‹ Le développement de l'Afrique; traduit de l'anglais sur la 2e édChapitre 17 sur 33 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Islam et Christianisme.

Forces rivales. — Leurs armes. — I.a croix cl le croissant. — Disposilions lie leurs forces. — Premiers temps du (!l>ristianismc. — Le courant île l'Islam. — Derniers eU'orts du (ihristianisme. — Extension (le l'Islam. — Islam : Première phase de la conqu«''te. — Islam : ncnxicme phase de la conquête. — Islam : Troisième ph.ise de la conquête. — Limites méridionales de l'islam. — Cohésion des forces Miahométanes. — Avant-postes de l'Islam. — Récentes hostilités. — Forteresses de l'Islam. — Soudan. - Haut Nil. — Ou-Ganda : Ln champ de hataille moderne. — Mnrlvrs Wa-Ganda. — .luifs. — (".optes. — Phases de l'entreprise des missionnaires chrétiens. — Sphères de l'entreprise des missionnaires chrétiens. — Missions de la côte occidentale. — Champs de missions du sud africain. — .Missions de lu côte orientale. — Autres sUitions de missions. — Nombre des stations de missions, des missionnaires et des indij^ènes convertis. — Itésullatsde l'entreprise des missionnaires. — Méthodes n'spectives adoptées par l'Islam et par le christianisme : vue comparative. — Jufjements en faveur de l'Islam, — Jugements contre l'Islam. — Opinions diverses. — La preuve examinée. — Résumé. — Conférence antiesclava^^isle 1889-90.

Parmi le.s Inices (jiii liilicnl coiili'e la barbarie et qui sont les plus puissantes dans le développement de la civilisation en Afrique, il n'y en a pas de comparables à la propagande de Tlslam et à l'entreprise des missions chrétiennes. Des deux côtés, les moyens et le

l)iil sont beaucoup les mêmes. Les propaii^aleuis de rislam qui, dans leui' propre intérêt matéiiel, ont im[)osé leur autorité aux populations païennes, ont été inspirés dans leur œuvre par une foi égale à celle des missionnaires chrétiens; le commerce et la conquête des Européens ont suivi ce courant, qui va toujours !j:randissant.

L'islam ou l'inlUience arahe nous semble avancerl'épée d'une main et le Koran de l'autre. Le Cliiistianisme ou l'inlluence européenne apparaît aux indigènes avec l'épée ou des traités d'une main, et de l'autre avec une Bible ou une caisse de genièvre. Il est inutile de discuter sur la comparaison, elle est juste et loyale. Nous devons nous juger comme les autres nous jugent, d'après nos actes, et non comme nous nous jugeons trop souvent, sur nos professions de foi. Depuis le temps où le prince Henry le iNavigateur envoya ses vaillants capitaines à la conquête de mondes nouveaux, jusqu'à la fièvre coloniale qui sévit de nos jours, toutes les nations européennes, si nous voulons les croire, n'ont eu qu'un but philanthropique dans leurs tentatives de civilisation. La civilisation! Grand mot f) trop souvent sur les lèvres des Européens, qui cherchent à cacher leurs projets égoïstes sous le couvert de la [)hilanthiopie. Ouelle civilisation avons-nous introduite en Al'ri(jue,eten(|uoi avons-nous amélioré le sort de nos frères africains?

Notre but sera d'approfondir cette question, tracer

(') Le |)ro{j;ri's rt le (li-M-luppciiHiil sont les iili'-cs ruml;iiiiciil:ilrs conlciuu's «lans !<• mol <ivilis;iti<tii. (Ju/m. Ilisli)iic ilr ht cin'lisa lion.

les proj^rôs de l'Islani et de riiillueiice ai"al»e, ceux du Clii'isli.inisine et de rinlliiciiee «Min>p('M'nne, css.iyeirnliu de découvrir les nioyciis |)ar l('S(ju«'l.s ces deux éléuieuls ont c(>nd>allu et su|>|daiM('' le pajjjaiiisine et la Itailtarie. Un nous anèlanl sur Icuis ini'lliodcs et sur les l'ésullals que chacune d'(dles a donnés, nous serons mieux en situation jmuii' a|»|»ré<ier justenienl les mérites resjx'ctirs de l'Islam et du Clii'islianisme dans leur entieprise |)our anienei' les populations de rAfi'icjue au nivivui de la civilisation du xixVsiècle.

Sans prédire exactement une croisade chrétienne ou musulmane en Afrique, il est évident que ces deux éléments antai^onisles sont tenus de se combattre partout où des rivalités de territoire pourront être soulevées. L'Afrique est destinée à devenir le principal, sinon le dernier champ de bataille de la croix et du croissant.

Toute la partie septentrionale du continent a été occupée ou dominée pendant dix siècles par les forces compactes de l'Islarrr. Dans le sud de l'Afrique, le Christianisme a une base solide, bien (|ue plus restreinte; et, puissamment renforcé à l'est et à l'ouest, il s'est hardiment avancé au milieu des populations païennes de l'intérieur. Quebjues escarmouches ont été échangées avec les avant-postes; mais, pendant l)lusieurs générations encore, nos forces ne nous permettront pas de prendre une position assez redoutable pour engager une action générale.

Malheirreusement, les forces de l'Islam oflrent beaucouj) d'unité dans leur ensemble, tandis que celles du Cirristianisrrre sont rrrirrées par de lVé(pientes dissen-

sions ('). La preiiiière Église cliiétienne est un exemple de celle désunion. Les juils sédentaires ne lurent certainement à aucune époque animés de l'espiit de propagande, mais ils ont toujours vécu comme ils vivent de nos jours, dans une exclusive communauté. En Cyrénaïque, cependant, à l'époque de la civilisation phénicienne, ils émigrèrent en grand nombre et à de grandes distances jusque dans la vallée du Nil. Les premiers chrétiens, partagés en d'innombrables sectes, étaient en querelles et en luttes continuelles pour des questions de dogmes, et se trouvaient par conséquent dans l'impossibilité d'exercer une intluence quelconque sur ceux qu'ils regardaient comme des païens et au milieu desquels ils tombaient. Aussi, quand le courant de l'Islam transporta sa simple doctrine sur les rives septentrionales de l'Afrique, tout fut entraîné dans sa marche implacable. [1 se répandit jusque dans le désert du Sahara. Mais pendant les douze siècles de sa domination sur le nord du continent, il anéantit toute l'ancienne civilisation dont il ne reste aujourd'hui que des vestiges.

(lette marche de l'islam venant du Nord et de l'Est s'est accomplie mille ans après la chute de la première Église chrétienne. Ce ne fut qu'au xy siècle que l'attention de l'Europe se dirigea de nouveau vers l'Afrique, lorsque les pionniers explorateurs redécouvrirent les contours du continent perdu. Les missionnaires catholiques se mirent à

(') Lu désunion p:iriiii Ic-s uiissions cbrélienneK di* l'Ou-Ganda, nn des chaiiiits l*-s plus glurieiii et les pins iloi'issants du (.lirislianismc en Afrique-, »'sl un Irislc i-xcuipi»^ pour U;s temps niod*-rnes.

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l'œuvre, t'I |t«.'ii(iaiil (|ii('l(|n(' temps obtinrent de hrillanls résultais dans raeeoin[)lissenient de leur haute mission; mais avant la lin du siècle dernier, leur influence était bien tombée. C'est au xi\' siècle (ju'il était réservé de voir d'autres missions chrétiennes reprendre le cham[> abandonné, non seulement avec un nouvel enthousiasme, mais avec les plus vastes desseins. La marche de nos modernes croisés du commerce rencontrera peu d'obstacles jusqu'au jour où leurs forces se trouveront en présence des redoutables remparts de l'Islam.

La propagation de l'Islam, et par suite l'extension de la puissance arabe en Afrique, comprend une période de 12o0 ans et peut être divisée en trois phases distinctes, bien qu'approximativemenl datées. Sa marche actuelle dans le Soudan et dans le pays des Galla prouve que ses forces ne sont pas diminuées dans ces régions, comme elles semblent l'être sur d'autres points du continent. Le Maroc, par exemple, pour employer la comparaison pittoresque et violente de M. Joseph Thomson, n'est plus aujourd'hui qu'une eau morte de l'Islam, slaij^nante, iujpure et malsaine.

La première phase de son extension se place au vu" siècle et comprend une période de soixante ans. En l'an 640, un lieutenant du Khalife Omar, Amrou Ibn al Aassi, envahit l'Kgypte avec une armée de i,()00 hommes et l'année suivante vS'empara d'Alexandrie. Lui et ses successeurs donnèrent un essor sérieux à l'Islam, qui s'étendit rapidement vers l'ouest jusqu'aux rives de l'Atlantique. Bref, il fallut moins de soixante ans aux Arabes pour devenir les maîtres du

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nord (le rAlVicjiie. Les tribus berbères opposèrent bien (pielqiie résistance, et non sans de notables succès dans une circonstance au moins, mais f(nce l«nir lut à la lin d'accepter l'Islam et d'adopter la laniçue arabe. A celle ép0(|ue, la domination arabe fut certainement favorable aux populations indiij;ènes; non seulement on respecta leur liberté relii;ieus(\ mais tout ce «pie l'ancienne civilisation avait de bien fut soiiçueusement conservé, i^es grandes villes furent babitées par des populations induStiieuses et avides de progrès. En dehors des villes, cependant, et parmi les masses, les coutumes berbères furent conservées à un degré de plus en plus accentué, à mesure que l'on s'avance de l'est vers l'ouest : ceci s'explique par ce fait que de l'Egypte à l'Atlantique le nombre des Arabes va en diminuant. A ces époques florissantes, le nord de l'Afrique atteignit un degré de civilisation que l'on ne rencontra pas en Europe, excepté à Byzance; la situation des femmes était infiniment supérieure à ce qu'elle est aujourd'hui ('). Seuls, les peuples nomades et ceux qui vivaient en dehors de l'intluence arabe ne furent pas entraînés dans ce courant de progrès; mais seuls aussi, ils échappèrent au massacre qui suivit au xvr siècle l'invasion des Turcs.

Dans la première phase de son extension, l'inlluence arabe s'arrêta au désert. C'était là une barrière naturelle, s'étendant d'une mer à l'autre; mais cet obstacle même fut vaincu. La seconde phase qui s'étend du

i') l.:i sitiiiilioii <li-s riMiiiiics licrliri'es au Mann c^l aujiMii'il'liiii .sii|icrieiirc à «Tilt: «Irs fitiiiii«-s araltcs. I,cs llrrlii-rcs se (•(iiiltniciil iriiiMseule épouse.

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