même sont blonds de cheveux; ils ont aussi de la barbe et le ne/ aquilin. Le D' Schweinfurth estime que parmi les cannibales Monbouttou, il y en a un vingtième dont les cheveux sont blonds. On attribue cette particularité à leur régime Carnivore. L'hypothèse de M. Antoine d'Abbadie, hypothèse confirmée par les observations de beaucoup d'autres voyageurs, tendrait à prouver que les tribus qui se nourrissent de viande ont le teint plus clair, même dans les régions chaudes, que celles qui se nourrissent de végétaux, même lorsque ces dernières habil<'nt les hauts plateaux, oîi elles jouissent d'un climat infiniment [)lus frais. Cependant, ainsi (pie nous l'avons constaté pour la température, la pi'oximité de l'équaleur est compensée dans une certaine mesure par l'altitude en ce qui concerne la couleur de la peau. Un fait curieux, qui a été diversement comment(' j)ai' les explorateurs, c'est que les tribus can-
iiil>al«'S sont mieux doiu-cs, an poinl «le viir intollrrtucl (»l |)liysi(|U(', (jiK' leurs voisins de inœui's plus douces. Celle lois encore, il ne s'agit pas des Iribus caïuivores vivant dans les hautes régions de plateaux.
Si le eliinal a«j;it dans une certaine mesure sur la KumoBraiihio. couleur des races et la nature de leurs cheveux, ces mêmes phénomènes climatériques exercent hnir influence sur la manière de vivre des populations, sur leurs aplitudes et sui* leur r(*[)artition dans les dillérentes régions du continent. On reinaniuera qu'elles se gi-oupenl de préférence dans les régions où les pluies sont abondantes, et par conséquent la végétation plus riche. Il est bien évident que nous ne pouvons pas prétendre trouver une population dense dans le Sahara; mais dès que nous entrons dans la contrée lerlile du Soudan, nous trouvons, dans les bassins du Tcliad el du Niger, et en général dans toute la Nigi'itie, la |>opulalion la plus dense de toute l'Alrique. Dans le bassin du Congo, dans certaines parties du district des lacs et le long de la vallée du Nil inférieur, nous trouvons également une grande densité de population. Dans toutes ces régions, la nature a largement pourvu aux moyens d'existence.
Tout ce que nous avons dit de la végétation du continent devra servir de clé à notre étude sur les occupations des indigènes. C'est ainsi (|ue les bergers, les pasteurs et les agriculteurs occupent toutes les régions favorables du nord et du sud-ouest de l'Afrique; les gr'ands agriculteurs se répartissent dans les riches contrées équatoriales et les bergers se tiennent dans les régions immédiatement au nord.
comprenant le Soudan et toute la pointe orientale de l'Afrique; tandis que les tribus simplement agricoles, ainsi (jue les conducteurs de troupeaux, occupent les plateaux du sud central, l'Abyssinie, les territoires du haut iNil et du Maroc. Les Bojesmans et quelques autres tribus de nains se trouvent plutôt dans les districts stériles et isolés, principalement au sud de l'équateur, où ils trouvent un refuge contre leurs belliqueux voisins.
En Egypte et le long des rives de la Méditerranée, on trouve des débris archéologiques remontant aux temps préhistoriques. Du reste de l'Afrique, presque sans exception, on peut dire que les races s'y sont succédé sans que la postérité y ait rien gagné, selon toute apparence : pas un monument, pas le moindre vestige de culture et de civilisation n'ont survécu aux générations passées. Les Bojesmans, cependant, artistes dans leur genre, ont laissé de grossières décorations murales représentant des scènes de chasses et de batailles, rappelant assez les premiers essais d'enfants précoces. Cette absence complète de monuments, c'est-à-dire d'un langage écrit dans la plus grande partie de l'Afrique, rend très ditlicile, sinon même impossible quant h présent, toute investigation méthodique dans les affinités ethniques des peuples.
On compte en Afrique six races distinctes : les nègres proprement dits, les Foula, les Bantou, les Hottentots, les Sémites et les Ilamites. Ces deux dernières races se trouvent presque exclusivement conûnées au nord et au nord-est; les nègres pro-
prcnient dits et les Foula occupent la vaste zone centrale entre rAlIanlKiue et la réjçion du haut Nil, et les Bantou se répandent sur tout le sud du continent, à rexcej)tion de l'enclave stérile du sud-ouest, où les llottenlots aniélioicnl de leur mieux un i)récaire gagne- pain. Nous n'aurons plus allai re maintenant aux résidents européens, ni aux excursionnistes et incursionnistes.
De ces considérations gi'nérales, nous passerons aux consiih'rations particulières. Nous pouvons hardiment adopter la classification du D'" F. Muller {'), qui reconnaît les sept groupes linguistiques suivants :
i'' La famile sémite, le long de la côte septentrionale et en Abyssinie;
"2' La famille hamite, principalement dans le Sahara, l'Kgypte, les pays des Galla et des Somal, le Maroc et l'Algérie ;
3° Le groupe foula et nubien, dans le Soudan occidental, central et oriental ;
\° Le genre nègre, dans le Soudan occidental et central, la Guinée supérieure et la région du haut Nil;
5° La famille bantou, partout au sud depuis le 4" de latitude nord environ, excepté sur le territoire des Ilottentots;
6'' Le groupe hottentot, dans l'extrême pointe sudouest, depuis le tropique du capricorne jusqu'au Cap;
7° La famille malayo-polynésienne, à Madagascar.
Sui- le littoral et dans les petites îles africaines,
f') Allgcviciuc Ethnographie, l'rom Appcndi.r to Stanford s A fric a, p. '.\'l.
les laiiiîuos européennes ou étrangères prédominent, tandis (juo les autres lingœ francw sont ailleurs d'un usage courant, comme le souahéli sui* la côte orientale, ainsi que l'arabe et le haoussa dans le Soudan. "STJ.' '^o\\{ le nord de l'Afrique est occupé par les descendants des llaniile.-> et des Sémites. Les premiers appartiennent à la plus ancienne race que nous connaissions en AtVique. Les Ilamites (Égyptiens, Lybiens et Nubiens) occupaient, à une certaine époque, tout le nord de l'Afrique et une grande partie de la côte orientale au nord de l'équateur; les représentants actuels de la race conservent encore leur [)atrimoine sur de vastes territoires. Le type le plus pur est dans le Sahara central, et ce sont les tribus touareg qui en constituent le noyau. Les montagnes isolées du Til)esli semblent avoir été le berceau des Tibou, (jui occupent une double position ethnographique.
Entre le Nil et la mer Rouge, dans les pays des Gai la et des Somal, dans quelques parties du Sahara, dans le Maroc, l'Algérie et la Tunisie, les peuples de race haniite |)rédominent ou forment la base de la population. Dans plusieurs régions, les Sémites ont dépossédé les Ilamites. C'est en Abyssinie que semblent être leurs plus anciens leprésentants; mais les Arabes, qui forment aujourd'hui la majorité de ces populations, sont les descendants des envahisseurs mahométans du vn" siècle et sont très répandus dans le bassin du haut Nil, vers l'ouest, dans la diicclion du lac Tchad et dans le nord de l'Africpie.
Le fond des populations du Maroc, de l'Algérie; et de la Tunisie est conq)osé de Ilamites berbères. C'est
iiii |i(ii|»lt' (le |ia,sl('uis *|iii ni' ^(' iiiélaiii^r'iil p.is à la race (loiuiiiank', los Arahi'S (Maiiirsi, (|ui, dans I<'s Jurandes villes, leur sont supérieurs en noinhi»". La continuelle ininiitîi'alion des nègres venant <lii Sahara t't la présence dans les villes des juifs, race nié'piisée et maltraitée dans ces contrées, ajoutent encore à ces divers éléments ethniques contraires à l'assimilation. Les lierhères semblent être ceux <jui donnent le plus d'espérances; mais leur besoin d'unité rend dilïicile un plan (pielconcjue qui serait adopté en leur laveur. Les tribus sauvai^es du Sahara, constamment en hostilité entie elles, sont en dehors de toute aiiloi-ité.
l)ans le bassin du Nil, les races sont très mélangées, mais les inihiences sémites ou arabes sont prépondérantes. Les Bédouins de pur sang arabe mènent une vie nomade: tandis que los Fellah, demi-caste, constituent les populations arabes sédentaires. Au Maroc et en Algérie, ce sont les Maures qui com- |»osent cette même population arabe sédentaire, piincipalcmenl dans les villes, et les Arabes nomades ou Bédouins sont pour eux une terreur constante. Les tribus patriarcales des Somal et des Galla sont aussi nomades et guerrières, mais elles ne se sont pas fusionnées ensemble et sont également ennemies de toute influence étrangère.
Entre ces régions et les frontières incertaines de l'Afrique Bantou, s'étend le vrai domaine des nègres. Les groupes nubien et foula, généralement classés ensemble, ainsi que les grands et divers systèmes nègics. présentent un icmaïquable degré de déve
loppeiiiciiL 11 sera préférable de les considérer dans leur ensemble.
Les Foula on Fellala ou Filani, comme ils sont diversement désignés, bien qu'étant la race dominante dans beaucoup de régions de la INigritie, forment seulement un fragment des populations nègres sous leur autorité, parmi lesijuelles les Haoussa sont, à juste titre, les plus remarquables. Sokoto est la capitale des États foula. De simples pasteurs qu'ils étaient au commencement du xix^ siècle, ils sont giaduellement arrivés, par leur valeur guerrière, leur intelligence et leur prosélytisme, à être le peuple prépondérant entre Timbouctou et le Bornou.
Les peuples nègres sont trop nombreux et trop variés poui- admettre une classification. Ils s'étendent à Iraveis l'Afrique depuis les rives du golfe de Guinée jusqu'au ÎNil supérieur dans le voisinage duquel nous retrouvons quelques tribus purement nègres, comme les Bongo, les Bari, et les Cbiloûk.
En opposition complète avec la multitude de systèmes nègies, la famille Bantou présente une remarquable unité linguistique sur la moitié du continent. Parmi les innombialiles tribus Bantou ('), les peuples Lounda occupent les régions du centre et les Zoulous celles de l'est.
(') Kn lisant sur la carie les noms des peuples Ranlou, il est nécessaire (le se rn|)|ieler riiiiportaiice des diverses préfixes, (elles que : (iina-, ma-, m-, nhn, h(i-, bc-, wa-, a-vu-.
A travers tout l'est de l'Africjiie, ces ])réli\es s'eiiiploiciil pour des désignations spéciales : m- ou m/<- s'ap|dii|uent à rindi\idu de sa tribu, H- au pays et At uu langage du pays.
Dans la poiiilc sud-ouest, ainsi i\ue nous l'avons (lit, sont les llottonlots.
Dans rih" de Madai^ascar, «lui, au point de vue du langage, appartient au groupe inaIayo-[)(dynésien, les llovas sont la classe dominante dans les districts du plateau central, comme les Sakalaves le sont sur la côte de l'ouest.
La distribution géograplii(|ue des races indigènes ainsi étahlie sur les bases du langage, nous étudierons de plus près les diverses tribus.
Paiini les peuples de couleur claire du sud-ouest namoy de rAfVicjue, les deux gioupes dominants, les llottentols et les Bojesmans, sendjlent être les restes d'une race primitive qui s'étendait autrefois sur la plus grande partie du sud de l'Afrique. Les incursions des puissantes tribus cafres les cliassèrent des territoires plus fertiles de l'Est, et ils durent se réfugier dans les districts stériles (ju'ils occupent actuellement. Mais les instincts nomades et chasseurs de ces peuples créèrent encore des discordes et des <li visions parmi eux. Ils se ressemblent encore au physique, mais ils dilTèrent dans le langage. Les l>oj(^sinans sont restés davantage le peuple primitif, tandis que les Ilottentots se sont assimilés à leurs con(|uérants. Les Bojesmans n'ont jamais accepté l'esclavage; ils aiment la liberté et, pour la conserver, ils se sont de plus en plus renfermés dans la vie sauvage. Au contraire de leurs farouches voisins, les Ilottentots se sont libi'cment alliés aux colons européens; mais, de cette union mal assortie, est issue une demi-caste qui a hérité de tous les vices de ses
d'invétérés pasteurs; mais, chez eux, cette occupation peut être considérée comme une forme do la chasse; de même que tous les peuples primitifs et nomades, ils sont essentiellement chasseuis. Ils sont bons les uns pour les autres, hospitaliers à leur manière, et l'on peut dire d'eux qu'ils sont « ()assionnés pour la nmsique ».
Dans les autres parties de l'Afrique, surtout dans les districts éloignés de la zone de la foret équatoriale, nous retrouvons les restes épars d'un peuple primitif appartenant à des variétés de Pygmées. On les rencontre dans une suite de petits étal)lissements s'étendant juste en travers du continent, depuis le golfe de Guinée, où ils ont été remarqués d'abord par M. du Ciiaillu, jusqu'à l'Albert-Nyanza et dans la région du moyen Congo. Parmi ces tribus, les Akka atteignent seulement 4 pieds de haut ('). Si l'on s'en rapporte aux spécimens rencontrés par M. Stanley au cours de son voyage à travers la grande forêt du Congo, quelques-uns de ces nains seraient encore plus petits (50 à 50 pouces) (') et seraient également bien proportionnés. M. Stanley parle des Wambutti comme étant les plus beaux peuples priinitifs de l'Afrique.
Toutes ces tribus de Pygmées sont nomades et chasseresses, l'arc et la (lèche étant leurs armes pi'incipales, et ils adoptent plus ou moins le costume et les habitudes de leurs voisins. Mais c'est au milieu de beaucoup de difficultés qu'ils maintiennent leur indé-
(*) Environ de "G cenliiiiùlres ù 1 mètre.
— un —
pcnclaïue; ils sont ((iiidaimK'S à disparaître <l;ins un temps doniu'. L^xisle-l-il une (oimexion ellmi(|ue entre eux et les Hojesiiians? Ceci est un point à discuter. Ils sont cerlaiiiernent d'une race piiinitive, mais, comme le fait remaicpiei" le D' llal/el, ils ne sont pas inférieurs aux nègies au point de vue du développement intellectuel, et sont loin de se rapprocher des singes, comme on l'a si souvent prétendu.
Dans rinlérêl de l'élude générale, les autres races indigènes peuvent ètie rangées sous le terme gén«^ri(|ue de Nègres. Mais avant d'entrer dans les particulaiilés de détail, il est urgent de donner un aperçu général et de mettre en relief le caractère du nègre et son mode d'existence. Sans nous nrièler sur les points (|ui dilVérencient une liibu d'une autre, nous nous bornerons aux grandes généralisations.
L'idée populaire du nègre nous le représente sous ^u'^^gre. un jour bouffon, soit sur la scène^ soit sur une étiquette de tabac, avec une peau d'ébène, de grosses lèvi'es épaisses et un large nez aplati. Mais c'est là un type (pi'on ne rencontre nulle part en Afrique, excepté peut-être dans le delta du Niger, où l'on trouve fréquemment des indigènes dégénérés. On en déduit tout naturellement que les types subissent des modificali JUS «tuivant les régions, et, à cet égard, il y d autant de vari»'lés dans la couleur et les traits que dans les mœurs et les coutumes.
r.n ce qui concerne le caractère intellectuel du nègi-e, nous pouvons citer ici qnebjues [)arlicularités connues, mais il n'est guère possible de prétendre connaître le génie de la r;ice nègre. Ce n'est pas dans
— IIG —
l'èlre dégradé, dans le parasite dégénéré en Amérique ou européanisé sur la cote oecidentale d'Arricjue, (pie nous pouvons leconnailre le vérilahle développement de la race nègre. Sous ces réserves, nous ne pouvons donc reproduire que les idées populaires sur ce sujet. La vie semble avoir été si facile pour le nègre dans son pays natal, (jue c'est à peine si son caractère a subi une évolution depuis l'état sauvage. Mis en contact avec une civilisation plus haute, dans le Soudan, par exemple, il s'est développé suivant les lignes naturelles; mais greffé sur la civilisation étrangère de l'Europe, il a rétrogradé ou déployé les instincts d'imitation d'une nature faussée. Selon toutes les apparences extérieures, le nègre livré à lui-même s'est montré rebelle au progrès. Que la race, et bien plus encore l'individu, soit capable de ce développement que nous appelons progrès, cela a été surabondamment démontré. 11 est vrai que nous considérons comme |)rogrès chez le nègre la facilité d'adopter la civilisation que nous lui imposons. Il est si habile à l'imitation, il s'accommode si rapidement aux changements de circonstance, et par-dessus tout il est si rcsj>ectueux de l'autorité qu'il accepte facilement une civilisation hybride. Mais, comme le fait remarquer le D' lUyden ('), ce n'est pas là un vrai développement de race; le nègre doit suivre sa propre voie, dans son propre pays, si la race est pour mettre au jour et développer son génie personnel inhérent.
A l'état primitif, le nègre est un grand enfant. Sa
(') Christiaiilli/, Ishnii (util Ific Si'tpit Han-, par 1! -\\. I5l\<lfii.
— il7 —
nature siiperficiellr et iinpressioiuialdo est la source i\c heaiicouj) <!«• veiliis et de l'aiMrsscs. Il est vaniteux, iiuliilijeiit pour lui-même, instinetii et théâtral, mais il a uu « bon cteur ». Livingstone, dont l'expérience du caractère nègre est sans rivale, semble être airivé* à cette conclusion, qu'après tout, le nègre n'est ni meilleur ni pire (jue le reste des enfants des liommes. Et il tant reconnaître que, nous autres Européens, nous apparaissons à ces sauvages non corrompus comme le plus immoral et le plus pervers des peuples; leur jugement sur nous est, par le fait, entaché des préjugés analogues à ceux que nous avons sur eux. Chez eux comme chez nous, on trouve le même sini;ulier mélanine de bonnes et de mauvaises (pialités : c'est seulement une distinction d'espèce et une question de degré. Le nègre, en un mot, est un enfant indisci()liné de la nature; le besoin d'indépendance ou de « caractère », qui sont les produits de la civilisation, accentuent naturellement ses défauts. Il n'y a que ceux qui ont vécu avec lui qui ont pu apprécier ses nombreuses et excellentes qualités de cœur et d'esprit. M. Elisée Reclus, l'éminent géographe, reconnaît aux nègres d'Afrique un bon caractère; il dit qu'ils sont « les plus dociles et les plus dévoués des serviteurs » (') et que leur nature oll're beaucoup de particularités féminines. « Ils sont timides et curieux, coquets et jaloux, bavards, grands diseurs de secrets, prompts à l'amour et aux bouderies suivies de réconciliations. Ils ont aussi, roninu^ tant de femmes, le
(') Éi.is^:k Hec.i.ls, Noitrcllf (innirnpltic univrrscllc, I. \. p. iO.
grand défaut de se plaire à l'obéissance quand même et de se sacrifier pour ceux qui les oppriment et les méprisent (^). »
L'opinion populaire prétend que les tribus qui vivent à l'état primitif et n'ont pas été touchées par riiithience étrangère sont les plus morales. Les généralisations dans ce sens peuvent être séduisantes, mais dangereuses à accepter. Le mensonge et le vol sont choses toutes naturelles chez un peuple primitif, mais il faut reconnaître que ces défauts s'accentuent extiaordinairenient sur les (fords de la civilisation. Ce piiénomène s'est vérifié de la manière la plus frappante dans le sud de l'Afrique ; c'est, de notre contact avec les indigènes qu'est résultée leur perversion, parce qu'ils se sont approprié nos vices et aucune de nos vertus. Seules, les tribus cafres ont résisté à notre influence corruptrice. Il y a eu des cas où les indigènes ont fécondé la semence de l'éducation chrétienne, mais ces exemples sont relativement peu nombreux. 11 est à remarquer aussi que le crime et la ciuaulé sont surtout l'apanage des tribus qui jouissent d'une culluie sociale relativement élevée. Il serait toutefois imprudent d'admettre, si l'on s'en rappoile aux théories générales ci-dessus, que les tribus (jui ne portent pas de vêtements sont les j)lus morales : lelle serait cependant la conclusion logiijue. Le D' Uatzel dit, à ce propos, qu'il estime (jne la polygamie et ses suites funestes exerceraient une inihience décisive sous ce rapport. Les tribus qui ih; poilent pas de vète-
(') ÉiisÈE lUxuis, Nouvelle (fiographie unirrrsrilc, t. X, p. il.
iiienls sont essciiticlloiiicnl primitives, et coinine elles sont pauvres, elles ne peuvent achrlei" de rcrnnics. Bien que la polygamie à Ttitat irinslitulion soit universellement lépandue en AlVicpie, elle ne s'exerce réellement que dans les irihus les plus avancées (jui possèdent le capital (comme du bétail), pour permettre quehjues excès. La polyi^^unie a fait naîtic la tiaite des esclaves et une loule d'autres maux; nous pouvons donc en déduire tout de suite les désastreuses influences qu'elle peut avoir sur un peuple sauvage. La convoitise de la propriété d'autrui est la caractéristique dominante de l'homme, et la vie humaine vaut j>eu de chose en AlVi([ue.
La force vitale de la race nègre doit être irèsgrande, puisque, pendant des siècles, ils ont résisté à tous les Iléaux dévastateurs, tels que la traite des esclaves, les guerres incessantes entre les tribus, les pratiques barbares (sacrifices humains, ordalies, sorcellerie), et les maladies sans nombre'. Mais les nègres prennent la vie facilement, leur gaieté naturelle est inaltérable; alors même qu'ils sont menés en caravane comme du bétail, et malgré ce que leurs cœurs comme leurs corps peuvent soufTrii', les moindres incidents de la loute excitent leur bruyante hilarité. Comme agriculteur, le nègre est sans rival; il est à cet égard supérieur au coolie, plus faible <jue lui, ou au Chinois, cependant plus intelligent. Il est d'une dextérité remarquable dans l'exercice d'un métier nouveau. Sa précocité pour l'étude est très grande, mais ses facultés ne dépassent j>as certaines mesures moyennes. Il cultive la terre avec les instruments les plus sinq>les, la houe étant le
principal ot parfois le seul qu'il ait à sa disposition. Le nègre est doué d'une grande patience. Il est capable de travail, d'une certaine somme de travail à l'état d'homme libre, mais réduit à l'esclavage, il ne fournira pas plus que la tâche exigée par le maître. Il est bien important de se persuader que si le Chinois et le coolie peuvent lemplacer le nègre laboureur, ils ne seront jamais (jue des pis-aller; l'indigène est en définitive le meilleur agriculteur et le meilleur ouvrier.
La vie domestique des nègres est telle que nous devons l'attendre d'un peuple primitif. Les liens de parenté sont très forts. L'amour de la mère pour son enfant est une passion aussi violente chez la négresse que chez ses sœurs européennes, et leur influence dans la famille est beaucoup plus grande que celle du chef nominal, le père. L'homme accomplit les travaux qui sont les plus appropriés à sa force, tandis que la femme est employée aux occupations qui demandent surtout de l'adresse et de la patience. Le mariage, principalement dans les tribus (jui élèvent du bétail, est surtout un marché et se célèbre en grande pompe. Mais, si la polygamie est générale partout où existent les moyens d'achat, le divorce est rare, à cause même du caractère commercial du mariage. Gomme la plupart des peuples primitifs, les indigènes de rArri(iue sont très « musiciens », c'est-à-diie (ju'ils ont très développé le sens du rythme et du biuit, et s'y adonnent ad nauseam.
lueurs formes de gouvernement sont mi-patriarcales, mi-féodales. Un despotisme bienveillant semble être ce qu'ils piéfèrent; cependant, les grands chefs
Zoulou et Malëbelé ainsi (jue los poteiilals dr l'Oiii^aiula n'oîil pas été les despotes absolus (jiu' nous lions iina<j;iii()ns, pniscpj'eux-mèmes tenaient leurs pouvoirs (le leurs eliefs. Leurs teiritoires, bien (jue n'ayant pas Pavantage d'être cartographiés comme « sphères d'inlluenee », sont reconnus par leurs voisins pour s'étendre aussi loin que leur autorité peut atteindre d'une manière effective ; ils sont, par ce fait, exposés à des augmentations et à «les diminutions continuelles. L'appréhension de l'étranger a certainement réuni les tribus ensemble, sous des chefs reconnus, mais l'absence générale de cohésion les a rendues facilement victimes de la soif conquérante des Européens.
Le faste indigent des cours nègres caractérise bien la pauvreté du pays. Mais le nègre est naturellement amoureux du cérémonial ; il adore parler, discuter, et c'est un rusé diplomate, ainsi que les Européens ont pu l'apprendre à leurs dépens. On prétend que la raison qui leur fait aimer le commerce est surtout l'occasion qui s'offre à eux de « marchander » plutôt que les profits qu'ils en retirent.
Bien que certaines tribus, comme les redoutables Zoulou, montrent un remarquable esprit guerrier, les nègres aiment trop leur bien-être pour être une race belliqueuse. Si leur façon de faire la guerre nous semble cruelle, c'est que la vie humaine n'a pas une grande valeur en Afrique. Ils font d'excellents soldats sous un chef capable, et peuvent montrer à la fois du courage et du dévouement à une cause. Leurs principales armes de guerre sont la lance et la massue de
formes variées, la liache el le couteau, armes essenlic'llemoiit 'praiiques. L'arc et les llèches empoisounées sont communément employés. Lorsqu'ils partent en guerre, les soldats s'eniluisent le corps d'une préparation de graisse qui les l'ait briller comme des statues de bronze; quelquefois, ils emploient la peinture (rouge et blanche principalement) pour se couvrir d'ingénieuses et terrifiantes devises, puis ils se parent de tout ce qu'ils possèdent de plus beau.
Si nous voulons nous représenter le genre de vie <]ue mènent le plus grand nombre des indigènes de rAfri(jue, il nous sutBra de nous reporter à leur position géographique, sur une vaste terre tropicale, interceptée au monde extérieur et dans laquelle la nature fournit la plus grande partie des moyens d'existence. Les naturels, vivant dans de seml)lal)les conditions, salisfont aisément leurs appétits matériels, beaucoup d'enlre eux sont agriculteurs, d'autres pasteurs, d'autres enfin sont à la fois agriculteurs et pasteurs. L'élevage du bétail se fait avec succès dans l'est du continent, où le lait est la principale nourriture et le sang de bœuf la boisson en usage. Les dérivés du lait ne sont employés comme nouiriture (pie par les Arabes, les Abyssins et les iJeibères. On élève les moutons et les chèvres, mais les chevaux sont inconnus des Bantou. La principale nourriture est une viande et un légume, et le sel est un produit rare et très recherclK*.
Les habitations des indigènes sont de construction aussi sinijjle (|ue possible, faites avec des matériaux tout prêts : des murs de terre, des roseaux et des
horbos, avec toiito ospèce de choses. Elles sVIèvenl autour d'un point central, et la circonférence (ju'elles forment est prott'^ce par des haies d'cpines ou d'autres obstacles. Leur principal objectif est d'être à l'abri des attaques. Les villaj;;es sont donc bâtis de lai^'on à leur assurer cette protection. C^hiebjuefois même, par suicroîl de précaution, un second rempart de fossés et de palissades entoure à distance ce premier mur d'enceinte. Les |)asteurs se construisent souvent des murs de pierres et les couvrent de peaux pour se préserver du lioid et des tempêtes de sable. Dans ces habitations, les portes sont très petites, et quant aux fenTlres, elles manquent absolument. C'est dans le haut Nil que l'on trouve les meilleures huttes; partout ailleurs, elles sont aussi peu confortables que possible. La destruction des villages indigènes n'enliaine donc pas un grand dommage pour ses habitants. Des habitations sur pilotis s'élèvent sur les territoires des rivières et des lacs, et des forteresses temporaires sont installées dans de gros arbres; mais nulle part dans cette région, nous ne trouvons de grands villages bâtis en bois. Un village nègre est parfois tiès grand et construit de façon à entourer de près la hutte du chef; mais dans les royaumes un peu vastes, ce mode de groupement ne serait pas praticable, ce qui fait que les principaux établissements sont relativement petits, et disséminés sur de vastes étendues.
Le costume des naturels n'a rien de déterminé; ils se contentent de peaux d'animaux, de toiles ou d'étoffes de laine. Si ces objets viennent à manquer,
ils ont toujours une touffe d'herhes, un rameau ou une feuille de j)alniier ; beaucouj) de tribus de l'intérieur n'ont pas d'autre vêtement. Les nègres du sud et du centre de l'Afrique, ainsi que ceux de la région du Nil supérieur, portent une espèce de tablier suspendu à la taille devant et derrière. Les pasteurs sont velus do peanx, tandis que les Wa-Nyoro et les AVa- Ganda, (jui fabricjuent d'excellente toile d'écorce, se drapent dans ses plis et sont les mieux « babilles » des indigènes de l'Afrique. Sur la côte de l'ouest, où l'on se procure aisément les étoffes de laine, les naturels les emploient l)eaucoup comme vêtements. Les cbapeaux ne .se portent que dans des occasions spéciales et solennelles; mais la giaisse dont ils enduisent leurs clieveux suffit à protéger la tête contre les ardeurs du soleil. L'usage de la graisse sur le corps est une coutume très répandue ; parfois même ils mélangent cette graisse de substances colorantes ou aromatiques.
Les coiffures, laborieusement combinées dans les dispositions les plus fantastiques, sont très populaires. La fantaisie individuelle plutôt qu'une mode prescrite send)le .servir de règle ; cependant les Zoulou, ainsi que certains autres peu[)les, ont une coiffure nationale. Dans quelques districts, se ra.ser la tète est un signe de deuil, bien que certains naturels se coupent les cheveux très courts ou se rasent partiellement la tête, soit comme ornement, soit pour d'autres raisons. Cotte coutume de se coiffer est cependant moins n'-panduo parmi les tribus nogr(\s plus ('levées (jue clie/- les Wa-(Janda.
Le tatouajiçe n'est pas ce qu'on peut a|»pf'Ier un usage très praticjui' ; niais les indigènes du moyen Congo sont très expeils dans cet art, et les tatouages partiels, de même «jne la production de ceitaines cicatrices sur le corps, sont des coutumes très en faveur; parfois cela sert de signe distinctif à une tribu. Une coutume très ré[)andue parmi les tribus du Zambèze et du Nyassa comme sur les territoires du haut Nil est de peicer les oreilles, les narines et les lèvres pour y passer des ornements. Ils se liment ou s*arrachent fré(|uemment aussi certaines dents de devant.
Les coutumes religieuses des tribus nègres dénotent, sinon Tidée d'une divinité, du moins une croyance générale aux esprits et à une vie future. Ils croient, dit Ratzel, que l'àme (le souffle, probablement) meurt avec l'homme, mais que l'esprit (l'ombre) va dans la terre et en ressort. Les sépultures sont, par suite, des endroits sacrés. Les superstitions les plus grossières sont naturellement l'apanage de ces peuples primitifs. Pour eux, le monde est rempli d'esprits : il y a un esprit dans toute chose animée ou inanimée. C'est ainsi qu'ils supposent que les animaux possèdent les âmes des hommes, et il n'est pas rare de les voir adorer les serpents. La coutume tro[) répandue des sacrifices humains, regorgement en masse des femmes, des enfants et des esclaves d'un défunt, voire des chefs qui lui sont soumis, est une des principales causes de la dépopulation en Afrique, tandis que, d'autre part, les [)ratiques de sorcellerie y contribuent également. Le fétichisme se rencontre plutôt
thins les tribus du nord et du centre que dans les légions du sud et de l'est; sur la côte occidentale, cela piend les proportions d'un véritable culte. Dans ces régions, les idoles de bois ou les images gravées sont très communes et jouissent même d'un certain droit de préséance. La première chose venue peut être déclarée fétiche. Ce sont là des idées tout à fait arriérées, même pour les tribus les plus [)riinitives. Le prêtre féticliiste ou magicien est un ennemi dangereux du christianisme. Les nègres ne pelivent évidemment pas se passer de ses services, parce que, non seulement il est leur médecin, mais il leur est encore utile dans beaucoup de leurs ail'aires.
Les Africains sont nés trafiquants; le conunerce est donc l'agent de civilisation le plus actif entre les mains des Européens, agent puissant pour le bien comme pour le mal. Chaque village a son marché, tandis (ju'une ville peut en avoir plusieurs. Si l'on a l^csoin de la chose la plus simple, cela entraîne la [)erte de temps « d'aller au marché ». Mais le commerce extérieur qui fut introduit par les Arabes et les Portugais est resté jusqu'à présent peu important, à cause du manque de communications faciles. Les routes de caiavancs sont, par conséquent, d'une importance considérable pour l'extension de l'inlluence européenne.
Le irali( par caravanes concentré sur la côte de l'est est très bien organisé, tandis (jue sur la côte de l'ouest, il a beaucou[) perdu avec la suppression de la li.'iito des escbives. Dans le nord et dans l'est, cependant, les caravanes exposées aux attaques des pillards
indijijrnes sont ohlii^M-cs île s'avaiicei" «'n ordre serré comme des li'aiiis de ^aierre et de lorlilier leurs campemoiils poiii" la nuit. Pour de lonfjjs voyaj^cs, la marclie est rt'glée à :2 milles et demi par lieuii», tandis (jue quel<jues explorateurs ont été jusqu'à paieourir 4 milles par heure.
Nous allons maintenant examin<M' qu(d(jues-uns des |)eiiples indiiçèncs les phis typi(pies de r\t"ri(pie. Nos limites restreintes ne nous permellent (ju'une étude très sommaire ('). Commençant par le sud de l'Afrique, nous poursuivrons notre route au nord vers le Soudan.
Les Cafres, jieuple énergique et vigoureux, vivant dans la pointe sud-est du continent, qui comprend la Calrerie, Natal et le Zoulouland, se composent des Zoulou, des Souazi, des Pondo et de trois ou quatre autres iribus moins connues. Ils sont, à beaucoup d'égards, plus avancés que les autres peuples du sud central de l'Afrique, auxquels ils sont alliés comme race et comme langage. Ils occupent au sud du tropique quelques-unes des plus belles contrées et des mieux arrosées de l'Afrique méridionale, où ils élèvent de grands troupeaux. Ils mènent, comme pasteurs, une vie libre et indépendante et sont abondamment nourris de viande et de lait. Leur contact avec les Européens, bien qu'ayant eu pour eux certaines conséquences désastreuses, les a initiés à certaines coutumes et idées chrétiennes dont ils ont individuellement goûté les avantages; mais dans les tia-
{') Dans «•«• qui |>réc«'di' comiiic flaus les parlic-iilarilés qui suivent, je suis très redevable à la Volkcrkundc du D' Ratzel.
vaux (loinesU(|iies, ils sont très inrérieurs aux tribus de l'Afrique centrale.
De tous les peuples caiVes, les Zoulou sont les plus puissants. Depuis Tchaka jusqu'à Cete>vayo, ils ont eu beaucoup de cliefs capables qui, sachant exercer un despt>tisnie modéré, les ont conduits de victoire en victoire. En dehors de toute autre inlluence, l'organisation militaire des Zoulou a été la cause principale de leurs progrès matériels. Comme tous les peuples pasteurs, leur gouvernement et leurs relations de famille ont un caractère tout à fait patriarcal. Le roi est le père de son peuple. Nul n'a le droit de se marier sans son consentement, qui est rarement accordé avant vingt ans de service militaire; il peut arriver, cependant, que tout un régiment soit marié en récompense d'une action d'éclat sur le champ de bataille. Les hommes sont formés de bonne heure au maniement des armes et aux manœuvies guerrières. Les soldats sont entretenus par le roi, dont les nombreuses épouses travaillent pour eux. Dans de semblables conditions, on comprend que l'armée Zoulou soit devenue la plus redoutable |)armi les peuples sauvages. Leurs armes sont la lance et le bouclier, la sagaie et la massue.
Sous ce régime martial, la vie de famille est sacrifiée aux exigences de l'Etal, et les femmes sont réduites à une situation très inférieure. Qu()i(iue générale, la |)olygamie est forcément limitée à la forlune; mais en temps de gueire, les jolies captives sont bien sulïisanlos.
L'élevage des bestiaux est la principale occupation
(lu |M>ii|tl(>. Si, (-niiiiiK' iiuiis l'avons dit, les /oiiloii sont iiilV'iicnis aiix .nilies racrs dans les travaux doincsticjiics, ils sont, m irvanclie, fort liahilrs <lans le liavail des nK'tanx. Iauv costume des plus piiinitil's consiste, la |dn|>ai't du temps, en un simple talilier. Au point de vue moral, ils se distinf^uenl par la lorn' et la (K'cision d«' leur caractère et par la licite innée d'être une race de ij;uerriers; ce qui ne les empêche pas d'être, autant et souvent plus (pic d'autres, victimes des supei'stitions et des sorcelleries.
Ce (pii a été dit des Zoulou peut fort bien s'applitpier aux autres [)euples calres, mais les Zoulou sont les plus ini[)ortants, surtout à cause de leur unité politi()ue. Les Zoulou ont par le fait « dévoré » ou dispersé beaucoup de tribus, et ils se sont trouvés assez forts |)our soutenir leur indépendance dans les luttes avec les colons blancs.
Les nombreuses tribus Be-Cliouana occui)ent les régions du centre, entre les Zoulou à l'est, les Ovallerero à l'ouest, le lleuve Orange au sud, et on peut dire le Zambè/.e au nord. Cependant, leurs frontières septentrionales sont incertaines. Les Draken-Berge foiiiient une fi'ontière natui'elle comme les ste|>pesdu Kalaliaii forment celle de l'ouest. Dans cette vaste étendue de contrée, les paisibles tribus lîe-Cliouana mènent une vie pastorale, l'élevage des troupeaux étant leur occupation principale. De tous les peuples cafres, ce sont les Be-Cliouana (pii dilVèrent le moins des tiibus nègres du centre de l'Afiique C'est leur situation géograplti(|ue (|ui a surtout fait leur histoire. Entourés de tous côtés par de puissantes tribus, et
vaux (loniesli(jiies, ils sont très inlériours aux tribus de l'Afrique centrale.
De tous les peuples calVes, les Zoulou sont les plus puissants. Depuis Tcliaka jusqu'à Cete>vayo, ils ont eu beaucoup de cliefs capables qui, sachant exercer un despotisme modéré, les ont conduits de victoire en victoire, tn dehors de toute autre inlluence, l'organisation militaire des Zoulou a été la cause principale de leurs progrès matériels. Comme tous les peuples pasteurs, leur gouvernement et leurs relations de famille ont un caractère tout à fait patriarcal. Le roi est le pèie de son peuple. Nul n'a le droit de se marier sans son consentement, qui est raiement accordé avant vingt ans de service militaire; il peut arriver, cependant, que tout un régiment soit marié en récompense d'une action d'éclat sur le champ de bataille. l>es hommes sont formés de bonne heure au maniement des armes et aux manœuvres guerrières. Les soldats sont entretenus par le roi, dont les nombreuses épouses travaillent pour eux. Dans de semblables conditions, on comprend que l'armée Zoulou soit devenue la plus redoutable parmi les peuples sauvages. Leurs aimes sont la lance et le bouclier, la sagaie et la massue.
Sous ce régime martial, la vie de famille est sacrifiée aux exigences de l'État, et les femmes sont réduites à une situation très inférieure. Quoique générale, la polygamie est forcément limitée à la fortune; mais on temps de guerre, les jolies captives sont bien sullisanles.
L'élevage des bestiaux est la principale occupation
ilii |H'ii(>l('. Si, ('(niimc lions l'avons dil, les ZoiiI(»ii soMl iiiréri(Miis aiix autres laccs «laiis los travaux (loiiicsiicjni's, ils sont, «mi rcvanclie, loil lial)il('s dans le liavail des ni('>laii\. I.ciir ( ostnnic des pins |>riinitil's consislo, la plupart du t(Mn[)S,en un simple laldiei'. An point de vue nioial, ils se distinii;iient par la r(>r(;e et la décision de leur* earaclèie et |>ar la lierlé innée d'être une race «le i;uerriers; ce (|ui ne les einpèclie pas d'étie, autant et souvent plus que d'autres, victimes des superstitions et des sorcelleries.
Ce qui a été dit des Zoulou peut fort bien s'appliquer aux antres peiij)les catres, mais les Zoulou sont les plus importants, surtout à cause de leur unité politique. Les Zoulou ont par le fait « dévoré » ou dispersé beaucoup de tribus, et ils se sont trouvés assez forts pour soutenir leur indépendance dans les luttes avec les colons blancs.
Les nombreuses tribus Be-Cbouana occupent les régions du centre, entre les Zoulou à l'est, les Ovallerero à l'ouest, le fleuve Orange au sud, et on peut dire le Zambèze au nord. Cependant, leurs frontières septentrionales sont incertaines. Les Draken-Berge forment une frontière naturelle comme les steppes du kalaliaii forment celle de l'ouest. Dans cette vaste étendue de contrée, les paisibles tribus Be-Chouana mènent une vie pastorale, l'élevage <les troupeaux étant leur occupation principale. De tous les peuples cafres, ce sont les Be-Chouana (jui dillèrent h' moins des tribus nègres du centre de l'Afriipie C'est leui' situation géographicpie <pii a surtout fait leui' liistoire. Entourés de tous côtés par de puissantes tribus, et
occupaul une légion impropre à soutenir une {)opiilalion dense, ils ont été forcément dispersés : de là le manque de cohésion qui existe parmi eux. Les principales trii)us sont les Ba-Soulo, les Ma-Kololo et les Ra-Mani;oualo. Ce n'est pas un peuple guerrier, bien qu'à l'occasion ils aient fait preuve de bravoure; mais, en revanciie, ils cultivent les arts paisibles et travaillent volontiers pour les européens, pour les- <]uels ils témoignent une certaine sympathie. D'un caractère faible et impressionnable, ils sont promptement influencés pour le bien comme pour le mal.
JNous avons ainsi, dans le Be-Chouana, un intermédiaire tout prêt à propager l'influence anglaise à travers une riclie et salubre contrée, propre à la colonisation; appuyée sur une forte base politique dans le Sud, cette influence peut s'étendre jusqu'aux rives du Zambèze. C'est là que résident noire force et nos responsabilités. Il est de notre intérêt de ne pas abuser de 1 une et de ne pas négliger les autres. ,S'°' Les tribus Ova-Herero mènent une vie à demi nomade à travers la contrée stérile qu'elles occupent entre le kalahari et l'Atlantique. C'est le seul peuple du sud de l'Afrique auquel l'agriculture soit inconnue; leur uniijue occupation est l'élevage du bétail, (jui règle toutes les affaires de leur (existence. Ils semblent avoir rétrogradé sous le rappoil de la civilisation, et bien que d'humeur aimable et enjouée, ils sont insensibles et rebelles à tout progrès.
La haute et fertile contrée qui s'élève sur les rives méridionales du Cunéné est occupée par les tribus des Ova-Mbo. l*arnii les peuples agriculteurs, ils
peuvent être consiilérés coiiiine les plus paisibU s et les plus travailleurs, et vivent eu couiniunautés uiuiihreuses. hulépendaniuieul des céréales, ils cultivent le tahac, (jui <'st la monnaie courante du pays. Le peu que nous connaisscins des Ova-Mbo est tout à U'ui avantage, car ils semblent avoir, à un très haut degré, le sentiment de riionneur. Les autres tribus des rives du Cunéné sont alliées des Ova-Mbo, mais indépendantes d'eux selon toute apparence. Leur contact avec les Portugais et, par conséquent, avec l'odieux tralic des esclaves et des alcools, a, malheureusement, apporté dans leurs habitudes et dans leur manière d'être les plus fâcheuses modifications.
Au point de vue physique et ethnologique, la vallée du Zambèze est à la fois une région de transition entre le sud et le centre de l'Afrique. Les tribus des deux régions, bien qu'issues, en apparence, de la même souche sont très différentes dans leurs caractères intellectuels et sociaux. Là, comme partout, les tribus les plus fortes occupent les plus riches contrées. Les tribus Zoulou semblent relier entre elles les variétés ethnologiques de cette région. Les tribus du centre de l'Afrique n'ont pas cette force de cohésion que l'organisation militaire a produite dans l'Est; il n'y a pas d'unité parmi elles et le niveau moral de ces peuples est très inférieur, ils sont lâches et peu sûrs. C'est un peuple agriculteui- peu développé; le bétail très décimé par les attaques de la mouche tsé-tsé étant difficile à élever. Dans quelques tribus du Zambèze, nous retrouvons les restes d'une race conquérante. Les mouvements migrateurs semblent
s'èiro prodiiils non soulonionl de IVsl à l'ouest, mais aussi (lu sud au nord. CepcMulanl, les liihns de eelle réi;ion se rapproclienl plulôl de eelles du eenlrc que (le celles du sud de rAfri(]ue.
De tous les peuples conquérants et à denii-noniades, les j\Ia-Tal>elé sont aui(>ui(rhui les plus importants. I^eur hei'ceau orii^inaire devait certainement rtie dans le Sud. Ce sont des guerriers et des l>iigands consommés; ils tiennent |)robal)lement leurs instincts militaires des Zouloii, auxquels ils sont apparentés. Kes peuples Zoulou semblent, par le fait, vouloir s'étendre dans l'est du continent sur toute la région com[)rise entre Natal et l'équaleur. Mousselekatsi, le père de Lobengonla, le chel" actuel des Ma-Tabelé, fut leur premier grand chef et leur libérateur; leur séparation actuelle des Zoulou proprement dits a dû se produire à une date relativement récente. A plusieurs rejjrises, dans leurs (juerelles avec les Ba-Toca et les Ma-kalaka, ils se sont montrés belliqueux et sauvages et se sont fait remarquer par leur brutalité et leur insatiable besoin de meurtre. Les Ma-Chona qui vivent dans leur voisinage ont soull'ert et continuent à souffrir teiriblement de leurs déprédations et de leur lyrannie. La contiée qui les sépare a été dévastée, niais ellcî passe pour une des plus riches de rAfri(|ue en gisements d'or.
Si"^''' l^cs Ma-Kololo sont une des principales tiibus de la vallée du /andx'ze. Les ravages occasioimés par la niouclic lsé-ts('' ne leui- permettant l'idevage des bestiaux que dans des pr()|)nrlions restreintes, ilssonl plutôt agriculteurs. Ltablis sur les deux rives du Zam-
|jè/e, et aicouhiiiiés à la vir Ac liviric, ils sont devenus d'experts bateliers. Mallieureusemeiit, les Ma-K«)!(>I(^ont (h'géiK'ié, même depuis (pie nous les coiiiiaissoiis. lu antre peujde tle rivière, les Ha-Koiilia, hahitant les hords et les îles du /amix'/e, semMe appartenir au\ laccs iiidijj;ènes de cette région, hicii «pie son oiij^ine, eoinine celle des autres tribus de son voisinage, soit certainement du Snd.
Vax allant veis le nord, le pivmiei- giand royaume «pie nous rencontrons sur le haut Zandjè/.e est celui des iJa-liotsé et Ma-Bounda, composé de huit grandes trihus. (Ihez eux, également, on constate l'absence de toute organisation militaire, mais en revanche, nous V liouvons un despotisme caractérisé par une grande cruauté.
Plus loin dans l'est, sur le /ambèze, les Ra-Toka, peuple d'agi'iculteurs, sont en quelque sorte le trait d'union entre les variétés ethnologiques du sud de l'Afrique 'et celles de la région des lacs. Dans cette fertile région tropicale des grands lacs, sous les moussons du sud-est, n(>us entrons dans une des contrées les plus intéressantes et les plus riches en promesses.
Au sud et à l'ouest du lac Nyassa et autour du lac Chiroua, nous tiouvons les Ma-(lanya ou Oua-Nyassa qui s'i'loignent lé'gèiemenl du type nc-gre ; c'est un peuple remanpiablement actif et (Miergicpie. Ils ont certainement perdu beaucoup de leurs plus précieuses qualités dans 1rs invasions ([u'ils ont eu à subii , mais ils n'en sont pas moins restés un peuple pa( ilif|ue et intelliij;ent. Lruis coiflui-es soii^neusement travailh'es
et leui" passion Jes oriieineiits sont dignes de remarque. C'est chez eux qu'on trouve la première apparition de l'horrible pélélé, qui consiste en un disque ou un anneau passé <lans la lèvre supérieure; ils pratiquent également les tatouages et se liment ou s'extraient certaines dents. Ils s'occupaient autrefois de l'élevage du bétail; aujourd'hui, les Ma-Ganya sont une des tribus du centre de l'Afrique les plus avancées dans les arts industriels comme dans l'agriculture. La traite des esclaves a cependant détruit beaucoup de leurs industries, mais elle a développé en eux ce besoin de cohésion qui caractérise leur organisation politique. Leurs mœurs et leurs coutumes ressemblent beaucoup à celles des tribus du Zambèze.
Les tribus entre le lac Nyassa et la côte occidentale, bien qu alliées les unes aux autres, ont été dispersées et ont eu beaucoup à souffrir, non seulement des con- (juérants cafres, au sud, mais aussi du trafic des esclaves qui s'exerce d'une manière effrénée dans ose régions.
Entre les lacs Nyassa et Bangouéolo, les tribus alli(Vs des Rabisa peuvent être regardées pres(jue comme des Hottentots; ethnologiquement, ils sont unis aux habitants des royaumes de Mouata-Yamvo, Kazembé et Kassongo. Bien qu'ils occupent comme agriculteurs des positions fortement protégées, quel- «jiies chefs seulement [)oss('dent de petits troupeaux; ils ont ('*té disp<'rsés j)ar les inqMtoyables chasseurs () hommes et les marchands d'esclaves.
Dans l'est de l'Africjue é<juator"iale, il est lai'c de ne pas r-encontr*er, éparses au milieu de communautés
— IHÎl —
ajçricoN's, des Irilui.s iiuni.i.lo <|(ii doiiiiiiriii et terrorisent leurs voisins. Mais ce dualisme etliii(doj;i(|ue n'est pas sans précédent dans les autres p.ii'ties du inontle; nous-nièines, nous avons les Gypsies. Dans lest de l'Afrique, ces trilms maraudeuses sont guerrières; elles ne vivent pas seulement de vols et de rapines, mais atrisseîjl aussi comme af:;ents pour la iraite des esclaves. D'autres tribus plus paisibles se contentent de s'établir près des |)euples agriculteurs et d'élever des bestiaux {').
Les belliqueux beru;ers des pavs Galla, Somal et Gaiia. Massai sont d'oriy^ine liamite, mais de race très ^^ '-^ ■'• mêlée. Les Galla sont moitié nèirres, moitié Arabes. Les (ialla-Ouolol, mabométans fanatiques, sont aussi remarquables (>our leurs lial)itudes de vol et leur déloyauté que les Galla païens le sont pour leur piobité et leur francbise. Dans l'agriculture et l'élevai^e comme pour les arts industriels, les Galla des fionlières de l'Abyssinie et les Somal des villes de la côte sont les plus avancés; mais les tribus purement nomades se privent des ustensiles domesti(]ues qu'elles ne peuvent obtenir par écbange f). Les tribus guerrières se divisent en deux j^iandes classes : les gueiriers et les non-combrillants. Cesderniers sontseuls autorisés à se marier, à fumer et à se livrei' aux boissons enivrantes. Les Massai, cependant, ont des guerriers mariés «pii. à l'occîisioii, prennent part aux combats.
(') L'élevaj;!-' ilfs ln'sli;m\ l'i'pi'iidiiiil si* f;iil pour ainsi diif à |icint' an iionl du /,:imlir/,i'.
(■' I.fs Massai, |iriipl<' in>iii;nlf ilrs plus <ararl»''i"is<'s, soiil parliciilièrenioiil conserva leurs.
D'incessantos (luorolles, toujours occasiounées par le vol (lu bétail, sonihlent être leui* principale occupation. Les Galla sont en [)artie sous rinlluence de l'islani, mais ils se ressentent profondément de leur contact avec l'Abyssinie, à l'histoire de laquelle ils ont été mêlés pendant trois cents ans. Les Somal, les Danakil et un u^rand nombre de Galla se sont convertis à rislamisme, mais leurs coutumes païennes apparaissent, malgré tout, sous le voile transparent qui les recouvre. Les Galla semblent, du reste, avoir dégénéré sous rinlluence du mahométisme.
Placés entre les Arabes de la côte et les tribus de brigands, les peu[)les de la côte de l'est ont une situation des plus embarrassantes. Toutefois, aucun peuple de l'Afrique ne présente des dispositions aussi remarquables au développement. Le trafic des esclaves et les déprédations des Galla, des Somal et des Massai, ont été les plus grands ennemis du progrès dans ces régions. Les tribus les plus faibles ont été dispersées, pillées et annihilées, et toute cohésion entre elles a été prom[)tement détruite. La domination arabe ne semble vraiment pas avoir été favorable aux indigènes, bien loin de là !
Deux peuples distincts occupent cette région des sources du Nil que, dans un sens étendu, on appelle rf^thio[>ie : les agriculteurs sédentaires et les pasteurs errants. Ces derniers sont de couleur plus claire, de plus noble extraction et sont, dans beaucouj» de cas, uands. la race dominante. I^es Wa-(janda sont à tous égards les plus pr«*pond('rants de ces peuples et forment, par cons«*(|uenl, la base même de la population de l'Ou-
(iaiul.i ('). Un«^ antre Irihii de I'( )ii-(iaii(la sont 1rs W .1 lloiiiii.i, peuple herj^ei" <]ni se lient slii( Irniml à IVcarl (le ses voisins et ne s'assimile pas à en\; tonlefois, la famille loyale de l'Ou-Oanda est NVa- Ilouma.
I,es NVa-Ganda', connue lesWa-Nyoro, se distinguent extérieurement de la plupail des autres |)euples africains par leurs vêtements, car ils s'iiahillent des pieds à la tète. Les Wa-Ganda sont tellement observateuis de cette coutume, (ju'ils passent [)()ur punir de mort celui ou celle (|ui serait trouvé dans la rue insutîisamment vêtu. Toutefois, ce qui est assez curieux, c'est que chez elles les femmes ont l'habitude d'ùter leurs robes, et les guerriers qui vont au cond>al, non seulement se dépouillent de leurs vêtements superllus, mais encore se peignent le visage de ronge et de blanc. Les voyageurs ont souvent parlé dans leurs récits du goût avec lequel ils disposent leurs gracieuses draperies en forme de loge. Ils évitent avec soin tout ce qui peut les défigurer, tel que l'habitude, générale dans les ti'ibus africaines, de se talouer le visage ou de praticjuer des nuitilations sur le corps. Leurs habitations sont infiniment supérieures à celles que l'on trouve communément en Afri<pie, et les {uoduits de leurs industries sont remanjuables par leur excellente fabrication. Les femmes, |)Our la j>lu- |)art, s'occupent de l'agriculture, tandis (jne les hommes bâtissent des maisons et servent comme
' <hi (iiiiiila. |i:i\s ili" 4i;iiiil.'i: Mditnihi. iKtinmc ili- (i;iiiil;i ; Wuiiiunhi, f^i'iis lie <i:iii*l:i ; hi-ddUilil, hinmir lic (iaii<l:i. (Kl isi r Umis, .y'oitii'llr (ini<iitipliic itiiirfisillc, p. lôo, vol. X.)
guerriers. Les Wa-G;m(J.i .^.Mâi aussi de grauds cliasseurs, et ceux qui vivent sur les bords du lac Nyanza sont des pécheurs expérimentés. Kn raison de la grande supériorité nuinéii(|ue des femmes, la polygamie est générale et le mariage se fait par achat, l.e loi M'tesa passe pour avoir 7,000 épouses.
Les VVa-Ganda et les VVa-Nyoro sont guerriers, et des guerriers admiiablement équipés. Au combat, ils se servent de la lance et du bouclier, parfois même, à l'occasion, de l'aie et des llèches; beaucoup parmi eux ont aussi des fusils.
Leur force politique est due à l'organisation militaire dans laquelle ils sont élevés, car tout homme fait est un guerrier. Indépendamment d'une excellente armée, les Wa-Ganda possèdent une grande llotle de canots l)ien construits et chacun d'eux manœuvré habituellement par 40 honnnes d'équipage.
Dans ses aiimirables récits sur ces peuples, le \y Robert W. beikin nous a initiés à leur force militaire, à leur organisation politique, à leur diplomatie subtile et à leur culture sociale relativement élevée.
L'esprit féodal soutient leur- form»' de gouvernement. Les cérémonies de la cour sont d'un grand eflet; une (Citaine pompe sauvage y est soigneusement observée. Leur amour de la nmsique et des divertissements de société maintiennent entre eux une union constante Le corps gouvernemental se tompose du roi, du premier ministre, des gi-ands chefs et de (juelques olïiciers de la cour, tels que le cuisinier et le brasseur; ils srmt d'une barbarie et d'une cruauté remarquables.
Fv'S \Va-(ian(l;i s»- s i.iL Lus.'.,' iîai;nor \\ rinfliionce étrangère. Troi» cni'ienx (i'a()|)nMulre [)Our s'al)aiidoMiier à 1.1 jaloUvSie, ils se sont empressés de proliter (lu commerce étranjjjer. Par leur trafic avec les Arabes (le Zanzibar, ils se sont plus ou moins familiarisés avec le lanj::a«;e souahéli, Tidiome « des c(')tes ». Ils ont permis aux missionnaires clir('tiens de résider à la cour. L'habilcl*' avec la(|uelle M'tesa oppose une mission à une autre et les deux réunies aux Arabes, est un exemple frappant de la sapjacité et de la diplomatie des in(liii;<^nes.
Tn certain nombre de tribus purement nèii^res habitent la contrée située entre TAbyssinie et les sources du Congo. Le D' Junkei' remarquait que la couleur de la peau de ces tribus devient de plus en plus foncée du nord au sud et de l'est à l'ouest. D'autre part, les peuples de chaque côté de cette chaîne d établissements, les Abyssins et les .Niam- >'iam ou A Zandé sont de couleur claire. Par leurs coutumes et leurs mœurs, ces nègres >e rapprochent beaucoup des tribus de bergers de l'est et du sud de l'Afrique et, eux-mêmes, se livrent aux occupations pastorales. Ils ne semblent pas être depuis longtemps en possession de leur domaine actuel, où ds ont du émigrer, après avoir été chassés du nor<l .
Parmi ces tribus, les plus se|)tenlrionales que nous connaissions aujourd'hui sont les Chiloùk qui, sans nul doute, sont purement nègres. Leur humeur i)(j|liqueuse leur a valu une réputation fâcheuse; niais il ne faut pas oublier qu'ils on*, sinqjlemenl défendu