‹ Le développement de l'Afrique; traduit de l'anglais sur la 2e édChapitre 18 sur 33 · UA · texte numérisé non relu

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\i au wiT sircir, lui iuauguive par l(.'s grandrs mi^iati«uis <les Arahes de KKi^yple vers l'ouesl. De uoiulircuses Irihus araln-s (''luiî^n'roiil vei's roucsi At^ rArii(|Uo avec tous leurs biens. Les éerivains aial)es estiineul le noinlu'e de ces éini^i'ants à 1 iiiiliioii; d'autres l'avaienl estiuié à '2'')0,()00 hommes seulement, il est |»rol)al)le ijue d'autres Irihus ne tardèrent pas à suivie cette route ouverte au inouveuient uiigraleui-, Pendant un siècle et demi, depuis le milieu du xi'' jusqu'au XHi" siècle, les initiations se continuèrent et allèrent planter les bannières de l'Islam à Songhai et à Kanem, et jusque sui* la côte de l'est. D'après le i)' Lenz (^), les Etats du moyen JNiger sont même restés les princi|)aux remparts de l'islam et le centre d'une civilisation avancée. I^'histoire de Tomhouctou ou Tin-Bouktou, fondée en 1077 par les Touareg, démontre cependant que la marche de l'islam n'a pas été sans rencontrer des obstacles de toute nature. Sa domination sur Kanem vint un peu plus tard. Il est impossible de déterminer exactement si c'est pendant cette période que les Foula sont passés, eux aussi, sous l'inlluence arabe.

Les Arabes franchirent la mer Rouge au vif* siècle, mais ce n'est qu'au ix« siècle que nous entendons parler de migrations importantes, et ce n'est qu'au w" siècle ou même au commencement du xii" (ju'ils atteignirent les conlins de l'Abyssinie. Les traditions Somal donnent à entendre «jue les Arabes s'établirent aussi dans leurs contrées ainsi (jue dans

' riiithnmlnn, vol. Il, p. Iii:».

d'autres parties de l'est de l'Afrique, et guerroyèrent dans le sud contre les païens. Quand, pour la première lois, les Portugais débarquèrent sur la côte, au comniencenieiil du xvr siècle, ils parlèrent des puissants et redoutables chels musulmans du grand « Adal », royaume situé entre ladjouraii et le cap Guardalui.

Dans les xvi'' et xvn' siècles, l'islam étendit son empire sur toutes les autres contrées du Soudan. Dans le kordolan, on letrouve des traces qui prouvent que leur intluence s'était établie dans cette région dès le XIV* siècle, sinon avant. Quant au Darlour et au NVadaï, on ne sait rien de certain, bien que pour les Wadai, liartli pense que l'Islam n'a pas dû y pénétrer avant 1640. Le Baghirmi adopta l'Islam à la lin du xvi" siècle, le Katsena, au xvn' siècle, et les habitants de Kano, un peu plus tard. D'après Hartli, les populations llaoussa seraient restées païennes jusqu'au jour où, forcées par les Foula, elles ont fait une confession publique de la foi qui leur était imposée. Pendant cette seconde phase de son extension, l'intluence de rislam semble donc avoir atteint le 9'' parallèle de latitude nord et s'être étendu au sud, le long de la côte, jusqu'à l'équateur.

La troisième et dernière phase de la marche de l'islam et de la domination arabe a eu son plus grand développement dans le siècle actuel, et c'est à l'entreprise et au prosélytisme des l'oula (ju'on le doit. Au commencement du siècle, leur zèle religieux devint trop grand pour se contenter de fonder des colonies agricoles dans le Soudan central; ils portèrent leurs conquêtes au loin, dans le sud et dans l'est, ainsi que

siii' les rives de l'oeéaii Atliinli(jiie. Après la eoïKjuèle suivit la restaiiralioii. I*ar les opérations militaires des Toula et l'extension du commerce par les llaoussa , les musulmans atteignirent le golfe de Guinée.

Celte propagande religieuse n'apparaît pas seulement sur les frontières méridionales de l'Islani, mais aussi dans le cœui" du Soudan et au nord de l'AIVique. Dans ces régions, rinlluence de Tlslam a été portée principalement par les Senoûsiya, une secte maliométane puritaine, dont les ramifications, bien que disséminées, sont très étendues, étroitement liées et toutepuissantes. Leur discipline sévère et les abondantes ressources dont ils disposent font des Senoûsiya un formidable obstacle à l'entreprise européenne. Ils sont admirablement informés des événements du monde musulman, et n'ont pas le moindre scrupule sur le choix des moyens qui doivent servir leurs intérêts. Tous les ans, le chef actuel de la secte résidant à l'oasis de Djaraboub, piès de l'oasis de Siouah, envoie dans toutes les directions des centaines de missionnaires.

M. Marc Fournel dit (') que « dans le Wadai, le sheikh el Mahdi peut, en (juelques semaines, mobiliser une armée dix fois {>lns forte et plus enthousiaste que celle (jui a écrasé les Anglais et les égyptiens dans le Soudan [sic), et il a été reconnu que sa znwia possède assez d'armes à feu, de fabrication moderne, pour que ses forces puissent se mesurer avec celles

'i L'Afrique explorée et civilisée, lévrior 1888.

des puissances européennes ». Le Wadai est, en elFel, le centre actuel de la propagande nialioniétane et les Senoùsiya y sont tout-puissants ('). L'autorité du sultan indigène s'(ken(l au delà des limites du Wadaï proprement dit. Le D' iNachtigal, l'un des rares voyageurs (jui soient revenus vivants de cette contrée, et aux études duquel nous devons le peu de connaissances (|ue nous ayons, estime que l'autorité du sultan du Wadaï s'étend sur un pays de L")0,000 milles carrés et sur une [)opulation de :2.()00,00l) âmes. Le peuple est l'ennemi des Malidistes et il n'y a pas longtemps que nous avons entendu parler d'une lutte sérieuse entre eux, probablement pour une question de suprématie.

Si intéressant qu'il serait de fixer les limites méridionales de l'Lslam en Afiique, il est évident que les eslimations de la puissance et du nond)re actuel des maliométans répandus au milieu des tribus semipaïennes des frontières de l'inlluence arabe seraient très variées. Cependant, nous pouvons alïiiiner que, dans la carte qui accompagne ce cliapitre (pi. Xi), M. Kavenstein a donné les limites approximatives de rislam dans le Sud.

Bien que nous puissions croire que la cohésion des forces de l'Islam est également grande, depuis le nord jusqu'aux frontières du sud, les voyageurs européens les plus dignes de foi, (pii ont parcouru ces contrées, nous ont signalé de nond)reux points f.dbles; certaines popul:i(i(»ns païennes ont ('cliMppé à riniluence de

l'y Les .Maltii (:uiii|ti'riiii(;iil r:ii'isln(-r:ili<' ilii |):>ns ri :i|i|i:irli<>iiiiriit î\ la secrtc soiioùsiva. Ils |i:ii-|fiit nu hiii^a^'i- •' à |tarl » il. .Miniiii) nu un lan},'afïC' qui n'sst'Uilii»- lifa\niiu|i à crliii des I Tiririis (I.i i-suM.

l'Islam ou l'ont si It'i^j'iciiiciil siiltic, (jii'oii peut dir'c d'elles (jirrlles oui été simplomciil iiiocnléos. l'rciions (HM'l(|ues exemples. Les Mandinmies el les liaitilaiHs du l'outa-Djalloii ont adopté Tlslaui sim|dement jn'o [nriiui, ou ne l'ont pas adopti' du tout (h l.enz). Les Oucdol' et les IJandtai'a sont en gi'ande partie païens (Le nrun-Kenaud). Mais sur la côte de (iuinée, nous tiouvons des mahoniélans dans l'île de Slierbr<»; il y en a plus de 5,000 dans le Sierra -Leone; dans la colonie de Libéria, il y en a jdus <pie de païens, et dans la ville de Lai:os, leur nombre est d'environ 10,00(1. A Hagilirmi, il y a de nombreuses tribus païennes (D' ÏNaclitigal). A mesure que nous avançons dans l'est, la domination de l'Islam devient plus incertaine. Ainsi, dans la régi(Ui des sources du Nil, où les Aiabes ont [)lutol clieicin' à imposer leur su[)rémalie politique (jue l'inlluence religieuse de TLslam, nous trouvons de nondjreuses tribus païennes; parmi elles sont les Denka, les Bàri, les Bongo, les Madi, les Cboiili et les Niam-Niam (^). Les Cbiloûk et d'autres encoi'e ne sont qu'en partie mabométans, mais les liaggàra et les Kaijabicb, à l'ouest du Nil Blanc et au sud du Kordol'an, ainsi (|ue les babitants du Galàbàl et du Tagala, ont tous adopté l'islamisme.

Qnanl aux régions de rArri(jue qui se trouvent au sud des frontières de l'Islam, on peut dire, d'une manièi-e généiale, cpie l'Islam ne les a pas parcourues et n'y a institut' aucune j)ro[)agandr svslt''ni:ili(|ue.

l'i l.<- h' K:il/<'| nous ;(||iniir «l'illlll'i' |ia|-| <|lir la D-^iiiii ilii liiilll Nil l'sl sons la iliiiiiinaliiiri iiniMiliiiaiir.

Quant à la pointe orientale de l'Afrique, nous avons déjà dit que les Soinal sont inahoniélans pour la plupart, et bien que (juelques Galla aient accepté l'Islam, il reste parmi eux plusieurs tribus païennes. Les habitants de (-e qu'on appelle la cote de Souahéli sont niahométans, et dans presque toutes les grandes villes, principalement celles de rAfri(|ue ëquatoriale, nous trouvons des Arabes ou des mahométans, mais qui, vivant en famille et en comnmnauté, n'ont pas d'influence sensible sur les populations.

il est vrai (jue pendant ces derniènîs années nous avons été à même de voir quelque chose comme une conspiration des Arabes ou de ce qu'on appelle les Arabes, car beaucoup d'entre eux étaient simplement des « écumeurs » de la côte de Test, sous le prétexte de repousser l'influence étrangère; mais il est évident que cette conspiration était ourdie simplement dans le but de proléger et de maintenir l'institution consacrée par le temps de la traite des esclaves, et n'était I nullement un mouvement religieux. Dans le haut Congo, dans la région des grands lacs et sur la côte de ' l'est, des conflits de ce genre et suscités par les mêmes motifs, se sont produits dans ces derniers temps, mais on peut les considérei* comme les dernières convulsions de la traite des esclaves et de la domination arabe. Leurs succès partiels prouvent évidemment l'incapacité de l'Iùiiope d'agir promptement et eflica- j cément à une certaine distance de la côte avec les éléments subversifs de la loi et de l'anloi'ité; mais, j; étant donnés les moyens d'action siiflisants, ce sera ' surtoiil une (|ii('^li(tii de temps, rt l'on peut ajiMlter

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une (jiioslion de homio foi de l:i part des n.'itif>iis / européennes pour combattre victorieusement tous ces ferments d'anarchie.

Dans les rëi^ions où l'Islam s'est solideiiimi implanté, la question est tout à fait différente si l'on considère les éléments hostiles à l'influence européenne, et tiop |)uissants poui- la subir (du moins <lans le présent). Cependant, la basse Riçypte, où l'Islam a le plus profondiMuent pénétré, a été et est encoi'ç sous l'autorité sai^e et bienfaisante de la (irande-Fîretaiînp, taiidis (ju'en Algérie ('). la Fiance a su «'tablir la religion catholique; mais comme nous avons eu, à diverses reprises, l'occasion de le faire remarquer dans cet ouvrage, ces contrées appartiennent politiquement très peu à l'Afrique continentale. Pour* assurer sa puissance de domination sur l'Afrique, ce n'est pas sur les rives de la Méditerranée que l'Islam a établi ses forteresses, mais dans le vaste et inaccessible Soudan. Au milieu des Touareg du Sahara, les marabouts sont les missionnaires, les juges et les instituteurs; dans le Soudan, les Foula ont des écoles partout, jusque dans les plus petites communes. Le Koran, la langue arabe et plusieurs traités nationaux sont étudiés; on parle même de bibliothèques comme celle (jui fut découverte à lîornou par le docteur Nachligal, ce qui lait (}ue l'on est foit surpris de la ( ultuie intelh'ctnclb' (jue l'oti découvre dans plu

{' ) V.i\ Wnvv'n', \»' inii/li *•{ l'iinaii nul jj^ii «l'infliicii«f; \r niaruhuitl fil a (Javaiita^'f. <'l et- s(»nl les ItiKiil fiimiiicsi qui tlirijjiMil le inimvemcnt |ian-isl:iiiiist<* ; leur forlc or^Mnisiitinn Irur doinn' la |»ui.s-

sieurs parties du Soudan. Nous avons déjà parlé du dei;r('' do développement des indiiçènes et de l'oii^janisalion des gouvernements du Soudan central et 0((i<lental. Il est certain (pic ces j>liétioniènos polili(pies sont des adversaires puissants de riniluence étrangcre. Mais en même temps, ils donnent l'espoii que, grâce à l'introduction d'un commerce régulier, favorisant les relations européennes avec le Soudan, les populations les plus avancées seront de plus en |)lus enti'.iînées sous notre iniluence. Tous ces peu[>les ne sont [>as des fanatiques, et il y en a peu parmi eux qui consentiront à se priver des avantages matériels que notre contact pourra leur procurer. Les traités que M. Josei>h Thomson a conclus récemment avec les sultans (le Sokoto et de Gando sont des exemples pleins de promesses. Ce n'est ([ue Iors(ju(^ nous [pénétrons dans les régions plus j»riinitives de l'est que nos espérances, sous ce rapport, vont en s'alfaihlissant. D'après Wilson et Feikin, les peuples du Koidofan sont superstitieux et leurs idées religieuses sont des plus incertaines. Mais les fanati(jnes du (jalàbat, les Malidistes, les Senousiya, ceux-là sont des éléments très différents avec lesquels il faut compter. Maintenant qu'Èmin-Pacha a été foicé d'évacuer sa province (') si avantageusement sitin-e en vue des opérations sui* les territoires du liant iNii, nous avons perdu notre dci'uici'e position dans ces r(''gi(»ns, et il faut reconnaîtic (pie l'avenir nous apparaît hien somlne. On g(Mnirait vaiiiemeiil sur les fails

fi) Il \ fs( i-<-|iriiil:iiil rt'lKiinii- <mi I<SÎI:2, iiiiiis ses |il:iiis sniil n-slt-s ini'iiiiMiis.

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;i(((Mii|)lis, mais il laïuiia rfrlaiiiciiu'iil des aiiiiccs de lalKMir cl dos (lépcusps r(»nsi<l('M*al>los pour rocoiivi'cr la |>osiiinii [M'idiic |tai- imiic l'nlic et noire n<'i;lii;eii('(3. l/Ou-danda, doni riiilliiciKO esl si puissantr dans (•«'llo i<''i;i()ii, a ('!('', dans cos dornièros aiMM-rs, le (hanip de hataillc du paganisnio, de Tlslain cl du (Ihiislianisnic; c'osl un ('xeinj)le unique et lypi<lii<' de Taelion coiuliiiur de ces l'orces en Arri(|ue. Des niaichands ai'ahes étaient arrivés à la cour du loi Mlesa plusiouis années avant ([ue ce chef ait, par rentremise de M. Stanley, invité les missionnaires chrétiens à s'installer dans ses Ktats; mais pendant ce temj)S, l'Islam n'avait t'ait (jue peu de |)rogrès, les Arabes étant sui'tout commerçants et non propagateurs. Ils avaient cependant exercé une certaine inltuence et il faut recoiniaître également qu'ils avaient essayé «l'expulser les missionnaires européens; mais c'était uniqu<Mnenl en vue de leurs intérêts commerciaux et nullement pour la foi musulmane, (|u'ils avaient adopté cette ligne de conduite hostile. Mtesa luimême refusa de se soumettre à la religion de Mahomet et hrûla cent de ses jeunes gens (\u\ s'y étaient convertis ('); mais de même qu'il ne fut pas chrétien de cœur, de même son peuple ne se laissa pas iniluenceipar le «ontact avec les étrangers.

(') l.ii |)r:itii|ii*' lie l:i rircoiirisioii, sans lai|Urlli- il n'y a ^nn'-ri- de iniisiilinaiis :nijonr<riiiii, s't-st liriii'tr<> i-niitn; la loi romiflir ilii |)a\s <|ui. tout on pcrnioUaiil lr MHMirlrc, il('^r<>iHl la niiililntimi. Vue cciilaiih" lie j«Miiit's j;<'iis i|iii s'i-laii-iit laissr rirctuirir»' oui rlv Iti'ùlrs par «mii-f <lii r<ii ; litiitrrois. 1rs •■Iraii^^rrs niiisiilniaiis oui n-cu la |M-nnissiuM tl'rlt'MT iMH' mosqiH'f. (Kl isn Un 1 1 s, vul. X. p. t.'.'i.)

:.\()lc (lis Irniliii Iriirx.)

Cependant, à l.i inoil do Mtesa et à l'avî'iHMnenl au tiùne du jeune et cruel M'wanga, nous assistâmes non seulement à une crise politique, mais à l'un des événements les plus remarquaUles et les plus siïjnificatifs pour l'Afrique : cent \Va-(ianda convertis au Christianisme et mourant pour leur foi. C'est un signe des temps des plus caractéristi(|ues et des plus encourageants que ce succès soit dû aux missionnaires chrétiens, il ne faudiail pas en conclure (]ue les missions chrétiennes, catholiques et protestantes, fussent entre elles absolument d'accord; malheureusement, cela ne semble pas avoii' toujours été le cas. Mais après la révolution qui renversa ce roi marionnette, M'wanga lui-même, le massacreur de convertis, invoqua l'appui des chrétiens contre les usurpateurs de son trône, et promit certaines i-éfoimes en échange, pi-omesse que l'on peut d'ailleurs considérer comme absolument illusoire. Cette sanglante tragédie, illustrée par le glorieux maityre de tant d'indigènes convertis, nous offre la preuve d'un courant de progrès qui |)ro(luirait inévitablement des résultats positifs, si rinlluence européenne était plus qu'un mot. Avant de nous occuper des travaux et de la marche des missions chrétiennes en Afrique, nous donnerons un couit aperçu de ce que sont les Juifs «t les Coptes. Je tiens à expiimei* ici ma gratitude au docleui* Oppel, dont l'admirable feuille, hic reliffinscn yrrlinlluissc in Af'rilia ('), m'a ('*t<'' «l'un si iiraiid si'cours duiis \.\ composilion d<* <«'

(V) /rilsrhrifl ilrr (icsilhchnll fur l.nlLintilr :it Krrliii (IX.S7).

(hîipilie, (jiie j'ai pdiir ainsi diic ('ciil sous sa dictée (').

Endf'pil dp l'étal d'oppression dans lequel ils vivent, le noinhre des Juifs auij:nienle tous les jours; mais dans le noi-d de l'Afrique ils n'exercent aucune inlluence. Au Maroc, où ils sont très répandus, surtout lians les villes de la cote, ils mènent, comme artisans, une vie très lahorieuse; ailleurs, ils font le commerce. Eu Aliçérie et en Tunisie, leur situation vis-à-vis de l'administration fran(;aise a été améliorée; dans les autres parties du continent, ils semblent menei" une existence isolée mais lieureuse.

Les Coptes sont s[)écialement répandus dans les villes du nord de la basse Egypte, à Syout et dans d'autres centres de populations. Il y a ou il y avait à Khai'loum une église copte. L'Eglise copte, celte veuve de l'Kglise chrétienne, est aujourd'hui très corrompue; MU p.nit en dire autant de sa fille, l'Eglise d'Abyssinie. (l'est au IN'* siècle que le Christianisme s'établit en Vbyssinie ; il y lit d'abord de grands progrès, mais aujourd'hui, dans sa forme dégradée, c'est à peine si l'on Fetrouve des traces de la foi [jrimitive : les inlluences païennes, juives et mahométanes sont partout ap[>arentes. Les innombrables églises et monastères, les prêtres, les moines et les nonnes tendent à mainlenir en Abyssinie les formes extérieures du culte. Mais les jésuites pas plus que les autres n'ont jamais fait sur ces populalioiis une impression séi'ieuse.

' l)<|iiiis i|ii<- ce rli;i|)ili-<' ;i «'-If «'cril, Ir l*"^ (iiisl a imlilii- dans stm {frira Hnlirint mu- l'-linlf des plus iililrs ri des phis clain-s sur les missions m Afiiinu", iirrninpajpMM' d'une grandi' raid-

C'est ainsi (|iie nous rencontrons clans le domaine de rjslain des oasis éparses de sectes chrétiennes qui ont eu à soullVii* des condilions déravorahlcs de leur enl<»uiai;e. Toutes les tentatives pour iiiiplanler ou l'aire revivre IcCJiiislianisiue dans le nord de rArri(pi(' (uil éehou('' jus(prà piésenl. Il nen est pas de même si nous entrons sur les territoires païens, où les missionnaires ehétiens ont suivi la roule des découvertes et des établissements européei\s.

L'entreprise des missionnaires et les découvertes géoij^iapliiciues dans l'AI'rique équatoriale et méi'idionale sont inséparahlemenl associées et peuvent être divisées en deux phases distinctes. La première phase est exclusivement restreinte à l'entreprise de l'Kglise catholi(|He dans le xvf siècle; la seconde phase, et la plus imjiorlante, (pii s'étend du siècle dernier jusqu'à nos jours, comprend la fondation et le développement des autres missions chrétiennes en Afrique. Dans la pratique, toute l'Kurope catholique et protestante, aidée de l'Amérique du Nord, a pris part à ce mouvement dont nous avons maintenant à envisager les progrès et les résultats.

Tous les premiers navigateurs portugais prirent avec eux leur complément de prêtres et de missionnaires. Après le voyage de Diego Gào (liSi), celui qu'on appelait le roi du Congo re(;ut de nombreux fianciscains et dominicains, et le roi du Bénin demanda également des missionnaires pour son peuple. Les missions qui essayèrent de conquérir la Guinée supérieure firent beaucoup de conversions, ni;iis les perdirent toutes (piand les ('tablissemenls

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j»()rlui;;iis luieiil ahaïKlomiés ; el ce scml>laiil d»' succès Icmporairc fui hcaucoup plus le i«''sultal d'imr inauM3Uvrc |)olili(|U(; des clirfs iiidigcucs que la < oiiviclion relii^icusc. Mais ou rcvauclie, daus 1«^ royauinc du (iougo, le Cluisliaiiisuie s'ctahlil solidcuout de luiluèuie. D'après NVerucr, le diocèse de Mhazi (Sau-Salvador), couiprenaut les royauuies du Congo, d'Angola • l de lîenguela, fui étaldi par le pape Clément VIII, en l.V.U). Les premiers succès de l'Kglise catlioli(jue semblent avoii* été remar(|uables, si l'on s'en raj)poite aux récils jnibliés à cette époque; mais il est certain (ju'ils diminuèrent considérablement avec le déclin de la domination portugaise et la dissolution de l'ordre des jésuites en 1775. On y comptait, parait-il, 700,000 nègres chrétiens ; mais en I8o4, lorsque ijvingstone visita Angola, il trouva les monastères déserts, bien qu'à sa grande surprise beaucoup de nègres savaient lire et écrire. Aujourd'hui, toutes les traces du Chrislianisuie se son! perdues dans le paganisme le plus grossier.

Dans la i>remière époque, le Cliiistianismc semblait également avoir pris pied sur la cote de l'est, entre l'embouchure <lu Zambè/e et l'écpiateur; mais les données sur son extension et ses succès font défaut. Des missions furent établies dans le Soudan, au Sénégal, dans les îles Maurice et de la Réunion, mais ce n'est que dans cette deiiiièr(» ([u'cHes recueillirent quebjues succès.

De nouvelles missions catholiques furent établies entie les années 1707 et 1829. Mais pendant cette période, les missions j)rolestantes étaient entré'es en

campagne. Le pieinier inissionnaiie hollandais débarqua au Cap dès 1665, et beaucoup d'autres suivirent; mais ce ne fui qu'en 17o7 que les missions proleslanles se mirent sérieusement à l'œuvre, non seulement au (!ap, mais dans la Guinée supérieure. La première église indigène du sud de l'Afrique fut bâtie en 1800 ; c'est de cette époque que date la fondation positive des missions qui régnent sans partage sur toute la colonie du Cap et au delà.

Les sphères dans lesquelles les missions chrétiennes ont élé et sont encore le plus actives sont : !" Dans l'ouest africain, les terres cùtières et les territoires situés à quelque distance dans l'intérieur entre la rivière du Sénégal et le Cunéné; là" dans le sud de l'Afrique, sur tous les territoires situés au sud d'une ligne idéale partant du Cunéné et allant au Limpopo; 5" dans l'est de l'Afrique, les terres côtières allant du Limpopo jusqu'à l'Abyssinie et la région des grands lacs; 4" le nord de l'Afrique. Pour plus d'exactitude, nous devrons ajouter aussi : 5" les missions qui ont surgi spontanément dans la région des découvertes du bassin du Congo. Chacune de ces splièies peut être brièvement examinée.

A l'exception de la cote d'Ivoire ('j, toutes les régions populeuses de l'ouest africain sont parsemées de stations d«' missions. A rexce[)tion des anci<'nnes sphères calhcjliques, partout les. sociétés anglaises pr«''dominent, bien que dans la (Ruinée supérieure beaucoup d'entre elles soient américaines ; les sociétés allées bu CUp fies l'iiliiiis an r;ij» <Jes Trois-l'oililcb.

iii.'iiides (lëploieiil une grande activilé sur la cùle (i'Ui', la côle des Esclaves et le (Cameroun. Il serait trop loii^' d'eiilrer dans plus de détails, et il est inutile d'enliepiendre I enunicration des conversions revendi(|uées par- chaque mission. Suivant les conditions pidiliques dans lesquelles ils agissent, chacun des partis religieux reven(li(|ue des succès plus ou moins [)i'oblémali(iues, mais dans tous les cas sérieusement disputés de part et d'autre. Si leurs ellorts n'avaient pas été entravés par les rivalités politiques et l'avidité meicanlile des Européens, il est évident que le progrès des missions chrétiennes dans l'ouest africain aurait été beaucoup plus marqué qu'il ne l'est; mais ce n'est pas sur les missionnaires que l'on peut faire retomber la responsabilité du résultat négatif de leurs ellorts.

Le sud de l'Afrique peut être regardé aujourd'hui comme une terre chrétienne ; environ la moitié des stations de missions de l'Afrique y sont localisées. Ct'lte région peut être considérée comme la plus favoiable au développement et au succès des missions, grâce aux conditions plus stables de l'autorité administrative.

Bien que certaines contrées de la côte de l'est aient fait paitie des premières possessions portugaises en Afrique, l'œuvre de leurs missioiuiaires n'a pas trouvé la le dixième du succès qu'elle a rencontré à Angola, linéiques entreprises chrétiennes dans l'est de l'Afri- (jue ont été l'œuvre d'autres nnssions venues plus tard. Dans la province de Mozand»ique, nous ne voyons pas trace du succès des njissions, mais au contraire

les témoignages de leur échec sont apparents. L'enlre[>rise des missionnaires des autres nations a tenté de se l'iayer un clieniin dans rinléiieiir par les terres côtières, entre l'emboucliure du Zandjèze el le port de Momhaza, mais surtout |)ar la côte en face de Zan/ibai-. Ses succès sont loin cependant d'avoir été aussi grands (]ue ceux des entre[)iises similaiies de la cote de l'ouest et du sud de l'Afrique; on peut dire, en un mot, que cette entreprise a à peu près éciioué. Les raisons de cet échec relatif peuvent être attribuées aux faits suivants : 1" la cote de l'est a été pendant longtemps sous l'inlluence mahométane; 2° les missions se sont lancées dans l'intérieur comme en partie de plaisir d'exploration, sans s'être préalaldement assurées d'une base solide sur la côte; 5" avant ces derniers temps, l'inlluence européenne ne s'était pas établie dans un poste quelconque sur le continent ; A° les naturels de cette région sont plus bellicjueux, plus énergiques et plus indociles que sur la côte de l'ouest et dans le sud de l'Afrique ; 5° enfin les annexions totales de territoires ont éveillé les méfiances de tous les Européens.

Dans le voisinage des grands lacs, et surtout dans la contrée du Nyassa, les missionnaires anglais et écossais se sont établis dans de fortes positions. Pendant longtemps, leur bienfaisante autorité fut paralysée sinon combattue pai* des complications jtolilirpies, mais une ère nouvelle de prospérité s'est ouverte aiijonrd'lmi dans TAfrirpie centrale anglaise. Dans l'est africain anglais, le !)' James Stewart s'occupe de fonder un •'•lablissement d'i-diicatioii tenu |»ai' des mis-

sionnaires, sm* le iiioilcl»' de celui de L(»W(Ial<% dans If sud <l(' rAlriquc. \):\\\s Ir l»assiii du (loiii^o, IVnlrcjuisc des iiiissioiiiiaires en est encore à ses déJMils, et |)ar <'nns«M|iiont dans la pt-i'iodo d'oxjdoration. Dans le noi-d de rAIViijue, los missions sont principalcnicnl <atli<di<|ues, re (jui s'explique par les conditions polili<jiies de ces régions.

Les stations catlioli(|ues en Afrique sont au nond»re de 2.%(>, les missions pioteslanles au nombre de 000. Mais, de même que |)our le nomlne des convertis revendicpiés par chaque clan, il serait [)lus prudent d'invoipier les statistiijues. Le D' Oppel atfirme que |>endant ce siècle mw moyenne de 10,000 indigènes, cha(|ue année, se sont convertis au Christianisme. De son côté, le (Jninli Missionani Clcaner, de février 1800, fait observer <jue : « En 1885, deux sociétés américaines publièrent des statistiques de missions protestantes étrangères, basées et développées sur les tables compilées par le D' R. Grundemann. Ces tables donnaient pour l'Afrique 000 missionnaires, 7,000 instituteurs indigènes, .">70,000 indigènes adhérents, lOO,OUO comnmniants, 100,000 élèves. Mais dans celte statistique, il faut comprendre Madagascar et probablement aussi une bonne partie des colons du sud de l'Afrique. Le nondire des missionnaires se réduiiail ainsi à oOO,et tous les autres chiiïres seraient diminués de moitié. .Nous devons nous estimei' heureux (|ue les missions chrétiennes, conq»renant les œuvres de prescjue toutes les nations de l'Lunqie et du ii<»i(l de rAméri(|ue, aient fait de nond)reuses conversions parmi les indigènes et aient pu «'-tablir des

stations et élever des ésjlises dans toutes les résions de TAIrique équatoriale et méridionale, dont l'accès nous est ainsi ouvert aujourd'hui.

Notre lâche est maintenant de préciser autant que possible les résultats de l'entreprise des missionnaires.

A Madagascar et dans le sud de l'Atrique. les missions ont fait de grands progrès; dans l'ouest, ces progrès ont été modérés, dans l'est, très faibles, et tout à fait nuls dans le nord du continent. Tel semblerait être le résultat général, d'après le D' Oppel : il expliquerait cette inégalité dans les progrès du Christianisme par ce fait que les populations qui avaient vécu longtemps sous l'influence de l'islam ont été difficilement impressionnées par le Christianisme qui, de plus, a rencontré, dans l'hostilité des chefs indigènes de ces contrées, un des plus grands obstacles à sa propagande. Cette dernière conclusion est assez juste, mais la première n'est pas absolument exacte si. comme le iy Blyden '^) nous l'assure, tous les mahométans ne sont pas des fanatiques. Pour la majeure partie, cependant, l'opinion du D'^ Oppel peut être considérée comme digne de foi. C'est surtout dans les contrées païennes où le Christianisme a remporté et doit remporter encore le plus de succès. Les peuples opprimés et dispersés de l'Afrique sont naturellement plus

' Nous accueillons cette prudente appréciation, qui n*est pas le fruit de lectures faites au coin du feu, mais le résultat de voyages :i traders le inoudc, «l qui nous démontre que l'œuvre de l'islaui. quelle qu'elle ait pu être dans les autres pays, a été en Afrique une leuvxe préliminaire cl préparatoire... Les mahométans, autant que nous les avons observés, sont tolérants et accessibles, désireux de ^'in^tnlil•<• «t de <^- p«Tf»N"li«jnner. d'où que b-ur viennent les moyens. Chri*iiunity, Itlam and ifu: Mcgro Race, p. 2$.

— ni» —

accessibles que (eux (|iii vivent sous une autorité forte et despotique. Mais, iiHlépendainiiieiit (Je la situation des peufdes indi^'ènes, les pi in( ipales garanties du succès des missions chiëliennes sont avant tout l'apimi sérieux d'un jçouvei'nenient fort. La s<*{ulité de la vie et de la propriété, de justes lois et de bons exemples sont des facteurs qui, plus que tous les autres, répondent du succès des missions. Ces conditions semblent s'améliorer tout autour de l'Afrique; à part quelques déplorables exceptions. Dans le sud et l'ouest africain, ces conditions ne sont pas moins manifestes, bien que d'importance différente; et dans l'est du continent, elles sont un peu meilleures qu'elles n'étaient. Mais, tant que l'autor ité mahométane sera tolérée dans le nord de l'Afrique, le Christianisme ne peut pas compter sur- beaucoup de progrès. Le paganisme se retire tous les ans de plus en plus dans l'intérieur. Bien que numériquement supérieurs et plus facilerrrent a( clirnatés, les Arabes ne peuvent pas disposer des moyens que les Européens ont à leur service. N'est-ce donc [)as simplement une question de temps pour que l'Europe chrétienne parvienne à imposer sa domination et sa croyance sur la plus grande partie de l'Afrique?

Nous marchons sur un teriairr très incertain, sur lequel de nombreux compétiteurs ont conrbattu, quand nous en venons à examiner les procédés employés par l'Islam et à les com[)arer à ceux dir Christianisme dans leur's effets sur les populations païennes. Mais nous ne pouvons nous dérober à la responsabilité de discuter cette question de la dernière importance.

— ISO —

A l'Islam, lions associons natmvlleiiiont rauloiité arabe; au (llnisliaiiisme, la cloiniiia(i(»n de l'Europe.

Avaiil tout,éeoulons «o (jue (juelques-uns des prinei- |)au\ voyageuis alVicaius oui à nous dire sur ce sujet.

Ils se sont, en général, j»iononoés contre l'Islam, cela est certain. Mais il y a sur ce [>oint deux exceptions à signaler. Dans un aiticle de la (Amlcmporarij Hcvicw, M. Jose()li Tlionison, un observateur assidu et consciencieux, dit qu'en comparant les po|)ulations dégradées de la côte de Guinée et des lives du bas Niger à celles du Soudan central, ce qu'il vil lui donna une impiession toute différente de celle qu'il s'attendait à avoir. Il trouva dans le Soudan de grandes villes bien bâties, un peuple bien vêtu, se conduisant avec beaucoup de dignité, et partout les indices d'une société iîidustiieuse, très commerçante et très avancée dans la voie de la civilisation. Les métaux y étaient travaillés, les étoffes tissées et teintes, et de tous côtés une foule alfairée se pressait sur les marcliés. Des tribus sauvages avaient été translorméesen nations demicivilisées. Le fétichisme avec ses dégradantes superstitions avait disparu devant l'Islam, qui avait animé les nègres d'une vie nouvelle et vigoureuse. Telles furent les impressions de M. Joseph Thomson pendant le cours de son voyage au INiger, à Sokolo et à Gando. Plus lard, nous examinerons ses a|)piéciations.

Un autre voyageur conq)étent, le D' Megel, à propos de la môme question, nous montre la francmaçonnerie dr rislam par laqiudle tous les mahomt'tans sont ('gaux cl qui leur assure la («tnsidération de tous, ce qui entiaine les annexions paciliijues de 1er-

litoirrs ontins, etc. Mais la pratique osl l)i(Mi loin do vérider la lli<*()i'io. Ainsi, un nialionu'lan ne |hmiI léga- Icnicnl i'ivo l'ail osclavc, mais un esclave est (oujours esclave, ee (|ui (ail «ju'en ifalilc il n'v a pas (l(^ refutije dans l'Islam poni- le païen-m''. l/liisloiro nous montre (le plus (pic les tiihus païennes ont <''l('' ('on(piises par l'cpée et non par le Koran.

n'auti'c jiail, lcl)'l.en/.(') pic'lend <pie rislam est Tennemi de tout piogrc's et (pi'rl n'existe (jue par la ï'ovvf' de sa propre ineilie, (pii le laisse inalta(pialde [nctni cr viiUuf hiliuht hh'ihl). Le Koran (^sl l'alpha et l'oméga du pieux musulman. Ceci expli(|ueson intolérance religieuse, qui se traduit de la façon la plus Inutale envers ceux (pii dépendent de lui ; à ce fanatisme vient encore se joindre une cupidité elVrén(''e, souvent plus grande que l'intolérance religieuse elle-même. Enlin, le mensonge et la fourberie des « infidèles » sont, d'après le D' Len/., l'apanage de rislam et de ses adeptes. En un mot, il semide considérer l'Islam comme le plus grand ennemi de la civilisation en Afrique.

Le \y Hugo Z(dlei* s'exprime à peu près dans les mêmes termes, hien que, comme d'autres, il soit d'avis qu'au point de vue extérieur les mahométans apportent de grandes améliorations chez les païens. Il prétend (') qu'il n'y a pas de plus grand promoteur de la barbarie en Afii(pie (pie l'Islam. Le D' Blyden dit cependant (') qu'« entre le Sierra-Leone et l'Kgypte, les mahométans sont la seule grande puissance intellec-

' TinihiiinlDii, Mil. Il, p. ."T'i.

-■) Die (InttsrUc Itvsilzuuifcn, t-lc, I III, |>. M.".

\ ('hrifitiiivilij. Islinii inid tlic Xiifin Unir. \\. •J(i(t.

luelle, morale et commerciale. Pendant plus de trois cents ans, les tribus intermédiaires ont été sous l'influence de l'Islam, qui, après les avoir conquises, façonna la vie sociale, politique et religieuse des plus intelligentes d'entre elles. Ses adhérents gouvernent la politique et le commerce de presque toute l'Afrique au nord de l'équateur ».

Entre tous ces avis si partagés, qui décidera? Les missionnaires et leurs partisans dans leurs pays respectifs sont des critiques sévères de l'Islam, dont ils réprouvent la sensualité et les immoralités.

Si nous nous tournons vers les géographes et les critiques, notre jugement est encore bien plus confus. Écoutons M. Elisée Reclus : « Depuis la chute de Carthage et la décadence de la civilisation égyptienne, l'événement le plus considérable de l'histoire africaine a été l'invasion de l'Islam, ("est dans le continent noir que l'ardente propagande des missionnaires mahométans a recruté le plus de fidèles ('). » La simplicité de sa doctrine, le zèle de ses apôtres, sa cohésion et le nombre de ses partisans sont autant de forces qui l'ont fait réussir là où le Christianisme a échoué. Le missioiniaiie chiétien ne peut se dire « que myslicpiement le frère des prosélytes » : le « messager de la bonne nouvelle » ne donne point sa fille en mariage à l'indigène, même converti à la foi chrétienne, et ne pieiid pas la sienne en union légitime ('). En un mot, selon l'expression de lilount (^), il reste l'homme d'une

(') Souvelle (féographir univnsrUc, vol. \, p ."(>

(*) Ihid.

p) Forlnùjhtly Heview. W. IIi.ount, 1881.

— iHTi —

autre race ot d'une aiiiic caste. Enfin, les Arabes parlent le lanj;age du peuple, et c'est là le principal propaj;ateur de sa civilisation.

De son côté. Canon Taylor (') excuse l'Islam : « On accuse l'islain d'être stérile et rebelle au progrès. Mais on peut en dire autant des autres reliiçions orientales. C'est une question de race et de climat plutôt (ju'une question de foi. »

La seule conclusion à la([aelle nous amènent ces témoiiçnages contradicloii'es seuïble être (jue tous ont raison ou que tous ont tort, ou, ce qui est infiniment plus juste, c'est qu'il y a là deux côtés de la question et que la vérité se trouvera dans un sage compromis.

Si nous essayons d'approfondir cette question, nous devrons, avant toutes choses, éliminer l'élément personnel, que l'on peut, à juste titre, soupçonner d'iniluencer lécrivain. Il est bien évident qu'en Afrique, les voyageurs sont nos autorités les plus dignes de foi, et comme ils ont vu les résultats pratiques des différents systènif's, ils |)réconisent ou ils condamnent. Comment alors envisagerons-nous les appréciations de M. Joseph Thomson?

Il ne faut pas oublier que le voyage de M. Joseph Thomson à Sokoto et à Gando a été une visite en courant, la rapidité ayant été indispensable à son succès. Il passa donc très rapidement de l'embouchure du Niger et de la côte, où l'on trouve les populations les plus dégradées de l'Africjue, et dont les habitants sont abrutis par les alcools, jus(jue dans les centres les plus civilisés <le l'Islam. Comment n'aurait-il pas été

(') Leavi's fruiii un Kyypliatt. y'oh Hook, ]>. Ml.

frappé par le contrasle que lui offraient le développeluenl et la eivilisalion de ces régions, comparées à la côte (le Test, où l'Islam ne f;»il aucune propagande et où ses adhérents sont des négriers arabes abrutis? Ce contraste lui aura send)lé d'autant plus grand (|ue c'est dans le Soudan occidental et sur le golfe de Guinée que rislam et le Clirislianisme, c'est-à-dire les inlluences arabe et européenne, ont leur développement typique en Afrique. Il eût été sur[»renant cjuc M. Thomson ne fît pas ressortir la supériorité du développement et de la civilisation extérieurs des peuples musulmans sur ceux des nègres avilis. Cependant, si entre le Niger et la Renoué, il avait visité quehpies-uns des peuples nègres indépendants <pii, bien (pie païens, ont une civilisation supérieure à beaucoup d'égards à celle de leurs voisins maliométans, il aurait certainement modilié son opinion.

Kn affirmant que ce déveloj>pement et cette civilisation des maliométans sont seulement extérieurs et superliciels, nous nous ap|>uyons sui" l'opinion du lY Oscar Lenz (') : « Dans ses aspects extérieurs, l'islam est (piebpie chose d'inq)osant «piand nous le voyons dans toute sa pureté et sa grandeur, mais il devient grotesrjue (piand il s'abaisse aux concessions. » Kt selon lui, sa concession la plus marquée dans le Soudan est la subor'dinalion de sa doclririe à sa cupidité effrénée. Nous avons vu avec «pielle b'gèreté le h l"lri(('l paii.iii (les m;iliom(''tans comme n'étant jamais rédrrits à l'csclavag»*: et il est à r('mar(pier (pie

' Tililliiii(( Inll. Mil II. |i "iT.'i.

— ISS —

l(^s itimi(»i:ilil('s donx'sliijnrs im|nil«''(»s aux iiKilioinélaiis, <'l (jui sont Irop (•<nmiu\s pour rire r.ippolées ici, sont pjir elles-mêmes une des causes de la traite des esclaves.

Quand des hommes comme le l)"^ Blyden se prononcent en faveur de Tlslam, nous sommes forcés de reconnaître (jue <es liommes et leurs contradicteurs ne laisonnenl pas (Tapies les mêmes prémisses. I.e juii;ement du IV Blyden sur une semblable question (') est d autant plus digne de loi (jue le D' Hlyden est un nègre de pure race, un homme d'État, un érudit et, qui plus est, un chrétien. Ouan<l il pinle de l'Islam comme étant la foice la plus intelligente du Soudan, il le compare certainement au paganisme et au fétichisme d'une part et de l'autre au Christianisme, non tel que nous le connaissons, mais tel qu'il est professé sur la côte de l'ouest de rAfri(jue. Il voit les chrétiens d'Kuro[)e prêchant xuw doctrine élevée, mais piatiqnant absolument le contraire de ce (ju'ils enseignent en favorisant l'esclavage, tandis (ju'ils prétendent l'abolir, et en favoiisanl l'exécrable trafic des alcools et de la poudre. Il voit Tlslam prêcher la tempérance, ce salut nxjral des indigènes, et la jdupait de ses missionnaires la prati(pient. Tandis (jue les Kuropéens tombent au niveau des indigènes, il voit les mahoinétans élever les indigènes à leur propre niveau.

Si nous repienons les arguments de M. Elisée Reclus qui attribue les progrès remarcjuables de l'Islam à sa

' l'fiiil;mt Mil \(iy;ij;r <|in- j';ii ImiI t-ii ISSM, |';ii ni |iliisi»'iirs luis I "M"c;isi(iil il»' rfClH'illir les ;i|i|ili rj;ili<»ns i|ii h' |!I\(|.'m. \niis itiniis •■ns«'iiil»li' |i;iss;ifirrs à Imnl.

simple doctrine, au zèle de ses apôtres, à sa cohésion, an nombre de ses adhérents et à sa puissance d'assimilation, nous ferons remarquer que l'un de ces arguments est à discuter. La cohésion de l'Islam, grande en apparence et certainement plus grande que la cohésion des chrétiens d'Europe, a ses points faibles que nous avons signalés dans la première partie de ce chapitre. Que la simplicité de sa doctrine et son pouvoir d'assimilation soient des forces en faveur de l'Islam, il n'y a pas à en douter; et qu'enfin, comme puissance indigène, ancienne, numériquement forte, il ail marché plus lapidemenl que le Christianisme accompagné de l'iutluence étrangère de l'Europe, cela n'est pas moins évident. Mais le temps et les circonstances modifieront prolondémenl ces conditions dans un sens favorable ou défavorable; jusqu'à présent, nous n'avons fait qu'expérimenter en Afrique, nous sommes appelés aujourd'hui à y coloniser.

En définitive, on ne peut ni accepter ni léfuter cette opinion de Canon Taylor, que la stérilité et l'absence de ()rogrès de rislani sont une question de race et de climat plutôt qu'une question de foi : les phénomènes de race et de climat sont si inséparablement liés à la foi qu'il serait injuste de les séparer. Il est bien certain qu'une religion orientale s'adapte à un peuple oriental pour le(juel le Chiistianismedoit être, suivant l'expression de M. Thomson, « un délicat exotique »; mais cela ne dégage pas notre responsabililé vis-à-vis des indigènes africains sous notie protection, cl ne nous tient j)as quittes du devoir (jue nous avons de les amener aulanl (pi»' possible jusqu'à nolic niveau de

civilisation. Mais niif (|upsii(in se pose, c'est de savoir qiiell»' est la lueiMeiiic iiK'tliode d'acclimater le Cliiistianisine sous le ciel hîùlant de l'Afrique.

Pailer d'acclimatemefit sii[)[)ose une concession, un compromis du système actuellement en vogue. Il est bien entendu que nous n'attendons pas des missionnaires de s'assimilei' aux indigènes et de sacrifier ainsi tant de siècles de civilisation, mais nous leur demandons une plus grande indulgence pour les préjugés et la dépravation de ces malheureuses populations; et, tandis que les missionnaires eux-mêmes donneront l'exemple d'une vie laborieuse, active et industrieuse, ils s'efforceront d'incubpier aux indigènes les principes et les pratiques [)lutôt que les dogmes incompréhensibles (pour eux) du Christianisme. Nous ne sommes pas en droit d'exiger des naturels de l'Afrique le miracle des conversions soudaines pai" la seule puissance de la foi, ni d'attendre d'eux l'intelligence nécessaire pour saisir les vérités abstraites du Christianisme; mais nous devons employer les moyens les plus sûrs et les plus persuasifs pour loucher leur cœur et leur esprit.

Comme puissance conquérante, l'Islam semble avoir sur le Chiistianisme cet avantage très positif, c'est qu'il est une religion toute de forme au lieu d'être une religion de principes soutenant les actions humaines, et il peut tout de suite élever à son propre niveau les peupb's coïKjuis.Or, un conquérant doit s'assimilei' les peuples compiis ou être assimilé à eux. Mais rex()érience nous démontre évidemment cjue nos méthodesde conquêtes n'ont pas été des meilleures jusqu'à ce jour.

Plus nous apprenons à connaître l'Afrique, le voile qui pendant «les sièiles l'avait dérobée à nos yeux s'élant peu à peu écarté, plus vive a été cette impression qui s'est emparée de nous que, si nous ne pouvons pas arracher tout de suite les herbes vénéneuses qui empoisonnent l'atmosphère du malheureux continent, nous pouvons du moins y planter une véijjétation salutaire qui pourra combattie reflet des mortelles exiialaisons de la ])arbarie. Mais il est essentiel (pic nos plantations morales soient appropriées au milieu, si nous voulons les voir prospérer. Jusqu'à présent, nos expériences ont été faites sur une échelle relativement petite, ce (jui fait (pie nous ne pouvons en attendie de i^rands résultats. Mais notre conviction est que, même dans nos modestes essais, nous n'avons pas assez tenu compte des lois d'acclimatement ainsi (jne des conditions d'existence en Afrique. Nous avons été d'enthousiastes exierminateurs, mais nous n'avons pas encore planté dans le sol la véc;étation bienfaisante : il est bien certain que le commerce du gin et de la poudre, le mépi'is des droits et des pn^jugés des iii(lii,àMies ne sont pas d'excellents moyens de subjuguer les peuples sauvages. L'exemple vivant est bien |)lus puissant (puî la sèche morale, et nous verrons plus lard (pielle faute énorme nous avons commise dans noti(; politi(pie africaine, en n'ayant jias su donner surtout l'exemple des hautes verhis de l'Eur<)|K' chrétienne.

Contrairement aux sauvages des autres parties du monde (pii ont p(''ii au souille de rKuiojie, le nègre africain montre une vitalit»* supérieure dans les vicis-

silmlcs de son existence cl iiiu' ^laiido f;i<'ilil<'' |ioiiis'élever- à nii«^ civilisalioii siipiMieinr. Mais penser (|ue le («mlacl du Cliiislianisnie chassera le diMnoii de sauvai^erie (|ni est en lui et que, |>nur citer M. Tiioinson, « il loinhera aux pieds du Christianisme, le corps vêtu et l'esprit transformé »,c'est(leinander rien moins (ju'uu miracle. La marche du dévcloj)pement doit être l)(Niu(<)U|> plus lente, et non seulement plus lente, mais plus naturelle (jue [)ar tous ces |)r()cé(lés de contrainte et de force employés [>ar des gens bien intentionnés, mais mal inspirés. Le nègre doit être dirigé graduellement suivant les lignes que la nature ellemême a in(li<juées. Son imagination impressionnahle, son caractère enfantin et sa facilité d'adaptation sont autant d'instruments dans la main de son réformatear. On doit lui fournir ({uelciue chose de bon et de sain pour remi)lacer ce que tout le monde s'accorde à regarder comme les poisons de son existence. La polygamie et l'esclavage, deux de ses pires fléaux, ont dominé en Afrique de temps immémorial et ne peuvent pas être détruits tout d'un coup. D'autre part, l'introduction des alcools et des armes, qui sont les agents les plus répandus de l'inlluence européenne, peut être immédiatement supprimée sans que les Africains en soutirent.

Sui- la côte de l'ouest, le détestable trafic des ahools (M est reconnu pour avoir des effets désastreux SUI- n<»s M clients »; il paralyse tous les efforts des missionnaires et des (cuvres philanthropi<|ues,et dans

(') L)-s sl:itisli*|ii('s mmiI <Ioiiih-<-s iIiiiis !<■ <-|iai>ili-r Mil.

l'esprit des indigènes il est associé au Christianisme comme la traite des esclaves est associée pour nous à l'islam. Nous supportons ou du moins nous ne supprimons pas l'un, et nous maudissons et nous nous efforçons d'abolir l'autre; toutefois, l'un et l'autre sont également scandaleux et criminels. Notre hypocrisie dans cette affaire est transparente, même pour les indigènes. Bref, il n'y a pas d'exagération à dire que tout progrès en Afrique est impossible tant que ce double et abominable trafic ne sera pas supprimé.

Dans le sud de l'Afrique, la plupait des indigènes ont ou complètement reculé devant la marche d'une race étrangère vigoureuse et forte comme les Hollandais et les Anglais, ou bien sont devenus esclaves et ont ilégénéré par l'absorption : le passage de la barbarie à la civilisation a été trop grand. Seules, les tribus Zoulou ont maintenu leur intégrité, et encore pas entièrement. D'autre part, dans le Soudan, le contact d'une civilisation en quelque sorte appropriée aux conditions du climat et au génie du peuple a produit une fusion ()lns naturelle entre les païens et les mahométans. Dans ce cas, les conditions de milieu ont agi en faveur du progrès. Dans les territoires du Nil supérieur, nous avons vu tomber la puissance égyptienne niinée par sa corruption générale; et dans l'est de l'Afrique, la suprématie arabe, elle aussi, est tombée en décadence. Toutes deux, vivant de la traite des esclaves, ont fait peu ou rien pour l'avancement de la civilisation indigène. Ces quelques exemples nous prouvent <ju'il n'y a eu évidemment aucune tentative régulière et sérieuse pour détruire ce qu'il pouvait y

avoir de mauvais, ri |kmii' dévclopiMM- ce qu'il y avait de bon dans la civilisation indigène de rAlVique. La traite des esclaves, cette monstrueuse injustice et cette insigne ciuauté, a caractérisé les dominations égyptienne et arabe; et les Européens eux-mêmes, sans se montrer beaucoup supérieurs dans l'exercice de leur autorité, ont contribué pour une grande part à la dégradation des indigènes par l'introduction des alcools et d'autres agents corrupteurs qui ont aidé à la destruction de leurs foyers.

Supprimer, ou tout au moins restreindre dans une juste mesure le trafic des alcools, des fusils et de la poudre, semblerait le premier pas à faire si notre intention de réformer le nègre est vraiment sincère, et si notre philanthropie n'est pas simplement un masque pour couvrir notre ambition effrénée.

La conférence antiesclavagiste de 1889-90, après ...i.ference

^ .intieswîla-

plusieurs mois de délibérations, rédigea un pro- '"^'^^^■ gramme pour la suppression de la traite des esclaves. Cet acte, qui irait jusqu'à régler le commerce des armes à feu, n'irait pas jusqu'à la suppression du traûc des alcools. Nous sommes heureux cependant de pouvoir dire <iue les puissances représentées à la conférence ont fait un véritable effort pour combattre ces deux abominables fléaux; mais elles ne furent pas assez fortes pour laisser de côté les « intérêts commerciaux » qui eussent été compromis par leur suppression totale. Un moyen terme fut donc adoplé. Le commerce des armes à feu sera, selon toute espérance, régularisé de façon à empêcher les anciennes disliibutions malentendues et il faut reconnaître qu'en raison

des diiricultés et des dangers d<» celte question com- I»li(]nëe, les mesures ado[»tées par la conl'érence promettent dVHre aussi eHicaces (ju'oii peut laisonnablenieiit le souhaiter pour le moment. Mais il est très regrettable que des mesures rigoureuses n'aient pas été prises en vue de la suppression immédiate et définitive du trafic des spiritueux à bas prix. Il est du devoir de l'Euiope de |)rotéger ces régions de l'Afrique qui ne sont pas encore infectées, contre le torrent des alcools empoisonnés qui sont aujouid'hui ré[)andus sur tout le continent par des marchands sans scrupules; mais le trafic est trop vaste pour pouvoir être traité i)ar des demi-mesures : il faudrait l'abolir totalement. Élever les droits de lo centimes par quart ne fera que peu de chose ou même rien du tout. Les intérêts mercantiles de quel(|ues Européens n'auraient pas dû l'emporter sur les intérêts moraux d'un continent à la discrétion de ses envahisseurs. Une concession aussi cou|)al)le témoigne de l'iFnpuissance de la conférence à édicter d'autres ordonnances, et donne lieu de craindre que ce cjui a été gagné en principe ne soit perdu dans la pratique. En un mot, si le commerce «les armes à feu a été plus ou moins efTectivement enrayé, c'est qu'il mettait entre les nntains des indigènes de rAfri(jue des armes <|u'ils pourraient d'un moment à l'auli'e tourner contre nous-mêmes; mais le trafic des alcools, (|ui ne peut tuer (|ue nos victimes, bien que condamné en principe, a été absous par les mesures ado|)tées pour sa restriction apparente.

CIIAPITIIK VI.

Le trafic des esclaves.

(livilisalion il»- rAliiquc — Principales ••anses de l'arrêt de son développement. — l>é}j;radation de l'Afrique. — Esclavage et trafic des esclaves. — .\bolition de l'esclavage. — L'Kurope et la traite des esclaves. — L'Islam et la traite des esclaves. — Causes fondamentales de la traite des esclaves. — Effets de la loi de demande et de fourniture. — .Vccessoires de la traite des esclaves. — .Mesures contre la Irait»- des esclaves. — Conditions et extension «le la traite des esclaves. — Réserves d'esclaves dans l'Afrique tropicale. — iralic de la mer Kouge. — Trafic du grand désert. — Trafic de la ct'it»' de l'ouest. — Trafi»- de la côte de l'est. — Nombre annuel des \ictimes. — Causes préilisposanles à l'esclavage. — Méthodes pour la chasse à l'homme. — Ressources. — Les fournitures d'armes et de nuinitions. — .Mesures contre le trafic des esclaves. — Les statuts It'-gaux de l'esclavage. •— L'alTranchissement. — Suppression de la traite dans divi-rses n''gi«tns. — La lutte future pour la suprématie. — Mesures (laciliques. — Mesures <le police. — La conquête par l'assimilation.

Le continent africain offre le témoignage d'un déve- ,^,^';';"f;l!/, ioppenient interioin[)U, arrêté, qui ne peut être expliqué d'une manière satisfaisante. La civilisation autrefois si élevée du nord do r.Mri(|iie est atijourd'hui tombée en décadeiuo; tandis que KM) ans de contact avec la civilisation euiopéciinc n'ont amené sur d'autres points de la côte que la dégradation des indigènes.

iô

Les critiques qui ont cherché à expliquer ces phénomènes sont presque unanimes à considéier la traite des esclaves comme le principal obstacle au progrès en Afrique. Les Anglais, qui ont été les premiers à perpétrer la ruine du continent africain en maintenant la traite, ont été aussi les premiers à travaillera sa régénération, eux dont l'orgueil est et a toujours été de s'intituler hommes libres. D'autres nations européennes ont à différents points de vue condamné la chasse à l'homme, les unes généreusement et par philanthropie, les auiresun peu à contre-cœur et par politique. Il y eut d'abord un remords de conscience à l'aspect de cette souffrance patiente de tout un continent opprimé, puis un élan de sympathie plus cordiale, et finalement un cri d'horreur et de honte : ces symptômes graduels ont caractérisé les manifestations de l'opinion publique contre le monstrueux trafic dans lequel des millions d'hommes, de femmes, d'enfants ont été impitoyablement arrachés à leur patrie avec une cruauté tellement implacable que la plume se refuse à peindre ces horreurs.

J*ai dit plus haut comment le trafic des spiritueux avait une part égale, sinon plus grande, dans la dégradation de l'Afrique moderne; mais comme ce commerce est un monopole européen, sa suppression a été constamment éludée. La médication par de mauvais alcools n'est certainement pas le traitenient qu'il faudrait employer ; c'est là un j)<)inl à approfondir, car l'opinion publique devient sévère pour les trafiquants insouciants, dont la fortune honteusement accpiise par la pi'oslilulion de la concjuéte européenne est un scan-

ilale (loni- uoliv (''|MMiiir et un dt-meiili viv;ml à nos prétentions [)liilantlir<)jti(jnes. Ceci dit en [)assant, nous nous borneions à pailer dans ce chapitre de la traite des esclaves.

I^e révoltant commerce de la vie humaine doit être à tout [)rix pro'scrit de rAffi(jue. Mais il a pris un tel développement dans son ensemble, que ce n'est pas dans une génération ou deux qu'on peut le faire disparaître : une action précipitée ou un acte inconsidéré peut, en effet, coûter* la vie au patient. La philanthropie à doses homéopatliiques ne fera pas de mal, mais ne sera pas ca[)able de faire beaucoup de bien non plus. Le système social tout entier de l'Afrique doit être renforcé physiquement aussi bien que moralement, afin qu'elle soit assez vigoureuse pour absorber ou rejeter les poisons dangereux qui, pendant si longtemps, ont abreuvé sa malheureuse existence. J'espère, après avoii- étudié cette question de la traite des esclaves, être à même de signaler les mesures que l'on pourrait sûrement prendre pour y remédier momentanément; mais il' n'y a que le temps et une éducation soigneuse qui puissent jamais conquérir l'Afrique à une situation plus haute parmi les nations.

Quelle est donc la situation exacte?

L'esclavage et, à des degrés différents, la traite des Lesdavage. esclaves existent sous une forme ou sous une autre à travers toute l'Afrique. Ceci n'a rien d'étonnant. Toutes les contrées et toutes les races de la terre ont souffert de l'esclavage. Ce n'est que lorsque les hommes ont senti en eux la dignité et la force de la bravoure et de la liberté qu'ils ont été capables de briser leurs fers et

— l!Hi —

de se lever jtour loveiidiquer leurs droits. Et combien taut-il de leiiips dans la vie d'une race, dans l'histoire d'un pays pour permettre à cet essor moral et social de se développer et de porter ses fruits? On [)eul dire que c'était hier seulement, bien que cela se traduise par quatre siècles, que des marchés d'esclaves se tenaient à Séville, à Lisbonne et même à Bristol ('). Bien qu'en l'an de grâce actuel, l'esclavage n'existe plus en Europe, excepté dans l'empire tuic, il y a encore des esclaves dans beaucoup d'Etats civilisés de l'Asie, dans l'Arabie, l'Afghanistan, le Keloutchistan, la Chine, la Perse, le royaume de Siam, la Syrie, la Turquie et jusqu'cà Bornéo. Le nouveau monde a enlin aboli l'esclavage une Ibis pour toutes; mais c'est par lui (jue se sont élevées des colonies, des républiques, et des États plus ou moins llorissants. L'Afrique est le dernier et le seul continent où l'esclavage existe d'une fa(;on générale. Pendant un ceitain tem|»s, le trafic d'exportation des esclaves d'Afrique a été un monopole (') pour lequel les nations européennes se sont querellées et battues jus(ju'à ce cpiun décret solennel {l'assiento 1715-39) l'ait adjugé à la Grande-Bretagne. A (juel infâme usage avons-nous fait servir notre puis-

(*) On dit f(ir;'i iSristol dos criminels anj^lais, des voleurs condamnés <'tai«>nt jadis vendus cummc cscluvcs uu\ |>lan(curs de la Jamaïque.

(*} A la récente ronférence anliesdavagisle (t88î>-90), tenue à Kruxelles, la France, tout en mainlenanl s:i |Misi(ion en rerusant le « droit de percpiisilion », a lUMiimnin^ a<'ce|il<'- d'auj^nienler les mesures restrictives et la surveillance à l'égard des vaisseaux au-dessous de .'iUO tonnes qui sont suus In protection de son drapeau. Le temps et l'expérience pourront seuls nous montrer les résultats queces nou\elles uii!sur«'> |ifU\rnt doimej-.

sancc niarîtinio on (h'poiiplniit les vastes régions de roiirst alViraiii et en ( a|tlui;nit Ips liommos, les femmes, les eiifanls, donl nous emplissions nos réserves d'esclaves pour nous aider dans l'œuvre pénible de fonder nos colonies américaines? Ce sont là des faits li-op connus pour nous y arrêter. On a estimé que des millions et des millions ont étc' ainsi (K'poi'tés en Amérique, et il srrait hien dillicile «l'évaluer à com- Itien <le millions s'élève aujourd'hui le nondjie des descendants directs de ces nègres arrachés au sol natal. Kn 18r»r>, l'aholition de l'esclavage et le grand acte d'émancipation cpii donna la liberté aux esclaves moyennant :2() millions de livies sterling que cela coûta à l'Angleterre ne lit (|ue pallier le crime de lèsehumanité dont nous nous étions rendus coupables. Notre dette envers rAfri<fue ne saurait être acquittée (pie par un dévouement continuel et absolu à sa cause. Mais d'autres puissances, également criminelles, n'ont |>as su en faire autant; c'est tout au plus si elles ont donnt' un acquiescement jaloux à l'initiative de la (irande-Bretagne pour la suppression de la traite des esclaves, et si dans (juebjues circonstances elles ont participé à contrée œui' à cette œuvre humanitaire. Aujoui'd'Imi, h' peuple (jui a pour fière devise nationale : « LiberU', l^galit»', Fi-aternité », est la seule grande nation <pii oppose un refus absolu, bien «pi'iiiavoué, au « Droit de |>er(piisition », mesure absolument essenlielle pour léprimei* le trafic d'exportation (').

' Il \:i sjiiis iliiT i|iii' rrri est l'ii|iiiiii>ii |M>rsiiiiiirlli' ili- r:nilt>iir.

,.\otf lies Inuluclciirs.)

La France vend-elle sa complaisance ? Nous ne pouvons pas le supposer ; cependant, tel est le cas. La seule possession du drapeau français, qui s'obtient aisément, donne aux misérables Arabes le droit d'emmener leur bétail humain des bords de l'Afrique dans les ports étrangers. Cette sorte de marchandise est plaisamment appelée « Ivoire noir ». Il seml)le qu'un esclave n'ait pas d'àme, qu'il n'ait pas de droits, et que ce ne soit qu'une « chose «.

Dans ces conditions, il n'y aurait pas à s'étonner que l'esclavage à l'état d'institution ainsi que la traite des esclaves, qui est une conséquence naturelle de l'opération de demande et de fourniture, subsistassent toujours en Afrique. Ce qui serait étonnant, c'est que cela n'existât pas. Dans une contrée où « la force donne le droit », le faible est toujours à la merci du fort, en l'absence d'une opinion publique agissante.

Associer la traite des esclaves à la propagande de l'Islam est aussi injuste que d'imputer au Christianisme le tralic des spiritueux. Nous avons démontré (|ue la conversion à l'Islam ne protégeait pas les païens-nés contre l'esclavage. Ce n'est pas que l'Islam encourage l'esclavage; au contraire, il essaye même de réglementer cette coutume établie et soutient l'allVanchissement.

Quelle est al(jrs la cause dominante «le la traite des esclaves? Peut-on, connaissant les faits réels et sans être prévenu contre eux, ne pas reconnaître que la caus<* fondamentale de la traite, pour établir les choses brutalement, est rap{>àt du gain? S'il y a

demande, il y aura fourniture, quel (jue soit l'avantage (|u'<m on retin*. Il y a denjande d'esclaves en A(ri(|ue, la t'oui nilure par suite est inévitable, et elle est tirée des sources qui sont le plus à proximité du traitant. Supprimez la demande, et la fourniture n'existe plus. Il est inutile de mettre l'embargo et d'essayer d'arrêter la fourniture, car- aussi sûrement que l'eau trouve son niveau, un obstacle placé devant la marciie naturelle du Ilot n'arrêtera i)as son cours, mais le détournera seulement. Le malheur est qu'en détournant le cours naturel des événements, on risque de compromettre la cause elle-même que l'on défend.

Nous devons donc envisager notre sujet sous les deux aspects vitaux de demande et de fourniture.

Il y a demande d'esclaves, eunuques, femmes et enfants dans tous les pays maliométans. Ils sont aussitôt fournis. Les indigènes qui sont capturés dans le Soudan sont vendus pour la Tripolitaine, l'Egypte, la Tur(juie, l'Arabie et la Perse. D'autres sont gardés p(>ur la consommation même du pays.

Il y a demande d'esclaves dans les plantations des îles de l'est de l'Afrique et sur la côte de l'est. Ils sont publiquement fournis.

Il y a demande d'esclaves, bien que dans de moindres proportions, sur la côte de l'ouest de l'Afrique. On y satisfait aisément.

Il y avait demande d'esclaves en Amérique et dans les colonies américaines; mais cela a été heureusement aboli. La demande de ce côté n'existant plus, il n'y a plus aujourd'hui d'ex|)ortation d'esclaves de la côte de l'ouest. Le commerce d'exportation est donc mort de

mort naturelle. Les exceptions contraires sont relativement sans importance.

Envisageons maintenant la fourniture. A cet égard, nous devons mentionner un relevé très important, dont l'oxaclilude est pleinement justifiée et (pii établit que lu Iruilc des esclaves par vlle-mème ne rapparie pas. Si étrange que cela paraisse, c'est un fait réel. La traite ne rapportant pas par elle-même, doit être faite pour rapporter d'une façon quelconque, puis(|u'il y a demande el fourniture. C'est que le trafic des esclaves et le commerce de l'ivoire ont toujours marché de pair. Nous n'avons qu'à jeter les yeux sur une carte pour nous convaincre de cette corrélation. Toutes les routes d'esclaves sont des routes de commerce. I^'i voire étant le produit le plus précieux de l'Africpie, le commerce s'en fait conjointement avec le i>roduit le plus précieux après lui, les esclaves. Si les gonnnes étaient la denrée la plus précieuse <lu commerce, ce sont elles qui prendraient la place de l'ivoire. La seule méthode aujourd'hui en vogue pour transporter les valeurs des endroits les moins accessibles à leur destination est le liansi)ort à dos d'homme. Il y auiail peu d'avantage p(jur le lialiquant s'il payait une juste rétribution à ces bêtes de somme humaines; il faut donc se procurer des porteurs d'une manière ou d'une autre (').

Kn |>résence de ces faits, n'est-il pas évident que si nous voulons suppiimer la traite des es( laves, nous devons employer les armes du commerce et non celles

(', On pn-lrml iiik- Ifs porttîurs loin'-s ne corilciit pas plus cher :in\ Ir.itiipi.'Mils <pu" l<'s i'srla\<'s (pi'ils pri-iim-iil à leur st'r\ic<'. I'a'v'x liciiiariil)' iiiM' plus :iiii|il<- iiiloriiialiuii.

(le la yjuene? La mesure tout à fait insiilïisaiile, quoi- (|iie bien inlenlionin'O, de bloquer les cotes, a élé re- (-niiiuie l'omme al>soluineiU futile. Très pemle néijjriers «'Il «'IVel se laissent |neii(lre «lans ees lilets dont ils (•(Uiiiaissont par avance la position exacte, dépendant, cette iiiesnre,si insullisante (ju'elle soit, vaut mieux que rien, et loin de décourager cette patrouille des côtes, je voudrais que le nombre de vaisseaux chargés de ce service fût considérablement augmenté. C'est contre les demi-mesures que nous devons surtout nous garder, car elles ne sont bonnes qu'à endormir notre conscience. Il n<' faudrait pas mui plus suivre le plan a<lopté par l'Étal indépendant du Congo, en plaçant un brigand pour combattre un brigand, ce qui est le •cas en nommant Tij)po-Tib, le prince des négriers, gouverneur de Stanley-Kalls (').

D'après ces observations préliminaires et ces (juelques mots essentiels, nous pouvons nous rendre compte de l'étendue actuelle de la traite des esclaves en Afrique (').

Les réserves d'esclaves sont toutes situées dans i'Aliiipie tropicale, entre b' lo" de latitude nord et le

(•) [l'apivs (les onlro'i <!»> IJnixflU's, M. SlanhîV fonda en 1883 la station tif Sfanle\-Falls pour iv|irim«'r la traite fait»* par Ws Arabes. I-a station, attatpiéo par It's Arabes, fut «'vat'in''»' m I88(j. L'année suivante, Tippo-Tili «'-tait noniiii)'- ^oiiMTiD'ur.

[*i Mes (JoiintM-s i-l statislii|iirs ('•nianenl pour la plupart «lu Hiijtimil de In ('oii/a-nut' de Itnudlrs (I88!>). de M. W.-ll. W\lde. «lui fut pendant vinf^i .-ms surintendant au département de la traite des •■si-hiNrs au ministère des ulFa ires étrangères liritanniipi)*: d'un artielc de la Hci'iir <lr (iittyriiphir ^aoùt l8Hi)i, par M. A. Spont ; dfs Mciiionniihi, de M. Kastoi- Icall, et dr la «•art»' de la traite des esclaves, d'après M. laiiu-s St«'\ensoii lt;iM'iistein<.

i')" de latitude sud. Daus l'intëiét de notre étude, nous partagerons le sujet d'après les divisions naturelles suivantes : 1° le trafic de la mer Rouge; 2° le traûc du désert ; 5" le trafic de la côte de l'ouest, et 4" le trafic de la côte de l'est.

lAfrfque. I-'C trafic de la mer Rouge a prospéré par suite des demandes d'esclaves en Turquie, eu Arabie et en Perse. Autrefois, ces demandes étaient satisfaites par les ressources tirées du sud de l'Europe, mais au commencement du siècle présent, cette sôuice fut coupée. L'Afrique, doù l'on ne tirait jadis que peu d'esclaves, devint la région-source de cet odieux commerce. Les principaux agents sont des Arabes de l'Arabie et du golfe persique; mais il paraît qu'un certain chiffre de cette traite d'exportation est produit par de petites enti-eprises privées. Les embarcations indigènes employées à cet effet ne prennent <|ue de petits chargements de 50 à 40 têtes et allant rarement jusqu'à 100; les négriers sont habiles à tromper la vigilance des croisières anglaises. Les réserves d'esclaves destinées au tralic de la mer Rouge sont le Soudan central et la région du Nil supérieur, l'AbyvSsinie et la contrée qui s'étend au sud de cette province. Les centres principaux sont Abeshr (Wadai), Fasher (Darfoui), Khartoum, Galàbàt et Dongola. De là, les esclaves sont transportés dans les ports et les criques de la mer Rouge et du golfe d'Aden. En Arabie, Yeddah est le port principal où ils sont reçus, et Macca et llodeida sont b's principaux dc-pôls d'où ils sont distribués (').

(' I M. Sporil rsliiuc i|ii«' l."),nO(( i'i 18,000 »;srl:ivcs soiil aniiiiell('iii<>nt

Dans l'ouest central et l'ouest du Soudan, les esclaves sont tirés des réglions au sud du lac Tchad et de celles qui se trouvent entre le Niger et la Benoué. Les centres principaux sont Tonibouctou, Kano (Sokoto) et Kouk i (Hoinou). De Toinbouctou, Bornou et Wadaï, environ quinze ou vingt grandes caravanes traversent annuellement la terrible route du désert pour gagner le Maroc et la Tripolilaine (^), bien que le Maroc ne reçoive pour sa part qu'un petit nombre d'esclaves. M. Spont évalue à 10,000 ou 1^2,000 le nombre d'esclaves entraînés chaque année à travers le désert.

Les voyageurs ont fait des récits navrants sui- le trafic du grand désert. C'est de là que le Bornou tire sa fortune, et dans ces vingt dernières années, le trafic d'exportation s'est accru dans des proportions considérables. Rohifs eut l'occasion d'assister au départ d'une caravane de 4.000 esclaves envoyés de Kouka: une quinzaine s'écoula avant que le dernier stock prît la roule. Il serait difficile d'exagérer les terribles souffrances des esclaves marchant à travers le désert pendant 800 milles jusqu'à Mourzouk, sous un soleil brûlant, exposés aux attaques des Touaregs nomades et à l'impitoyable cruauté de leui'S conducteurs. On estime que le cinquième périt pendant le trajet. Kohlfs dit que cette route, marquée par les os

'•mm»;iirs par la rfiiilc ilc la iin-r |{(»u{îe en Arabie et au delà, tandis 'lu'autrefois ils passaient par une route en aval du Nil pour rKi;vpfi', route bloquée aujourd'hui par les troupes anglaises.

(') La traite des esclaves f\it plus d'une fois « abolie " en Tripolilaint'. Mais nous n'avons rien à dire contre les Turcs, car les autres nations européennes savent comuient on abolit en principe ce que l'on garde en pratique, témoin les abus comuiis en Afrique.

Est de l'Afrique

— eOi —

blanchis des esclaves, pourraitèlrc suivie par un voyageur ignorant le chemin. Ces funèbres bornes marquent ainsi bien d'autres routes d'esclaves à travers rAfri<|ue.

La traite d'exportation de la côte de l'ouest ayant cessé pour les raisons que nous avons ex|>osées plus haut, les esclaves emmenés des l'égions équatoriales sont dirigés principalement sur le nord et l'est. D'après M. Wylde, ceux qui sont amenés à la côte sont employés en grand nombre par les chefs indigènes et par les trafiquants pour les travaux domesli- (jues et agiicoles.

Sui" la côte de l'est, le trafic s'est accru dans des proportions alarmantes. Toutes ces particularités étaient restées inconnues pour nous jusqu'aux révélations des explorateurs vers le milieu de ce siècle. Mais nous sommes persuadés cpie tout le trafic de la côte de l'est, peu important dans le siècle dernier, n'a pris (|ue plus tard le développement que nous lui voyons aujourd'hui. Pendant longtemps, le trafic de la côte de l'est fut assez insignifiant, les Arabes se contentaient d'attendre l'ariivée des caravanes à la côte ; tandis (lu'aujoui'd'hui, c'est dans cette région «pie ^0,(100 à 'iO,(M>U esclaves sont amenés eha(|ue année à la côte ; dans ce nond)re, (juehpies-nns sont gardés comme domestiques oucomme agiiculleurs ; les autres sont, ou |dutôt étaient autrefois exportes dans les îles (h- IV inba (:>,(KK) à 0,000 aniuiellement), Zanzibar ('),

(') l.i- |iri)ti rtiiiTil ,'iii^;l:iis sur /.iiii/ili.'ir il |'<'iiili:i ili'li'iiii'ait ce li-:ilir. IMiisiiMirs iiirsiii'fs |ii':iti*|iH-s oui «'Ir prises |ioiir sii|i|»riiii<-r l'csrl.iviim', ni;iis il rrslr ••iHon* :"i voir ilaiis ijiirllc rteiiiliir tllos jjiMiVfril t'irc

— non —

M.i<laij;asrai', les Coiiiores, la Kt'iinion <'l dans \o 'j^oWe IV'isituic. La proporlion des inoils parmi les esclaves se dirigeant veis la cùle de l'est est évaluée au dixieuie du uouibre total.

« Les possessions IVaiivaises, dit M. Wylde, pasu seul pour absorber les esclaves qui sont amenés « comme travailleurs libres dans les îles que nous i< avons citées, ayant été achetés et afîVanchis dans le « but de les y l'aire venii'. » Nous avons déjà constaté qu'une certaine partie de ce trafic d'exportation se fait sous la protection du drapeau français. La traite des esclaves et un certain travail forcé existent à Madagascar.

Los deux principaux centres .du trafic de l'est sont : 1" Ou-iNyambyembe (Tabora), où les esclaves sont amenés <lu fond de l'ouest, du côté de Nyangoué, qui est lui-même un centre collecteur, et du nord jus<|u'à rOu-Ganda; ^1" la région du Nyassa (Ou-Djidji). Ce derniei- marché est aujoui'd'hui le plus productif. Tous les ports et beaucoup de criques de la côte de l'est servent plus ou moins au trafic d'exjjortation, mais les caravanes de l'intérieur préfèrent Kiloua, l)ar-es- Salaam, lîagamoyo et Pangani. L'administration allemande prend ce|)endant certaines mesures pour restreindre le trafic.

Quant au nombre total des victimes de la traite des esclaves en Afrique, les avis diffèrent dans de si grandes proportions (ju'il est difficile d'établir autre

ippliqui'fs. Il est iiuluirt-, iiHiin- ai liifllrinriil, ijiu' bt-auroup ilt cuMiliKleui'i ijiii accompiif^iic'iit Ifs citiinarifs et |t'>, cxprililitin-^ <lans l'iMlrrifiir sont des esclaves ,189:^).

chose qu'une estimation approxinjative. Nous avons compté jus(ju'à présent le nombre des esclaves qui arrivent vivants à leur destination; mais il faul considérer que ce chilïre ne représente que le dixième des victimes de la traite. Indépendamment des nombreux décès qui arrivent pendant la marche, il nous faut compter encore les milliers que l'on n'avoue pas, entre autres ceux qui sont égorgés dans les razzias. M. Spont évalue à 200,000 ou 250,000 le nombre total des victimes; les estimations de Livingstone et Cameroun et d'autres portent ce chitï're à 500,000, et le cardinal Lavigerie le portait même jusqu'à 2 millions. Le demi-million se rapproche sans doute le plus de la vérité, et ce chiffre nous semble vraiment plus que suffisant, quand on songe à la somme de douleurs accumulées sur l'existence d'un seul de ces malheureux.

Avant de nous occuper des mesures répressives qu'il faudrait adopter, nous devons signaler quelquesunes des causes prédisposantes de l'esclavage et les conditions dans lesquelles la tiaite des esclaves se fait en Afrique. Quand on dit que la moitié de la population est l'esclave de l'autre, ce n'est pas absolument exact, mais il est certain que l'esclavage à l'état d'institution est profondément implanté en Alri(jue. Si l'esclavage domestique avait seul besoin du concours des marchands d'esclaves, aucune des ini(juités qui caractérisent le trafic n'aurait lieu de se prcjduire. Ainsi que cela se fait et s'est fait dans d'autres pays et à d'autres époques, les prisonniers de guerre en Afrique sont pris comme esclaves; mais la

simple captiviu^ vaut mieux que le massacre, et iii(li(jii(' un ceilaiii |>i()«;i'ès dans la vie sociale des sauvages. Dans le Soudan cenlial et occidental, l'intolérance religieuse ou le zèle de l'Islam peuvent être une cause qui favorise l'esclavage parmi les populations païennes; mais comme nous l'avons déjà exposé, il est entièrement subordonné aux besoins utilitaires auxquels les esclaves sont employés. Dans la région du Nil supérieur, il est plus strictement une affaire commerciale; c'est là que se traitent les marchés d'esclaves pour l'Asie. Dans le trafic de l'est, l'ivoire qui paye si largement la chasse à l'homme est l'alpha et l'oméga de cette spéculation qui ne rapporterait rien si l'on amenait les esclaves les mains vides à la côte. L'ivoire est, en effet, dans la plus grande partie de l'Afrique, une des causes sinon la principale de la traite des esclaves.

Plus tard, quand nous aurons à nous occuper des productions commerciales de l'Afrique, nous verrons non seulement que les roules commerciales par lesquelles l'ivoire est amené sont les mêmes que les roules d'esclaves, mais que la même similitude se retrouve à l'égard des régions de chasse à l'éléphant et des réserves d'esclaves.

Les procédés employés par les Arabes (') de la côte àrhomme. pour opérer leurs razzias sont la simplicité même. Ils s'établissent près d'une communauté paisible et font ac([uisition d'une terre, d'une propriété.

(' Nous les appelons Arabes par courtoisie, mais beaucoup d'enlrp eux soiil '< l'écume » de la côte ou des Portugais de deuii-castc.

tl'i voire, etc. Très ouverteineiU, ils plantent les léi^uines nécessaires à leur consoniinalion, en même temps qu'ils sèment secrètement les ferments de discorde, et manœuvrent de telle façon qu'une tribu se bat contre une autre tribu, l'individu contre l'individu; tandis que de leur côté, les Arabes, instigateurs secrets de ces dissensions, s'élèvent journellement dans l'estime publique, accroissent leur fortune et leur, puissance. Quand est venu le moment de leur infâme récolte, c'est-à-dire quand ils ont amassé une j>rovision d'ivoire suffisante, le coup est frappé. Sous nn prétexte quelconque, ou même sans prétexte, une querelle est suscitée et, soit seuls, soit aidés, ils attaquent leurs inofîensifs et trop confiants voisins. Ceux qui l'ont de la lésistance sont tués, les autres sont réduits en esclavage, liommes, femmes et enfants. Avec leurs armes supérieures, les Arabes ont la victoire facile.

Ainsi, tout en poursuivant leur odieux commerce, ilî; sèment la discorde [jaitout où ils [)assent. C'est ainsi (jue les vastes régions à l'ouest des giands lacs ont été dépeuplées. Dans le Soudan, au contraire, et dans les territoires du liant INil, les métliodes employées autrefois par les négriers étaient plus baidies <'n conception et en exécution : on formait des zcrihas dnua le but avoué de la cbasse aux esclaves, chasse (|ue l'on menait comme une allaire et une vente en gros.

JNous avons vu que les marchands d'esclaves employaient aussi les tribus nomades et guerrières pour opérer leurs razzias d'esclaves; sous cette

mllufiu t' (k'iiioralis.'iiitc , Irs indiLîriH's < iiplur.nenl tics esclaves pour Icm- proiirc (-oiii|il<', l<>is(|u'ils cii trouvaiiMU l'occasion. I.c (U'ofcsseiir Druiimininl lait à ( (• propos ramusaïUc r(''llc\ioii suivante : « On ne peut pas envoyer liois iioinnies en commission sans c(jurir le ris(|ue (jue deux d'entie eux ne conspirent ensemble .1 ne réduisent le troisième en esclavage. » Tout récemment, nous avons entendu dire qu'une cai'avane dans l'est de rAtVi(|ue, s'étant trouvée à court d'argent, (•ond»la les Irais de la roule en se vendant les uns les au lies individuellement.

I.e D" Livingsloiie cite les causes suivantes de res( lavage dans l'est de rAfri(|ue : 1° Les criminels qui sont vendus pour leurs crimes; "2° la sorcellerie; ô'" les enlèvements par* surprise.

On peut se demander comment les négiiers, dont

le no[ul)rc est insigniliant, peuvent exercer de tels

ravages. La ré[)onse à cette (luestion est que les

négriers et leurs accolytes sont |)ourvus d'armes de

précision et de munitions sulïisantes, ce (|ui fait (jue

les indigènes avec leurs armes [uimitives sont contre

eux sans «Ndènse. ('/est pour(juoi l'importation des

armes et des munitions de guerre en Afri(|ue est une

des choses principales à surveiller si les Européens

nul rinlention sincère de su|>pi'imer le trafic des

escla\es. Des tentatives (Uit été rait<'s et continuent à

se laiie dans ce sens, mais il est dilliiile de réussir

tout de suite. On a du reconnaître (|u'il était absolu-

meni impossible d'empêcher (jue les fusils et la

poudre fussent importés régulièrement ou introduits

par contrebande dans un continent aussi immense

que TAfrique. D'autre part, en usant d'une semblable mesure, on court le risque de couper les approvisionnements d'armes et de munitions qui sont indispensables aux Européens eux-mêmes pour leur sauvegarde dans l'intérieur. Nous devons donc nous contenter de l'arrêté récent pris par la Conférence de Bruxelles en vue de neutraliser le mal.

répSv^ L'étude de ces questions entraîne naturellement celle des mesures qui ont été prises dans le passé et celles qui sont proposées actuellement pour la suppression de la traite des esclaves.

Depuis le commencement de ce siècle jusqu'à nos jours, l'esclavage a soulevé un sentiment de réprobation toujours croissant qu'aucune nation n'a osé braver. Les puissances européennes, en commençant par le Danemark et en continuant par la Grande-Bretagne, se sont toutes, l'une après l'autre, déclarées contre la traite, et ont émancipé les esclaves qui étaient dans leurs colonies respectives. Une conférence succédant à une autre conférence où la question avait été discutée, prit les résolutions et décréta des arrêtés contre le trafic ('). La Société antiesclavagiste de Londres n'a jamais abandonné la question, et, indépendamment de ce qu'elle a fait pour éclairer l'opinion publique, elle a travaillé pendant cin(]uante ans de son existence en faveur de l'abolition de la traite. Les colonies de Sierra-Leone et de Libéria ont été

(') Les conféreiicj's et les <"ongK's où los qiic.sUons relatives à resclav.'ige et à la tr.iilc ont él»' disciilfcs soiil les suivants : Vienne, 1815; Aix-la-Chapelle, 1818; ViTon.-, ISii. Uruxclles, 1876: Berlin, 1878: K.rliii. ISS.'i, «t l{riix«;ll«'s, 1889-90.

— "JD —

créées principalement comme centres de lutte contre l'esclavage et la traite des esclaves. La navigation du Niger et l'introduction du commerce dans ces régions ont été enliepi'ises dans le même but, et cVst dans une intention analogue qu'a été l'onde l'Etat indépendant du Congo. Nous ne pouvons oublier les opérations de sir William Baker, du général Gordon et de leurs successeurs dans les territoires du haut Nil. Leur plan était d'établir dans ces régions des barrières contre la traite des esclaves, en imposant l'autorité de rEgy[)le, en ouvrant des routes et en favorisant le commerce légitime. Des traités et des accords entre la Giande-Bretagne et les chefs indigènes, tels que ceux qui furent conclus avec les sultans de Zanzibar, et une action politique sur les terres cùtières, indépendamment du blocus partiel des côtes, sont autant de mesures destinées à supprimer la traite des esclaves. Cependant, le tralic subsiste toujours, et non seulement il subsiste, mais dans certaines régions il augmente encore de nos jours.

11 ne faut pas s'étonner que les mots répétés de dë^{à'^^î^°^

P I !• • j 1' I • • I I des esclaves.

« 1 abolition de 1 esclavage » ainsi que les amendes et les punitions inlligées aux marchands d'esclaves dans les diflérentes parties de l'Afritjue aient donné lieu à la création d'une sorte de traite légalisée, ou de travaux forcés. Ceux qui sont le plus aptes à juger les choses estiment que la traite des esclaves ne pourra jamais être véritablement supprimée, tant que d'un commun accord, sinon par le fait d'une loi internationale, elle ne sera pas proclamée piraterie ou égale à la j)iraterie et poursuivie comme telle. Ils s'accor-

(lent ;i diro (jiic les slaluls lôgaiix de l'esclavage doivent être aholis : aussi loiigleiniKS (jirils seront reconnus, aussi longtemps les esclaves capturés seront au pouvoir de leurs capteurs et maîtres; tant (|ue les négriers ne seront pas traités comme de simples pirates, ce n'est pas la crainte d'une amende qui les arrêtera dans leur abominable trafic. VjU août 1890, le sultan de Zanzibar lança une proclamation (|ui, si elle réalisait ses promesses, amènerait sans nul doute l'abolilion définitive des statuts légaux de l'esclavage en Alrique. Des mesures similaires avaient déjà été, il est vrai, adoptées ou approuvées par les sultans précédents de Zanzibar, mais il y a tout lieu d'espéier que le protectorat britannique sui* l'île pourra permettre à cette dernièie manifestation liu sultan actuel de recevoir son plein elïet.

Que feia-t-on des esclaves libres ou alFranchis? ici se pose une autre grave question. Il y a certainement un danurer sérieux à libérer un i^rand nombie d'individus des obligations, injustes cependant, que leur inqjose l'esclavage; mais ce dangei* a ('lé allVonlé' dans d'autres pays, à d'autres ('•po(jues, et il n'est pas inqjossible d'en délouiiier les elïels si les puissances sont de bonne loi dans ii'iir' o'uvre pliilanlhropi(|ue. On pourrait certaineuMMit recouiii- à des moyens (|ui relàclir'raient peu à peu les liens de l'esclavage. Une sorte <le servilude ou de s(;i"vag<' (jui per'ineltrait aux esclaves de travailler à gagnei' leur libellé en un (crlain nombre d'années est un moyen lerme qui a été essayé avec succès jusqu'à présent. Les vieillards et les enfants p(»urraient, sans danger, être libérés tout de

siiitr. L«' iKHivrl (tidic (le « liosi's MnivtM'ail ainsi i;ia-

• iiu'IlciiiiMit à rcinplarcr raiicion. Mais, (-oiniiir nous avons (Ml li(>(» souvont rorcasion tlo nous ni < oiivainrro, il est imililr de faire des i<''u;leineiilalions dans ( <' sens, si (dl(»s ne sonl |>as lies s( rii|nileiiseiiM'iit (dtservées ; el \os projets de loi ollranl un(3 «•( liappaloire qui permet aux eoupaldes il'esquiver ia |iiMiitioii, sont plus danii^ereux qu'utiles.

Mil d<''liiiitive, nous jiouvons pailiculièreinenl appli-

• pirr les i^i'ineipes d«'duits de ees ohservalions aux diveisrs légions «le rArii(|ue pillées [)ar les négriers.

Nous nous trouvons au d«''lmt en présence d'un sérieux obstacle : la [)lus grande partie du Soudan lerinée à rKurope. Les régions centrales ont toujours t'té et seront prohahleinenl pendant de longues années tucore à peu |»rès ind«'*pendanl(vs de rinlluence européenne. Mais les régions de Test ont été le théâtre de sérieuses et parfois victorieuses opé»rations contre les irali<piants d'esclaves. Il fui un temps, peu après la nomination d'KminPa( ha au gouvernement des provinces é'qnatoriales de l'Kgyple, où la traitedes esclaves »'lait ané'anlie on tout au moins paralysée dans la plujtai t des lerritoires du haut Nil, et le Iralic de la mer Kouge était considérahlemenl entravé par la vigilance de nos croiseurs. Aujourd'hui (|ue la chute d'Kmin- Paclia nous a fait penire notre dernière |)lace forte dans cette r«'gion, c'est la force (pii règne. fMninl'a« ha lui-même assurait (ju'avec l'appui du dehors il aurait aisiiment repris Khartoum. Hien des années s'écouleront avaiil qii«' nous ayons recoinpiis noire situation dans !«• haut Nil. Cependant, si les cir-

constances le permettaient, ayant la mer Rouge et la côte de l'est comme base d'opérations, il serait possible d'introduire graduellement le commerce légitime dans ces régions, et de réprimer la traite des esclaves à l'aide de ce moyen pacifique secondé de la surveillance de la police. Mais actuellement, notre plus grand espoir est dans ces régions du Soudan qui sont accessibles par le Niger et la Benoué et qui pourront être rapidement ouvertes au commerce.

Dans les régions équatoriales et au sud dans la contrée des lacs, nous avons à accomplir une œuvre de plus grand avenir, bien que plus compliquée en quelque sorte. La traite d'exportation n'échappera pas à notre contrôle, pourvu que le trafic des esclaves soit assimilé à la piraterie et qu'un « droit de perquisition » limité soit au moins accordé par une entente internationale. Malheureusement, des complications se sont produites sur la côte par les agissements téméraires et inconsidérés de la Compagnie allemande de l'Est africain, qui provoqua un soulèvement général des Arabes et entraîna la ruine de l'inlluence européenne. Les mesures énergiques du major Wissmann, le commissaire allemand, n'ont [eu d'autre résultat, jus^pia présent, que de rétablir l'autorité allemande dans certaines villes de la côte, au prix de beau((»u|» <le sang v(Msé. Mais des moyens de ce genre, bien (jue parfois nécessaires, ont des conséquences désastreuses pour- le (l('velo[)pement du pays, et c'est de ce dével(>p|»ement. après tout, (pic dépend pour r.Mh'mnij^no l'abcdilion de la traite des esclaves.

^)uant aux régions du sud, bien qu'on ne doive pas

— ÎI.S —

( oinptpr sur l'appui du Poi'tugal poui- la côte du Mozauibiquo, on pout alïiiruer que le lialic sera réprimé dès que l'autorité britannique sera solidement établie sur les terres du Nyassa. Fn 1891-92, le commissaire britannique s'avança rapidement dans celle direction, mais sa préeipitation nous occasionna malheureusement de sérieux revers.

Il est probable que la question de la suppression de la traite des esclaves dans le sud équatorial de l'Afrique sera résolue d'abord par l'Etat indépendant du Coniîo('). Sur le haut Congo, entre Stanley-Falls et Nvangoué, les Arabes occupent une forte position, ayant à leur tête Ti()po-Tib, le sultan découronné de l'Afrique centrale. Dans les régions basses du Congo, l'État indépendant consolide lentement son système administratif, si lentement et à des conditions tellement onéreuses pour le loi Léopold que, par acte de donation. Sa Majesté a légué ses droits à la Belgique, sous l'autorité de qui l'Etat est, par ce fait, définitivement passé. Entre les Arabes de l'est et les Européens de l'ouest, marchands d'esclaves et leurs adversaires, la lutte définitive pour la suprématie devait inévitablement éclater tôt ou tard. Ce ne sera pas un ( ombat entre la croix et le croissant, mais entre les

/') La Iraitodes esclaves sévit dans le bassin du Congo. D'excellents irrètés ont été pris par l'Ktat contre la traite, mais ces arrêtés

restent pour la plupart lettre morte, étant donnée l'impossibilité de

les faire respecter au delà de (juelques rares stations sur le fleuve.

\vec les pouvoirs augmentés donnés par la Conférence de Bruxelles 1880-00). il f;iiit espi-rer qu'on fera quel<|iif chose pour satisfaire la

lonfiance de l'Kurope à cet égard. Ces adjudicataires de chemins «l«

fi-r ont besoin de sentir une .Mir^eillance.

marchaiiils d'i voire et le commerce légitime; de l'issue de cetle lutle <lépen(l l'avenir de la traite des esclaves. Je ne partage pas l'avis de ceux qui pensent que la destruction des éléphants et, par conséquent, la disparition de l'ivoiie doivent lorcémenl entraîner la suppression de la traite; je suis peisuadé qu'une autre denrée d'exportation prendrait immédiatement la place de l'ivoire.

En dehors <les moyens simplement légaux de ruiner la traite des esclaves, quelles seraient les meilleures mesures pacifiques à enqdoyer dans l'intérieur? Nous écarterons tout île suite le plan du cardinal Lavigerie, qui, selon toute probabilité, produirait plus de mal que de bien, tant qu'il s'agira d'expéditions armées contre les trafiquants d'esclaves. Mais, s'il était même possible aux ex[>(''ditions européennes de mener à bien leurs opérai ions dans l'intérieui*, les conditions (U\ climat viendiaient constamment entraver leurs succès. Le moyen de ruiner et de faire disparaître la traite des esclaves doit être beaucoup |)lus lent et plus prosaïque. Il doit être suboidoini»'' à des piincipes commerciaux s<did«'S «'t profonds. Avec une foile base sur la côte, nous chercherons à avancer pas à pas «lans l'intérieur, < lioisissant les sites salubrrs pour y ('tablii des colonies i|ni pourraient et dcvraii-nl se sullii-e à clles-inèmcs. Mous rnverrions en Afii(|ue non des avenluiieis us(*s et d(''sillnsionn«''S, niais de vigoun-ux jeunes gens (jui prcndrai«'nt possession des nifillcurcs terres, comme dans l'Ou-Sambara vi le Kilima-iNdjaro, les culliveiaient et développeraient !•• cornnu'rrr des districts environnants. Une chaîne d'établissements

se tonclianl l«'s mis l«'s .uitrcs pourrait èlre ainsi IniiiuM' à havt'is Ir ( uiiiiiicni, suivant \o (U'ojet «'Uiis à la (iouféience «le Boiliu (lX8i-8.'>). Ces étahlisseinenls no proti'jjjeiaiout pas s<miI<'ui(MiI les voyatçeurs et les expinrateui's europ/'ens, mais aussi les indii^èîies de leur voisinai^e (|ui, se sentant ilélendus conlie les chasseurs d'houiines, pourraient cultiver leurs terres en toute sécurité.

Kn connexion avec ce plan commercial et acfricole et pour en proléi^er l'exécution, il sei-ait in<lispensable d'organiser un système de police dont les tiommes seraient recrutés parmi les indigènes sous le commandement d'I^uropéens, et qui aurait pour mission de défendre les stations, de maintenir l'ordre et de surveiller étroitement le trafic des esclaves. Les routes «l'esclaves de l'est coupent actuellement la chaîne des lacs pres(jue à angle droit. Avec des canonnières sur les lacs, il serait relativement aisé d'exercer une surveillance vigilante, car très peu d'embarcations indigènes chargées d'esclaves pourraient passer inaperçues.

Ces mesures, ainsi que d'autres analogues, seraient parfailcMuent applicables dafis de certaines limites, pourvu <|ue les nations européennes qui revendicjuenl la supié'uialie sur ces régions acceptent la responsabilité qu'elle entraîne et se (h'cident sincèrement à s'ac^piillcr des devoirs qui leur incoiid»eiit. Le plus sérieux obstacle à l'aci onqdisscment de leur lâche est certaineuKMil le climat. On n'a pas encore pu déniotilrer qm- r<''tablissein<-iil des Luropéens soit seuleuient possible dans les districts insalubres de

TAfiique tio()iL'alo. D'autre |)art, il est nécessaire que les stations soient vastes et que le nombre des Européens employés à leur administration soit grand. Mais il est certain que si l'on faisait appel à des hommes de bonne volonté, il y serait généreusement répondu.

En exposant ce plan sous les yeux du lecteur, et en réclamant son adoption, je n'ai pas la prétention d'avoir découvert une police originale. Mais s'il ma été en partie suggéré par mes recherches personnelles, il est évidemment approuvé et complété par les avis les plus autorisés, ainsi que l'on peut s'en convaincre si l'on veut lire entre les lignes des divers comptes rendus publiés. On peut hardiment avancer que tant que ces mesures ou des mesures similaires ne seront pas adoptées contre la traite des esclaves, en un mot, tant qu'on ne combattra pas cette inicpiité par l'assimilation et non par la conquête, il n'y a pas à attendre de succès sérieux et durable.

:L^s:3»cy^

ClIAPITRi: VII.

Progrès de lexploration.

"\ploration d»- rArriijiif. — Géographie ancienne. — Pionniers portugais. — Exploration régulière et scientifique de rAfri(|ue. — Notre connaissance de l'Afrique jusqu'en 1788. — Champs de l'entreprise exploratrice. — Caractère et étendiie de l'exploration. — Terres inconnues ou inexplorées. — Périodes de l'icuvro exploratrice. — Progrès de l'exploration de 1788 à 1888. — Le problème du Niger. — Solution linale. — Principal stimulant à l'exploration du Niger. — Entreprise française. — Sahara : voyages par voie de terre. — Sahara et Soudan. — In temps d'arrêt dans la découverte.

— Le problème du Nil. — Nil bleu. — Nil blanc. — Découvertes dans l'Afrique équatoriale. — Découverte des vraies soiirces du Nil.

— Explorations ultérieures dans la région du haut Nil. — Explorations dans le sud de l'Afrique. — Livingstone inaugure une ère nouvelle de découvertes. — F>e problème du Liambaï. — Livingstone dans la région des lacs. — Le problème du [-oua-Poula. — Stanley et Livingstone. — .Exploration dans l'est éqnalorial «le l'Afrique. — Exploration de la côte de l'ouest. — l>e problème du Congo. — Sa solutiitn. — Résultats pratiques. — Exploration dans le bassin du Congo. — Nouvelles rontes ouvertes. — Occupation et examen de la région des lacs. — Découvertes ultérieures dans l'est de l'Afrique équatoriale. — .Nouvelles routes ouvertes. — .\scension du mont Kilinia-Ndjaro. — Pays des Somal. — Explorations au sud du Zambèze. — Stid de r.\frique. — Progrès des explorations de 1888 à 1801. — L'ouest de l'Afrique de 1888 à 1891. — Bassin du Congo de 1888 à 1891. — Est équalorial de lAfrique de 1888 à 1891. — Conclusion. — Vue comparative de l'exploration européenne en .\frique. — Flexions inconnues. — Car:i<l'"i'- fifs t-^péditions. — Les petites expéditions les meilleures.

Hion qu'il soit vrai, jus(|u'à un certain point, que L'-" p'onni*rs, exploration de l'Afrique participe de la nature d'une

leilécoiiverte, il n'y a pas à revenir l)eaucoup eu arrièiv |iii(ii- (lélenniiier la y^enèse exacte de notre connaissante actuelle. L'exploiation scientifique du conlineiit ap[)ariient presque exclusivement à cfvs cent dernières années.

Ce serait (Milanier un sujet de controverse (pie <le vouloir déterminer si rAlVi(jue était ou n'é'tait pas tiés connue des anciens. Que beaucoup de ses içiands Iraits |^éoi;raplii(jues aient été familiers à lléiodole (i50 av. J.-C). ^» Kratosthénes r2()l) av. J.-C ), à Plolémée (l50 api'ès J.-C), à Ediisi (lir>i après .l.-C), et à d'autres, les lémoignatres caitou;raphi(|ues sont là pour nous en convaincre. La preuve la plus coninie et la plus ('videnle nous est fournie par la description de Ptoléinée sur la n'Cfion des sources du Nil. Ses réservoirs lacustres et ses « Montagnes de la l.une », consid<''rés jusqu'à répO(|ue de d'An ville (17(>l), comme absolument autbentiques, puis comme douteux et mytlii(pjes, ont été délinitivemenl rc'tablis et lebaplisés par les explorateurs m<»(lernes i').

Les terres du littoral méditerrani'en ol de la mer Rou^e. rf\i;ypl<' ^^ '^s régions du Nil inlérieur, ('laient iialni<dl('iiM'nl très connues il y a (piebpies siècles: mais la zone du dé'seï l piésentail alors, plus encore (praujourd'hui. des dilïicidtés prestjue insurmontables à l'exploralioii de rAIVique intérieure, dilïiculles que rimporl.'itioii du eli.inieaii ou <( mouton du dévsert > jiar les Ar.dn's ini nrsionnisles pouvait s<'ule vaincre en p.iriie.

e» M S(;iiili'\ ri'M'n<lii|u<- h;i n'criilf (h'-coiiM-flc ilii ItiiNvrn/ari niiiiint.' «'-L'irit identique uiix « MoiMiignes de l;i Ijiiu* ».

— ii\ —

Il t'sl iiiipossiblt' (le dire exarltMiiciit jnsturà (jiiel |iuiii( l:i ( ('(le (le l'est cl « cllr <l«' l'oiiesl elaienl eoimues (les aneieiis. II esl prohahie cjuc la côle de l'ouest clail (omiue jiis(|u'aii Sêiiei^al ou à Siei ra-JA'oiie (voir I»' rcriplus de lianiio) el la côle de l'est jus(ju'au 7" de latitude sud (voir le Pcriplus of llie lùifllinvan sca et la i;éoi;iajdiie de Plolémée). Mèuie au delà de ces liuiites, la côte n'était [>as tout à lait inconnue, bien iju'il soit douteux (jue les marins phéniciens aient jamais fait le voyage de circumnavii^alion (jue l'Iiisloiie leui- attribue.

Ce n'est qu'après les voyages des pioiniiers poitugais, ces émissaires du prince iienri le Navigateur, (pie nous avons eu des renseignements [uécis sur les entes de l'AIViijue au sud de la zone du désert. Ces hardis navigateurs lurent les premiers à tracer les (ontours du continent, à en préparer l'accès à l'entrejirise européenne, et à supfirimer les barrières entre l'Kst et l'Ouest ('). Ils découvrirent un nouveau monde sur la route de l'Inde et s'établirent dans les meilleures régions; mais sui" la c(jte de l'est, ils eui'ent à déposs(Jder les puissants chefs arabes, ou à fraterniseiavec ces hardis concpiérants, dont les prédécesseurs avaient construit d'imposantes cités et pendant des siècles avaient entirtenu un commerce pros|)ère. Leur sillage l'ut suivi par les nations maritimes de l'Kn-

(') Le cap |{i>|;ulur lui «luuiilr fii I loi!, le <;i|i Ulanr en I ill, It- fii|i Vert en liiO; hfriiJiinJu-l'i» lui nlliiiil ru liTI ; !<• (Imif^n lut i|ô)i)u\<>rt !'ir Diego (i;io en l-iSi; !•■ {.ii\t lui «luiililé par l>ia/ en 1487; en i i07

1498, Vasco de Gama déconvrait les ports de la côte sud-est; Sofala • I kiloa fureni pris en 1 .SON- 1 .'>0H .

rope, qui sèmeront leurs colonies .sur les terres côtières.

connaîs^nce l^'exploratioR réffulièrc et scientiliciue de l'Afrique

jusqu'en 17S8. » " ^ ' '

date (') de la londation, à Londres, en l'an 1788, de l'Association africaine. Il est cependant à noter qu'entre les années 1768-75, James Bruce lit la première grande expédition scientilique en Afrique; dans celle circonstance, il alla de Massaliouah aux sources du >il bleu, et de là à travers Sennaar et le désert de iXubie, regagna l'Egypte. D'autres voyages ont été faits aussi, bien que moins importants; on les doit à l'Associai ion africaine, qui avait remplacé les efforts isolés par tout un système relié d'explorations scientifiques.

A cette époque, 1 788, nos rapports avec l'Afrique étaient limités à la zone côtière. Dans les parties les plus connues, oii les missionnaires et les commerçants étaient établis, notre connaissance de l'intérieur ne s'étendait pas au delà de deux ou trois cents milles. Ce n'est qu'en Egypte et en Sénégand)ie que de sérieuses tentatives avaient été faites pour l'exploration scientifique du continent. La cote d'Or et la côte des Esclaves avaient été pendant des siècles — précisément à cause de l'or et des esclaves — les points principaux de l'attraction coloniale; mais du vaste

{* j Mes doniiéi'S sur co jiniDl «ml •■li' |)iiis<''«'s sintmit dans l'admir;thlr rcviH- Ein Jahvhundtrt dcr A/rilidh'orsi liiui<i, «liiiis les l'clcvmauii s MiUcUnnijni [\tA. \X\IV, n" (!), du D' Siipan, auqiu-1 je suis Iri's itltligé; «jiu'hjucs passajjes sont pris tlircrlniieiil dans num jiropro rapport sur The acliifvcmenls of Scnlsmcn, duriiig llic iihulecnth ctnliiry in (lie Fields of (jeoyraphical K.i ftlonilion and Research, au rongri's inl<-rnali<iii:il j4('M»|^iapliii|iif «If Paris ISSK.

inl«'iieur on savait peu de choses exactement, et piKoro, ce peu que Ton coniiaissail était surtout basé sur les lapports des jésuites et des niissiunnairos. C'était la p()liti(|ue des Portugais et des autres colonisateurs de garder aussi longteni|)S (|ue possible tout ce (ju'ils apprenaient concernant les nouvelles contrées, et de considérer leurs découvertes comme les champs exclusifs de leurs enlieprises commerciales. I,es seules terr'es africaines bien connues étaient rÉgyj)te el la vallée du Nil.

A ( ette époque brillante pour les explorateurs et les avenluiiers, la côte de l'ouest fut plus ou moins la sphère des entreprises commerciales et la côte de Test celle des missionnaires.

Les fabuleuses richesses de Timhouctou, ainsi que le fameux et légendaire royaume du prêtre Jean en Abyssinie, étaient, à l'origine, les points de mire respectifs de ces deux entreprises. En 161 S, la fondation d'une compagnie anglaise de marchands, dont le but était de gagner Timhouctou, et, en 1490, l'expédition en Abyssinie d'une mission portugaise, ont allumé le (lambeau que les émissaires européens qui leur succé'dérent devaient portei* jus(|ue dans les plus sombres profondeurs du continent.

Daus la seconde moitié du xvnr siècle, c'est surtout aux jésuites et aux missionnaires que nous emprunterons tous les renseignements concernant l'iutérieur de l'Afrique, tandis que les Portugais avaient «'lé les premiers à avoii- (|uelque connaissance (le l'Ail ique sud-tropicale. Mais comme nous l'avons dit, les visées des Iraliquanls n'avaient pas un but géo-

graphique et dans la |)lu|)ai't des cas se eoncentraienl dans les résLTves d'esclaves el les n'-ijjions aurit'èies «les lerres de la côle. Au T-ap, un élal de choses loul à l'ait dilléient s'était étahli : dès raiinée 1052, les Hollandais avaient pénétré dans l'inléiieur, non coiiiine des exploiteurs el des hrigands, niais comme de simples colons. Les expéditions entreprises par le gouvernement hollandais dans les régions inconnues avaient, il est vrai, été tenues ahsohnnent secrètes ; mais M. Tlieal, ayant eu connaissance de documents hollandais originaux, send)le avoir étahli les faits suivanis dans son llhlorij of Soulli Africa : \" (pie le premier qui a découvert la rivière Orange était Coetsée, en 17()0; 2" qu'en i7(H 02, une expé(liti<>n hien é(juipée, sous la conduite du capitaine Hop, et conqK)sé(î de 17 Européens et de 08 indigènes, était envoyée |)ar le gouvernement du Cap dans l'intéiieur de la légion du Grand Nama cl pénétrait au delà du 20" parallèle Sud; et 5" en 1701-92, une autre expédition |)artie du sud alla jus(}u'au hamara.

En un mol, nous pouvons résumer et déterminer notre connaissance de l'Afr i(jue en 1788, c<unme se hornant à une étroite ligne de cotes. Des rap|)orls plus étendus avec l'intérieur de l'Afiiipie ne s'étahlirent que dans le Maroc, l'Algérie, la Tunisie, la Sénégamhir, la rôle d'Or el la côh' drs Esclav<;s, la hassc^ Guiuiîc, If Caj), la vallée du has /andièze cl les régions entre la mer Kouge el la vallée du Nil.

La conliguralion |)arliculière du c(»ntinent, dont l'eiret sur les élahlissements polilicjues a élédémontré, nous permet d'étudier certaines régions hien définies

vu sphères (IVxploraliori. l/arcèsdes côles àrinl«''rii'ur a élé |»rincipaK'm(Mil Iburni par les vallées des farauds fleuves, (|ui prést'iilciU relali veinent peu d'ohstaeles iialurels à la marche des caravanes. Les dillV'renles sphères de découvertes et d'explorations en Afiiciue peuvent être déterminées de la manière suivante : l" le Maroc, l'Algérie et la Tunisie jusqu'aux montagnes de l'Atlas à Tidikelt et à Ghat; 2" la Tri[)olitaine jusqu'à (jhal et xMourzouk; 5" la basse Egypte, les rives de la Méditerranée juscju'à la péninsule de lîarka dans l'ouest, tout le district de la vallée du Nil jusqu'aux rives de la mer Rouge, au sud juscju'à la rivière Quelle et le Vicloria-Nyanza, et à l'ouest jus- (ju'au désert de Libye et aux réservoirs du Tchad ; 4" les teires côlières des Gai la et des Somal ; 5° la côte de l'est entre l'équateur dans le nord et le Zandièse dans le sud, et à l'ouest jusqu'au Congo supérieur, c'est-à-dire le long du 25° méridien de longitude est : 0° le sud de l'Afrique jusqu'aux rives du Zambèze; 7" la côte de l'ouest de[)uis les monts Cameroon dans le noi-d jus(ju'à la rivière Gunéné dans le sud, comprenant les vallées du Congo et de ses tributaires et le cours supérieur du Zandièze; 8° la côte de la Guinée supérieure, les vallées du bas et du moyen Niger ainsi que celle de la Benoué ; 0" le Soudan central et 10' la zon«' c<Mitiale du Sahara <»c<i<lental et la contiée entre la Sén<'i;ambie et 1 imbouctou, suitoul dans la vallée du haut iNi|;er.

^ Qiranl au caractère et à l'extension de l'œuvre H accomplie, il est à remarquer que les régions très par- B courues par les expéditions otlicielles sont peu nom-

bieuses et de faible étendue. Les principales d'entre elles sont: 1'' l'Algérie et la Tunisie ; i" les vallées du bas et du moyen Niger, le Soudan éi^yplit^n, l'Abyssinie et les régions des sources du iNil ; 5" les portions de territoire entre la cote de Test et la région des lacs; 4° le .sud de i'Alrique jusqu'au Linipopo, et 5" les portions de contrée sur la côte de l'ouest, principalement dans les territoires du Congo français, en Sénégaujbie et sur les rives immédiates du golfe de Guinée. Dans le reste, et spécialement dans les paities inléritures de l'Afrique, le reseau de nos connaissances topograpliiques se subdivise en une multitude de voies de communication, suivant principalement les vallées des grands lleuves. Au sud de l'équateur, les roules suivies par les explorateurs se croisent dans toutes les directions.

Les parties inexplorées ou inconnues se trouvent çà et la, mais principalement dans les régions suivantes : 1' le Sabaia, où d'immenses étendues de contrées sont encore inexplorées, surtout dans l'est et sur les frontières du Soudan; 2" l'intérieur de la colonie de Libéria; 5" dans le bassin du Congo, les territoires enclavés entre le bras principal du Ueuve et ses nombreux tributaiies; 4" les territoires intérieurs, derrière le Cameroun et le Congo français, contigus aux sources du Congo; 5" de nombreuses étendues de contrée entre les routes suivies par les explorateurs dans les régions du sud équalorial de rAfri(jue, mais surtout entre les réservoirs du Congo et du Zambè/e, et ()° quelques portions des territoires des Somal, dans la pointe orientale.

Il (Si, par conséquent, hien év'ulcnl (ju'il lesle t'Dcon* ;m\ exj)Ioralours aliicaiiis niio i,M aride lâche à reiiiplir. De loules ees régi(»ns, la plus inléiessaiile à eonnailre est piobableinenl au nord du Congo, dans la contrée des réservoiis du (iongo, du rs'il, du Cliari et du Mger, en plein cœur de l'Alrique; c'est précisémenl dans celle ( onliée que les exploraleui s anglais, français et allemands déjjloicnt le plus d'activité.

Le \Y Supan divise ainsi les périodes de l'œuvie i>^';f:;!.a'!ion. d'exploration en Afrique :

\'^ iroott,i>t 1788-1850. — Pniudc des cjplo rations individnelUs dans le nord et dans le .sud.

a] ITSX-lSrid. --- Problème du Niger.

b) 1S5II-18.')0. — Progrès lenls dans les territoires du >il et dans

le sud de l'Afritjue.

2» ÉPOviK, HK 1850-1888 ('/. — Phiode pendant laquelle les explorations (iii nord cl au sud de iÀfriijue equatoriale .sont conni'.ri's.

a) 18;)0-18GS. — Problèmes du Nil et du Zambèze. — Explorations dans le désert du Sahara et dans le Soudan.

h 1802-1877. — Problème du Congo. - Connexion entre les explorations dans l'est et dans l'ouest de l'Afrique equatoriale.

( 1877-1888. — L'uMivre de détails et l'extension de la colonisation dans r.\frique tropicale.

Celle division nous offre une excellente métliode j)our le développement de notre sujet.

^' , Celle date de 1888 n'a rien d'ab.sohi, mais elle indique simplement le centenaire de la londation de l'Association africaine, en l'honneur de larpielle le journal du I*'^ Supan fut écrit. Cette division esl lependanl maintenue, les e\pli)i;ilions subséquentes étant relatées en détail à part. Elle a cet avantage de Fixer dans la mémoire certains points définis île l'exploralinn.

ÎNous pouvons donc revoir- sysléinali(]ueuient, et dans un oïdi'e chronologiciue, aulanl (jue possible, les progrès de l'exploration en Afii(jue. Il sera nécessaire de nous en rap[)orler aux voyageurs dont l'œuvre d'ex[)loration peut être considérée comme ayant donné des résultats dans la découverte des rétçions nouvelles. Nous laisserons à peu près de côté les œuvres secondaires.

Le but principal de l'Association africaine était de lavoriser l'exploration de l'intérieur de l'Afrique. Le problème du iNiger, dont la solution a élé cherchée pendant plus d'un siècle, était, au point de vue utilitaire comme au point de vue scientifique, le premier qui devait (ixer son attention. Des tentatives simultanées pour atteindre Tind)ouctou, dont la puissance et les immenses richesses exerçaient une irrésistible attraction, furent faites par Ledyard, (jui partit du Nil, |)ar Lucas, qui partit de Tripoli, et par iioughton, qui partit de la Gand)ie. Alexandre Goi'don Laing, ([ui avait voyagé sur la côte de Sierra-Leone et dans la Tripolitaine, fut cependant, selon toute probabilité, le premier Luropéen qui atteignit Tinibouctou en I.S:2() ('). On est dans la plus grande incertitude sur le couis actuel du haut Niger, bien que beaucouj) de géographes le fassent couler vers l'est; les plus vio lerrles discussions se sont ('levées (juant à son cours

'*) I II marin ilii nom «l'A<l:iins |i:issf piiiir :i\(»ii' allcinl rimlinucluii ••Il 1810, «;|.|cs Iraiirais assiiri'iil que (iliillé entra dans la ville avant l.aiiig. h'aiilres encore, lioiil les noiiiis suiveiil, iirélemleiit également

à riioi iir (l'avoir mi riiiiltoiielon li-s |iremiers : le l'ortii{^ais Itene-

lielti hei W siicle). le I laiieais l'ail! Iiiiliert (\MI' siéele) fl le inarili

aiini.iis iiiirv isi:. .

inlV*ii«'iir. les uns le i«'li;ini au Nil cl d'îiiilrcs à une iiD'i' iiilc'i'iiniie. \V\r\\ (|iir l.i (-(iiilliiciH-e du Koii.ii.i .ivoc le cours iulcrieiii" «lu .Ni^ci ne lui pas élal»li .iv;!!!! (|uc les IVrics Laïuioi', en IH."»!), (miss«miI Iracc' le couis (lu llcuvc depuis sou euihoucliuie, le prohjruie du W'j^ov t'iail depuis l(Mii;lenips rt'srdu dans ses Iraits pi'iiK'ipaux. \.o pieiiiier voyage (l7!)*)-tn) d'un exploralcui disliui![u<'', l'Keossais Muni^o Park, à travers les vastes régions inconnues du hassin du iNiger, a ('l.ddi rexislence d'un réservoir d'eau entre ce fleuve el les llcuves de la côte de l'ouest, et di'inontré ainsi que, dans son cours supérieur, le Niger coule vers l'esl. Knvoyé par l'Association africaine, Mungo Park entreprit, en ISOri, son second voyage, dont il n'est jamais revenu. Hien «pi'il n'ait |)as résolu le prohiî'me du Niger, son nom et sa réputation sont intimement liés à rex|doralion de ce lleuve, dont on lui attribue la (' découverte ».

Le voyage de Horneman en 1798, du Caire à Mour- /ouk à travers des terres inconnues pour la plupart, ne fui pas moins remarcpiahle. Son but était de g;iguer le Niger, mais il fui détourné vers la Tripolilaiue, d'où il partit de nonvean pour le sud en 1800, et depuis ou n'<Mi a jdus enlendii parler. De nombreux voyages, avani le même biil, suivirent ceux-ci, niais sans succès, l><'s plus impoitanls furent ceux de Tuckey cl Peddie en ISIO, 1<" piemier remontant |>ar le (^ougo, Taulre suivant la roule de Park et des<-endant par le liant .Niger dans l'espoii- de se rencontrer à un |»oin( uelcontpp' ilr rinlé'iieur.

l.a s«dulion arhiellc el (inale du problème du Niger

est due U Clappeilon et :i son tl()mesli(]iie Richard Lander. En coni|)ai;nie de Dmliani el Oiidney, Clapperton fit ce fameux voyage (182^-1824) à travers le Sahara jusque dans les Klats nialiométans du Soudan central. A Bornou, Denham et Clapperton se séparèrent, le premier se dirigeant vers le sud et l'autre, en compagnie de Ondney ((|ui mourut en routo), allant vers l'ouest, (llapperton et Oeiiham retournèrent ensemble en Angleterre en 1825. Cotaient les premiers Européens après Horneman qui avaient traversé le grand désert pourvoir et décrire le grand lac intérieur (le Tchad) dont les géographes arabes avaient parlé, et pour pouvoir témoigner de l'étendue et de la puissance des États mahomélans du Soudan central. Bien qu'ils ne pussent résoudie qu'en partie le problème hydrographique des régions à travers lesquelles ils passaient, leurs minutieuses observations astronomiques donnèrent à la carte du nord de l'Afrique une exactitude qu'elle ne possédait oas auparavant. liC second voyage de Clapperton (1825 27) fut entrepris sous les auspices du gouvernement britannique dans le but d'entrer en relations commerciales avec le sultan de Sokoto; il espérait ep même temps découvrir le coui's inconnu du Niger. Accomjtagné de trois camarades (pii moururent en routo et de Richard Lander, Cbipperton partit pour l'intérieur par la baie de Bénin et atloignit Sokoto. Sa mort, survenue à Changary en 1827. à la suite des vicissitudes et des privations du voyage, anéantit les projets qu'il caressait; mais il est à remarquer <jue < 'est le piemier Européen ayant atteint le "^ ig«M' <•( If Soudan par le sud. Il ('lait

réservé à Richard Lander el à son frère John de fournil- la |)rPuvo que Ir Kouara ou Nigor versait ses eaux par plusieurs hoiiches dans le p;<dfe de Bériin. Ce lonîç et irritant prol)ltMne était ainsi résolu dans ses traits principaux, et c'est à l'entreprise des explorateurs an2;lais que cette solution était entièrement due.

Bien (]ue le inohilo principal de l'exploration du Niger fût d'ouvrir au commerce les territoires de l'intérieur, le but ostensible était la suppression de la traite des esclaves. T.o gouveruf^ment britannique et une compaiînie de marchands de Liverpool, à la tète desquels était Mac Greijor Laird, envoyèrent plusieurs ^expéditions charixées d'ouvrir la navigation du Niger. Raikie commandait le Pleind. 1854, qui remonta le Tchadda (nom donné à la Renoué par les peuplades riveraines) pendant l'iO milles an delà d'un point antérieurement atteint. Plus tard.il dirigea des expéditions sur le Niger proprement dit (1857-62).

Afin d'assurer leur suprématie commerciale, les Français entreprirent également et en quelque sorte avec plus de succès plusieurs vovages de la Sénégambie au Niger. Ils firent des efforts soutenus pour gagnerTimbouctou ; et jusqu'à présent, ils poursuivent le but d'ouvrir une route pouvant y conduire. Cette période de leur activité est marquée par la découverte (1888' des sources du Sén('Lral et de la Gambie par Mollien. T>e Reaufoit faillit atteindre Timbouctou en 18'2i. Deux ans plus tard, la Société de Géographie de Paris promit une récompense à l'explorateur qiii arrivorail au but convoité. Cela noiis amène au remarquable voyage par terre de Caillé tl827 28), depuis le

haut Niger via Tinihoiu ton, à travers les montagnes (le l'Atlas jusqu'à Taiii^ei-.

La con(ju<He de TAIi^cTie pai- les Français en 1850 lui un événement décisif dans l'histoire du nord de l'Afrique, l^a résistance des indigènes nécessita expédition sui- expédition, d'oii résultèrent (j'excellentes dé'couvertes géographi(]ues; et pendant un temps, l'attention de rKuro[)e se porta sur l'Afriijue.

Kn lSi5-i(>, Kichardson lit son voyai^e à Mourzouk, Ghat et Ghadamès. Trois ans plus tard, il proposait au gouvernement britannique d'entreprendre, en paitant «le Tripoli, un voyage à travers le désert jusqu'au Soudan, dans le but de favoriser les relations commerciales et par suite de contiihuei' à la suppression de la traite des esclaves. I^es résultats de ce voyage fuient dus cependant plutôt à ses compagnons, les Allemands Harlh et Overweg. Entre 1850 et 1805, Barth traversa et étu<Jia soigneusement (juehjues régions entièrement nouvelles; une seconde fois, il traversa Ir th''S»'rl, gagna Adamaoua et découvrit le haut lienoui', explora Kanem et la conliée au sud du lac Tchad cl visita Tindjouctou. D'auties de ses compatriotes et dignes émules siiiviient ses traces de Tripoli au Soudan central; ce furent : Vogel de 1853 à 185(i. (pii délermina aslronomitpicment plusieurs positions importantes; K«djlfs de 1805 à 18117, <pii traversa l'AIVifpie <lii golfe des Syrtes au golfe de (iuinc'e, apiès avoir pié'céMlemnient (1802) voyag(' dans le Maroc, l'Algérie et la Tunisie ; Nachtigal, le dernier explora- Iciii- (pii se servit des routes de caravanes de Trip(di a IvoiiL'i, d'où il partit pmirson remarquable voyage à

travers Ips contrées inconnues jusqu'à Tihesti (1S60), Moikoii I.S7I , Wadaï (1877») et de là à liavrrs le harfoni- el le konloCaii jns(|irau Nil.

La découverte du lîeiioué fit naître Tespérauce d'une nouvelle roule pour le Soudan central. Knlre \X~\) et IS8o,quel(jues travaux excellents furent accomplis (»ar Meijel, (|ui ohtint des données précises sur le plateau d'Adaniaoua. Mais sui- le i^oKé île Guinée, de|)uis si Inrii^lenips le tlK'àtie des entreprises européennes, des pr-oi;r«\s relativement faillies furent faits dans l'explftration des tenues de Tintérieur". Des explorations dans le Sierra-Leone et dans la Sénégand)ie furent conduites d'une façon intermittente, mais allèrent raiement au delà des sources. Entre les années 1855 et I8()5, des tentatives pour gagner le Niger eurent pour i(''sultat de révéler une étendue considérable de pays, l/espoii- de relier la Sénc'gandiie à l'Algérie soit par une voie ferrée, soit autrement, a été le rêve de la France depuis 1850 jus(ju'à nos jours et a inspiré plusieurs voyages «pii ont été faits à travers le désert.

Après la solution du pioldème du Niger, l'attention des exploiateurs se dirigea sur le Nil. En 187»!, l'Association alricnine fusioinia avec la Sociét»' royale de Géographie de Londres, et le nouveau problème liydrogiaphi«|ue fut éneigi(juement alta(|ué'. L'expédition de Bonaparte en r]gypte(l7!l8- 1801) avait attin* l'attention de l'Europe en AlViipie, el les savants français <(unmençaient à ('lutlier sé'rieusement celt(^ ancienne contrée. MélMMUet-Ali eut l'initiative (I805-I8i8) d'i-taldir une p(diee énergiipie et hardie sous la sauvegard»- de lajpielle de nombreux voyageurs et aventuriers se lan-

cèrent dans la valléo du MI. L'cxploralioii de l'est du Soudan ne fut sérieusement entreprise qu'après la conquête du Kordofan en 18:25.

La perspective de trouver de l'or entraîna les Egyptiens jusque dans le Soudan. Il serait trop long d'énuniérer tous les voyages entrepris par les pieiniers explorateurs dans les territoires du haut Nil. Pas à pas, les conti'(^es furent explorées et révélées. Di^puis 1772, où Bruce quitta l'Abyssinie, jusqu'en ISÔO, seules des expéditions anglaises visitèrent ce pays (18(V>-1810). Mais après 1850, l'exploration des montagnes de l'Ahvssinie progressa régulièrement, surtout grâce à la rivalité de la France et de l'Angleterre au sujet de la suprématie politique et commerciale sur la mer Houge. Ces deux j)uissances et, plus récemment, l'Italie s'y sont assuré aujourd'hui les meilleures positions stratégiques.

En 18i0-i5. Rek" ti'ancha la question des sources du Nil bleu. Mais les fi'ères d'Abhadie, qui résidèrent en Abyssinie en 1857 et 1848, contribuèrent plus que tous les autres explorateurs à déterminer l'exacte cartographie de cetle contrée. L'expédition anglaise (18(17-08), qui amena le renversement et la mort du roi Théodor'os, fut des plus fertiles en résultats géogi'aphiques. Des explorateurs qui suivir'ent coinplélèr'ent les détails topogr*aphiqrres. Dans le sud de l'Abyssinie, par exemple, les Italiens ont accompli un excellent travail pendant ces douze dernières années. Quarrlité de roules fiii-enl ouv(M'les de la mer Kouge au bassin du Nil.

Kii ce (]ui con<eni(' rexploiaiion du Nil blanc, des

r;i|»|)«>rts ont vlé t";iils drs la pins hiuitc n!iti(juil«'' roncornant la réfjion dos sonnes. Ptolémôe décrivait la rivi^n^ commo étant issiie de denx lars sitnés l'nn par 6° de latitnde sud et 25' i/iî de longitude est, l'antre par 7° de latitude sud et 35° de lonc^itude est. Jusqu'à l'époque de d'Ativille, c'est-à-dire 1761, les cartographes, au lieu d'accepter cette donnée, considéraient le Nil bleu comme le fleuve principal et associaient fréquemment la réa;ion lacustre du Nil blanc au système du Niger. Mais d'Anville sépara brusquement les deux bras du Nil et porta les « Montagnes de la l.unr» » au nord de l'équateur. Caillaud lui-même, en lî^iîl. lorsqu'il se trouva au confluent, croyait que le Nil blanc venait de l'ouest. Bien qn'il ait fondé Kharfoum. le gouvernement n'a pas d'intérêt scientifique dans la question. L'exploration nouvelle de la rivière fut commencée, en 1821, avec les voyages de T.enant de Bellefonds. un agent de l'Association africaine, qui atteignit le 15" 6' de latitude nord et attesta que le Nil blanc, par la nature des dépôts en dissolution dans ses eaux, devait être issu d'un grand lac, dont la latitude était évaluée à 7° de latitude nord environ. I^e parallèle de 15'' nord n'avait pas été franchi en 1850, quand Méhémet-Ali envoya denx expéditions : la première, en 1840, atteiijnit le 6° 1/2 de latitude nord, et la seconde, en 18il. alla jusqu'à i" 42' de latitude nord. La position supposée ('^ des « Montagnes delà Lune » fut ainsi franchie, mais les opinions continuèrent à t''(re parfigéos qunnt nu cours oxnct du fleuve. Comme

(M Cofnparor les c:irl«"^ «If tr.\ii\illr, Urouin- (1799) cl ('aillaud.

[jue sud iloriale.

le coinmdiTO de l'ivoire solendnil vers Tonesl, le lonj; (lu Mil blanc, une pailicMlii Ralir-el-(iha/al fui explorée. Le V(iynj?e de Pellierick dans la n''i;i(m du haut Nil 1.S.')X) porta nos d<;couvertes jusqu'au i^ de latitude nord et louinil sni' ces ic'i^ions les ol)s<'rvations les plus sérieuses; mais la découverte des tributaires d(^ l'ouest ne servit qu'à rendre |)lus oljscure la «pieslion capitale du véritable cours du INil propren)enl dit.

Ici, nous sommes obligés de revcnii- sui* nos pas, afin de suivre autant (|ue possible la chronologie des événemenls et de parler- des progrès de l'exploration dans rAfri(jue équatoriale.

Au commencement de ce siècle, on su|q>osait l'Aliique sud é<jualoriale absolument dépourvue de belles routes fluviales. Karl Ritter, écrivant eu 1817 [hJrdeki()i(l(\ i. 77), insiste particulièrement sur ce point. Kn ISIC». l'expc'dition avoilée de Tuckey jusiprau Congo dé'couragea les européens qui rêvaient un peu de ce magnilique réseau de rivièi-es (]ui s'étend au delà de son point le plus ('doigni'. Cependant, jusqu'en 1<SiO, 1 Africpie au sud du tropi<jue fut la sphère de l'entiejirise politi(jue, commei-ciale et gi'ograjdiique des Poi'tugais. Les (lonné'<'s les plus remarquables nous sont lournies par les cartes de HoNvdich, «pii (il luimême des explorations au Cabon (ISI7. Les (ravaux entrepris au Congo, dans le liengucla cl TAngida (lS-2ii. Iiircnl bas<''s sur les cartes de Mendès (17S*)) et lin l.idoi 17'.M)) Lu fouillanl bs vieux do<umenls portugais, on découvre «pie deux jiuiiilKiros ou marchands de demi-caste Ira versèrent le continent dès \Xi)'l el 1KI'«. jiassant par le royaume du niouala Yamvo,

;ill:irit (l'Aiii;ol.i à Trtc sui' le Zamln'ze. M.iis <|uels que soit'iil les i(.'siill;ils des exploralions portugaises dans le sud C(|ual<)iial de r.MViijue, ils ne nous sont (|u'ini- |)ai lailt'rnenl connus; e'est aux explorateurs anglais (ju'il était réservé de découvrir ou, si l'on veut, de l'aire connaître les régions en (juestion.

L'existence, dans l'intérieui" du Mozanil)i(jue, d'un grand lac appelé « lac Maravi » était supposée dès iritS; il était relié à son tour aux systèmes liydrograplii(jues du Nil, du Congo et du Zanibèze. Cooley, dont les actives recherches dans cette direction furent consignées dans ses cartes (1845 et Î855), lut ()robablement le premier à se servir de l'appellation indigène de Nyassa. Cette mystérieuse nappe d'eau passa alternativement pour s'étendre ou se contracter suivant les circonstances et les besoins des géographes. La découverte, en 1848-49, des montagnes neigeuses du Kilima-Ndjaro par Rebmann, et celle du Kenia par kraft, en même temps (jue ces deux explorateurs faisaient connaître les terres environnantes, inspiraient, en 18dM, le voyage de Burton et Speke. Ayant atteint ensemble le Tanganyika, et de là Speke ayant gagné seul les rives méridionales du Victoria-Nyanza, il fut reconnu <ju'il v avait là deux lacs au lieu d'un. En I8():2, Speke et (irant établirent délinitivement le Vi(t<»ria-Nyaiiza connue étant la véritable souice du Nil; leuis travaux successifs furent complétés plus lard j»ai' le V(>yage de Haker, en 1804, au Monta ÎN'/.igé (appelé aujourd'hui Albert-Nyanza).

L'extension et la consolidation temporaires de lauloi'ité égyptienne sur les territoires du liant Nil

donnèrent une nouvelle impulsion à l'exploration, surtout à partir de 1874 avec Goidon. lin 1875, Stanley reconnut la vaste étendue et l'unité uu Victoria->iyanza dans son voyage de circumnavigation sur le lac Baker avait démontre la connexion du Mouta iN'zige avec le système du iSil, et, plus tard, Mason et Gessi iirent, en bateau, le voyage circulaire du lac. En 1880, tmin et Lupton entreprirent une expédition importante suj- le lialir-el Djebel et dans la contrée au sud de Lado.

Les voyages de Schvveiniurt ^1809-71] sur le Bahi-el- Gliazal lurent du plus grand intérêt et de la plus haute importance. En 1870, il traversa la ligne de partage des eaux du ïNil et du Congo et découvrit la rivière Uuelle, qu'il prit à cette époque pour le cours supérieur du Chari; l'année suivante, il subjugua tout un territoire dans le Dar Fertil. Les voyages de Junker dans les contrées du Balir-el Gliazal et du INiaui-lNiam lurent également importants, bon premier voyage (l877-78j le conduisit dans la région des sources de ruuellé, et ses voyages suivants (1880 8Gj, dans le bassin de cette rivière, s'ellectuèrent pour la plus grande partie dans des contrées peu connues ou même tout à lait ignorées.

L'apparition des malidistes, en 1884, lérma toute la icgion du haut \iï aux explorateurs. Sud dr Dirmcoiis-iiuus maintenant vers le sud de i'Alriuue.

La colonie du (iap devint pour la première lois une ^ possession anglaise en 1795. Barrow, à qui le gouver- f ueinent coiilia la mission d'inspecter la (olonie, lut le premier à donner sur cette région des renseignements

Afrique.

exacts cl la carte qu'il en a faite est excellenle. Les voyageurs et les niissioiiiiaires contribuèient à auguieiiler notre science géogiapliique, dont les progrès coïncidèrent avec les progrès de la colonisation dans le nord et dans l'est. Pendant les premières années de ce siècle, les Européens pénétrèrent dans le territoire des Bojesnians (liusliniens), découvrirent le tleuve Orange (') et ouvrirent une route dans le pays de lie-Cliouana. Un missionnaire écossais, Campbell, détermina le cours du tleuve Orange (184:2) et atteignit plus tard la région des sources du Linipop(j {Kurichane, par 24° i/2 lat. sud). Après que les Boers furent chassés de la colonie du Cap proprement dite, vers 1835 environ, rex[)loration et la colonisation avancèrent rapidement.

iNotre connaissance des contrées intérieures de l'ouest s'arrêta au lleuve Orange, jusqu'au jour où Alexandre révéla (1850-57) des portions du iNama-land et du Damara-land. Le 25« parallèle sud qui marquait la limite^de nos connaissances dans l'Afrique méridionale, vers la tin de 1840, fut tranclii en 1849 par Livingstone, qui, en compagnie d'Oswell et Murray, brava les dangers du terrible désert de Kalaliari et découvrit le lac ÎN'gami, cherché depuis si longtemps.

A partir de cette époque, une ère nouvelle de découvertes commença poiir l'Afrique sud tropicale. Enthousiasmé par son premier succès, Livingstone revisita le lac N'gami l'année suivante (1850). En 1851, il découvrit, au loin dans le nord, un puissant réseau

(') (loflsj't- (lui cepeinlîint Iravi-rst-r !»■ lU-tivc Orange en ITHO. Vide ante, p. 168.

— uo —

lliivial (le Z;uiil)èze) sur réleiuhie dii(|n('l aucune tlonnée n'existail encore, et dont le lu as principal, d'aju'ès les lapporls des indigènes, élail le Liainbai. Deux ans plus laid, il remonta celle rivière, traversa les cours supiM'ieurs des tributaires de l'ouest du Congo et ariiva, en 185i, à la cote de l'ouest à Loanda. Après une courte lialle, il s'imposa la lâche de résoudre le problème du Liambai. Tournant vers l'est et suivant à peu de chose près sa première roule jusqu'à Secheké, il di'couvril la magnidcjue chute d'eau du Zand)èze, à la(|uelle il donna le nom de Victoria-Falls, et atteignit la côte de l'est à Kilimani (Quélimane). Ce remai- (juable voyage lui valut l'honneur d'ètie le piemier Europien ayant traversé le continent africain.

Le problème du Liambai restait encore à résoudre. Livingslone avait la certitude que le Liambai élail h' cours supérieur du Zambèze, que les premiers c.iru»graphes avaient fait descendie des montagnes du MonomolajKi. Son hypothèse lut reconnue exacte en 1800, lorsque les régions inconnues du Zand^èze eurent é*té explorées.

Celle notable addition à nos connaissances sur le bassin du Zaïnbèze fut augmentée encore par les «lécouvertes de Livingslone et les explorations dans l'est, dans la région des lacs. A la tète d'uix.' expc'dition, (pii lui fui confier; par le gouvernement, el a( r(»m|>agn('' de ses frèies Charles el Kiik, Livingslone |»arlil de nouveau pour le Zambèze, en iS'xS. LV'xjtloration, «pii dura ciiu] ans, fut fertile en résullats imporlanls. Le Lk Chiroua fui découvert <'l le bu ^iyassa, bien que non découvert encore, fut ré'vélé

et, pour la première lois, exacleinenl noie sur la carie.

Pendant les années qui s'écoulèrent de 1860 à 1875, les voyages de Livingstone furent employés à résoudre le |)r()blème du lae Loua-Poula, une rivière qui pendant un temps tut présumée être la dernière source du Nil. En lemonlant la rivière Kovouma, qu'il connais- ;iit antérieurement, il atteignit le Nyassa et, en 1807, l'extrémité sud du lac Tanganyika, dont la vraie orientation lui est due. 11 fut le premier Européen depuis Monleii'o (1851-5:2) (jui entra dans le royaume (le Kazembe. Dans ce voyage, il découvrit le lac Moëro, • t en 1808, le lac Ijangouéolo (') et les eaux originelles du Congo (Loua-Poula). En 1870, il traversa Ma- Nyema, gagnant Myangoué (Congo) l'année suivante. C'est dans cette période que les sympathies universelles attendaient anxieusement des nouvelles de son existence.

Après que Stanley, dans son fameux voyage de découvertes (1871-72), eut rencontré Livingstone à Uu-Djiji, les deux explorateurs visitèrent ensemble l'extrémité nord du Tanganyika et virent que le lac n'avait pas d'issue dans le bassin du Nil. L'hypothèse de Ptolémée (telle du moins qu'on l'avait comprise à cette époque) fut ainsi mise de côté. Comme l'Europe se |)réparait à suivre les découvertes de Livingstone sur le système Ijydrographicjue du Loua-Poula-Loua-

(' ) Les PorUi^uis reveiidi(nu'iil jmmu- Inirs pn-iiiiers voyageurs l'Iionlu'ur d'avoir visilt- ees lues. Liviii^sloiif iiil ie iireiiiicr du moins, non '^«■uleuient ù les révéler à l'Europe, mais à les noter exaelemenl sur la irte.

Laba, le grand pionnier missionnaire mourut le 1" mai 1875 à l'extrémité sud du lac Bangouéolo.

En dehors des résultats donnés par les voyages de Van der Decken (1860-05), les progrès furent relativement lents après le retour de Speke dans la région qui s'étend entre la côte de l'est et les lacs. Lorsqu'il alla à la recherche de Livingstone, Stanley partit de Bagamoyo et pendant un certain parcours suivit une route nouvelle jusqu'au Tanganyika. Cameroun, partj aussi de la côte de l'est, suivit Stanley dans la voie des découvertes. Il explora le Tanganyika et découvrit son issue, le Lou-Kouga dans le bassin du Congo, gagna Nyangoué et, descendant vers le sud-ouest, termina son remarquable voyage à travers le continent à Benguela sur la côte de l'ouest. Sur un très long parcours, la route suivie par lui passe à travers des pays inconnus. Entre autres résultats de son voyage, il démontra que le Loua-Laba, par son altitude et le volume de sa décharge, ne peut pas appartenir au système du IN il.

Simultanément avec cette brillante période de découvertes dans l'est équatorial de l'Afrique, des tentatives fureiit faites pour gagner le bassin du Congo par la côte de l'ouest. Jusqu'en 1850, des circonstances diverses contribuèrent à ralentir ou à paralyser l'exploration géographique sur la côte de l'ouest, telles que la réaction (tralirjue et sociale qui suivit la décadence du Portugal, les déprédations des marchands d'esclaves etenlin l'immense dilïicullé d'organiser des caravanes. 11 faudrait ajouter que la configuration même du littoral y a contribué pour une grande part.

Les fleuves qui, dans leur course vers l'océan, sont forcés de se briser à travers le plateau intérieur, forment dans leurs cours inférieurs des rapides et des cataractes qui, en les rendant ini|>ossibles à la navigation, sont autant d'obstacles à la marche des voyageurs et des pionniers européens.

IMusieurs voyages ont été entrepris de Benguela vers l'intérieur. Magyar conduisit des exploiations (18o0-ol-o5) dans les cours supérieurs du Kou-B;ingo et du Zambèze et pénétra à une grande dislance dans le nord, dans le bassin du Kassaï. Silva Porto (1855) relia la vieille route de Bihé au Zambèze. Bastian, parti d'Ambriz, visita (1857) San-Salvador, attira l'attention de ses compatriotes et les amena à fonder l'Association africaine allemande. Les travaux de celte société méritent une mention aussi honorable que ceux de sa sœur l'Association africaine de Londres. Elle n'existe plus aujourdhui, son programme ayant été repris et exécuté par le gouvernement impérial allemand.

Le puissant système du Congo fut découvert, non luolngo^. par la côte de l'ouest, comme on aurait pu s'y attendre, mais par l'est. Le cours inférieur du fleuve était bien connu et souvent visité dès 1870; mais au delà de cette région, tout était incertain. Dans un seul voyage, Stanley révéla au monde ce magnifique système hydrographique. Parti de Bagamoyo, il marcha vers le Victoria-Nyanza, navigua sur tout le lac, visita Ouganda, explora le lac Mouta-N'zigé (Albert-Èdouard- Nyanza) et la ligne de partage des eaux du Congo et du Nil, se dirigea au sud vers le TanganyiUa, dont il lit le tour en bateau, et de là, par le Lou-Kouga, il g;igna

jNyangoué et entra sur le seuil du bassin inconnu du Congo. 11 suivit le tleuve jusqu'à son embouchure. Indéj)endanunent de plusieurs points importants qu'il établissait en ce qui concerne l'hydiograpliie de la région des sources du iSil et la ligne de partage des eaux entre ce tleuve et le Congo, celte brillante expédition résolvait de la façon la plus positive le dernier grand problème hydrographique de l'Afrique, l'origine, le cours et l'importance du Congo.

Les voyages de Livingstone avaient précédemment éveillé un vif et universel intérêt pour l'Afrique, mais l'œuvre de Stanley eut pour résultat de fixer l'attention de l'Europe sur le « continent noii* ». lin 1870, l'Association africaine internationale était fondée et S. M. le roi des Belges, son fondateur, devint son chef élu. Egalement imj)ortantes dans leur action sur le développement de l'Afrique, furent la consolidation des territoires du Congo français, la fondation de l'État indépendant du Congo et la délimitation qui s'ensuivit des « sphères d'inlluence » en Afrique, par les puissances signataires de la Conférence de Berlin il88i-8o).

Dans l'Afrique sud-tropicale, le bassin du Congo devient le principal domaine de l'exploration. L'Association africaine allemande était fort occupée dans le sud avec sa base d'opérations sur la cote de l'ouest. L'hypothèse qui faisait croire (jue les grands tributaires sud du Congo coulaient parallèlement les uns aux anties dans une direction nord et nord-ouest fut réduite à néant par la découverte (1885) du magni- (i(|iH' système du Kassaï Sankouroii. iliic aux explora-

lions (le Wissiiiann, von l'rançois, Grcnfell, NVoIf, kiind et Tappenbeck. Sur les instances du roi des Relises, Stanley retourna au (iOngo pour établir l'adininisti'ation de l'Ktat nouveau-né et découvrit, en I8S-2 85, les lacs Léopold et Matoundja. En 1884-85, (iieiilell navigua sur le M'bangi, et Van Gèle enfin «iénionlrait, en 188~, l'identité de celte rivière avec rOuellé. De nonibieux petits voyages furent entrepris dans le même temps dans le bassin du Congo par des fonctionnaires de Tadministration et par des particuliers.

D;ms les territoires français du Congo, Savorgnan de Brazza eut l'initiative d'une série d'explorations des plus importantes et des plus remarquables, commencées en 1870 ('). Il reconnaissait le bassin de rOgôoué en 1877 et gagnait le Congo lui-même en 1880. Les détails furent lapidement complétés par les lieutenants du vaillant explorateur.

Dans cette glorieuse période d'activité coloniale, les Portugais eux-mêmes voulurent se montrer dignes de leur passé historique en Afrique. Serpa Pinto traversa le continent (1877-79) pai* une route qui passait à travers quebjues nouvelles régions, entre Benguela et le haut Zanibèze; Capello et Ivens accomplirent un voyage encore plus im[)orlant qui s'effectua princi- |)alement à traveis les régions inconnues, entre le Loua-Poula et le /ainbèze. Les tributaires du sud du

i'] C'est dîiiis If (-niiratil Jf raiiiH'i' IST'i, d non en 1X7(5, (|in- M de llra/./a parlail pour sa proinière L'xpl«»ration dans le liassin • lu roiif^o.

Snif ilis Iritiliii leurs.)

Zanibèze,qiii coulaient dans des contrées peu connues, furent rapidement explorés.

Pour répondre au vœu de Livingstone, qui conseillait l'introduction des missionnaires et des éléments commerciaux dans les régions montagneuses du Nyassa comme la meilleure et la seule méthode à employer pour réprimer l'odieux trafic des esclaves et [)our émanciper et élever les populations indigènes, les Eglises d'Ecosse créèrent des stations de missions, et r« African Lakes Company » fut fondée, en 1878, à Glasgow, dans le but d'ouvrir, par les voies du Zambèze, du Cliiié et des grands lacs, une route fluviale nouvelle et presque ininterrompue jusque dans le cœur de l'Afrique. Entre 1877 et 1880, Stewart visita entièrement les rives du lac Nyassa; les détails complémentaires sur cette expédition furent donnés par les agents zélés de r« African Lakes Company ».

Dans l'est équatorial de l'Afrique, le cours des explorations fut repris par Joseph Thomson, qui succéda au commandement de l'expédiiion partie sous les ordres de Keith Johnston, junior. Thomson explora le pays (1878 80) situé entre l)ar-es-Salaam sur la côte de l'est et l'extrémité sud du Nyassa, et le Nyassa et l'extrémité sud du Tanganyika, longeant les rives ouest de ce dernier jusqu'à son issue, le Lou-Kouga, (jui, au moment de son arrivée, avait repris ses fonctions de drainage. Il se dirigea vers l'ouest, le long des rives du Lou-Kouga, puis au sud-ouest à travers L'rua, mais revenant du Congo après un jour de voyage, il gagna l'extrémité sud du Tanganyika et retourna à la côte de l'est par la route de Fipa et

rOu-Nyabiembe. Il fut le premier Européen qui vit le lac Hikoua et lui donna le nom de lac Léopold, en l'honneur de S. M. le roi des Belges. Les districts par h'S(juels il passa dans ce voyage fuient ainsi explorés et, pour la première fois, notés sur la carte, bien (jue, dans certaines parties, il ait suivi les routes précédemment ouvertes par Livingstone.

Dans la contrée située entre le lac Nyassa et la côte de Mozambique, oii le bassin de la Ko-Vouma était seul assez bien connu, une quantité de nouvelles routes furent ouvertes par le Kév. W. P. Johnson (1880-8-2), Maples (1881), O'Neill (1885-84), puis Serpa Pinto et Cardozo (188o-86).

A l'ouest, dans le bassin du Congo, l'expédition allemande de l'Est africain entreprit des explorations sous les ordres de Kaiser, Bohm et Beichard, entre le haut Loua-Laba et le Loua-Poula, par la route de Giraud, qui fut le premier après Livingstone à visiter (1885) le lac Rangouéolo.

Les tentatives répétées, mais sans succès, pour passer de la côte de l'est à la région des lacs, à travers le pays des Massai, ne détournèrent pas Joseph Thomson, qui, dans le cours de son heureux voyage, explora la contrée qui s'étend entre Mombaza et la pointe nord-est du Victoria- Nyanzà. Il fut le premier à esquisser l'aspect nord du Kilima-Ndjaro, les [)lateaux de Kikuyu, Kapté et Gouaso N'gishu, les masses de montagnes de la chaîne d'Aberdare et du Kénia, et les lacs JNaivacha, Nakouro et Baringo. A peu près à la même époque (1885), le D*" Fisher atteignit le Kilima- Ndjaro et le lac Naivacha; plus tard, en 1885-8(), il

relia la route de Massaï avec celle qui s'étend au sud entre Ou-Gogo et Kageyi.

L'exploration du Kiliina-Ndjaro reçut ainsi une nouvelle impulsion. Depuis l'époque de Van der Decken (186:2), il fut gravi à plusieurs reprises : en 1871, par New, qui atteignit la ligne des neiges; par H. H. Johnston, en 1884, qui alla jusqu'à 15,780 pieds, Teleki jusqu'à 15,800 pieds; enfin, Meyer fit deux fois l'ascension de la montagne fameuse, en 1887 et en 1889, et dans cette seconde ascension atteignit le sommet du Kibo, à 19,720 pieds.

Depuis 1880, plusieurs tentatives ont été faites pour explorer le pays des Somal, qui s'étend entre la mer Rouge et la rivière Tana, naviguée en 1878 par les Denhardts. La plus heureuse de ces tentatives a été celle de James, qui, partant de Berber et non de la côte de l'est, pénétra en 1885 jusqu'à la rivière Ouebi au sud.

Sud de Nous avons encore à nous occuper des proerès de

Afrique ^ , lie

l'exploration au sud du Zambèze et du Cunéné. La découverte du lac N'gami conduisit à l'exploration du Damara, qui avait été négligée. Dès 1850-51, Gaston et Charles Andersen s'étaient efforcés, bien que sans succès, d'ouvrir une route au lac N'gami par la baie de Walvisch, et nous leur devons nos premières connaissances des parties orientales du Damara et du pays des Ova-Mbo. En 1835, Andersen réussit enfin à atteindre le lac. Depuis ce temps, le sud-ouest de l'Afrique a été fréquemment visité et exploité sur une large étendue. Le Damara et le grand Nama ont été plus n'cemment explorés parles missionnaires allemands.

Ainsi (|ue nous l'avons dt'jà fait observer, le progrès (le l'exploialion au Ca|) et dans les régions du nord marcha de |)air avec la colonisation et l'expansion politique. 11 nous suffira par conséquent de donner (|uel(jues dates afin d'indiquer sa marche. Le lleuve Orange ne fut traversé qu'en 1871, lorsque la découverte des diamants du (jrifjua-land attii'a l'attention générale. Dans l'est, la domination anglaise s'était établie sur une partie de la CalVerie en 1853, le pays des Ba-Souto en 1868, etc. Dès 1850, le cours supérieur du Limpopo était connu; mais, quant au reste de son cours, ce fut un problème qui occupa les esprits, et ne fut résolu qu'en 18G8 par le voyage d'Erskine, qui décrivit la rivière Olifant à son confluent avec le Limpoj)o, et suivit ce fleuve jusqu'à son embouchure. Deux ans plus tard, Elton put prouver l'exactitude de ces résultats en naviguant sur le Lirnpopo. La plus septentrionale des colonies Roer, en i8ol, était Zoutpansberg. A partir de 1860, le Transvaal fut étudié lopographiquement par trois voyageurs allemands : Jeppe, Mauch et Merensky. La découverte des placers d'or dans le pays des Ma-Tebelé et dans le Transvaal, et des diamants dans le fleuve Vaal donna une impulsion nouvelle à l'exploration du sud-est de l'Afrique. Le voyage de Mauch, de 1865 à 1869, dans la région du plateau central par 17° 1/2 lat. sud, et celui qu'il fit en 1872 du Lim[)opo à Sena sur le Zambèze, furent les premières tentatives qui ouvrirent de nouveaux horizons aux explorateurs et aux spécidateurs.

Notre étude sur les progrès de l'exploration en Afri(jue a laissé de côté les résultats de ces dernières

années, résultats qui ont été publiés en détail par le docteur Supan à l'occasion du centenaire de l'Association africaine de Londres. En quelques mots, nous rappellerons ce qui a été fait.

5ssà 1S91. Ce qui caractérise tout particulièrement le progrès géographique accompli en Afrique pendant ces trois ou quatre dernières années, c'est le travail constant poursuivi par les différentes nations européennes et par les compagnies privilégiées, non seulement dans l'étude des contrées, mais en élaborant des projets de chemins de fer, en signant des traités avec les chefs indigènes et en définissant les 1 routières. Ce travail initial dans le développement d'un pays a été mené avec beaucoup d'activité dans les possessions françaises du Sénégal et du Congo, dans les possessions allemandes de l'ouest africain, dans l'État indépendant du Congo et dans les possessions anglaises du sud et de l'est de l'Afrique.

Les compagnies privilégiées en particulier n'ont pas « laissé croître l'herbe sous leurs pas ». La fougueuse expédition de M. Thomson, en 1885, à Sokoto et à Gando, les traités qu'il conclut av<'c les sultans de ces pays au profit de la « Royal Niger Company », sont des exemples de cette politique « en avant » qui a élc suivie par d'autres dans les différentes régions de l'Afrique. De leur côté, les Français ont vaillamment pouisuivi leur but en ouvrant des routes au commerce entie le Sénégal et le Niger, et ont expédié plusieurs canomiièies sui- Timbouctou. L'œuvre de Colin à Bambouk, fertile en importants résultats géographiques, et celles de Crampel et de Fourneaux dans le

Gabon sont dos ontroprisos isolées de l'activité française. Le voyage de Hinger dans la grande hoiule du M iger (1887-89) fut peut-être le plus important. Binger apporta certaines rectifications à nos suppositions précédentes sur l'étendue du bassin du Niger, en nous njonlrant les rivières Conioé et Volta arrosant une vaste contrée qui s'incline sur la côte de Guinée; il a déniontié également que les sources du iSiger sont loin d'être à une aussi grande altitude qu'on l'avait supposé jusque-là : le réservoir est simplement un plateau doucement relevé, et, quant aux « Montagnes de Kong », c'est une chaîne qui n'existe pas. Ses renseignements sur presque toute la partie inconnue du pays des Mandingues sont du plus haut intérêt géographique. Stimulés par le même désir de suprématie politique et commerciale sur le bassin du Niger, les Alleniands ont déployé la même activité. Parmi leurs voyageurs dans l'ouest africain, von François, Wolf, Zintgrafî, Zoller, Kund, Tappenbeck et Weissenborn ont tous fait d'excellents travaux. Dans le Kameroun spécialement, le Ilinterland a été rapidement exploré, et Zintgralfa été récemment assez heureux pour ouvrir une route à la Benoué. Pendant l'année 1891, un certain nombre d'expéditions françaises, allemandes et anglaises se sont mises en campagne pour gagner le lac Tchad, dans un but essentiellement politique, mais beaucoup d'entre elles ont éclioué d'une façon désasli-euse.

Dans l'État indé|)cn(lant du Congo, nous sigjialons un projet de chemin de fer, actuellement en voie de construction au delà des rapides du cours inférieur du

grand llenve, les intéressantes explorations de Rauvier sur le Kouilou et dans la région au nord de Manyanga, et de Canibier le long des rives méridionales du Congo, entre Matadi et Léopoldville. Les excellentes cartes de Lannoy de Bissey révèlent une grande partie des importants travaux accomplis parles fonctionnaires français dans les territoires du Congo. La rivière Sanga a élé découverte, et dans d'auties parties du bassin du Congo, plusieurs ni biliaires inconnus ont été explorés tant par les fonctionnaires du gouveinement que par des explorateurs indépendants. Le voyage de Delconunune sur le Lomani jusqu'au 2° 50' lat. sud, révéla une nouvelle route tUiviale dans le centre de l'Afrique.

Dans le sud, les travaux indépendants du missionnaire Arnot, qui a passé plus de huit ans dans l'Afrique centrale, principalement à Katanga (royaume de Garangaja ou Msiri) et dans la vallée de Barotsé, ont été très utiles en faisant connaître beaucoup de territoires nouveaux, et en résolvant plusieurs des problèmes hydrographiques de celte intéressante région. Il a démontié, par exemple, que la « Liba » de Livinffstone est le Zambèze lui-même, et non le fleuve qui sort du lac Dilolo.

Dans l'est é(|uatorial de l'Afrique, O'Neill lit une série d'importantes observations astronomiques pendant un voyage qu'il entreprit de Quélimane juscju'à rextr(''mit(' noi'd du lac Nyassa; ces obseivations lui démonticrent (jue le lac avait été' primitivement placé par 6' à 8' de lotjgitude trop loin dans l'ouest. La découv<Ml(' de Kaiikin d'un can.il navigable, non uli-

lise encore, la livière Cliiré, dans \c delta du Zaïnbèze, peut devenir d'une grande valeur poui' le commerce.

Les ti'oubles suscités par les Arabes dans l'est écpiatorial de l'Afrique et le soulèvement sur la côte de Zanzibar ont interrompu l'exploration dans un certain rayon. Mais les agents de la « lîiitisli Easl Africa Company », MM. Jackson et Gedge, ainsi que le capitaine Lugard, occupés dans les sphères de leurs intérêts respectifs, y ont accomj)li d'excellents travaux. Dans cette région, les plus importantes découvertes ont été celles de Seki et Hoiinel (1887-88) au nord du lac Baringo, et le lac vaguement connu jus- (|u'alors sous le nom de lac Samburru, fut exactement tracé et reru le nom de lac Rudolf. Les travaux de I>orelli au sud-ouest de la baie de Tadjourah, dans le royaume de Clioa et dans ses États tributaires, donnèrent d'excellents résultats; il parvint ainsi à pénétrer jusqu'à une certaine distance dans l'intérieur du pays des Galla.

Le voyage plus récent de Stanley (1887-89), entrepris pour aller au secours d'hlmin-Pacha, fut des plus imj»ortants au point de vue géographique. A la tète (l'une grande expédition, il remonta le Congo, et par un de ses tributaires, l'Arahouimi, gagna le lac Albert-N'yanza. L'Arahouimi, ou, comme on l'appelle à son cours supérieur, l'Ituri, fut découveite au milieu d'une région forestière très dense, d'une étendue infinie. Au sud de l'Albert-Nyanza, Stanley traça le cours du Kikibbi (précédemment examiné par Emin à sa coniluence avec le lac), et il découvrit qu'il sortait du Mouta-N'zigé (Albert Élouard-Nyanza) ; il relie en

effet les deux lacs ensemble. Il fut reconnu que le Kikibbi, appelé aussi Seniliki, reçoit d'innombrables tributaires d'une puissante chaîne de montagnes à sommets couverts de neige, le Kouvenzori, pouvant rivaliser en altitude avec le Kilima-Ndjaro et le Kenia, bien qu'il n'ait été escaladé par le lieutenant Stairs (aujourd'hui capitaine) que jusqu'à 10,677 pieds. On retrouva dans le Moula N'zigé le « Beatiice Gulf », précédemment découvert par Stanley, et il fut constaté que le lac n'avait pas une aussi grande étendue que celle qu'on lui attribuait autrefois; c'est le Mouta- N'zigé, ou, comme on le nomme aujourd'hui, le lac Albert-Edouard-Nyanza,qui forme la source sud-ouest du INil. En revenant à la côte via Ou-Nyamezi et Mpoupoua, on s'aperçut que les rives sud-ouest du Victoria-iNyanza s'étendaientconsidérablement au delà des limites assignées précédemment.

Tels ont été les travaux les plus remarquables qui, dans le courant de ce siècle, ont le plus contribué aux progrès des découvertes géogra[)hiqucs et de l'exploration en Afrique; l'espace limité nous a obligé à restreindre beaucoup notre énumération, de telle sorte que beaucoup d'excellentes entreprises et de voyag(>s intéressants ont été entièrement négligés. Mais, si nous comparons les caries de chaque décade depuis 1788, nous voyons combien rapides ont été les piogrès, et quelle infatigable activité ont déployée nos exploiateurs, nos voyageurs et nos colons! Combien est grande notre dette de reconnaissance envers les pionniers missionnaires, car dans bien des cas ils ont été les premiers à se lancer dans l'inconnu!

Afin de ne pas nous laisser entraîner par un senliintMit de partialité quelconque, dans la comparaison que nous établirons entre les diverses nations qui ont participé à la découverte et à l'exploration de l'Afrique dans les tein()s modernes, nous nous bornerons à quebjues remarques générales.

Les Portugais furent les premiers à ouvrir le continent africain à la politi(|ue euro[>éenne; mais depuis la chute de leur puissance, ils ont fait relativement |)eu pour encourager l'exploration. Les Français ont fait preuve de beaucoup de sens pratique dans les efforts qu'ils ont faits pour s'ouvrir de nouvelles contrées: ils ont concentré toute leur activité dans les régions où leurs colonies avaient été établies et où ils avaient une forte base d'opérations sur la côte. C'est à eux que nous devons les |)remiers renseignements topograpliiques sur la basse Ëgy[»te, pendant l'occupation. Dans les autres régions de l'Afrique, les voyageurs français ne recueillirent [);js d'importants résultats. Un seul P'rançais traversa le continent, ce fut le capitaine Trivier, en 1888-89. Partout où flotte le drapeau national ou dans tous les territoires où il a été hardiment porté, l'œuvre des explorateurs français a été pour la plus grande [larlie une œuvre scientifique, utile et durable. Aujourd'hui que les Allemands ont des possessions coloniales, ils suivent l'exemple des Français; mais avant leur établissement relativement récent sur le continent africain, les voyageurs allemands parcoururent toutes les parties de l'Afrique, et l'œuvre qu'ils accomplirent fut sans rivale par sa perfection, son exactitude et son importance. Si nous

revendiquons pour les explorateurs anglais l'œuvre principale de colonisation dans le sud équatorial de l'Afrique, c'est aux voyageurs allemands que nous devons surtout la connaissance du Sahara et du Soudan. L'activité des Italiens a été plus restreinte, et c'est surtout l'ambition politique qui l'a inspirée. Entre la mer Rouge et l'Ethiopie, ils ont trouvé le champ propre à leurs entreprises. Les Belges ont accompli d'excellentes choses dans le bassin du Congo, sous l'égide de leur souverain philanthrope. Enfin, les Anglais, bien qu'ayant tout récemment donné un but j)ratique à leurs efforts, ont déployé une grande activité dans toutes les parties de TAfrique. Ils ont été poussés par l'esprit d'aventure et de découvertes autant que par l'appât du gain. C'est à eux surtout que l'on doit les découvertes dont presque toutes les nations européennes ont tiré un profit égal et parfois supérieur à celui que l'Angleterre s'est réservé pour elle-même.

Nous ferons observer que les régions de l'Afrique considérées encore comme « inconnues » sont situées derrière les sphères d'inlluence européenne sur les cotes. 11 est un fait curieux que, jus(ju'à présent, daus l'exploration du continent toutes les grandes découvertes hydrographiques ont été faites non par le procédé qui semblerait évidemment le plus naturel, en suivant les giands systèmes lluviaux depuis leuis endjouchures jusqu'à leurs sources, mais précisément dans le sens contraire. Cependant, pour compléter l'élude daFJs ses détails, l'œuvre de l'exploration devra, dans l'avenir, procéder en allant des côtes vers

l'iiUcriL'iir. Celle lâche devra èlre proinpleiiieiil enlieprise à cause de rimpulsion nouvelle qui a été donnée à la colonisation, et parce que le continent ayant été si rapidement partagé entre les puissances européennes, il devient de jour en jour plus nécessaire, non seulement d'établir des fiontières, mais aussi de déterminer leurs limites précises. L'intérieur des terres serait ainsi graduellement exploré et exploité.

Nous avons parlé de l'œuvre accomplie dans l'exploration et l'étude des terres africaines, mais nous ne devons pas perdre de vue qu'il y a bien plus à faire encore avant que nous puissions regarder nos cartes avec satisfaction et confiance. Il y a encore, même pour les explorateurs, bien des champs inconnus à parcourir. Le dernier voyage de Stanley et celui de Binger nous en fournissent la prouve.

Un mot sur le caractère des expéditions. Le voyageur idéal en Afrique est celui qui s'aventure dans l'inconnu, seul ou avec une petite escorte, et qui revient avec une carte exacte et un supplément d'informations. Ceux qui suivent la roule précédemment parcourue par ce dernier sont à peu près certains d'une réception amicale parmi les populations indigènes. Dans bien des circonstances, beaucoup de voyageurs ont rapporté d'Afrique les résultats les plus utiles et les plus durables. Plus l'expédition est grande, plus grandes sont les difficultés pour obtenir, du moins par les moyens honnêtes et j)a(i- Iiques, les renseignements nécessaires, et plus grand également est le danger de soulever l'hostilité des indigènes. Mais il y a des parties de l'Africjue dans

lesquelles un voyageur accompagné seulement d'une petite escorte ou d'une caravane insuffisamment armée ne pourrait jamais pénétrer. Heureusement, ces régions sont en petit nombre et deviennent de jour en jour plus rares.

Ces remarques ont pour but de rappeler au lecteur que, dans le passé, les voyageurs indépendants ont obtenu les meilleurs résultats pour l'exploration en Afrique, résultats que jamais de fortes expéditions n'auraient obtenus, comme, par exemple, la découverte de contrées nouvelles pour l'occupation pacifique et la colonisation.

Il est à remarquer que, pendant l'année 1891, toutes les expéditions en Afrique se sont inspirées de ce caractère. Leur objet principal a été de découvrir de nouveaux marchés ou d'entreprendre une étude sérieuse des colonies actuelles, ainsi que le D' Baumann l'a fait dans l'Ou-Sambara. Pendant des années encore, ce sont des expéditions semblables qui devront surtout occuper le cliamp de l'exploration en Afrique.

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