‹ Le développement de l'Afrique; traduit de l'anglais sur la 2e édChapitre 16 sur 33 · MO · texte numérisé non relu

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leurs loyeis coiilro les Ktifypliens spoliateurs et ctuilre les marcliaiuls d'esclaves. Une branche des Ciiiloûk, les Jiir, leur ressemblent à tous égards, tandis que les nombreuses tribus Donka, bien que désunies, sont alliées pai* le sang. Un autre peuple guerrier, les Nouer, ressemblent aux Cliiloûk et aux Denka. Les lîàri sont primitifs et inaccessibles, mais passent pour être intelligents, lîien (|u'en relations de parenté avec les Bâri, les Clioûli et les Madi sont un peuple de vigoureux agriculteurs qui se sont promptemenl soumis à la domination égyptienne.

I.a plupart de ces nègres du haut Nil ont adopté les modes d'oinemenlation les plus primitifs. Ils [)ratiquent les tatouages qui, chez les Denka et les Nouer, servent de marques de tribus; mais les Chiloùk et les Jur ne pialiquent pas cette coutume barbare. Tandis que toutes ces tribus se contentent de très peu de vêtements, les Chiloùk, les Jur, les Bàri et les Nouer n'en ont souvent pas du tout. Les territoires du haut Nil furent, à une époque, les régions les plus peuplées de l'Afrique, mais elles ont été dévastées par les continuelles razzias d'esclaves; c'est pourquoi les peuples bergers, dans le but de mieux se défendre, ont adopt(; le principe d'avoir de plus glands villages que les peuples agricidteurs. Les vols de bétail ont été les causes principales de toutes les entreprises militaires des indigènes (3n Afri(|ue; et sur les territoires du Nil, les tralirpianls d'esclaves volaient les bergers poui' payer les agriculteuis, en même temps (ju'ils avaient soin de s'assurer |)ar là leur contingent habituel de victimes. Dans les arts

iiidushirls ol jcii runlii'icint'iil (l;iiis le travail du fer, It's iit'^ivs (iii liaiil Ml (>(*u|)«'iit un raiii; (.'I('V(' parmi les imlii^rnes de l'AIVifiin*. Leur vie ilc raiiiillc. Mon »|ii(' (lillV-iaiil |)»Mi (le ifllc des aiilivs nègres, a élé |»r(d'<iiid('ineiil IrouMi-e |>ai" les (U'prc'dalioiis dos vnlems d'Iiomiiies.

Qiianl aii\ peuples de cnnleiir claiic du liant Nil, les Niani-.Niani ou A-/and«' devraient être classés |)arnii les nègres proprement dits : ils sont un peu apparentés aux Galla et aux Somal. Intelleetuellenienl et pliy siiiuement plus vigoureux que leurs voisins les nègres, ils son! parvenus à un degré de culture plus élevé. Leurs occupations sont principalement agricoles; mais l>arlagés comme ils le sont en nombreuses tril»us, il n'y a [>as de cohésion parmi eux. Les récils des voyageurs s'accordent à présenter les Niam-Niam comme les plus invétérés cannibales.

Un autre peuple cannibale, les Monbouttou, occupe une position unique parmi ce qu'on api)elle les nègres. Ils soiit également de couleur claire parmi les plus ilaiies de l'Aliicjue, et leur physionomie se raj)proche beaucoup du type sémite.

A mesure que nous [)énétrons dans l'intérieur, nous ''''^^"r^vfriqu connaissons de moins en moins les tribus du centre de l'Africjue, à l'exception des populations du moyen <long(>; mais on sup[)ose (|u'au [xiinl de vue ethiKdogiqne, elles dilVèrent [>cu des auties nègres. Leurs langages s«>nt les dialectes Itantou. De même qu<' sur les lives du Sankourou et du (longo, c'est dans cette région (|ue nous lencontrons les districts les plus peuplés de l'Alrique. Le mélango des populations de cou-

leurs claires et foncées, si fréquent sur la côte de l'est, s'observe aussi dans les réurions du centre du continenl. Nous avons déjà parlé d'une race de peuples de petite taille, d'origine indigène apparemment et qui se trouvent çà et là dans le centre de l'Afrique, habitant en petites colonies isolées.

Le cannibalisme semble être une coutume très répandue parmi les tribus du centre. Le tatouage se pratique beaucoup aussi, bien que ce ne soit pas habiuiel parmi les nègres; dans la région du moyen Congo, les naturels se décorent ainsi des pieds à la lête. Ln dépit des coutumes barbares et du peu de cas que l'on fait de la vie humaine, les populations du centie de l'Afrique semblent augmenter considérablement. La traite des esclaves cause de terribles ravages, mais c'est surtout vers le littoral qu'elle s'exerce. Dans les régicms de l'intérieur, les esclaves n'ont pas une aussi grande valeur commerciale, parce qu'il n'y a pas assez de travail dans les campagnes pour les occupei' d'une façon lucrative. II faut reconnaître qu'en présence de cet élément dissolvant du progrès social, le commerce intérieur et les arts industriels ont atteint un degré de développement relativement élevé.

Dans les régions du centre, au sud du Soudan, il n'y a que peu ou point de cohésion entre les tribus, les lrali(]uants d'esclaves et les chasseurs d'hommes l'ayant à peu près détruite. Malgré les conditions favorables du sol et du climat, l'agriculture est très négligée et l'élevage du bétail ne se lait (|ue sur une faible échelle.

Le royaume du mouala ('| Yainvo (jui, à une certaine épocjue, passait pour être aussi vaste que rAllciiia^rK' et pour avoir une population de deux millions dïimes, a été détruit, mais il était certaiFiement d'une très ii;rande anti(piil(''. L«*s peuples Lounda (Ka-Lounda ou lia-Lounda) sont les plus nombreux, les plus réj)an(lus et les plus intluents; ils foiinent la base de la population et sont tous de soucbe Bantou. Ils sont bien faits, de couleur assez claire et de traits réguliers. Les femmes se tatouent, se peignent le corps et coupent leurs cheveux couits; <juant aux hommes, ils s'abstiennent de ces [)ratiques, mais ils apportent le plus grand soin à l'arrangement de leurs coiffures. L'agriculture est leur occupation presque exclusive.

Quelle qu'ait pu être jadis leur cohésion, les nombreux chefs tributaires affectent aujourd'hui, vis-à-vis du mouata Yamvo, une indépendance de plus en plus grande à mesure qu'ils sont plus éloignés du centre de l'autorité. Une curieuse division du pouvoiradministratif mérite d'être notée. Celui qui partage avec le mouata Yamvo le gouvernement du royaume est sa femme non mariée^ une reine qui a sa cour à elle et dont le mari f) est regardé comme une femme ['). I>es deux [)OUVoirs sont soutenus [)ar une

'; Muiiata si^nilit- iiiaitn-.

-) A l'époqu»' (le \a visite ilc Kiirliiicr, ni iii<li\i(lii sans sexe jiasso |Hiiir s'«*'lrc pi'rst'iiti' liii-ni(*>ini- coiiinir " n i-laiil t|u'iiiir IViiiiiir. mais l'rpoiis»' d'un jjrarid personnage ".

{') Ya\ ce qui concerne les deux |)oUMiirs qui se partaient l'aulnrité sur les Ktnls Lounda, nous lisons dans Klisée [{eclus : « Le mouata Yamv«» est choisi parmi les fils des deux principales épouses du roi défunt. Quatre grands électeurs désignent celui qui deviendra leur

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aiislocralio; il y a éiçaliMnonl une S(irlo d'assoniblûc générale (|ui a donné naissance à nno opinum publique. La capitale est déplacée à l'avènenienl de cliacpw' non veau niouala Yamvo. Dans le Kazend»é, un Klat tri Itulaiie, on observe des conditions sociales jursque identitpies.

u, rouo<^t Les indigènes de l'ouest de rAfricpie ont naturellenient suhi des tiansfornialions radicales dans leurs longues et continuelles relations avec les colons européens. Les étoiles de laine, si faciles à se procurer, ont été adoptées comme article usuel pour les vêtements, et rim[)orlation des i'usils et du genièvre a joué un rùle important dans l'existence de ces peuples. Leurs langages diffèrent des dialectes Bantou. Dans le Sierra-Leone, par exemple, cette colonie d'esclaves affranchis, on trouve les re[)résentants de 200 tribus nègres, ne parlant pas moins de loi langages différents. Dans les colonies, on parle beaucoup les langues européennes ainsi que l'arabe et le fulbé, qui s'emploient couramment. Toutefois, en dépit de tous ces éléments contraires, les indigènes se ressemblent

iiiailrr mais leur clioix <l<>il rlrt' ralilit' |iar I.itukitkccha. la « iinTr

(l«'s rois et «lu peuple». De même ceUi- (lann-, <|iii «-si aussi uue reiin- «•t (|ui possi'de |ilusieurs dislricts en l(»ulr souM'raiuel»'. esl élur parmi les lillrs tirs deux épouses prineipales par les quatre grands ministres, et leur di-risiou devieiil détiiiili\e aprJ-s approhation ilu rui. Seule de Inus les lialtilaiils du pavs, l.uukokeelia <'sl sii|Hrieure aux inis: seule elle éelia|ipe au |Miu\oir du iimuala Nani\o; mi-re de tous. «■Ile Mi- saurai! a>oir de mari, el eelui qu'elle elii.isil n'a d'aulie nom

,| -eliii d'eselave fa\ori ; elle ne doit pas non plus a\oir «l'enfanls.

<! quand elle devient mi'-re, on fait périr son Iniil. (Kiisii. Kimis \inirrllr (jrtitiniiihir iiiiirnsillc, \ol. Mil, p. :2.S."i.)

i.Vo/r «lis lidiliK leurs.)

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exlracn-diiiaiieim'iil sous tous les points di- vue extérieurs. Bi(Mi (jue la polygaïuie et la traite des esclaves ai<'nl ('té nue des ^raud<*s c-auses des phénomènes liété'roi^ènes (|ue nous signalons siii* la cote, les conlinnrlles incuisions de rinlérienr ont été éij;alenient, sinon même à un dei^ré supérieur, une de leurs causes Ibudamenlale.N. Il est naturel d'en conclure (pie ces phénomènes sont plus apparents dans les districts moins colonisés entre les colonies |)orlugaises, au sud, et le Delta «tu Ni{^er, au nord. Bien (jue les nègres d'Augcda aient beaucoup de sang poitugais dans les veines, ils sont très proches parents des indigènes du Congo; à Bihé, qui est depuis longtemps un centre de la traite des esclaves, la population est très mêlée.

De même, les industries de l'ouest de l'Afrique ont été profondément influencées par la domination européenne. Les manufactures étrangères ont remplacé les industries indigènes, et ce n'est que pour la construction des navires que notre contact a été utile aux Africains. Les industries sont par conséquent restées à un degré très inférieur. Les capacités commerciales du nègre de la C(')te de l'ouest sont remarquablement développées. Les Douai la, entre autres, sont très avancés et présentent le vrai type du trafiquant indigène; mais à l'exemple des autres peuples, ils essayent d'établir les monopoles. Sous le rapport de l'astuce, ils sont probablement surpassés par les actifs Bangala. C'est dans les régions très commerçantes que les naturels ont les meilleures chances de progrès. Mais ce [)rogrès exerce en même temps une influence réactionnaire, l'individu devenant indépendant de l'auto-

rilé ceiilnile : c'est pour([iioi les divei'ses organisations politiques indigènes sont moins stables sur la côte de l'ouesl que ne le sont celles de la cote de l'est; de plus, les enseignements des missionnaires chrétiens ont eu forcément pour elïet de dépouiller le chef indigène du caractère sacré (jui s'attache souvent à sa personne; et, bien qu'il soit toujours le grand prêtre, il n'est plus entouré du même respect craintif qui l'accompagnait autrefois. D'autre part, l'enseignement chrétien a développé chez les naturels un degré de culture intellectuelle plus élevé qui, mettant tout à fait de côté la faiblesse de leur caractère, aurait pu donner des résultats durables sans l'intluence funeste et démoralisante des trafiquants sans scrupules et l'introduction du commerce des alcools qui a remplacé la traite des esclaves.

Si l'on calcule dans quelles proportions la traite des esclaves sévissait autrefois sur la côte de l'ouest, on ne peut pas supposer que depuis son abolition (qui a complètement ruiné le trafic organisé des caravanes), l'esclavage ait été sérieusement atteint (ommc institution. Il y a des nègres qui se considèrent encor*' conmie esclaves. 11 est à lemarquer que, tandis (jue les peuples les plus avancés tels que les Foula et les Maures traitent fort mal leurs esclaves, ceux qui sont de condition très peu au-dessus de leurs esclaves, les traitent avec la plus grande douceur. Il y a des esclaves dans toutes les familles de la côte de l'ouest ('), et l'achat des femmes comme épouses est

('; l);ms l«*s contiM'es plus «'-loi^iin's d»- rinliTicnr. 1rs razzias d'esclaves sunl eiicon- la lualcdictioii des iiidigriius, qui suiil cuIcncs

une couluiiic plus m vi«j;ueiii' dnus celle région que partout ailleurs m .\rii(|ue. I^es t'eimnes sont une denrée in;irch;in(l«* de la plus haute valeur et, l)ien que la polygamie (') s'exerce sur une vaste échelle, les feuinies ont leurs droits. Le [Y Ual/ei cite la cote ouest de l'Afrique comme étant la contrée du Droit des Femmes. Si, <lans les familles, les esclaves sont bien traités, ceux (]ui tiavaillent aux cham()S sont considérés comme des animaux.

Les armées organisées se trouvent dans le Dahomey, où les feuimes sont les meilleurs soldats, et chez les Achanli, les deux seuls rt>yaumes fondés par les nègres en Afrique. Les fameuses gueri'ières amazones ne se marient pas; elles sont considérées comme des honnnes et occupent, dans le palais du roi, des casernes où elles sont servies [>ar des eunuques.

L'agriculture est généralemenl l'occupation des indigènes, sauf pour les populations de la côte qui, [)ar le fait même de leur situation, se livrent plutôt à la pèche, aux opérations commerciales ou à la récolte des graines oléagineuses. Les Krou (Krou-boys) sont parents des marins indigènes qui ont été entièrement formés par les Européens; tous les navires qui font la côte les em[)loienl comme matelots, pour ménager les forces de leur équipage sous un climat meurtrier pour les Européens.

Sur la côte nord-ouest, au sud des États mahomé-

r[ «■xp«Mli»s ilans !«' .Soiiil;iii cl juscju'aii Marof. La côte flu liéniii est exposée à ces razzias.

(') Il est établi <jiie le roi des Achanli |M'ut en a>oir ."),.").".">, mais pas plus.

tans, se trou veut des peuples de laee iièi^re (pi'il n'est pas lacile de classer. Les Ouoluf et les Mandiiii^ues j)résenlent les types nègres, mais des types très modiiiés par le niélanij;e avec une race plus noble. Les caractères de la race purement nègre s'elTacent, en ellet, de plus en plus, à mesure <pie Ton avance dans rintéiieur. Sous heaucoup de ra])ports, les nègres païens du Migei-Benué sui'passent leurs voisins mahométans, aussi bien dans la construction de leurs huttes que dans les travaux agricoles; leurs arts industriels sont également bien plus avancés. C'est là un phénomène assez curieux, puisque l'Islam prétend élever le niveau moral des peuples païens.

Partis du niveau le plus bas de culture indigène, les Foula ont su, par leurs aptitudes et leur persévérance, atteindre Je niveau le plus élevé ; mais ceux qui sont restés pasteurs sont encore en arrière des autres peuples sous ce rapport. Comme conquérants, les Maiidingues viemient les premiers après les Foula, mais aujourd'hui leur suprématie est affaiblie et, euxmêmes, sont dispersés, bien qu'à l'origine ils étaient les plus puissants du nord-ouest de l'Afrique. Antérieurement à la domination des Foula, ils étaient, en eflet, le peuple prépondérant de cette région. Les Haoussa ne sont peut-être pas aussi intelligents que les Foula ou les Mandingues, mais leur passé a été très glorieux et leur inlluence a dû, jadis, s'étendre au loin, si l'on en juge par leur langage très répandu. Dans le noid, juscju'au plateau d'A/ben, c'est la langue dominante, bi<'n que les Touareg y lèguent depuis un tenq)S innnémorial ; c'est également le langage usuel

— If) —

dans toutes les vastes i-{''l,mihis du sud (jiic l'on a|>|M'llt' les r^tats liaoussa. On le {larlc aussi, (-oininc lani^MK' cominert'iale, sur le cùlv ouest du Niger et au delà. Pai' leur activité, leur ordre, leur prohité, les liaoussa gardent l'einpiM^inte d'une civilisation ancienne. Nousnièines, nous les enn»loyons avec succès dans la police: sur les territoires du Niger, ce sont d'excellents pasteurs, llolilfs estime certainement les liaoussa, au point de vue tlu développemeni intellectuel, comme sn|^»''ri«'ui's à tous les peu[)l('s entie le Nigei* et la Béncnié.

Le besoin de cohésion, el la faiblesse des liens politiques, sont la caractéristique des nègres <lu nordouest de l'AlViijue, ce qui fait (ju'ils sont tondjés comme une proie facile entre les mains de leurs conquéiants. La première and>ition d'un Maure ou d'un Foula est de posséder un troupeau d'esclaves, ce qui, dans certains cas, est devenu le [)oint de départ d'un i]Uil. Il est vrai que tout Foula errant dans le Soudan occidental est une graine de domination future sur les |»euples noirs. Comme les Arabes de la cote de l'est et les juifs de quel({ues régions, ils s'insinuent dans les positions d'inlluence. Seules, les tribus de l'intérieur, qui sont protégées contre la dispersion, échappent à ces éléments désagrégeants. Les classes dirigeantes de cette région sont naturellement les Mahométans. Rohlfs estime cependant qu'entre le Niger et la Henné, ils ne forment qu'un tiers de la population. Les Mahométans, dont l'autorité est reconnue, sont uniquement ceux qui habitent les villes, ou les Foula et les Mandingues nomades qui

viennent du nord. Pour les Foula, la propagande est le moyen et le l)ui : la conversion à Tlslam et l'enrichissement du propaii;ateur sont naturellement syno*nymes.

Que rislam ait eu sur le développement des indigènes convertis une influence importante, ceci n'a pas besoin d'être démontré. L'Islam a déraciné bien des herbes vénéneuses dans les champs païens et les a remplacées par de bonnes semences : il a surtout combattu les croyances au diable, les superstitions et le fétichisme. Au point de vue superficiel, l'Islam a certainement amélioré le nègre. Les Ouolof, peuple faible, témoignent de ces influences relatives du christianisme et de l'Islam dans les contrées où, comme à Gorée et à Saint-Louis, ils se sont trouvés en contact avec les Européens et les Arabes. Tout en apprenant les métiers des Européens, ils ont gardé leurs coutumes et leurs mœurs propres, tandis qu'ils ont promptement subi l'ascendant des Arabes et se sont assimilés à eux.

Nous en avons dit assez pour tirer nos conclusions en ce qui concerne le développement intellectuel, moral et matériel des indigènes de l'Afrique. Nous avons vu comment, à l'étal sauvage, le nègre mène une vie facile et indolente. Enfant de la nature, il se contente d'en recevoir ce qu'elle lui accorde si libéralement, sans éprouver le désii- de se dégagei' de sa tutelle. II a certainement le sentiment confus d'une puissance supérieure et d'un inonde innnatériel, mais .son intelligence, non développée, donne à toutes ces idées une interprétation fantastique et myst(''rieuse.

Son csiuil oiivoil :i Joules I(*s im|HVSsions, et sa nature ass<)uj>li<' à l'ohôissaïue passive par les rudes conditions de sa vie sociale, le pi'édisposenl à subirles inilucnces propirs à relevcM- son niveau de culture, (jue ces inilucnces soient indiijjcnes ou étranij;cres, pourvu (|u'elles conviennent à sa nature particulière. C'est ainsi que les j^rands royaumes l.ounda, Zoulou, Oii-iianda du centre et du sud ceuli'al de rAlVicjue ont été fondés par le génie de chefs indigènes ({ui ont su dunnei- à leurs Klats un certain degré d'unité, de densité et de cohésion. A la rnoit de leurs chefs et en l'absence de successeur\s capables, ces royaumes se sont gra<luellement désagrégés; néanmoins, si barl)ares <]u'ils nous paraissent, ces peuples ont devancé leurs fr-ères indigènes dans la voie du progrès et de la civilisation. A un degr'é inférieur, nous avons vu les tr'ibus faibles concjuises et absorbées, chassées ou dispersées par des tribus plus fortes; ces dernières étaient des tribus de pasteurs, menant sur les plateaux salubres une existence plus saine, plus vigoureuse et |)lus libre, ou bien appartenaient à une l'ace plus énergique et plus forte.

Les exemples cités plus haut sont les meilleures preuves que l'intluence tr'oublante du contact européen ou étranger n'a pas joué un rôle si important dans ces royaumes irrdigènes du centre (\ue sur les côtes on dans le nor'd et le sud de l'Afrirjue. Cette iniluence qui sest ré[)andue comme un courant éleclri(|ue, fera l'objet du chapitre suivarrl. En général, cela a été une force spirituelle : l'Islam a été le lluide positif et le (]hrislianism<» le llnide négatif. Le grand

royaume Mandingue et les autres royaumes nègres de l'ouest do rAfri(jue, le Dahomey et les Aclianti, ont trop sul)i celle inlluence pour parler de leui* avancement en dehois d'elle. Quant à la république de Libéria, elle a été fondée par des agences étrangères et peujdée d'esclaves libérés; aussi n'est-elle pas à citer comme un exemple de civilisation indigène libre de toute entrave; mais, au point de vue expérimental, c'est naturellement plus instructif.

La traite des esclaves et tout ce <ju'elle entraîne, l'introduction des alcools falsifiés ainsi que l'importation des fusils et de la poudre, le mouvement conquérant de l'Europe, d'une part, et, d'autre i)art, l'Islam, tous ces éléments divers sont si intimement liés à la vie et au développement des indigènes, que tant que nous ne les aurons pas examinés à fond, nous ne pourrons pas apprécier exactement les forces (jui agissent pour le bien ou pour le mal de l'Afiique. Il est à propos de faire remarquer ici, d'après tout ce (jiie nous avons vu de la culture des indigènes en général, que la polygamie très répandue, les dispositions naturelles du nègre à la vie indolente et facile, sont des causes qui favorisent toutes les inlluences extérieures, du moment (ju'elles ne sont pas antipathiques à leurs instincts naturels. En un mot, et au risque de faire une comparaison injuste, si nous admettons comme principe du (^ilirislianisme le sacrifice de soi-même, et comme principe de l'Islam l'amour de soi-même, nous comprendrons immédiatement que l'Islam l'emporte sur le Christianisme.

Kiilif le Soudan »'l la coloni*' «lu (lap, dans les it'ij^ions hahitées par les Haulou |>aïens, nous U(»uv(uis (les ualuit'Is (|ui, dans leur état priuiitifcl liluc, iToiit fait que peu ou pas de progrès; ils sont restés dans un étal |dulùt statiouuaire. Cependant, lorscpie, pai' le lait de leur natui'e iin|)ressi<>niialde, ils sont tombes indivi<luellenient ou collectivement sous la domination de tribus plus fortes, ils se sont promptement assimilés à elles; mais cette fusion ne les a naturellement pas menés à un degi'é <le développemrnt jdus élevé que celui (ju'avait atteint leuis eon(}uéranls.

I /absence de cohésion politi(|ue [)armi les Bantou les livre presque sans résistance aux Européens. C'est pour«|uoi les obstacles que rencontre la domination européenne sont faciles à vaincre. Connue pionniers de la civilisation en Afrique et surtout dans les reliions païennes, il est de notre devoir d'y inq>lanter la civilisation à laquelle nous sommes parvenus nousmêmes, mais en l'appropriant à son nouveau milieu. Nous devons faire monter les Africains jusqu'à nous, ou descendre jusqu'à eux; ce dernier cas se présente malheureusement trop souvent. Les droits des indigc'ues doivent être respectés, certainement ; mais, tout en respectant les droits des indigènes, il ne f:iut ce[»endant pas risquer de nous laisser entraîner par le sentiment, lorsque ce sont des mesures radicales qu'il faut employer. Comme le professeur Huxley le fait très justement (') remanjuer, le tigre a le « droit naturel » de considérer l'homme connue .sa proie,

(') Mneteenth f'rntunj. féM-it-r iS'.tO.

mais riiomme a (''2:alement le droit de défendre sa vie. Il est par conséquent logique de conclure (|ue si nous considérons coinnie un devoir de porlei- la civilisation dans ces parties du monde où les circonstances nous ont conduits, il peut devenir utile à la réalisation de cette id('e (pi'un petit nombre souffre pour tous les autres. Ce n'est pas que nous soyons dilliciles sui* ce point, bien au contraire. Mais notie responsabilité est doublement engagée (juand nous employons la force lorsque la persuasion ne réussit pas : nous devons |)i'atiquer ce que nous enseignons. Si nous supprimons la traite des esclaves comme une chose inimmaine pour nos protégés africains, nous devons également supprimer le trafic des spiritueux et surveillei- rigoureusement l'importation des armes et des munitions. Notre devoir sur ce point est clair : ce serait une insigne hypocrisie que d'adopter une mesure et de négliger les autres. En poursuivant une politique de courte vue comme celle-ci, nous finirons nous-mêmes par être les victimes, car les intérêts des indigènes et ceux des Européens sont identiques autant que la moralité publique est engagée. Les demi-mesures ne sont pas [)ossibles; suivant que nous accepterons ou que nous éluderons nos lesponsabilités, nous entraînerons ou l'assimilation ou l'extermination des indigènes placés sons notre autorité.

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