‹ Le développement de l'Afrique; traduit de l'anglais sur la 2e édChapitre 19 sur 33 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Ressources commerciales.

Compte rendu des progrès. — Valeur des terres africaines. — Le facteur du commerce. — Littoral de la Méditerranée. — Algérie et Tunisie. — Tripolitaine. — Sahara. — La vallée du Nil. — Basse Egypte. — L'occupation anglaise. — Routes de commerce. — Bassin du haut Nil. — Littoral de la mer Bouge, etc. — Territoires des niahdistes. — Soudan. — Bassin du Niger. — Productions de l'ouest africain. — Travail. — Bassin du (longo. — Trafic et commerce. — Établissements commerciaux sur le Congo. — L'avenir du Congo.

— Les territoires du Congo fran<;ais. — Angola. — Sud-est africain. — Distribution géographique de l'ivoire. — Ivoire dur et ivoire tendre. — Centres du trafic de l'ivoire. — Bégions de la récolte de l'ivoire. — Boutes commerciales de l'ivoire. — Exportation annuelle. — Conservation de l'éiéiihant. — Trafic des liqueurs.

— Problèmes du travail. — Opinions diverses. — Développement commercial de l'Afrique. — « Système de bandits. »

Le développement de l'Afrique en tant que champ ouvert à l'entreprise commerciale des Européens a été très rapide dans ces dernières années. Il n'y a pas bien longtemps que le D' Scliweinfurt, comparant les zones de culture sociale avec les mouvements du commerce, divisait le continent africain en trois domaines : 1° la sphère des armes à feu, près des côtes, où d'étroites relations commerciales existaient

avec l'Europe; ^2" la région inlérieure do transition, où les négociants portaient les étoiïes de coton et les produits manufacturés d'Europe, et 5" le cœur de l'Afrique centrale, où l'entreprise européenne n'a pas pénétré. A cette époque, l'Afrique [irésentait assez l'image d'une forteresse à laquelle les j)ionniers du commerce avaient donné l'assaut; de[)uis lors, remparts sur remparts ont été renversés, redoutes sur redoutes sont tombées aux mains des assaillants, et le commerce, entrant par les vallées des grands Ileuves, a j)lanté son étendard victorieux en plein cœur du continent. La légende |)opulaire qui disait que les besoins des indigènes africains seraient aisément satisfaits avec quelques mètres de cotonnade, est hors de propos dans la plus grande partie des régions intérieures. Cela pouvait être vrai dans la période d'évolution sociale. Mais avec la rivalité des puissances européennes qui se disputent la suprématie politique et commerciale en Afrique, et l'extension croissante de leurs colonies comme marchés pour les produits des industries nationales, les conditions de demande et de fourniture sont toutes différentes. Avec le temps, rcx[)loitation de l'Afrique a non seulement révélé les richesses minérales du continent, mais elle a ouvert au commerce des voies dans lesquelles se sont ardemment lancées les compagnies privilégiées; et, bien que peu de régions relativement aient rapporté immédiatement au capital qui leur avait été consacré, les spéculateurs ne se sont pas découragi'S, et sous le couvert de la piiilanlhiopie et du patriotisme, ont marclu" iiardiment à de nouvelles coïKjuètes, comp-

tant bien qu'elles donneraient plus tard de sérieux bénélices matériels.

Nous nous occu|)erons dans ce chapitre des denrées daVtfrns coulantes de rAfricpie. En déterminant la d islri bu- ° """'""■ tion géograplii(iue des principaux produits, par rapport aux conditions pliysi(jues et poliliciues de clia(iue région distincte, nous sonnnes à même d'estimer, au moins approximativement, la valeur des terres africaines, rs'ous ne saurions apporter trop d'attention sur ce sujet, puisijue c'est le commerce qui nous attire en Afri(jue, et (|ue c'est par le connnerce seul que nous pouvons y rester, avec quelque profit pour nous du moins. Car, sauf (juelques points stratégiques, j)rincipalement sui" la Méditerranée et la mer Kouge, la roule de l'Est et le Cap, la |)ossession des territoires africains n'a pas actuellement de valeur spéciale dans la polili(|ue internationale, excepté comme force pour équilibrer entre eux les intérêts des diverses puissances. Si les terres africaines ne peuvent pas subvenir à leurs propres besoins, il est difficile d'a[)précier leur valeur pour la mère patrie ('). Si notre but en colonisant l'Afrique était purement philanihropi(|ue, ce serait encore par le commerce que nous agirions le mieux sur les populations indigènes, et c'est par le commerce seul que nous pourrons combattre les maux qui empoisonnent leur existence. Ainsi, à quelque point de vue que nous envisagions le (lévelo[)[)ement de l'Afrique, le commerce doit être

(') Lr I'urtu','al, cepomliint, seiiiblf l'-proiivcr une sorte de satisfai'liun pulrioli({iir m constatant les iourds déCn-its annuels d«-' la province • le Mozambique.

considéré comme l'agent politique le plus influent. Il est un peu trop tôt pour établir avec certitude les ressources commerciales du continent, — nous le connaissons encore si peu, et nous savons si peu de choses de ses habitants, — mais les grandes nations de l'Europe ne manqueront [)as d'étendre sur de nouvelles régions le champ de leurs entreprises coloniales, sans même se préoccuper de ce que devra leur coûter la conquête. Nous pouvons donc en conclure, aujourd'hui que plusieurs d'entre elles ont sérieusement commencé la campagne politique et commerciale en Afrique, que le succès sera pour les vaillants et les heureux. Dans ces dernières années, cela a été un véritable steeple - chase , une course à perdre haleine, non pas précisément pour imposer la domination politique en Afrique, ni même dans le sens d'une croisade religieuse, mais en vue d'établir la suprématie commerciale.

Quels horizons l'Afrique offre-t-elle alors à l'entreprise commerciale des Européens?

Sur les rives méridionales de la Méditerranée, nous retrouvons encore une région de transition entre l'Afrique et l'Europe, où le climat et les productions se rapprochent de ceux des parties méridionales de l'Espagne et de l'Italie. C'est pourquoi nous constatons que la colonisation par les peuples de ces dernieis pays a été [)lus heureuse que celle qui a été faite par les peuples du nord de l'Europe. Ce sont les seuls jusqu'à présent qui se soient acclimatés, et c'est parmi eux seulement que les naissances ont excédé les décès.

L'Algérie et la Tunisie peuvent être considérées pi^{«*f/f., ensemble, bien qu'en ce qui regarde leur développement économique elles offrent des contrastes frappants. I/Algérie est une province française depuis soixante ans, la Tunisie est sous le protectorat français depuis dix ans ; toutefois, en deliors de ses conditions naturelles plus favorables, cette dernière semblerait donner plus d'espérance pour l'avenir. Il est vrai que pendant l'administration française, l'Algérie, qui n'était qu'un désert, est devenue une « riante contrée », des milliers de kilomètres de routes ont été faits, des chemins de fer construits, des puits creusés, et toute sorte d'améliorations introduites. Cependant, aujourd'hui encore, l'Algérie coûte à la mère patrie de 70 à 80 millions de francs par an, les dépenses excédant presque toujours les recettes. Bien qu'il ait doublé en nombre, l'élément européen, composé pour la plupart d'Italiens, d'Espagnols et de Maltais, indépendamment des Français eux-mêmes, ne représente qu'une faible proportion (environ 10 7o) de la population indigène, composée de Berbères (Kabyles) et d'Arabes ; ces derniers ne présentent aucun signe d'assimilation. La raison de cette espèce de soif de succès en Algérie semblerait être l'ambition du « ruban rouge ». Les populations indigènes sont, ou persécutées ou protégées, ou bien on essaye de les assimiler aux colons européens. Persécutées, elles (juittent le territoire, protégées, elles acquièrent une suprématie excessive ; quant aux tentatives d'assimilation, elles ont échoué à cause de l'extrême diversité des éléments ethniques. Tantôt la

colonisation est protégée, tantôt elle est empêchée ; et dans la plupart des cas, elle reste sous les auspices du gouvernement ('). Par suite, l'Algérie n'est ni une colonie ni une plantation. D'autre part, la Tunisie est une colonie commerciale; là, pas d'immigration officielle et l'entreprise privée a plus de liberté, comme cela est démontré par les nombreuses entreprises locales actuellement sur pied. Cependant, comme dans toutes les nouvelles colonies, les importations en Tunisie excèdent les exportations, mais la raison en est que l'armée d'occupation nécessite de continuels approvisionnements. En comparant l'Algérie et la Tunisie, nous avons donc un exemple frappant de l'entreprise administrative et de l'entreprise privée travaillant côte à côte. Jusqu'à présent, la Tunisie semble réaliser toutes les espérances que la France fondait sur elle.

En Algérie comme en Tunisie, et, du reste, comme dans tout le nord de l'Afrique en général, c'est la viticulture (lui, d'après sir Lambert Playfair, donnerait le plus d'espérances pour l'avenir. Quant au blé, beaucoup de districts, comme la vallée de la Medjerda, possèdent des sols et un climat tout à fait propres à sa culture. L'alfa, que l'on emploie pour la fabrication (lu [)apier, croît à l'état sauvage; cette plante est, ou élait autrefois, l'objet d'un grand commerce d'exportation en Angleterre pour les manufactures de paj)ier. La laine et les pommes de terre liàlives sont aussi de précieuses denrées d'exportation. Le liège dans les

(') I*. Li;iiov-|{K*n.ii;t , L'Ahirrie cl la Tunisie, I.SH7.

forêts el le iiiiiierai de 1er dans les iiioiilagnes, et bien (raulres richesses naliiielles, font partie des ressources du pays. Il est certain qu'à un moment donné, la France développera ses possessions africaines, qui sont à sa porte, même si elle échouait dans son extension au sud et à Touest.

L'as[)ect est tout dillérent dans l'État mahométan du M'^c Maroc, qui, en dépit de ses richesses minérales, de son sol éminemment fertile, et de ses conditions naturelles très favorables, reste stationnaire « au nom d'Allah ». La superbe malpropreté de ses villes, nmel témoignage d'un peuple opprimé, dont le seul avantage, sous un gouvernement tyrannique, est l'occasion d'échapper à cette tyrannie; ces particularités et d'autres phénomènes d'une puissance qui déchoit et s'elTondre, appellent un relèvement. Les chrétiens sont méprisés et ne peuvent vivre en sécurité et dans une certaine indépendance que sous la sauvegarde de leurs représentants politiques. Les importations étrangères sont frappées de droits excessifs; les exportations sont paralysées par un tarif prohibitif, et, i)ar suite, les industries indigènes sont arrêtées dans leur développement. Si un indigène manifeste quelque aisance, pas même de la fortune, il devient aussitôt la victime des attentions gracieuses du Sultan et de ses fonctionnaires. Dans de semblables conditions politiques, il est impossible que le Maroc parvienne à développer ses grandes ressources naturelles. Les ridicules jalousies entre les puissances européennes au Maroc sont autant de complications qui arrêtent le progrès. C'est la France et la Grande-

Bretagne qui ont le plus contribué au commerce extérieur du Maroc, mais actuellement, l'Allemagne prend la premièie place. Les exportations principales sont les céréales et les cuirs.

Entre ces contrées et l'Egypte, la province turque de Tripoli est si stérile, qu'en dehors de l'alfa, des fruits et des légumes, ses produits actuels ne sont pas d'une grande valeur. Cependant, le port de Tripoli est le point terminus des caravanes à travers le Sahara, et l'oasis de Mourzouk,dans le Fezzan,est un autre centre de négoce important. Les villes de Fez et de Maroc sont d'autres centres de trafic des caravanes du Sahara, dont la principale « denrée » semble être les esclaves.

Les caravanes à dos de chameaux qui traversent le Sahara venant du Soudan font aussi le commerce des plumes d'autiuche, des é[)ices, des gommes, du sel gemme, etc., qui sont échangés contre les produits de l'industrie européenne. Dans l'ouest du Sahara, les mines de sel et les sédiments sont les principales richesses du pays; le sel trouve son premier débouché à Timbouctou, l'un des principaux centres de sa consommation. Ghadamès, et d'autres oasis dans le Sahaia, sont aussi les points que se proposent d'atteindre les caravanes. Mais étant données la situation pdlitique mal définie, et les habitudes de rapines familières aux tiibus du dései't, sans |)arler du peu de sécuiité pour la vie et des mauvaises conditions du climat, il est impossible que ce trafic par caravane soit employé sérieusement, dans l'avenir, par le commerce européen; il ne pourra jamais rivaliser avec

les moyens de communication qu'offrent les roules bien plus praticables de la cote. Ainsi, en admettant même que les Français parviennent à relier l'Algérie à la Sénégambie, nous ne voyons pas bien quels avantages en résuIt<Maient pour eux, si ce n'est un agrandissement politique i)lus ou moins illusoire. Nous avons déjà démontré comment le véritable accès au Soudan central était la voie du Niger.

La vallée du Nil nous offre l'exemple le plus saisis- vaii** du n». sant de la valeur de l'eau en Afiique, et nous montre comment, avec un système d'irrigation bien entendu, les terres stériles peuvent être fertilisées. Par les inondations périodiques de ses rives, le Nil est le thiide vital de la contrée déserte à travers laquelle il })asse. La crue annuelle du Nil s'effectue très régulièrement aux mêmes époques, bien que l'élévation des eaux des crues offre parfois des différences considérables, tantôt en moins, tantôt en plus. A Khartoum, le fleuve commence à monter vers la fin de juin, à cause des fortes pluies que les moussons apportent dans son bassin supérieur; dans les premiers jours de septembre, la crue est à son apogée, mais, le mois terminé, elle décroît régulièrement jusqu'au solstice d'été. Tout le long des rives du Nil, de Kbartoum jusqu'au Delta, les populations riveraines tirent de ces inondations l'avantage de prendre au dései't une étroite zone de terre cultivable parallèle au fleuve. Sur aucun point, cette zone artificiellement fertilisée n'a [)lus de 4 milles de largeur, tandis que dans bien des endroits voisins du fleuve, le désert reprend ses droits en dépit des crues.

Dans la basse Égy[)le, on a tiré un parti exceptionnel des avantages qu'offre le Nil au point de vue de l'irrigation, et des travaux considérables ont été accomplis par les ingénieurs anglais et écossais. Par le rétablissement du barrage ('), qui avait cessé d'être utilisé [)ondant vingt ans, et la construction de nombreux (anaux, les terres du Delta ont été transformées en une fertile région de culture, très peuplée. Voici ce que dit M. Chisholm [liandhook of Commercial Geograplnj, p. 548) : « Bien que la distance en ligne droite de Ouàdi-Halfà aux rives de la Méditerranée soit de 681) milles environ, c'est-à-dire égale à la distance des îles Scilly à l'extrémité nord des îles Shetland, la surface entière destinée à la culture est de moins de 10,000 milles carrés, ou environ de deux tiers plus vaste que le Yorksliire; cette surface contient une population de 8 millions, qui vit presque entièrement de l'agriculture. » Le travail de l'exhaussement des rives dans ce système d'irrigation fut d'abord exécuté par les indigènes eux-mêmes, (jui étaient soumis à la corvée; mais ce genre de travaux forcés est aujourd'hui aboli. La construction de ce barrage, œuvre gigantesque, qui se compose de deux ponts ayant ensemble 154 arches et un peu [)lus de ! kilomètre de longueur, a coûté \2() millions de flancs, mais celte somme énorme s'est trouvée payée par les piofils (ju'en ont tirés les cultivateurs euxmêmes. Si les linances égyptiennes pouvaient sup-

(') Le li.iiT.i;;c fsl iiiH' ili;,MM' jcli'-c ni tnivi-rs ilt-s deux hramlics |iriii('i|):ilcs du Nil, :iii soiiiinrt dii il<-lla.

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portei" la charge ou l'essai do iirojcls dirrigalioM plus vastes, il y eu a plusieurs (jui pourraieut être adoptés.

[^p cotou est aujourd'hui une des |dus précieuses productions de la basse Kgvple, ({ui récolte encore le maïs et le l'rouient; dans la haute Kgyptc, les dattes et les goniiues d'espèces variées sont la principale richesse du sol.

Sous l'autorité anglaise, l'Egypte est un peu sortie de l'engourdissement dans lequel l'avait plongée la mauvaise administration turque : la condition des fellahîn ou laboureurs a été très améliorée; la Aowrbasli et toute sorte d'autres abus ont été abolis, et une sorte d'orcranisation financière a été établie. Le commerce du pays est, en réalité, entre les mains des Européens, dont le centre principal de négoce est Alexandrie, et qui n'attendent que le moment où les conditions politiques seront mieux définies pour étendre leurs opérations. Si ces conditions pouvaient être stables et garanties par une sorte de contrôle européen, la prospérité future de l'Egypte serait assurée; mais les rivalités internationales qui subsistent, même actuellement, relardent le véritable développement du pays. Par sa position géographique, commandant en quelque sorte la route de l'Est, l'Egypte a naturellement, aux yeux de l'Europe, une im|)ortanee qu'elle n'aurait pas dans d'autres conditions. Mais quelques critiques ont fait observer, non sans raison, (jue la valeur du canal de Suez, comme roule vers les Indes, était un peu exagérée, puisque la possession du territoire égyptien ou des îles de la

mer Rouge, comme noire forteresse de l'île Périm. contrebalancerait en partie, sinon complètement, l'importance politique de l'isthme de Suez. La neutralité du canal semblerait donc s'imposer aux intérêts communs des puissances européennes.

Nous avons parlé dans le chapitre précédent des routes commerciales de l'Egypte, de leur importance relative et des principaux centres de débouchés. Mais l'importance des routes commerciales est trop variable pour que nous puissions en donner une estimation, même approximative. Certaines transformations physiques ou des modifications de circonstances peuvent amener des changements dans les routes adoptées par le commerce, ainsi que l'a fort bien expliqué dans un récent rapport le consul anglais de Port-Saïd. II a démontré que ce port prend une extension rapide aux dépens de Suez, les vaisseaux préférant la rade de Port-Saïd pour les ravitaillements et les apj)rovisionnements de charbon. Mais, bien que le commerce de Suez ait été profondément atteint par les troubles du Soudan, le nombre des pèlerins prenant la i-oute de Suez passe pour avoir augmenté de 22,000 annuellement. De semblables fluctuations sont liées aux mouvements politiques qui se produisent; mais avec nos ressources modernes, il ne sera pas impossible d'assurer la régulaiité d'un certain trafic conformément aux voies naturelles du roinmei'ce.

f Nil" Dans le bassin du haut Ml, nous trouvons des contrées très inégales quant à leurs principales productions naturelles, mais toutes d'une incontestable valeur. Dans la contrée très fertile arrosée par les

tributaires abyssiniens du Nil, le sol d'alluvion, avec les moyens d'irrigation les plus simples, peut donner de grosses récoltes, non seulement de dourra et de maïs, mais aussi de coton et de tabac; aujourd'hui, ces deux derniers produits sont seuls cultivés sur une grande échelle. De même que pour l'Abyssinie, tout peut être cultivé dans les régions montagneuses, suivant l'altitude et les conditions du climat; toutefois, l'agriculture est très en retard, et les Industries dont, par indulgence, on veut bien })arler sont, à vrai dire, tout à fait nulles.

Quant aux résultats que les récents événements politiques peuvent avoir sur le développement commercial de l'Abyssinie, il serait prématuré de les prévoir, mais il est certain que le négoce qui se fait aujourd'hui à Tadjourah et cà Berber, et qui passait autrefois par Choa, sera détourné dans une certaine proportion sur Massaouah. Choa, du reste, a trouvé une large compensation au trafic perdu dans le commerce des bestiaux, des cuirs, du café, etc. Harrar envoie aussi des caravanes à Berber. Les sels que l'on trouve dans les dépressions situées entre les régions montagneuses et la mer Rouge, sont une denrée précieuse; le sel, vendu en petits blocs, est même employé comme monnaie.

Khartoum, qui était habituellement le point convergent des caravanes et un grand centre commercial, a été si longtemps en dehors de la s[)hère d'influence européenne, qu'il est difficile de juger ce qu'elle peut être dans les circonstances actuelles; mais bien qu'elle ne puisse plus continuer l'échange des grains, des

gommes el du colon contre les produits européens, il esta présumer que son commerce d'ivoire et de plumes d'autruche, ainsi que le trafic avec le Sud, subsistent toujours. Immédiatement au sud de Khartoum, dans le Kordofan, le sol est aride et ferrugineux; les troupeaux n'y prospèrent pas, excepté dans le voisinage des hauteurs. Plus au sud encore, dans la province équati)riale abandonnée, la contrée est, à tous égards, appiopriée aux besoins de la vie pastorale. « Imaginez seulement, écrivait un jour Emin-Paclia, quel commerce on pourrait faire en ivoire, en huiles de toute sorte, en blés, en plumes d'autruche, en caoutchouc, en cire, en fer, etc., etc. [^) »

Sur la zone bordière, entre le Sahara et le Soudan, un trafic indigène considérable se fait par caravanes, les principales denrées d'échange étant les esclaves, l'ivoire, le sel, les plumes d'autruche, le froment et les draps. A l'ouest du lac Tchad, nous trouvons les États mahométans prospères et très peuplés, dont les productions naturelles sont très variées. M. Joseph Thomson en donne l'énuméralion suivante ('*) : « Parmi les minéraux, l'or se trouve dans les districts de l'ouest, et l'argent, le plomb, l'antimoine et le cuivre dans Test. Tous ces métaux précieux sont, aujourd'hui, plus ou moins travaillés, car les indigènes en connaissent exactement la valeui". L'ivoire se trouve en grande quantité au sud de la Henoué et autour du lac rdiad. Les |)lumes d'autruche constituent, même

(M Eniiu Pavha iit ( rnlral Afritd, \k l.'l.

\}) Scottisli (jC(Kjr(tjiliii(tl Mutjuzinc, vol. Il, p. "iOd.

aiiiourd'liui, un £(iainl lialic dans le snd du Saliaia, ainsi qu'au nord vl à l'est de liornou. Les mêmes régions fournissent à profusion les gommes précieuses, le muse, les cuirs, etc. Klles donnent en abondance l'indigo, le coton, l'arbre à beurre, le palmier à liuile, l'aracliide, le caoutcbouc et plusieurs es[)èces précieuses de plantes médicinales. De grands troupeaux de bestiaux sont répandus partout, *et le commerce des cuirs est très important. Pour donner une idée complète des ressources du pays, on peut dire que le Soudan produit d'excellent froment, du riz, des oignons, des dattes, des limons, des grenades, des bananes et beaucoup d'autres fruits, des légumes et des grains. » De plus, l'élevage des chevaux, des chameaux et des ânes se fait avec succès dans les hautes régions.

Le Nisrer et son tiibutaire la Benoué sont les routes Bassm

^ du Mger.

naturelles dans celte partie de l'Afrique intérieure. Comme agent des opérations commerciales, le Niger est sans rival, et la possession des terres du Delta est d'une importance considérable. Un service régulier de steamers est entretenu sur le fleuve.

Les vaisseaux do r»()0 tonnes peuvent lemonter jusqu'à Kabba. au delà du coniluent de la Benoué, à une distance totale de GOO milles, pendant quatre à cinq mois de l'année; tandis que la Benoué elle-même est navigable pendant une distance égale. Nous trouvons, dans le bassin du Niger, des districts extrêmement [»euplés, ayant des gouvernements plus ou moins réguliers et avancés, possédant d'immenses ressources naturelles, et pouvant rapporter immédia-

lement au capital dépensé pour leur développement économique.

11 est naturel que les rivalités commerciales soient en éveil dans ces régions. Les Français, de la Sénégambie où ils sont établis, et les Allemands du Cameroun mettent de prodigieuses enchères pour obtenir cette su()rématie commerciale qu'ils se disputent. Dans ces conditions, il est évident qu'une partie du trafic se trouve détournée de ses voies naturelles par les bouches du Niger; mais il en résultera aussi une salutaire émulation qui stimulera l'entreprise commerciale des Européens. D'après le récent arrangement territorial entre la France et la Grande-Bretagne, le trafic de Timbouctou et du haut Niger doit, d'un jour à l'autre, tomber aux mains de la France. Timbouctou n'a pas d'industrie par lui-même, mais de temps immémorial, il a été un important marché, et l'un des piincipaux centres de débouchés. Le trafic du moyen Niger, bénéficiant de l'activité des grands États Haoussa, est cependant bien plus important et se trouve entièrement aux mains des Anglais. Kano et d'autres centres commerciaux offrent des ressources illimitées; et le trafic de Bornou pourrait aisément se faire par la voie de la Benoué.

L'industrie de l'huile de palme, qui est la plus précieuse de l'ouest africain, a son centre dans le delta du Niger ou, pour être plus explicite, dans ce qu'on appelle le distiict des Rivières d'huile, (^est là que l'Association africaine des marchands a ses quartiers généraux. On peut voir sur notre carte la distribution géographique de ï'Lluui (juineensis ou palmier à huile;

mais. l)ion (]ii'il soit répandu siii- une réjjfion 1res étendue, on ne le culliv»» que dans certains districts : sur la côte de l'ouest, |)ar exemple, c'est principalement, ou même exclusivement à proximité des villages. On récolte aussi le coton, et, pendant la guerre civile en Amérique, on le cultiva beaucoup le long de la côte de Guinée, beaucoup de plantes médicinales, la gomme, la résine, indépendamment des bois de teinture (tels que le campèche, etc., etc.) qui sont des exportations naissantes de la côte de l'ouest. La noix de kola prend une impoitance croissante et peut remplacer le café, qui, cependant, ainsi que le tabac, est de plus en plus cultivé. Le Soudan maliométan fournirait un excellent marché [)our le thé.

Il est bon de ne pas oublier non plus que si l'ivoire de la côte d'Ivoire est un souvenir du passé, l'or de là t ôte d'Or n'est nullement épuisé. La région est riche en or, quoi qu'en puissent dire les nombreuses compagnies qui n'ont pas su l'exploiter. Le grand mécompte dans les affaires de mines comme dans toutes les entreprises commerciales, c'est que le travailleur indigène est ignorant et qu'on ne peut pas se fier à lui. Mais si les Krou pouvaient être employés en plus grand nondjre, il y aurait certainement là une perspective de réussite.

A première vue, on pourrait supposer que le bassin Bassin du Congo, avec son système unique de routes fluviales, est le champ le plus vaste ouvert à l'entreprise commerciale en Afi'ique; mais des causes de nature diverse réduisent cette opinion à néant. Le Congo est certainement une région de grand avenir, mais

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il n'est pas encore sulïisaminent développé et ne peut encore cire exploité de façon à répondre aux ardentes convoitises (|ue font naître ses ressources actuelles. L'administration de l'Ktat n'a malheureusement pas été basée sur des principes commerciaux ; il y eut en jeu trop de rubans rouges et d'ambitions personnelles, et trop peu d'efforts consciencieux et désintéressés. La faute n'en est pas au généreux souverain qui est le chef nominal de l'Ëtat, mais à ses conseillers et à ses officiers.

Les principales denrées du Congo sont l'ivoire, le caoutchouc et la gomme copale, mais il offre encore bien d'autres sources de fortune. L'ivoire est l'article le plus important du commerce, bien que, d'après Oscar Baumann ('), les deux tiers consistent dans ce qui est connu sous le nom d'ivoire fossile. Des marchés pour sa vente périodicjue ont déjà été ouverts en Belgique. Au delà du confluent de l'Arahouimi, le commerce semble être à peu près nul actuellement; c'est là (ju'est le territoire de chasse des Arabes négriers. Les régions arrosées par l'Ou-Banghi et le Kassaï, systèmes tributaires du Congo, sont également importantes, le Kassaï, au dire du Kév. (ieorge Crenfell, présentant des facilités spéciales j)our le « commerce au comjjtant (|ui attend un débouché » ; le peu{»le y est plus industrieux, et son travail supérieur à celui de l'habitant du Congo pro[)rement dit. L'Ktat a fait à Luluabourg (juebjues lieureux essais d'élevage de bestiaux et de volailles, ainsi que des

'< llinidcl uiiil Vi I liilir (uii Coiitia.

plaiilaliolis (le liz. Wissrnaiiii cl (l'aiilies explorateurs, à même d'en jugei", ont recomui que les inditçènes ont fait des progrès dans la manière de cultiver le sol.

Entre le Kassaï et le Loniani s'étend une immense région de prairies d'une giande feililité; on retrouve d'ailleurs, dans d'auties parties du bassin du Congo, (les districts semblables. Van Cîèlc signale la région de rOu-Banghi inférieur comme un des districts les plus fertiles et les plus peuplés qu'il ait vus en Afrique : des bois et des plaines, des cliamps de maïs, des |)lantations de cannes à sucre et de bananes se succèdent à l'inlini et témoignent de la ricliesse de la contrée. 11 est certain que le tabac, le café, le cacao, la vanille et autres denrées commerciales pourraient être cultivés sur une très vaste échelle. L'achèvement du chemin de fer entre les cataractes donnera certainement une grande imj)ulsion au commerce; mais il y aura bien des dilïicultés à vaincre avant que le capital employé à sa construction rapporte un dividende.

11 y avait en 1890 vingt-huit établissements européens sur le Congo, entre Stanley-Pool et Stanley- Talls : sept appartenaient à l'Ktat, deux aux Frani^ais, trois aux missions catholi(|ues, six aux missions protestantes; plus quatre factoreries belges, quatre hollandaises et deux françaises. Dix-huit steamers sillonnaient les eaux du lleuve : sept appartenant à l'Etat, trois au Congo français, cinq à la Compagnie commerciale belge, un à la Compagnie hollandaise, et deux à rAnglo-.\merican Mission. Tous ces vaisseaux avaient au plus 2 pieds G pouces de tirant

d'eau. Ceci nous explique leur impuissance à satisfaire aux besoins d'un grand mouvement commercial ; mais il est certain que leur nombre sera considérablement augmenté. On n'a certainement pas oublié qu'il a fallu cinq ans environ pour que les manufactures européennes pussent atteindre la région du haut Congo par la côte de l'ouest, l'hostilité des tribus indigènes suscitant de continuels obstacles à la marche du progrès.

1/insalubrité du climat pour les colons européens, l'instabilité et l'impuissance de l'administration politique, la difficulté d'obtenir un travail constant et productif, ainsi que les ravages occasionnés par la traite des esclaves, sont les raisons dominantes qui ont retardé le développement du bassin du Congo comme champ d'entreprise pour les Européens. Des mesures administratives plus sages ouvriront au commerce une ère plus prospère.

Si les arrangements récents adoptés à l'égnrd de l'Ëtat indépendant du Congo étaient enfin mis en vigueur, ils aideraient puissamment cet État à sortir de l'inertie où i! est resté jusqu'à présent et lui permettraient d'accomplir ce qu'on attendait de lui à l'époque de sa fondation. Ces arrangements comportent un droit (G "/o ad valorem) sui* les importations, dans le but ostensible de se procurer le nerf de la guerre contre les marchands d'esclaves et le retour définitif de l'administration à la Fîelgique. L'ivoire et le caoutchouc sont taxés de 10 "/'o et parmi les autres exportations, le copal, l'huile de palme et le café sont frapi)és d'un droit de î^i "/o-

De leur côté, les Français, placés entre le Congo et la eût»' «lo l'est, oui rencontré les mêmes difficnilés premières en établissant leur colonie, mais ils ont ënorgi<|U(Mnent lutté pour les vaincre. M. de Brazza, parlant de l'avenir du Congo français, s'exprime ainsi : « D'après mon expérience du pays, je considère l'ouest africain et le bassin du Congo comme un pays dont l'avenir dépend du commerce et de la culture des indigènes, non de la colonisation par l'émigration {\). Cette nouvelle contrée doit être étudiée à fond et entièrement organisée avant de pouvoir être livrée au commerce européen. » Cette haute appréciation, d'une incontestable vérité, contient le |)rincipe vital du développement économique de toutes les terres africaines.

La colonie portugaise, au sud du Congo, est plus prospère que sa sonir la colonie de Mozambique, sur le littoral opposé du continent. Un chemin de fer est actuellement ouvert entre Loanda et Cazengo (1 40 milles) et un autre a été projeté de Mossamédes, pendant 200 milles, dans l'intérieur à travers les montagnes de Chella. La culture de l'arachide, récoltée non seulement pour l'huile qu'on en tire, mais aussi imme denrée comestible, la culture du café, du I oion, du sucre et de bien d'autres produits commerciaux, bien que |>ouvant se faire dans des [)roportions illimitées, ne donnent que peu de résultats. A Cazengo, le café est de première qualité; c'est, d'ailleurs, avec

(') Expos»' présenli' par M. V. Sa\orj;iiiii' <l«' Ura/./.a à la Socii-lé tic géographit: on 1880.

l'arbre à caoutchouc, la plus importante culture dans toute cette région. 11 est certain qu'avec des moyens de transport appropriés aux besoins, le commerce des caoutchoucs et des autres denrées du pays prendrait une immense extension. Si les terres côtières sont stériles, les régions hautes sont particulièrement favorables à la culture. Le gouvernement portugais a récemment end)auché des colons à Madère, des agriculteurs principalement, et les a installés dans l'intérieur, donnant à chaque colonie un subside déterminé en échange d'un contrat de cinq ans. Cette méthode, qui semble un pas décisif dans la voie de la coloni- fl sation, a déjà produit d'excellents résultats; il est certain, du reste, que les districts intérieurs d'Angola sont riches en ressources naturelles.

Avant de passer à l'étude des régions tempérées, nous compléterons celle de l'Afrique tropicale en passant de l'autre côté du continent, sur la cote de l'est. Le bassin du Zambèze d'abord, bien qu'étant une ■ aire de transition, peut être considéré comme appartenant principalement et naturellement à l'Afrique tropicale par ses relations commeiciales; il peut être examiné conjointement avec la région des lacs, à laquelle il conduit.

contré. i^;, contréc du Nyassa a été jusqu'à présent développée j)ar les missionnaires anglais et par les commerçants ('), malgré les tarifs écrasants imposés par le gouvernement portugais. Le calé, qui est un ()ro-

(') l.e«i ijualro sliilioiis ilf mission sur le Nvassa ot le Tanganvika (oAtent par an ciiviroii -29,000 livri's sterling. I.a Compagnie des Laes est acliiellement englobée dans la Hritish Soulli Afriran Company.

— 2Hi —

(luit iiulii^ène, et (|iii a été cultive avec l)eau((»u|) de succès à iîlaulyre, donne les plus tçraudes espérances, et, d'après M. Buchanan ('), il peut faire à lui seul la fortune de la contrée. Mais le consul llaNves (1S87) considère le rapport du café comme « douteux » et parle de l'ivoire comme principal pi-oduit d'exportation. Puis, viennent le thé, le quinquina, le caoutchouc, le girotlier, les plantes médicinales, les cfraines oléagineuses et l'indigo. On peut cultiver à |»(mi |nès tout dans les régions montagneuses.

La contrée [)asse aussi poui* être riche en minéraux. A l'ouest des lacs, le fer et le cuivre se trouvent en abondance. L'argent et l'or ne manquent pas. Mais ce qui est imlispensahle à cette région incontestablement riche, c'est d'offrir une plus grande sécurité pour la vie et la propriété. Les dilïicultés politiques et les querelles incessantes avec les fonctionnaires portugais, indépendamment des contestations avec les négriers indigènes, ont, dans ces dernières années, paralysé tous les effoils tentés pour ouvrir la région des lacs. Leur accord définitif et la consolidation de la suprématie anglaise nous permettent de croire à la réussite presque immédiate des opérations commerciales qui avaient été lancées. Par son traité récent avec le Portugal (juin liSîM), la Grande-Bretagne a non seulement assuré la liberté de navigation sur le Zambèze aux navires de toutes les nations, ainsi que la reconnaissance de son prolectoiat sur les terres du Nyassa et les montagnes du Chiré, mais elle a encore

(«) Thi' Sliiir Uùihlands.

obtenu sur les tarifs portugais une réduction de 5 7..ad valorem sur les droits de transit.

deS'èst. L'entreprise comniertiale de la côte de l'est, entre le Zanibèze et le golfe d'Aden, a été longtemps paralysée par l'odieuse iniluence de la traite des esclaves, qui a pres(]ue ruiné le commerce légitime. Les Indiens anglais ou Banyans, dont les talents commerciaux ont tant contribué au développement de la contrée, sont eux-mêmes partisans de cet infâme trafic, dont les Arabes de Zanzibar et les Arabes de l'intérieur sont les principaux instigateurs. L'ivoire et les esclaves ont donc toujours été les principales denrées de la côte de l'est. Cependant, les régions de l'intérieur, derrière la sèche et insalubre zone côtière, sont propres à la culture des produits tropicaux, et les plateaux offrent d'excellents pâturages, en même temps qu'ils fournissent de belles récoltes de froment et d'autres céréales. Les gommes, à elles seules, sont une source de fortune en perspective. Les girofliers de Zanzibar et de Pemba sont universellement réputés; les cuirs du Somal, les gommes de la côte de Souahéli, et l'ivoire de l'est central africain sont d'importants articles d'exportation. Parmi les autres produits indigènes de cette contrée, nous citerons le caoutchouc, l'indigo, le copal , l'orseille, les graines oléagineuses, la myrrhe, le blé de Turquie, la cire, etc., etc. Nous trouvons aussi de belles régions de culture dans l'Ou-Sambara et autour du Kilima-Ndjaro. Un chemin de fer est projeté entre la côte, à la baie de Tanga, et l'Ou-Sambara.

Ln iXÎM), l'administration allemande imposa une

taxe de 5 7o sur les importations dans son territoire «'M face de Zanzihai-, afin de ruiner riniporlance de celle île connue centre de coininerce. Elle d«'si^na certains ports comme centres exclusifs pour les impoitations et les exportations.

Les établissements arabes de l'inlérieur comme Kavele, sur le Tanganyika, et Tabora entretiennent des relations continuelles avec la cote, dont quelquesuns des principaux ports de transit sont Kiloa, lîagamoyo et Mombaza, tandis que Berber est le principal port sur le golfe d'Aden.

Les routes de caravanes conduisant à la côte de l'est sont en même temps, ainsi que nous Tavons expliqué plus haut, des routes d'esclaves, depuis que le commerce de l'ivoire et celui des esclaves marchent de pair. Elles sont donc exposées à des changements. Mais, par son excellente position géographique, Zanzibar est, et a toujours été le principal entrepôt commercial : c'est le Liverpool de la côte de l'est. Au 1" février 18u2, Zanzibar a été déclaré port franc pour toutes les marchandises, excepté les munitions et les alcools au-dessus de 50 degrés.

Aux effets subversifs que la traite des esclaves a eus sur le développement économique de cette partie de rAfri(jue, sont venus s'ajouter des éléments hostiles, tels que le climat défavorable et une administration j>olili(jue immorale et peu sûre. Tant que ces conditions déplorables ne seront pas changées, ou tout au moins modifiées, les progrès seront à peu près nuls dans l'est africain. Nous sommes donc heureux de constater, à cet égard, une meilleure, tendance

clans ropinion publique et dans raclion internationale.

Des communications faciles et sûres entre les côtes et l'intérieur étant indispensables au développement des terres africaines par les Européens, il est évident que l'absence de grands lleuves déboucbant sur la cote de l'est, au nord du Zambèze, est encore un obstacle sérieux que l'on vaincra par la construction de chemins de fer remplaçant les routes iluviales, ou par la création de grandes routes pour le camionnage. Maintenant que les terres côtières sont sous l'autorité des nations européennes, l'établissement de semblables routes ou chemins de fer, reliant les entrepôts européens aux régions intérieures les plus salubres, serait le premier pas et le plus décisif que l'on devrait faire pour ouvrir et pacifier la contrée. La British Easl African Company a eu l'idée très heureuse de commencer la construction d'un chemin de fer parlant de l'excellent port de Mombaza à travers l'intérieur; le but linal était de gagner le lac Victoria par la vallée du Sabaki, mais le manque d'argent a fait momentanément abandonner le piojet. Il vient d'être repris par h; gouveinement jjrilannicpie, <pii l'a remis à l'étude moyennant une somme tie ^0,000 livres sterling. Reste à savoir maintenant si le piojet, une fois étudié et adopté, le gouvernement de S. M. la Reine voudra bien accorder une subvention, ou contiibuer (l'une manière quelconque à la construction du chemin de 1er.

lAfrlqtV Nous abordons maintenant les régions tempérées du sud africain, (jui sont, jusipi'à présent, les sphères

commerciales les plus iinporlaiitcs i|ii«' nous ayons étudiées, et |)ar le sud africain j'onlends toute la contiée au sud du Zambéze. liulé[)eudamment de son excellente position i;éograplii(iue et de ses richesses minérales considéraldcs. ce qui donne au sud africain son importance exceptionnelle comme sphère à l'entreprise européenne, c'est qu'il peut être colonisé par des blancs, et, ({u'étant pourvu d'une organisation politique assez bien comprise, il est prêt à recevoir de nondjreux et habiles immigrants. Enfin, rinlluence européenne a une forte base sur les côtes et, sauf les ditlicultés polili{jues, rien ne s'opj)Ose à son expansion future dans l'intérieur.

Il faut tenir compte, cependant, de la maigre quantité de pluie que reçoit la région nord-ouest du sud africain ; mais on pourrait facilement y remédier en «'tahlissant un système d'irrigation bien entendu, d'autant mieux que de vastes surfaces ont une abondante provision d'eaux souterraines. II faut encore signaler l'absence totale de communications fluviales, ni le fleuve Orange ni le Vaal n'étant propres à la navigation ; mais des ingénieurs pourraient aplanir en partie ces dillicultés, et des chemins de fer feraient le reste. Les superbes pâturages du plateau intérieur et l'extraordinaire richesse de ses ressources minérales sont des éléments de prospérité future qu'un suicide politicjue j>ourrait seul détruire.

La découverte de vastes et précieux gisemeuls de minerai a aussitôt attiré une afflueiice de population aux besoins de laquelle il a fallu subvenir : en conséquence, l'essor a été donné à beaucoup d'industries.

Des chemins de fer et des routes ont été établis, et des ponts ont été ouverts. I^a mine est donc l'attrait le plus irrésistible pour ouvrir une contrée nouvelle à l'émigration. Le sud africain est extraordinairement ric4îe en minerai. De plus, dans les régions productrices de l'or, l'extraction du minerai exigeant un travail constant et habile, ne permet pas le déveloj)pement des vices sociaux qui sont la caractéristique des endroits miniers. Heureusement, les gisements d'or se trouvent jusqu'à [)résenl dans des roches aurifères en formation et les villes minières sont, par conséquent, remplies d'ouvriers laborieux et habiles. Comn)c exemple frappant de la croissance rapide de ces villes minières, nous citerons Johannesburg, la capitale des plus riches plaines aurilères du Wiiwaters-rand, une ville qui n'existait pas il y a six ans, et qui aujouid'hui possède de beaux monuments publics, des rues et une population de [)lus de 20,000 âmes.

Le Transvaal, ou Képublicjue sud-africaine, possède d'autres gisements aurifères dans les montagnes de Kaap où s'élève Baberton, une autre cité nouvelle. D'autres régions aurifères s'étendent des frontières nord du pays des Ma-Chona, au sud-ouest jusqu'à Tati et au sud-est jusqu'à la rivière Sabi et juscpi'à Manica ('). Kimberley a les mines de diamants les plus productives du monde entier. On trouve le cuivre

( ) l.es jirinri|.aux giseiiiciils iiiirirrrcs (l:ins le pays des .Ma-i.liiiiiii «•laiitmir (l.re pa\s sont llarllN-lîill, Manica, l iiiliili. Kaiser NN illi<lm, Mazoc »l L()-Maj;<»inli <U'S six <;isriiHMils s'iUciniciit sur ô.'i à I. M) milles lie l'orl-SalisliiirN . nric r..miiiim'' naissante i-t ii- principal centre udininislrulif.

• lans le nortl-ouesl, à (Tokiep, cl la liouillf dans le sud -est, dans les montagnes de Stonnberjç et <lans le Natal. I.es couches houillères du sud alViiain sont importantes el s'étendent sans interruption sur «Timmenses surfaces.

Il l'aui ajouter à ces richesses minérales de vastes étendues de contrées dont la spéculation peut tirer un [)arti admirable. Lelevage des autruches, originaires du pays, s'y poursuit avec beaucoup de succès: et, pendant longtemps, la laine, venant principalement des Karous ou [)lateaux intérieurs, situés à 5, 000 pieds d'altitude et au delà, a été un des principaux articles d'exportation. Toutes les espèces de fruits s'obtiennent parla culture, et les céréales pourraient croître sur de vastes régions. Le Damara et le Bechouana possèdent quelques-uns des meilleurs pâturages de l'Afrique méridionale.

Plusieurs chemins de feront été construits, ou sont en voie de construction, reliant les port du sud et les ( otes du sml-est aux principaux centres commerciaux de l'intérieur; il est indispensable que leur extension soit rapide afin de satisfaire aux besoins des industries naissantes, pour lesquelles ils agiront comme agents (l'exportation. C'est ainsi que Kiinberley est déjà relié i Capetown et à Port-Elisabeth, dans le sud, et avec 1 riburg, dans le nord. La seconde vsection, de Friburg à Mafeking, est aujourd'hui construite par une compagnie [>rivilégiée. Au delà de Mafeking, la ligne ira enfin jusqu'à Malopolole, Palapye, Tati, Bulawayo, a une distance de 450 milles. Entin, la compagnie portugaise de Mozambique a entrepris de relier le pays

des Ma-Clioua par un chemin de fer à la côte de Beira. Une route de pionniers a été construite de Shoshong à Fort-Salisbury, et une autre le long de la vallée du Pungue. Les intrigues politiques paralysent les travaux de la ligne de la baie Delagoa. On a fondé de grandes espérances sur cette entreprise, mais l'absence de bons ports sur les côtes du sud de l'Afrique est un obstacle sérieux au développement commercial des contrées de Tintérieur.

Peu de chose à dire des îles de l'Afrique. Madagascar, dont le commerce est à peu près nul, pourrait au moins cultiver les légumes; et par sa situation géographique, elle pourrait également servir de vaste entrepôt, d'une immense valeur pour la France, dont le protectorat sur l'île a été enfin accepté et reconnu par l'Angleterre. Le sol est très fertile et possède des riciiesses minérales considérables. Diego Suarez, à Madagascar, est un port de premier ordre. La Réunion et l'île Maurice ont de belles plantations de produits tropicaux. Les autres petites îles, surtout dans l'Atlantique, sont ])récieuses pour le commerce comme ports de relâche et d'approvisionnement pour le charbon. ^'*nToir°e" C'est à dessein que nous avons, jusqu'à présent, très peu parlé de l'ivoire. Nous allons maintenant nous en occuper tout particulièrement à cause de son extrême importance. Non seulement l'ivoire est une des causes, sinon I.i seule, de la traite des esclaves, cette ruine du commerce légitime, mais de même que les minéraux, l'ivoire olfie la perspective d'un rendement immédiat au rapilal dans les régions où il se tiouve, et qui ne sauraient payer autrement leui- j)remier dévelop-

— iH9 —

|»f'iiuMJt. A mesura <|iie les ('Irpliauls sonl (•li.iss(''s dans riiiléiieur, l'etulaiU devaiil les empirlciiiciils de la civilisation, ils deviennent de jdus en plus lares; il est donc essentiel de prendre telles mesures nécessaires pour les préserver d'une extermination rapide en surveillant le trafic do l'ivoire, et c'est là que les ditlicultés se conipli(juent et s'augmentent de ymv en jour. En protégeant une des ressources les plus précieuses du commerce, nous poursuivrons d'une manière plus efficace la suppression de la traite des esclaves, qu'en organisant un blocus des côtes par les Hottes réunies de l'Europe.

Dans un admirable article des Geograpliische Blàtler ('), le 1)' Paul Reichard a si complètement envisagé la question que notre tàclie s'en trouve simidifiée. Sur la carte qui accompagne l'étude du D' Keicbard, réléj)bant est porté dans la plus grande partie de l'Afrique au sud de la zone du désert, c'est-à-dire au sud de la latitude de Khartoum. Il a été exterminé dans beaucoup de régions, et, dans beaucoup d'autres, mais plus particulièrement dans le sud, il a été graduellement cbassé des terres côtières jusrjue dans l'intérieur.

Le I) Reichard distingue deux sortes d'ivoire qui sont désignés sur les marcliés d'Europe comme ivoire doux et ivoire dur; le premier, couleur blanc de lait, était le plus estimé, il y a une autre qualité intermédiaire, demi-dure, mais nous n'avons pas à en tenir

'*) D(ts afrikauische Elfciibcin unti sciii llamlcl, iS;iii(l \ii, llofl ii (1881».

lit

comple. L'ivoire doux provient des éléphants qui se nourrissent dans les terrains boisés, secs et découverts, ou dans les savanes pourvues d'une herbe courte; l'ivoire dur provient des éléphants qui se tiennent exclusivement dans l'humidité des forêts primitives et dans les savanes couvertes d'herbe haute. De la nourriture de l'éléphant dépend, par conséquent, la qualité et la nature de ses défenses. Nous dirons, en quelques mots, la distribution géographique des éléphants.

En général, les éléphants qui fournissent l'ivoire dur sont confinés dans les bassins du Niger, de la Benoué et du Congo; mais ils se tiennent plus fréquemment dans la contrée intermédiaire entre la Benoué et le Congo, et dans certaines régions du haut Congo. Les éléphants qui fournissent l'ivoire doux se trouvent dans deux régions distinctes : 1° dans le haut Nil, l'Abyssinie et la contrée au sud, principalement dans les parties équatoriales est et ouest du Victoria- Nyanza, et 2° dans les plateaux du sud central, principalement à l'ouest du lac Nyassa.

Le foyer principal du trafic de l'ivoire en Afrique est Zanzibar, dont les territoires collecteuis s'étendent sur d'immenses superficies comprenant toute la région des lacs, avec Tabora comme centre. Le trafic de la côte de l'est est entre les mains des Arabes. De l'autre côté du continent, avec les États du Mouata Yamvo comme centre collecteur, le trahc de l'ivoire, qui est entre les mains des Portugais, trouve des débouchés à Saint-Paul de Loanda et Ambriz, ou à Benguela.

Les autres territoires collecteurs au nord et au sud

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de ces régions centrales, ainsi que leurs débouchés sur les côtes peuvent être mentionnés également, car l'exposé de ce trafic donne non seulement l'explication de la traite des esclaves, mais il détermine approximativement les routes de commerce.

On trouve une certaine quantité d'ivoire au Congo, mais dans le nord, les ports du golfe de Guinée reçoivent leurs approvisionnements de l'intérieur. L'ivoire recueilli dans les contrées au sud de ïimbouclou est apporté sur le marché de cette ville pour être expédié, à travers le désert, à Mogador ou à Tripoli. Ce dernier port reçoit aussi l'ivoire recueilli autour du lac Tchad. L'ivoire de la région du haut Nil est, ou du moins était dirigé autrefois sur Khartoum et Alexandrie ; celui de l'Abyssinie est porté à iMassahouah. Au sud du bassin du Zambèze, l'ivoire recueilli dans la région des plateaux est envoyé à Port-Natal ou Cape-Town, tandis que celui de toute la vallée du Zambèze, comprenant le sud de la contrée du Nyassa, est dirigé sur (^Juélimane ou Mozambiijue.

Telles sont donc, en quelques mots, les principales routes commerciales pour l'ivoire et autres denrées principales d'exportation venant de l'intérieur. 11 est à remanjuer (]ue, sur une certaine étendue, elles traversent les régions les plus insalubres, où les négriers cherchent pour ainsi dire les chemins détournés pour exercer leur infâme commerce, évitant ainsi les fortes et vigoureuses tribus qui pourraient les attaquer et gêner leuis agissements. Mais, suivant les conditions politiques, ces parcours subissent des modifications de temps à autre.

Si l'on considère l'importance du tralic de Tivoire et, par conséquent, de la traite des esclaves dans le développement économique et politique de l'Afrique, et si l'on réfléchit aux énormes sacrifices d'existences humaines qu'il entraîne, on s'explique difficilement que les résultats commerciaux soient si faibles, car, d'après Westendorp (^), la valeur annuelle de l'ivoire exporté d'Afrique atteint à peine 7,000 à 8,000 livres sterling (de 175,000 à -200,000 francs).

Le D' Reichard estime que si l'on ne prend pas des mesures sérieuses pour protéger l'éléphant, ce noble animal disparaîtra de l'Afrique dans un espace de cent-cinquante à deux cents ans. On évalue à plus de soixante-cinq mille le nombre d'éléphants tués chaque année. Combien il serait plqs avantageux de réserver une fraction de ce nombre pour la reproduction ! Nous savons, toutefois, que l'éléphant ne se reproduit pas en captivité, ni même à [iroximité des centres civilisés; on a pu en laire l'expérience en l'employant à l'étal presque domestique, comme animal de trait, ou comme en Birmanie, où l'on s'en sert pour le travail en foièts. 11 devrait être protégé et sauvegardé comme dans l'Inde et à Ceylan. Nous ignorons toutefois si rélé[)liant d'Alricjue pourrait servir au ti'ait comme son frère d'Asie. Bien que les Romains se soient servis d'éléphants dans leurs guerres en Afri(jue, on peut affirmer que ces éléj>hants étaient originaires de l'est, puisque dans tous les tableaux où ils sont représentés, leurs cavaliers tieunenl «'ii main Vanl.ush indien.

Cl (Jeofirnpltiscln- Hl'illir, li.iml \ii, ildl ii, p. KJH.

ComiiH' pendiml an t'oiniijeico (rexportalioii de l'ivoirt» (jui est ins(.'j»:u"il>l«5infiit lié à la jniissMice aialjc, nous njouterons (|Uf'l(|ii»'s inuan|uos à ce (|iii a été (lit précédeinmeiit sur riiiipoilalioii des spiritueux, qui marche de pair avec la doiiiiualion europé<Muio. Du nord au sud et de l'est à rouest,un torrent des plus mauvais alcools est répandu sur l'Afrique par les commerçants européens. Un cou() d'œil jeté sur le piix courant ci-dessous donnera une idée de la qualité des produits (') :

Alcools vendus à Sicrra-Looiit' .... 1 sli. (> les 1:2 bouteilles. (Jin supérieur (meilleur»' qualité), Lngos. 2 — '6 —

tiiu lie Hambourg i — 6 —

Mliuiii (Sierra-I.cime 12 — —

De 1883 à la fin de 1887, plus de 50 millions de i;allons (-) de cette drogue lurent importés en Afrique. Beaucoup de nations européennes participent à cet abominable commerce. Les chefs indigènes ont euxmêmes, à plusieurs reprises, réclamé vainement la suppression du trafic des alcools sur leurs territoires. Un sérieux elïori dans ce sens a été fait à la (Conférence de Berlin, en 1885, mais il fut neutralisé par l'opposition des parties intéressées.

Nous avons parlé, dans le chapitre précédent, des mesures restrictives (jui avaient été adoptées à la Conférence de Bruxelles (188ÎM890), mais elles sont abso-

(*) Tiré tl'uiif |iublicatioM sur les « Natives Haees and tin- J.i<ni<ir TrafTic Committfe ». Londoii. Mais ces tarifs bausspnmt oi-rtaiiieiiu'iit tiuanil on a|)|ilit|uera les droits (de 1 • , d. par (|uart) fixés jiar la Conférence de iJruxelles.

* I .• u'JilInn «si d.' l Jifr.-^ .M .•.-ntillli-.».

lument insuffisantes. Le trafic des alcools a dégradé les indigènes, qui sont tombés sous cette influence déprimante comme sous les atteintes d*un fléau ; mais de quelle importance peut être l'avenir de tout un peuple comparé aux intérêts mercantiles de quelques trafiquants qui cherchent la fortune ! Le peu de valeur de semblables mesures est donc évident, les indigènes étant tout à fait abrutis par la boisson. Plusieurs compagnies privilégiées ont très sagement prohibé ou, tout au moins, beaucoup restreint l'importation des spiritueux dans les territoires soumis à leur contrôle. Des tentatives analogues ont été faites également dans l'Etat indépendant du Congo, au Cap, dans le Bechouana anglais et dans le Zoulou-land. Le trafic n'en continue pas moins à croître et ira toujours croissant tant que, par un accord international, on n'aura pas pris des mesures efficaces pour son abolition totale. d^S^k'vaa. Au trafic des alcools est associé le problème du travail. C'est là une des plus importantes questions pour l'Afrique, et sa solution déterminera le développement final du continent comme champ de l'entreprise européenne. Les indigènes, qui doivent être nos principaux auxiliaires comme agents de travail, sont abrutis par les alcools ou décimés par la traite ; et de ces deux fléaux, le premier, bien que procédant avec lonlPur, est, de l'avis de beaucoup d'autorités compétentes, le plus désastreux. Toutefois, dans les deux cas, c'est l'extermination rapide des indigènes.

La diversité d'opinions en ce qui concerne le problème du travail est naturellement très grande. Quelques-uns prétendent que l'Afrique doit être aux

Africains; d'autres déclarent les indigènes africains incapables, même sous la direction des Européens, de développer eux-mêmes leur pays.

Êriiiii-Paclia dont l'expérience est sans rivale' et le juijemeiil digne de foi, s'exprime ainsi (') : « Un petit nond)re de Chinois, établis dans un endroit favorable, sous la direction d'Européens intelligents, formeront un meilleur foyer civilisateur pour l'Afrique, (ju'un nombre quelconque d'éléphants indiens et de cuirassés. » Et il demande f) : « L'introduction des Chinois n'arrèterail-elle pas la traite des esclaves une fois pour toutes ? » Émin-Pacha considère par conséquent les Chinois comme les meilleurs agents pour développer l'Afrique, et que les employer serait « récupérer mille fois ce que coûterait une semblable entreprise ». Que les Chinois puissent vivre sous un climat quelconque, cela n'est pas douteux. Ils se multiplient dans les marais pestilentiels de la péninsule malaise, et ont été employés comme travailleurs dans les Indes occidentales. Ils sont sobres, forts et font d'excellents porteurs ; ils sont habiles de leurs mains et sont d'excellents ouvriers. Mais qu'ils soient de meilleurs agriculteurs que les indigènes d'Afrique, ceci n'est pas prouvé, bien qu'ils soient certainement plus adroits, i^es indigènes du Soudan, de la côte de l'ouest et du sud de l'Afrique sont des travailleurs capables et de bonne volonté; tandis que ceux de la cote de l'est ont été pendant des siècles employés

(') Èmin-Pacha dans I .i/'iif/iic mitralv, p. il7. («; Ibid., p. il'J.

comme porleuis. l.a question reste donc à savoir : A quoi devia-t-on les employer?

M. II. -H. Johnston atteste ce fait que les apprentis du gouvernement portugais à Sâo-Thomé, dans le golfe de Guinée, sont heureux et bien soignés, et estime que ce système d'apprentissage donne de meilleurs résultats, en même temps que c'est plus juste an point de vue des lois de l'humanité, que le trafic des coolies. Il est toujours à craindre que le trafic ne dégénère en un système d'esclavage modifié. Dans tous les cas, par leurs engagements temporaires, les coolies ne peuvent pas être d'excellents colonisateurs, en ce qu'ils ne sont jamais des colons permanents.

Le plan du D' Blyden, qui consisterait à ramener des Ktats-Unis d'Amérique les nègres qui voudraient retourner dans la patrie de leurs ancêtres et d'en faire un noyau de colonies indigènes sous le contrôle des Européens, serait à prendre en considération. Aux États-Unis, la Question Nègre a atteint la période aiguë : de sérieuses complications peuvent se produire; au lieu de chercher une solution, on remet d'année en année. Les États-Unis trouveraient leur avantage en établissant en Afrique des colonies nègres, quelque chose d'analogue à Libéria, mais sous un contrôle plus immédiat de leurs agents, car livrés à eux-mêmes, les nègres sont enclins à retourner à la barbarie.

Nous avons démonln; que les Eui*<)()éens, excepté par un accliïiinleiiwMit graduel, ne seiont jamais aptes à coloniser l'AIrlipie tropicale et ne peuvent vivre «pie dans la région salubre des plateaux. Mais ce n'est pas

parce que ces conditions ne seront pas oflertes aux ((•Ions européens dans les contrées tiofjicairs ou '^euli-lI•()pi(•ales du ( outiupiil, qu'ils iw viendront |)as en AlVi(jue.

Au cuunnencement de ce chapitre, nous avons comme'S (h'montré que pour avoir accès en Afrique, c'est par le commerce qu'il fallait agir. La valeur des di\erses régions de l'Afrique nous prouve que dans beaucoup de contrées on peut par enti-e[)rise, et sous une direction intelligente, trouver avec le temps un rendement avantageux au capital dépensé ('). Les compagnies privilégiées sont donc les meilleurs agents pour ouvrir à la spéculation les contrées nouvelles. Elles peuvent hardiment s'avancer là où le drapeau national ne peut s'exposer à subir une humiliation ou un échec. Mais si l'on investit ces compagnies des droits de gouvernement, on court le danger qu'elles établissent des mono[)oles, ou que les intérêts des indigènes ne soient sacridés à ceux des actionnaires. Une rigoureuse surveillance de leur administration est donc le devoir de leurs gouvernements respectifs. Nous sommes heureux de signaler que des commissaires ont été nommés pour les possessions anglaises de IWfrique centrale, de l'est africain, et les territoires du Niger. La Grande-Bretagne, la Hollande, la l'rance et dernièrement l'Allemagne ont agi de conceit avec les compagnies; nous savons ce (jui en est lésulté. L'Kspagnc et le Portugal

(S Lf romiiMToe total de r»'in|iin' Itritmiiiitiiif avec l'Afrique iingl.iis*; iillciiil i-iiviron 2.*),2n(),l)(IO iivrt-s sli-rliiif^ par an, on dehors «le 9 ou 10 uiillions do livres storlinj; avoo l'Kgypte. fil -II. Joiinston, ISlnelitnlh Ccntnni, août |8!iO i

ont exigé les monopoles de la couronne, nous voyons ce que cela leur rapporte. Dans ce cas, nous sommes à même de voir que l'adoption d'une politique juste, généreuse et constante a toujours réussi, tandis que les écliecs ont toujours eu pour cause la maladroite intervention du gouvernement, ou sont provenus de la négligence, de l'injustice, d'une politique mal entendue et sans suite. En un mot, le gouveinement doit se contenter d'exercer sur les compagnies un sage et bienveillant contrôle. Si l'on réfléchit à la longue expérience de la Grande-Bretagne dans ses rapports avec les races indigènes, expérience qu'elle a chèrement achetée, il est vraiment inouï d'avoir à constater encore actuellement les erreurs que le Foreign Office commet à tout instant. La seule excuse à invoquer est M l'ignorance.

En introduisant en Afrique de nouvelles industries, en apprenant aux indigènes à travailler pour eux, et non pour les autres seulement, en leur assurant la liberté et la sécurité de leur vie et de leur propriété, les nations européennes auront tout à gagner. En réprimant les abus, tels que le trafic des boissons empoisonnées, et en favorisant le commerce légitime, beaucoup des fléaux dont les nègres ont à soufl"rir, entre autres la tiaite des esclaves, pour n'en citer qu'un, seraient bien mieux détruits (|ue par toute celte fausse philanthropie et toutes les ridicules mesures a(Jministrativcs, sous le r-ouvert desijuelles fEnropo s'avanc(î en Afrique, comme un voleur à la faveur des ténèbres.

Jusqu'à ce jour, peu de tentatives sérieuses ont été

faites dans ie.s régions tropicales de l'Afrique, dans la tiiltuie des produits destinés à l'exportation. La méthode suivie par les Européens est celle qui a été adoptée par les marchands d'ivoire, la destruction de ce qui fournit le produit; c'est ce que les Allemands nomment très justement une « politique de brigands ». A la longue, celte manière de procéder épuisera le pays. Nous ne pouvons pas nous attendre à voir durer longtemps les ressources d'une contrée où nous moissonnerons toujours sans jamais rien semer.

Ce n'est donc qu'en adoptant une sage politique commerciale que les terres africaines, dont la valeur est incontestable, donneront des résultats sérieux; et ce n'est qu'en pratiquant la justice que les Européens légitimeront l'acquisition de ces richesses pour eux et leurs descendants. Ne pas oublier celte simple devise : « L'honnêteté est la meilleure politique. »

\^y:jtc:ir>'

CHAPITKK IX.

La domination européenne

Absence relative d'autorité politique indigène. — Nord-ouest africain. — Algérie et Tunisie. — La nouvelle sphère d'influence française. — L'.Anglelerre dans la basse Egypte. — Haute Egypte. — Région du Nil moyen. — Soudan oriental. — Situation politique au Soudan. — Souakin. — .Massahouah. — L'Italie sur la mer Houge. — La perte du Soudan. — Le royaume du Mahdi. — Côte de l'ouest. — L'Angleterre et la France sur la cAle de l'ouest. — L'Allemagne sur la cûte de l'ouest. — Possessions anglaises sur la côte de l'ouest. — Royal .Niger Company. — Possessions françaises sur la côte de l'ouest. — Possessions portugaises. — Possessions espagnoles. — Sahara occidental. — Libéria. — L'Allemagne dans le Cameroun. — Territoires du Congo français. — La Belgique et l'État indépendant du Congo. — Tipj»<»-Tib et le haut Congo. — .\dniinistration de l'Etat du Congo. — L'Europe et l'État du Congo. — Le Portugal en .\frique. — L'.MIemagne dans le Sud-Ouest africain. — Situation politique dans le Sud africain. — Situation politique dans la colonie du Cap. — .\frikander Rund. — Sud africain : nécessité d'un programme. — République «les Boers. — Le TransvaaI. — Tarifs. — Rrilisli South African Company. — Sud africain anglais. — Intén'ts de l'empire britannique dans le sud de l'Afrique. — Le Portugal sur la côte de l'est. — La région anglaise du Nyassa. — I.,e Portugal sur le bas Zambèze. — L'Est africain alb-mand. — L'Est africain anglais. — L'Angleterre et l'Allemagne dans l'est africain. — L'Italie dans le pays des Somal. — La France à Madagascar. — Limites de la domination européenne. — Limites au développement des terres africaines.

Un coup (l'œil jeté sur la carte politique de l'Afrique Nord a»

, / •' I T ^ rAfrique-

nous révèle ce fait remarquable, que sauf quehiues

rares exceptions, les contrées du continent, celles des côtes du moins, sont toutes sous la domination ou au pouvoir des Européens. Les seules importantes et incontestables exceptions sont les Etats indigènes du Soudan. D'autres, tels que le Maroc, l'Abyssinie, la République du Sud-Africain et l'Étal libre du Congo sont plus ou moins sous l'influence de puissances européennes. Leur destinée future ne peut manquer d'être profondément modifiée par les conditions politiques nouvelles qui se développent dans leur sein. La colonie de Libéria peut dire qu'elle existe par la seule complaisance et le bon vouloir de ses voisins et de ses protecteurs; quant à l'Etat indépendant du Congo, il peut être plus exactement classé à part. Quant aux autres parties du continent qui ne sont pas sous l'autorité européenne, on peut les considérer comme n'étant pas encore entrées dans l'arène politique.

Nous avons à envisager maintenant la domination européenne telle qu'elle existe actuellement en Afrique. Le partage du continent depuis la conférence de Berlin (1885) est assez important pour devoir être traité à part dans le chapitre suivant.

Si nous commençons par les contrées du nord-ouest de l'Afrique, qui s'étendent aux portes do l'Europe, à l'ombre des superbes montagnes de l'Atlas, nous avons, vivant côte à côte, le fanatique empire mahométan du Maroc, la colonie française de l'Algérie et le |)roteclorat français de Tunis. Ces contrées sont séparées de l'Egypte par celle bande sléiile de terres côtières afjpartenant à la Tur(juie, la Tripolitaine et l'oasis dn Eczzan. La l^rance est incontHsl;>l)lement la

puissance dominante dans ces régions, bien qu'au Maroc elle ne puisse rivaliser avec le commerce anglais, (jui monopolise environ les trois quarts du commerce du pays. Le rêve de souveraineté dans le(juel la France se complaît promet néanmoins de se réaliser dans une certaine étendue, si la marche actuelle du progrès ne s'arrête pas.

Nous avons déjà parlé des conditions politiques de l'Algérie. Pour la Tunisie, qui est une colonie plutôt commerciale, la politique française a été plus éclairée, et relativement plus heureuse. Le protectorat n'est pas étranglé par le « ruban rouge ». Au meeting tenu à Balh, en 1888, par la « British Association >:, sir Lambert Play l'air s'exprimait ainsi : « Aucun secours officiel d'aucune espèce n'est accordé, pas un immigrant n'a été importé, pas une acre de terre arabe n'a été confis(}uée, et toutes les charges civiles instituées par la France ne dépassent pas 6,000 livres (150,000 l'r.) par an ('). II y a très peu de temps, l'intérieur de la contrée était une lerra incognita ; actuellement, elle s'ouvre rapidement à l'entreprise européenne ». Il est évident qu'avec cette encourageante perspective, la domination française dans le nord de l'Afrique doit continuer à s'étendre.

Aux termes d'un accord avec la Grande-Bretagne, l'acquisition par la France des régions sahariennes situées entre l'Ali'érie et la Tunisie dans le nord, et

(') D'imln- part, l'AIprrie coùlo annuollt'incnt à la France, y compris les (h'-pens«'S militaires, de 70 à 80 millions de francs, bien qu'un*partie de celte summe puisse t'tre passée au compte de premier établissement.

entre la Sénéganibie et le bassin du Niger dans le sud, est un événement plus signilicalif que lord Salisbury ne semble disposé à le reconnaître. La consolidation de la souveraineté française dans le nord-ouest de l'Afrique aurait été sérieusement menacée si cette unité de ses possessions n'avait pas été reconnue par l'Angleterre. Dans ces conditions, la France garantit le commerce du baut Niger et domine le trafic des caravanes entre le Soudan et le nord de l'Afrique. Le désert du Saliara lui-même n'est pas une non-valeur, comme un préjugé populaire le représente. Le projet de cbemin de fer transsabarien est actuellement l'objet de discussions sérieuses en France; mais il me semble très problématique qu'un semblable chemin de fer puisse rapporter, ou qu'il puisse être maintenu d'une façon constante, il sera très difficile à la France de surveiller les tribus sans foi ni loi du Sahara.

Nous en avons assez dit sur la Tripolitaine, cette dépendance turque, pour juger de sa nullité relative comme possession coloniale. Nous passerons donc tout de suite à la basse Egypte. Là, nous entrons sur une terre de grandes ressources, une terre (jui devrait presque être considérée comme une province anglaise, si ce n'étaient les susceptibilités bien légitimes des puissances européennes. L'état actuel relativement prospère de l'Egypte est dû presque entièrement à l'occupation anglaise, et fort peu aux propres eHoits du |>ays. Les armes anglaises et une savante polilicpie ont replacé le khédive au pouvoii-, et ont apporté dans ce pays, depuis 1870, les réformes les plus avantageuses et les plus étendues. Les abus dont les Fella-

liiii ont smitîert si loiii^U'iiips oui élé graduelIoiiK'iit alxilis, landis <|u»' rinij^Mlioii cl d'aiilres travaux jiuMics ont proiliiil les iiiLiMinns résultais dans le développeuienl de la contrée. L'aiinée égyi)lienne a (té réorganisée, et peut aujouid'hui s'enorgueillir de rexcclleut matériel «ju'elle possède. En temps de guerre, les soldats égyptiens ont au moins des terrassements derrière les(|uels se relranchei*. Il a été bien établi qu'en prenant la direction des alVaires de l'Egypte, nous n'avons eu d'autre but que de donner au pays les moyens de se sulïire à lui-même. Et comme le marquis de Salisbury le disait au banquet du lord maire, le 9 novendjre I8S9 : « Nous avons pris tempo- I airemenl l'Egypte sous notre sauvegarde, à cause des dangers auxquels elle était exposée, en partie du côté même de ce pays (Grande-Bretagne). Ces dangers n'ont pas cessé d'exister pendant le cours de cette année... Ces dangers existent toujours... Il ne faut pas l'oublier, car certaines gens nous donnent à entendre (jue, sans compromettre la sécurité de nos protégés, le temps est venu pour nous d'évacuer l'Egypte, l'Egypte que nous nous sommes engagés à protéger jusqu'à ce qu'elle soit à même de se défendre seule contre tous ses ennemis de l'extérieur et de l'intérieur. Nous pouvons constater que ce jour n'est pas encore venu..., mais qu'il vienne lot ou tard, notie j>olili(jue jusque-là doit rester invariable tant (jue nous n'aurons pas accompli notre tàcbe jus(|u'au bout ('). » Il est évident que jus-

i') lu ri'darlciir bini inroniK- tic la Couli'mjxtrnrff Hrvirir (sfp- Ipniltrc 188M) s'«'\priin«* ainsi : « Tanl qu«! la silii.iliun p*iliti<|u<' <lr rKjîNpt»' iif subira pas ilc i-linii'^ciiK'iil rndiral, il si* produira uin"

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-"Udaii,

qu'à présent la lâche a été ingrate et coûteuse; et il n'est pas certain que l'on récolte un jour ce que l'on a semé au prix de tant Ue sang et d'argent, étant données les jalousies des nations européennes. En Egypte, comme partout en Afrique, ce sont les rivalités internationales qui stimulent les éléments subversifs dans le développement du continent. Sous le nouveau khédive, la suprématie anglaise est devenue plus nécessaire que jamais.

Dans la haute Egypte (nous (continuons à nous servir de ce terme par habitude), nous constatons un état de choses tout dilïérent. La géographie politique de cette partie de la vallée du ÏNil est inséparablement liée au littoral de la mer Kouge, et Souakin est la clé de la contrée. Mais nous ouvrons ici un douloureux chapitre d'histoire, dont les pages, quand elles ne sont pas tachées de sang, n'en sont pas moins un long récit de cruelles souffrances d'une part, et de criminelle bêtise de l'autre.

Nous avons expliqué ailleurs comment l'administration politique du Caire doit inévitablement s'arrêter court au désert de Nubie, et que Ouàdi-Halfà est la frontière scientifique et naturelle de la basse Egypte. Toute la région du Nil moyen a sa base la plus sérieuse sur le littoral de la mer Kouge. Les tribus nomades de cette partie du Soudan ont, par leur genre d'existence,

séri»' d'«!véneinenls fâcheux <|iii iiicttroul st-ricuseiuenl on péril la Ktabilité «les finances éf^ypticnnes et le cr«'<lit du gouvernement égyptien. » Il constate aussi (juc le " crédit égyptien l'a emporté sur tous ses rivaux dans la faveur du public pendant ces cinq dernières années ». Toutefois, iorsfjur sir Kdward Vincent vint en l'Egypte (1881), l'Egypte ne pouvait pas «'niprunter à 7 "/...

contracté des habitudes d'indépendance et de rébellion contre les obligations et les taxations de toute nature; elles ne peuvent être réduites à l'obéissance, nous alliime sir Samuel lîakei", (]ue par ceux (jui sont assez torts pour s'emparer des puils et les occuper, car pour ces nomades l'eau est l'élément le plus précieux et le plus essentiel. Le général Gordon, écrivant en 1884 ('), classe les peuples du Soudan de la manière suivante : 1° Les Arabes Bédouins, vivant en tribus nomades; 2** les Arabes établis dans les districts attenant au lleuve (Nil) et qui avant la conquête de Moliammed-Ali, étaient gouvernés par leurs propres sultans, et dont les familles existent encore; 3° les classes marchandes occupant les villes; 4° les employés du gouvernement égyptien, et 5° les adhérents de Zibêr, — chasseurs d'hommes expulsés du Hahr-el-Ghazal.

Quelle que puisse être actuellement la situation dans le Soudan, il est peu probable que la V^ et la classe existent encore. Les défenseurs du Malidi mt recrutés dans la 5* classe, et comprennent les léserteurs de l'armée égyptienne. Tous, à l'exception le la 4' classe bien entendu, haïssent le gouvernement égyptien, mais il ne faudrait pas en conclure qu'ils sympathisent avec les mahdistes. Le général Gordon continue en disant que « l'évacuation du Soudan par « le gouvernement du Caire ne pourrait que séparer le M Soudan en deux camps : l'un composé du Mahdi et « de ses adhérents, l'autre comprenant les Bédouins

(') Publié par M. (ililTord Lliiyd dans la yinelccnth Cnituri/. lu» veiQlire 188».

^< nomades, les Arabes vivant de l'agriculluie et <|ui « étaient jadis gouvernés par leurs sultans, et les « classes marchandes. Ces deux camps sont unis par « un seul point : leur haine commune pour le gouver- « nemcnt du Caire. De ces deux |)artis, le second est » celui (jui ollre le plus de gaiantie de tranquillité <c pour le sultan, et je pense que tous nos efforts ten- « dront à lui abandonner la contrée. Il n'y a rien à « espérer du Mahdi et de ses partisans, tandis que « dans une certaine mesure nous pouvons compter

sur les sultans indigènes et les cheikhs des grandes > tribus. Quant à la traite des esclaves, elle continuera ' tant que les madhistes auront l'avantage, ou tant « que les deux cam[)s resteront antagonistes, cai- tous « deux sont également intéressés à ce que cet état de « choses soit maintenu. ■» Telle est l'opinion posthume d'un homme qui a lutté et qui est mort pour le Soudan; nous ne la discuterons pas. Le seul point sur lequel nous nous permettrons de mettre en doute la haute autorité du feu général Gordon, c'est en ce qui concerne la perpétuité de la traite des esclaves. Car, si, connue on le prétend fort justement et en toute assurance, l'introduction du commerce honnête, et l'établissement d'une politique connnerciale intelligente doivent' ruiner la traite dans les autres parties de l'Afrique, il n'y a aucune raison logique de supposer que le Soudan seul fera exception.

De (juehpie coté «pie nous envisagions la (juestion, vSouakin présente la base d'opérations la plus effective, tant pour l'entreprise commerciale cl la suj>pression (le la Irai!»' (pic rfniiiiic centre p<diti(jue. Malgré son

insaliilii'itc, doiil on pourra i^i'adiicllciiiciit (Ichiiirc 1rs causi's, Soiiakiii est aussi une rado aduiiiablc (.'onnne i^randc station navale, ou un excellent port de ravitaillement pour le < iiarhou.

Au sud, à Massaouali, nous entrons dans une sphère nouvelle d'action politique. Là, la [►uissance d(>niinatrice est ritali(\ l'aiu ienne alliée de l'Angleterre, dont la politique eiiAfiitiue passe |)Ourètre identique à celle de la Grande-Bretaj^ne. Mais les vieux amis ne sont pas toujours d'accord, et il serait prudent d'utiliser en temps opportun l'intluence jjrépondéranle que l'Italie pourrait exercer sur le Soudan quand le moment d'agir serait venu ('). La route de Massaouali à Khartoum est bi<Mi loin d'être entre les mains de l'Italie, et c'est une des meilleures et des plus salubres parmi les grandes routes du Soudan. Si elle avait été choisie par les .forces expéditionnaires anglaises, de préférence aux routes du désert, Khartoum pourrait être aujourd'hui au pouvoir des européens. Mais de puériles taquineries en firent, à cette époque, échouer l'adoption. L'Italie perdit le bénéfice de l'alliance anglaise en refusant de prendre part à la campagne du Soudan. Elle établit son autorité sur ses possessions de la mer Kouge par crainte des contestations que l'Angleterre aurait pu soulever comme gardienne de l'f^gypte. Elle a entrepris de s'édifier un empire colonial, bien qu'elle n'ait vraiment aucun besoin réel de colonies.

[' I l.:i i|iuTi-llf rMiici'i'ii.'iiit hnssala ,1 rie tiiTasiuiiriro |i:ir !«• |triiloi'iil«' an^lo-ilalifii )lii 15 avril I8!M, dans lequel l'Italie i'*M-uniiaissait la souveniiiH'le nominale <le l'KjjNpte sur Kassala. (ieUe ville nen est pas moins oe(ii|i(r :iiiioiinriiiii par U-s nialMlistes.

•Après des désastres répétés, la colonie italienne d'Èryilirée a péiiclité juscju'à se trouver réduite à un petit territoire triangulaire situé entre Massaouah, Keren et Asniara, et le protectorat italien sur l'Abyssinie et le Clioa a été désavoué. La Russie s'est actuellement engagée dans certaines intrigues occultes, en Abyssinie. bien qu'elle semble n'avoir aucune ambition territoriale ou coloniale sur le continent africain.

Les stations françaises et anglaises sur le golfe d'Aden sont à peu près insignifiantes comme bases d'opérations dans l'intérieur de l'Afrique, mais comme points de relâche sur la roule de l'Est, elles sont toujours très précieuses.

Quant à l'Egypte, qui, avant sa chute, étendait s;« souveraineté vers le sud, elle n'a aucun pouvoir sur le Soudan, malgré l'appui de la Grande-Bretagne, qui s'efforce de sauver quelques épaves du naufrage. Actuellement, le Soudan est pour nous un livre fermé; mais qu'il vienne à s'ouvrir, et l'on verra se produire des incidents mouvementés qui fourniront matière à d'intéressantes chroniques.

Pendant le cours des événements qui se sont déroulés sur les territoires du haut ïNil depuis la chute de Khartoum, peu de nouvelles dignes de foi sont parvenues jusqu'à nous. Le premier Mahdi, dont les partisans bravèrent les baïonnettes anglaises, est mort, et nous savons peu de chose de son successeur. Le parti révoliilioiinaire — dirons-nous paliiole? — doit cependant laiie (juelque chose, ceci étant une condition essentielle de son existence. Nous avons entendu parler de l'invasion de Ouadai, des querelles entre les

khalifes et de la décadence graduelle de leur autorité

sur les indii^ènes. Mais personne ne peut dire à Tavance ce (|ui résultera de tous ces événements. Une

ule chose send)le certaine : la reconquête des territoires du Soudan devra être entreprise par les moyens paciliques du counnei'ce plutôt que par la force des armes. Les bases d'opérations dans l'avenir seront, selon toute vraisemblance, sur le littoral de la mer Kouge et sur la cote de lest. Toutefois, nos messagers dans le Soudan ne devront pas être des trains de guerre, mais des caravanes de commerce. Il y a tout lieu de croire qu'elles seront les bienvenues.

Nous avons assez parlé des Etats du Soudan central pour donner une idée exacte de leur vaste puissance et de leurs immenses ressources.

Av;mU de poursuivre dans le Sud notre étude de la domination européenne sur les terres africaines, nous nous arrêterons sur la côte de l'ouest. 11 n'est pas une partie de l'Afrique qui soit partagée entre un aussi grand nombre de puissances européennes. La grande courbe de la côle de l'ouest au nord de l'équateur est occupée sur difîéients points par toutes les nations de l'Europe qui possèdent des territoires en Afrique; l'Italie fait seule exception. Cependant, plusieurs Etats indigènes ont su maintenir leur intégrité dans ces mêmes régions.

Dès l'origine, cette partie de la côte de l'ouest a été le champ d'entreprise choisi par les Anglais et les Français, et ce n'est que tout récemment qu'ils ont été troublés par l'intrusion d'une puissance rivale : l'Alle- ?nagne. Nous avons exposé comment, dans les siècles

cote de l'ouest.

passés, la Grande-Bretaiçne et la France avaient essayé (le monopoliser le commerce du iNiger; mais Timbouclou, leur premier objectif, est devenu dej)uis peu le seul but de leurs andjitions : le champ d'action s'est élargi. La France dans la Sénégambie, et la colonie anglaise sur le Niger, poursuivent une politique énergique et intelligente, dont le but est non seulement d'attirer le commerce de l'intérieur, mais encore de développer leurs possessions sur la cote. Les possessions anglaises entre la Sénégand)ie et Libéria n'ont jamais été assez fortement soutenues par leurs gouvernements pour être en mesure de rivaliser avec la France; elles semblent être restées dans un état stationnaire, ou pour ainsi dire comateux. Il en est à peu près de même de la colonie anglaise de la (lôted'Or. Mais, sur les territoires du Mgei-, une puissante compagnie commerciale s'est montrée à la bauleui' des responsabilités qu'elle avait assumées, et a su profiter hardiment de toutes les occasions. Le seul concurrent sérieux de la France et de l'Angleterre, sauf dans la région du haut Niger, où elle n'a pas encore pénétré, c'est l'Allemagne; la colonie allemande de Cameroun, qui a récemment ouvert une roule pour le Bénin, promet de devenir bientôt une province prospère.

Les possessions anglaises les plus importantes de cette partie de l'Afrique sont certainement celles du Niger. Fntre la colonie de Lagos et la frontière du Cameroun, la terre est divisée en deux régions politiques : 1" le district des Rivières d'huile ('), compre-

('; Ainsi iiomiin; ;i raiisc «Je sa |iriiiri|>iili^ (ltiir<T (l'i'X|M»rl;ilitui.

liant l'in«'xlii<;il»I(' réseau de canaux dans les Icrirs du Délia cl au delà; il" les territoires de la « lioyal iNii^ci" Company ». Le iNig«r lui-niènie,élanl une grande route internationale, est ouvert aux pavillons de toutes les nations. Sur une certaine distance, en remontant les vallées du Niger et de la lienoué, et sur les territoires de Sokoto,GandoetBorgou,la « Royal Niger Company» possède certains droits de souveraineté et de juridiction extra-territoriales. La Compagnie peut donc être regardée comme la principale puissance politique dans ces régions. Il est vrai que sa situation présente cette anomalie qu'elle est à la fois et en même temps une compagnie commerciale et administrative. Ce qui équivaut à peu près à prendre l'argent dans une poche pour le remettre dans l'autre. Bien que la Compagnie invite les négociants à venir sur ses territoires, moyennant un permis de 50 livres sterling, il est bien certain qu'elle doit natur'ellomcnt chei'clier à monopoliser- pour elle-même le commerce de toute la région. Les négociants étrangers ont r'éclamé la protection de leurs gouvernements respectifs contre ce monopole, mais la situation (ju'ils occupent n'est pas tenable. Avant même de recevoir les chartes royales, la Compagnie avait racheté aux Anglais et aux Français tout le commerce de la région, et depuis 1882, la « Royal Niger Company » ainsi que la w National African Company >■ tenaient la plus gr'ande partie du commerce. 11 semble impossible d'ôter le monopole commercial à une compagnie constituée comme l'est actuellement la (( Royal Niger Company ». Ce n est (ju'en lui confél'antdes fonctions pur*ement admiriislratives et, par ce

— Mi —

fait, en cléiloiil)l;uU sa situation actuelle que l'ou pourra abolir le monopole. Des discussions se sont élevées entre la Compagnie et les marchands de Li verpool ft de Glasgow dans le district des Rivières d'huile ('), sur lequel l'Angleterre exerce actuellement son protectoiat.

La « Royal Niger Company » poursuit une intelligente politique en restreignant ou en prohibant l'importation des spiritueux dans les territoires sous son autorité. Bien qu'elle ne |)ublie pas ses bénéfices, on peut supposer, d'après l'importance de son capital, que ces béiiélices représentent de beaux intérêts. Les affaires de la Compagnie reçoivent leur direction de Londres, et l'état-major administratif sur- le Niger est très actif. L'insalubrité du bas Niger soulève d'innombrables dilïicullés qui gênent la colonisation, et, par conséquent, l'administration ; cependant, ces obstacles climatériques tendent à disparaître par des améliorations de toute sorte introduites dans le pays. La Compagnie, très fière de sa petite armée (800 ou 1,000 hommes), a parfois entrepris des expéditions militaires poui- châtier ses ennemis. Elle possède également une Hotte de vingt à trente steamers, destinés à maintenir l'ordie et à protéger les agissements du gouvernement sur les routes lluviales. La Compagnie a certainement un grand avenir devant elle, puisque sa situation (piehjiie i)eu équivoque relève du gouvernement national. Quels (pie puissent être les droits

(') L(*s ni.-irclianils <lii dislrii'l «les Hivi(*rcs d'huile sonl n'unis «.-n compH^nii* souk le nom d' (c African Association ». Leur pôlllion pour un»; cliarl»' ro\al<- a él«' rujclée par l<; gouverneinml de Sa Majrhtô.

artupls (le la Compap^nie sur Sokoto et Gando, les conlrées du Soudan, ainsi cjue cela a été déuiontié, fourniront aux uianufactures anglaises de précieux marchés, en dehors même des ressources des régions intermédiaires. Aujourd'hui, le district des Rivières d'huile paraît être d'un hon rapport, mais quant ;»u commerce avec le Soudan, c'est à peine si l'on [)eul dire qu'il est créé.

La situation des colonies anglaises de Lagos et de la côte d'Or est compliquée, non seulement par la présence des Français, mais encore par les États indigènes des Ashanti et du Dahomey ('). Des querelles héréditaires se sont produites au milieu de nos principales possessions de cette région. Lagos est un port actif, et maintenant qu'il a une constitution à lui, on peut le considérer comme une possession avantageuse. L'histoire de ces colonies est si inséparablement associée à la traite des esclaves, aux intrigues étrangères et aux troubles indigènes, qu'en dehors des rigueurs du climat, leur administration a été entravée par des dilTicultés inflnies. Le gouvernement ne leur a jamais accordé d'appui sérieux, a toujours esquivé ses responsabilités et n'a su que décourager les efforts de ses nationaux. Beaucoup de ces mêmes conditions politiques se retrouvent dans la Sierra-Leone, qui possède cependant un port très florissant; il en est de même sur la Gambie. Les agissements de la France sur toute la ligne cotière ont tous pour but de fermer l'inté-

(*1 On pcJil considérer If Dahomey comme n'existant plus ù l'étal «le rovannie indigène, la t'ranre ayant chassé Itehan/in de ses Klats et s'y étant installée mililairenjenl. (A'o/C du tradiiclritr.)

rieur au coinniorce anglais, mais sui' plusieurs points leurs opérations ont échoué. Malgré toutes ces cliiricultés, les colonies anglaises de l'ouest africain seraient (l'un excellent rapport ('), si leur besoin d'entreprise ne paralysait leur développement et ne les maintenait dans un état stationnaire.

Nous avons parlé des progi'ès de la Fi'ance dans la Sénégambie.Non seulement elle a relié ses possessions du Sénégal avec le lac Tchad par le luiut Niger, sur lequel elle a londé des stations, mais elle a coupé aux colonies anglaises et portugaises les conununications avec l'intérieur en les entourant entièrement; et, se défiant du pri/icipe du « Hinteiland », les Français ont étendu leur empire à la côte, enveIo])pant ainsi de tous côtés les colonies rivales. Un coup d'œil sur la carte dépeindra cette situation anormale. Un protectorat français a été proclamé sur le Foula-Djallon, et la sphère d'influence française s'est avanc('e jusqu'au srolfe de Guinée. La consolidation de l'autorité Irançaise sur les territoires de la côte de l'ouest est assurée dans un avenir très rapproché. Il est [)rohahle que les Portugais se laisseront acheter, leur domination étant vraiment illusoire, et de son côté, l'Angleterre a renoncé à la position équivoque qui lui était faite sur la Gambie.

Les îles portugaises du golfe de Guinée, le Prince

('; Dans l'aiUM-e i88î>, le total des importations de la Grandc- IJrelanne pour l'Ouest airirairi an^^^lais, c'est-à-dire les colonies «le la couronne, telles rpie la cùle d'Or, La};os, Gambie et Sierra-!, eone, fun-nl de 77!>,.")(J1 livres sterling; les exportations imiir la (irande- Brelagne ni<iiitirent à î>2(i..')8ô'livres s^erlin^^

et Sainl-Tlioiiias, SDiit les seules possessions avaiilaç:eiises (lu Porluî^al sur la cote de l'ouest au noid de ré(jualeur, si nous en exceptons Madère et les îles du cap Vert. Dans le golfe de Ciuince, l'île de Saintriioinas est la plus piospère.

L'fc]spaî;ne possède les îles de Kernando-Pô et Ann(d)()n dans le ïçoire de (iuinèe, et les îles (lanaiies dans rAllanli<[ue. Ces dernières sont d'importants [)oinls de ravilaillenient pour le cliaihon.

Kn lace des Canaries, au cap Juby, sur le continent africain, une compagnie anglaise a conquis certains droits politiques et connnerciaux, et s'est efforcée de nouer des relations avec l'intérieur. Au sud de cette région, l'Kspagne possède également une vaste colonie sur la côte.

L'expérience d'un État nègre indépendant, ciéé à Libéria d'après la constitution des Etats-Unis d'Amérique, n'a donné jusqu'à piésent (pie des déceptions. Les nègres sont, paraît-il, retombés dans une demibarbaiie, et leur forme de gouvernement est considérée comme une parodie de son prototype. La républi(pie de Libéria, fondée en 1822-20 par !'« American Colonisation Society », continue de recevoir des subsides de ses amis des Ltats-Unis, qui envoient en Afrique des détachements de nègres comme émigrants. Cette colonie devint un État indépendant en 18 n. L'état exact des affaires <le Libéria n'est peut-être pas aussi mauvais (pi'on le dépeint communénuMit; mais le lY lilyden et ses amis amont bien de la peine à réunir* les subsides ntM-essaires pour amener à Libéria un contingent sérieux de nègres

américains. Toutefois, la république est encore jeune, et l'on ne doit pas désespérer encore d'en faiie par la suite une forte communauté nègre. Du reste, le moindre succès justifiera les efforts que l'on aura tentés pour faire de Libéria le noyau d'un Etat nègre civilisé, dont l'influence sur l'Afrique païenne pourrait être des plus avantageuses.

Entre le Niger et le Congo, la colonie allemande du Cameroun et les immenses territoires du Congo français occupent des positions excellentes pour le développement rapide des contrées intérieures. Dans aucune partie de l'Afrique, l'Allemagne ne possède un cbamp plus favorable à l'entreprise coloniale. Située sur un des meilleurs points de la côte de l'ouest, à une distante peu éloignée des frontières du Soudan, avec un sanatorium admirable sur les monts Cameroun, la colonie a toutes les chances de son coté. Actuellement, le trafic est encore des plus primitifs, se faisant surtout par échanges. Tout récemment encore, les régions de l'intérieur figuraient en blanc sur la carte. Mais depuis, des expéditions répétées ont exploré la contrée; des stations à la fois scientifiques et commerciales ont été fondées, et des plantations établies. D'apH's les rapports publiés, il ressort clairement que l'action de l'Allemagne dans le Camei'oun, entreprise d'une façon intelligente, a donné jusqu'à présent des résultats encourageants.

Les possessions françaises du Congo et du Gabon, ri'unis aujourd'liui dans un but administiatif, ayant atteint leurs limites intérieures, s'avancent iMaiiil«'nant peu à peu sur la rive droite de l'Ou-lianghi. De

grands proj^rès seiuMeiit avoir été faits dans le clévelo()peiiienl île leurs ressources; mais de ce qu'elles se trouvent restreintes à la cote, la France est toute disposée à considérer ses possessions du Congo comme un « cul-de-sac » ('). Tel n'est cependant pas le cas, bien au contraire; les produits du pays, le caoutchouc, l'ivoire, les métaux, etc., suffiraient à défrayer les premières dépenses et encourageraient l'envoi de nouveaux capitaux.

Quant à la fondation de l'État indépendant du Congo, nous avons vu que son origine était due aux découvertes et à l'initiative de iM. H. -M. Stanley d'al)ord et ensuite à la philanthropie et à la munificence de S. M. le roi des Belges. L'Etat est redevable de son développement à Léopold II, qui, dit-on, a fourni sur sa cassette privée un subside annuel de 2 millions de francs. Mais par un acte de donation récent, le Koi a transféré ses droits à la Belgique, entre les mains de qui radniinistralion de l'Ëtal tombe définitivement. C'est pourquoi la Belgique fournit actuellement une subvention annuelle de 80,000 liv. st. (2 millions de francs).

La reconnaissance de l'État indé()endant du Congo par la Conférence de Beilin, en 1885, l'investit d'une entité nominale, mais il faut bien reconnaître que les fonctionnaires de presque toutes les nationalités européennes ont tous plus ou moins collaboré à son organisation. D'ailleurs, nous devons dire, pour être sincères, que les résultats n'ont pas été satisfaisants. Les

i'i La France coiuniule, 1886, p. 2G:2 (M. Alfred Uaïubuud).

Kl. -Il

foiRlioniiaires (lu Congo ont même été quelque temps sérieuseinenl attaqués, accusés d'inconipélence, de néijligence et de malversation ; quant à l'organisation même de l'État , elle est généralement considérée comme incomplète ou défectueuse. Mais les détracleurs de l'État semblent oublier trop facilement que, dans d'autres parties de l'Afrique, l'administration européenne ne vaut pas mieux, qu'elle est très imparfaite et donne peu de résultats. Exercer une autorité réelle sur une étendue aussi considérable que le bassin du Congo, est naturellement tout à fait im[)ossible à l'état-major ;icluel des olficieis; il le faudrait bien plus nombreux pour pouvoir exécuter les ordres de Bruxelles. En raison de cet état de choses, il est évident que l'on n'obtiendra quebjue progrès que si l'on change d'abord complètement l'organisation politique de l'Etal. Par sa position géograj)hique et ses res sources naturelles, le bassin du Congo offre un champ unique à l'entreprise européenne en Afrique. On a pu exagérer l'importance de ses ressources, comme on l'a fait piMir d'autres contrées, mais la valeur du Congo comme lleuve est aussi incontestable que celle de ses magnifiques tributaires comme roules poui'I'inlérieur. Ces superbes voies lliiviales seront ouvertes à l'entreprise commerciale de l'Europe, aussitôt (]ue le chemin de fer au-dessus des ra|)ides sera terminé.

Il n'y a rien à attendre du inul Congo tant (|ue rip|»o-'rib et ses collègues et |)r(>tecteurs ai'abes le doiniiicront. ('e Hismaik alVicain, comme on le Domnn.' qu<'l4|ii(>lois, sait parfaitement (]ue ïlAnl du Congo est actuellement incapable de le chasser de ses

plaiilalions et de ses j)arcs d'esclaves, ou luème d'exercer d'une inauièie quelconque un contiùle efleclif sur ses acles. Il a vu et a[)|nécié par lui-même le fort et le faible de l'Etat. Sa diplomatie astucieuse lui a garanti une sécurité temporaire, et lui a fait donner le litre et la cliarge de gouverneur de la station de Stanley-ralis. Tant qu'il vivra, celte situation politique ne subira probablement pas de changement radical; mais après lui, son pouvoir pourra tomber sur de moins robustes épaules. Pour lui comme pour nous, il est évident (|ue la domination euro[)éenne et l'autorité arabe, étant donnés leurs rapports actuels, ne s<mraient vivre longtemps côte à cote. Leur politique est en complète opposition : d'une part, c'est le commerce légitime; de l'autre, c'est la traite des esclaves. Ces conditions exactement contraires provoqueront... ou ne provoqueront pas, un conllit subit; tout dépendra des événements. Dans tous les cas, les agissements de Tippo-Tib et de ses accolytes sont absolument incompatibles avec les principes européens, en ce (jui concerne le développement de rAfri(|ue.

Si l'on en croit les rapports olFiciels, l'administration de l'État du Congo est des plus satisfaisantes. D'excellentes ordonnances ont été promulguées; il est vrai qu'elles restent, pour la plupart, lettre morte, le résident officiel n'ayant pas Tautoi-ijé voiilue £Ojii£ les Taire exécuter. Le grand tort vient aussi de ce que la direction des affaires locales émane de Bruxelles. 11 en résulte qu'il est impossible d'exercer une action effective; lorsque les instructions arrivent à destination,

SI

ce qui les avait molivées a cessé d'exister, les affaires locales subissant toujours de rapides iiioditications. Il serait donc à souhaiter, dans l'intérêt de l'Afrique en général et des puissances européennes en particulier, que l'État Indépendant du Congo fût soutenu par toutes les nations européennes. L'établissement d'un îîouvernement solide d:nis le bassin du Congo serait un avantage pour tout le monde. L'État a été trop longtemps un champ de manœuvres pour les officiers et fonctionnaires belges, qui, pour la plupart, se sont contentés de laisser les choses suivre leur cours. On peut donc affirmer en foule assurance que les progrès dans le développement du bassin du Congo seront lents, tant qu'une politique commerciale énergique et forte n'aura pas pris la direction des affaires de l'État.

L^ Portugal Depuis 1885, uuc léijère tendance à l'amélioration

en Airique. ' ^

s'est manifestée dans les possessions portugaises de la Guinée inférieure. Il est d'ailleurs extraordinaire que dans des contrées offrant tant de ressources, les progrès n'aient pas été plus sensibles. Dans leur ensemble, les colonies portugaises du monde entier sont un luxe très coûteux [tour la mère patrie, leur administration se soldant par un déficit annuel, et celles du continent africain, bien que les plus productives de toutes, ne font pas exception.

L'égoïste et maladroite politique fiscale du Portugal est la cause principale de l'insuccès des colonies portugaises, et c'est la mère patrie qui en est la première victime. Sa position en Afrique est celle du « chien de la fable dans la mangeoire ». Toutefois, si le gouver-

iieiiienl portugais déploy.iil j»lus d'énergie et moins d'ambition, ses possessions [(ouïraient non seulement se sulTire à elles-mêmes, mais encore donner de beaux I>énéfices au trésor de Lisbonne. 1^ réve de dominalion en Afrique dans lequel se complaît le Portugal est fatal à ses propres intérêts, en même temps qu'il gène l'action des puissances européennes les plus entreprenantes et les plus riches, toutes disposées à dévelop|>er les terres africaines et qui sont le mieux en situation de le faire. Les prétentions ambitieuses du Portugal d'établir sa souveraineté sur les territoires situés entre Angola et Mozambique n'ont jamais pu être réalisées, et sont ridicules au point de vue de son action en Afrique. Ses ressources et ses efforts suflFiraient à peine et seraient mieux employés à l'amélioration des territoires sur lesquels ses droits sont def)uis longtemps incontestables; tant que le Portugal n'aura pas compris son véritable rôle en Afrique, il ne recueillera pour lui-même que des déceptions et créera des embarras et des complications aux autres nations européennes. Il est nécessaire cependant d'admettre le Portugal comme auxiliaire de l'Europe en Afrique; nous ne devons pas oublier tout ce que nous devons aux premières entreprises des Portugais. La pauvreté rend fier, dit-on, et la pauvreté de ses ressources rend le Portugal d'autant plus jaloux de garder ses possessions africaines. Un peuple fier comme les Portugais ressent vivement les injustices de toute nature, et ne doit f)as être heurté [•ar des façons hautaines.

bans le sud-ouest de l'Afrique, le protectorat aile-

niand occupe une situation singulière. Bien que ce soit la première colonie allemande établie en Afrique, elle se trouve actuellement en arrière de toutes les autres. Ce ne sont ni les embarras avec les indigènes, ni même les rivalités avec les Anglais et la Grande- Bretagne, qui, tout en gênant l'expansion de l'influence allemande, ont arrêté les progrès de cette colonie. Lorsque l'Allemagne commença sa campagne coloniale en Afrique en prenant à l'Angleterre le territoire d'Angra-Pequena, la baie de Walvisli resta entre les mains des Anglais, et la baie de Walvish est la clé politique de cette région. C'est de là que partent les meilleures routes pour l'intérieur, et jusqu'à présent, Walvish-Bay est de beaucoup le meilleur port de la côte. Du reste, sauf Angra-Pequena, il n'y a pas d'autre port accessible entre le Cunéné et le fleuve Orange. Mais pour l'Allemagne, la baie de Walvish lui est indispensable, si elle veut rester dans le sudouest de l'Afrique. Le caractère de désert des terres côtières, sol aride et peu de pluie, rend leur possession de peu de valeur, bien que le climat soit très sain. Il pourrait y avoir de beaux pâturages; mais, sauf dans le nord, la région ne présente aucun avenir j)Oui' l'agriculture. Ainsi que nous l'avons signalé dans d'autres régions, les parties montagneuses de l'intérieur pourraient être d'un excellent rapport. Sud de Dans le sud de l'Afrique, la situation r)olitique est

r Afrique. 1 ' in

tellement compliquée, que nous devrons nous en tenir aux term(;s g('néraux pour définir ses conditions fondamentales. Au sud du Zambèze, dans les régions de plateaux, entre le sud-ouest africain alleniand et les

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possessions portup^aises de la côte de Test, se trouvent des colonies anglaises et des territoires indip;ènes protégés, des protectorats anglais et une sphère d'in 11 uence vivant côte à côte avec les républiques hollandaises indépendantes; les relations qui s'ensuivent sont du caractère le plus compliqué. La fondation récente d'une puissante compagnie privilégiée, chargée d'exploiter ce que l'on a appelé la « Zambézie », inti'oduit un nouvel élément de la plus haute signification politique : car le hardi programme de la compagnie, portant la construction de chemins de fer et hâtant par conséquent le développement de la région, doit nécessairement donner à la compagnie une influence considérable sur les conditions économiques de toute la contrée sud de l'Afrique. Nous le comprendrons mieux par la suite.

Dans cette sphère d'influence britannique, nous avons les vieilles colonies du Cap et de Natal, auxquelles devront être ajoutés les pays des Ba-Souto et des Be-Ghouana qui sont des colonies de la couronne. Le pays des Zoulou est en réalité une colonie de la couronne également. Le protectorat anglais s'exerce ainsi sur le nord du pays des Be-Chouana et sur les pays de Pondo et de Tonga. Le Transvaal ou républi(jue Sud-Africaine, ainsi que l'Etat libre d'Orange, forment des enclaves entre ces possessions britanniques et l'est africain portugais. Entre elles et le Zambèze dans le nord, s'étend la sphère d'influence britannique.

Dans la colonie du Cap, on peut dire que la situation politique <\st basée sur la ju'édominance numéri(jue

des Hollandais ou Roers sur les Anglais, et celte même supériorité numérique des races indigènes sur les deux éléments européens réunis. L'Angleteire est en minorité partout, excepté dans le Natal, qui s'enorgueillit lui-même d'être la portion la plus « anglaise » de l'Afrique. Dans la Gafrerie, il y a un fort contingent d'Allemands, dont le noyau a été formé par ce qu'on appelait les « légionnaires ».

Les Afrikanders, ou colons d'origine non hollandaise, mais parlant lo hollandais, exercent une influence dominante qu'aucune combinaison politique ne peut entièrement détruire. L'« Afrikander Bund(')», suivant la dénomination de sir Charles Dilke (*), ne doit pas être considéré comme absolument ennemi de la suprématie anglaise; il semble, au contraire, que ce soit une ligue patriote, dont beaucoup de loyaux et fidèles anglais font partie, et qui s'eflbrce de favoriser une politique intelligente. Le but principal de cette politique est de réunir tout le sud de l'Afrique sous l'étendard anglais; mais les tracasseries soulevées par l'esprit de parti ont souvent amené des écarts dans la politique ado[)lée. Cette mésintelligence entre les Anglais et les Boers, aggravée comme elle l'a été par les conflits actuels, est aisée à com|)ren(lre; mais le [»lan poursuivi par des hommes d'État sérieux et intelligents des deux partis, est d'établir un modus Vivendi qui satisfasse à peu près tout le monde, puisqu'il y a évidemment communauté d'intérêts sur maintes ques-

(') Ce qui signifie ligue, confédération, union, association, etc., des Afrik!irid»;rs. {\nlc du traducteur.)

{*) Prublems of Great-Britain, vol. I, p. 471-476.

lions de la plus haute importance. Le parti hollandais, qui d'un inoinenlà l'aulie [)eut être ahsorbé.est acluolleuienl trop fort pour être attaqué ou même négligé. Une politique de conciliation envers les Boers, de façon à nous assurer leur concours et à prévenir leur hostilité, sera par consé(pient la meilleuie que la Grande-Bretagne devra adopter, puisque, selon toute apparence, l'Angleterre n'est pas préparée à exécuter, dans le sud de l'Afrique, un progiamme impérial énergique et fort. La poursuite d'une semblable politique n'implique pas nécessairement des concessions, mais simplement de la persévérance.

Les républiques Boers ne sont pas d'accord h. l'égard de leurs intérêts mutuels ou dans leurs relations étrangères. Le Transvaal a pris une attitude menaçante vis-à-vis de l'Etat libre d'Orange. Ce dernier, qui est protégé par une sorte de suzeraineté britannique, est prêta accueillir les pro|)ositions des Anglais, mais le Transvaal n'aura que peu ou point affaire à l'Angleterre. Celte divergence de sentiments est le point de départ d'événements politiques dont les Anglais sont eux-mêmes responsables. La politique anglaise dans le sud de l'Afrique, si l'on peut appeler cela une politique, a été notoirement considérée comme « en retard », mais dans le cas du Transvaal elle est trop précipitée. S'il en avait été autrement, le Transvaal devrait être aujourd'hui dans la même situation que sa sœur la république, sinon une dépendance actuelle de l'Angleterre. Les Anglais ont toujours cherché à éluder les responsabilités, ou bien ils ont fait les choses cà contre-cœur; en un mot, ils ont négligé de

remplir envers les indigènes et les colonies ellesmêmes les devoirs qu'ils avaient acceptés. Mais tout peut encore se réparer. Un des signes les plus favorables de l'avènement d'une ère nouvelle pour le sud de l'Afrique, est le désir ardent de tous de poser la « Question indigène » et de résoudre les autres problèmes vitaux.

Dans le Transvaal(ré{)ublique Sud-Africaine), le nombre des Anglais attirés surtout par les mines d'or s'accroît de jour en jour et dépasse actuellement le nombre des Hollandais dans plusieurs grands districts : cela équivaut à une invasion pacifique de l'Anglelorre. Le temps n'est donc pas éloigné où cette population de sujets anglais réclamera avec raison une part dans le gouvernement du pays.

La contrée se développe avec une rapidité croissante. La lutte pour les coutumes, pour les impôts et pour le fret a remplacé les conflits armés, et les révolutions fiscales influent profondément sur la situation politique. Le cri général pourrait se traduire par : « Délivrez-nous de Downing street. » Il est donc de toute évidence qu'une action politique quelconque ne pourra être longtemps différée. Un chemin de fer parcourt déjà le Transvaal et les régions environnantes, et il existe une roule qui permet de gagner les districts les plus convoités. 11 y a donc là un dnnger imminent.

Le privilège accordé à la « Brilisli South Africa Company » est heni'ouscment, on mnlhourousemont, très vague dans la d(''finilion des frontières territoriales. Mais la Comj)ngnie se tient à la tête du progrès dans

le Sud-AfVicain et ne semble pas disposée à se laisser couper l'herbe sous les jMeds. Ou u'iiçiiore pas que son j)()int de mire idéal serait de relier ensemble les sphères d'inlliience britannique de la vallée du Zaïnbèze et de la réi^ion des lacs. La réalisation de ce plan dépendra de la di[)lomatie de la Compagnie et de l'aide qu'elle recevra du gouvernement anglais.

Pour nous résumer, nous remarquerons, ainsi que nous avons eu occasion de le constater à plusieurs reprises dans le courant de cet ouvrage, que les possessions anglaises du sud de l'Afrique sont jusqu'à présent les plus florissantes et les plus avantageuses de tout le continent ; il y existe une force politique organisée qui, sagement utilisée, favorisera le développement rapide de la contrée et son exploitation fructueuse comme colonie.

Son gouvernement futur et sa possession légitime sont des points sur lesquels nous n'avons pas à discuter. H n'y a pas longtemps, les événements en avaient fait une fédération, — un Sud-Africain uni dans une certaine étendue. Que cette union soit l'œuvre d'un Zollverein ou de quelque autre confédération politique, cela a été vaguement pressenti. Mais de l'avis de iM. Cecil Rhodes, qui est à '«a tète des affaires africaines et dont l'opinion sur toutes les questions intéressant le continent est toute-puissante au Foreign Oflice, il y a tout lieu d'espérer que, loin d'encourager l'établissement d'une confédération indépendante ou semi- indépendante, l'Angleterre peut garder le Sud-Africain, qui est l'une de ses meilleures possessions. Quelle que puisse être l'issue définitive,

la Grande-Bretagne a, comme puissance impériale, un devoir (juVlIe ne doit j)as négliger. Sinions-Bay et Table-Bay doivent, en prévision de tout événement, être réservées comme stations navales et militaires; par conséquent, une portion déterminée du Cap doit continuer à rester sous le contrôle de l'autorité nationale, car la perte de ces stations mettrait en péril l'empire britannique aux Indes.

zambèze" La douiinatiou portugaise sur la côte de Sofala et de Mozambique n'est vraiment qu'une ombre. Non seulement elle ne s'étend pas dans l'intérieur, mais elle est limitée à la portée de ses fusils dans quelques places fortifiées de la côte de l'est et du Zambèze. L'administration de la colonie de Mozambique enregistre un déficit annuel toujours croissant. Ce délicit, capitalisé à 4 "/o, représenterait une somme de 2 millions de livres sterling. Son commerce de transit est infc'rieur au rendement d'une petite ferme, tandis que dans la même province le commerce anglais est d'une valeui" quintuple. Les remarques faites plus haut sur l'administration des colonies portugaises en général s'appliquent doublejnent au Mozambique. On s'est constamment efforcé d'empêcher le commerce étranger d'entiei- par le Zambèze. 11 est vrai que le Portugal n'était pas fâché de toucher le produit de la douane, mais trop aveugle sur ses véritables intérêts, il n'a |)as su encourager le commerce qu'il ne pouvait créer lui-même, et (pii pouvait fournir un sérieux revenu à ses coffres vides. M:»lgi'<* l'établissement d(; droits prohibitifs, et en dépit des obstacles de toute sorte qu'il a voulu opposer, le Portugal a été

impuissant à refouler le formidable courant de l'entrepiise lnitaiinitjuc «'iilrant par le Zambèze. Il a cependant fait une nouvelle concession en accordant un privilèij^e à la (Compagnie de Mozandjique.

{]n protectorat ani^lais ayant été proclamé sur une partie du Nyassa-land et dans ce qu'on appelle les montai^nes du Chiré, il reste à voir ce qui sera fait de cette région. L' « African Lakes Company » est aujourd'hui associée a la « British South Africa Company '5 et en reçoit un subside annuel; de cette façon, un brillant avenir lui est assuré.

Les Portugais ont eu longtemps des postes sur le Zambèze à Zunïbo, Tele, Sena et dans les terres du delta. Quelimane ou Kilimani, sur le Koua-Koua, est le port principal, et il y a une douane au continent du Chiré. La ligne de communication entre le Zambèze et les lacs, s'étendant sur l'extrémité nord du lac Tanganyika, est cependant maintenue par les missions anglaises et les stations qui sont établies dans les localités les plus iavorables. Sur différents points, ces communications ont été interrompues dernièrement par les hostilités des Arabes et les intrigues politiques; mais le rétablissement de l'ordre n'est qu'une question de temps et s'elTectuera dès que les difficultés internationales seront définitivement réglées (').

La mission anglaise sur le lac Tanganyika exerce son influence sur la chaîne d'établissements qui sont appelés à dominer cette route si utile.

(') De graads progrès se sont accomplis en 1891. Les Portugais ont cessé de soulever des diilicultés sur la route de l'entreprise hritanniqu*».

Sur la côte de Zanzibar, qui fut pendant si longtemps le cliainp exclusif de l'inlUience anglaise, s'établit, en I880-I88G, la Compagnie allemande de l'Est africain; mais après une courte période de mauvaise administration, elle fut chassée par une insurrection arabe. Ces quelques mois de désordres amenèrent la ruine complète du commerce et l'arrêt de toute entreprise européenne sur la côte et à l'intérieur, dans toute la sphère d'inlluence allemande. Les représailles ne firent qu'exaspérer les indigènes, qui étendirent leur haine sur tous les Européens en général. La Compagnie, sur le point de sombrer, fut sauvée d'une ruine complète grâce à l'intervention du gouvernement impérial allemand. Un commissaire, le major Wissmann, envoyé sur la côte de l'est à la tête d'un faible détachement, mit immédiatement le siège devant les villes de la côte qui étaient tombées aux mains des insurgés. Un peu d'ordre se rétablit peu à peu sur le littoral et à quelque distance dans l'intérieur, mais non sans effusion de sang. Actuellement, l'Est africain allemand est une colonie de la couronne, avec Dares-Salaam comme centre administratif. Le baron de Sodon a établi une administration purement civile, qui n'a pas été bien vue des partisans du régime militaire. En septembre 1891, les troupes coloniales allemandes furent complètement battues dans une rencontre avec les bellicjueux Oua-lléhé, et perdirent, paraît-il, 500 hommes.

L'extension de l'inlliience allemande vers la i'<''gion des lacs, dont les limites à l'ouest sont actuellement fixées d'une manière précise, était à la fois naturelle

— à'SA —

el inévitable. Arrivé sur la cote à la suite de M. Stanley, Euiin-Paclia lut piouipteinent enrùli'' dans le service (le l'Alleniagne. Une paix hâtive l'ut conclue avec les « rebelles », el des ouvertures pacifiques furent laites aux chefs arabes; le but évident de ces maiKcuvres était rac^juisilion de nouveaux territoires dans l'intérieur. Mais Eniin-Pacha s'arracha bientôt à la contrainte ollicielle et retourna dans sa première résidence, sans faire part des projets qu'il nourrissait.

La « Britisb East Africa Company » a été plus heureuse et plus adroite dans le gouvernement de ses territoires. En dépit des conditions politiques incertaines (jui l'entouraient de tous les côtés, elle a fait jusqu'à présent des progrès considérables et n'a eu à souffrir d'aucune hostilité de la part des indigènes. Au contraire, ses représentants ont reçu partout le meilleur accueil; cela tient à ce que son administration, basée sur la justice et le sens commun, a toujours été dirigée d'une main ferme. Les explorations ont rapidement ouvert la contrée et fondé des stations commerciales. L'extension récente dans l'ouest et dans le nord des territoires de la Compagnie, d'accord avec l'Allemagne, place le négoce du haut Nil dans la sphère de leurs opérations.

Ainsi que le mentionnaient ses premiers prospectus, la Compagnie, possédant le port de Mombaza, reliait le commerce de tous les territoires du haut Nil à cet excellent débouché naturel. Malheureusement, l'évacuation de la province ('quatoriale de l'Egypte et la guerre civile de l'Ou-Canda ont fait échouer l'extension de la Compagnie dans l'intérieur.

Le plan idéal de la Compagnie serait de relier Monibaza au Vicloria-Nyanza par une voie ferrée et d'établir sur le lac un service de bateaux à vapeur; mais tant que les contrées bordant le lac ne seront pas pacifiées et soumises à l'inlluence anglaise, la construction d'un semblable chemin de ler sera de j)eu de profit. Le capitaine Lugard, agent de la Compagnie, maintient encore sa position précaire dans l'Ou- Ganda, qui est sous le protectorat anglais depuis 189i. Une ligne de stations fortifiées a été établie à des intervalles convenables entre Mombaza et Mucliako, sur une distance d'environ 400 milles; la Compagnie a l'intention de garder celte route et de la prolonger jusqu'à Usoga, où une station a été fondée. Le succès, sinon l'existence même de la Compagnie, dépend de la possession des territoires du haut Nil, ou du moins du monopole du commerce dans ces régions. C'est donc une question d'importance vitale que le capitaine Lugard soit maintenu dans sa position, et cela ne sera possible qu'en établissant des communications rapides; il n'est pas indispensable que ce soit un chemin de fer.

Les sphères d'inlluence anglaise et allemande sont toutes deux reliées à l'Europe par un service régulier de steamers. Avec un peu d'encourap;ement, le commerce de cette région gagnerait une importance de premier ordre. Si l'on pouvait empêcher les Hanyans de tremper dans la traite des esclaves, ils continueraient à être des iiiteiinédiaires précieux entre les Européens et les indigènes. Ce qui paraît être le plus sérieux obstacle au développement de la région, c'est

la jalousie occulte des agents allemands et ani^lais. Il y •» certes de quoi 0( cuper l'éneii^ie de deux peuples, et ils ont, à leurs ambitions, des frontières bien définies, s'ils consentaient loyalement à les reconnaître; mais, de part et d'autre, jusqu'à présent, ils semblent navoir déployé leur activité (ju'à se duper les uns les auties. Les Allemands, soutenus par un gouveiiiement audacieux, ont, dans plusieurs circonstances, empiété sur les droits de la « Brilish Company », qui, soutenue par le gouvernement national, s'est toujours affirmée résolument opportuniste. Toutefois, dans leurs relations mutuelles, les srouvernemenls ansrlais et ailemand affectent les sentiments les plus amicaux, et prétendent reconnaître l'identité de leurs projets politiques en Afrique. Dans tous les cas, il est difficile de justifier, ou même d'excuser les intrigues et la diplomatie allemandes dans l'est de l'Afrique : elles sont indignes d'une grande puissance.

Ce fut donc avec un sentiment de gratitude et de profond soulagement que tous ceux qui s'intéressent à la prospérité de l'Afrique apprirent le récent accord survenu entre l'Angleterre et l'Allemagne, mettant fin à leur hostilité nmluelle. Cet équitable arrangement est tout à l'honneur des négociateurs. La Grande- Bretagne obtint ce que Ton ne prévoyait guère, un protectorat sur les îles de Zanzibar et Pemba.

La colonie allemande de Vitou fut, par le même accord, cédée à la « British Company », lui garantissant ainsi l'unité de ses possessions, ce qui, à tous égaiils, est un avantage pour elle. Les ports de Benadir sur la cote de Somal, cédés à Torigine par le sultan

de Zanzibar à la « Brilish East Africa Company «, furent plus lard placés sous la protection italienne, à l'exception de Kismayou.

Enfin, dans la grande île de Madagascar, la France s'est assuré une sphère d'iniluence qui est maintenant reconnue par la Grande-Bretagne. Son premier établissement dans l'ile remonte à deux cent cinquante ans.

D'après tout ce qui en a été dit jusqu'à présent, la domination européenne en Afrique est évidemment très inégale dans son étendue et très incertaine dans son caractère. Excepté dans les régions ex-tro[)icales du continent, où les conditions climatériques ne sont réellement pas défavorables aux Européens, la colonisation politique a été vraiment à peu près nulle. L'administration et la civilisation des régions intertropicales de l'Afrique demandent un si grand sacrifice d'existences et une si énorme dépense d'argent, que les établissements européens se sont tenus aux terres cùtières, excepté dans les régions où les conditions locales ont favorisé l'expansion d'une colonie entreprenante. Le besoin de nouveaux marchés ou l'ambition d'une autorité quelque peu illusoire ont aidé parfois à surmonter les obstacles du pays et du climat. Cependant, il faut reconnaître que dans toute l'Afrique tropicale, l'occupation elTective des puissances européennes est limitée aux terres côtières, ou s'avance à une courte distance dans les vallées des grands lleuves. Dans les régions strictement tropicales, r()C(:uj)ati()n européenne n'existe réellement pas; les indigènes y sont chez eux, et peu de gouvernements seraient assez téméraires pour s'engager

à y i^.'iranlir la vie el la propriété de leurs nationaux. Si l'on trouve que, sous beaucoup Je iap{)orts, l'Anjzleterre ne s'est j)as eni;ai;ée beaucoup en Afrique, on ne pourra jias l'accuseï- (hi moins d'y avoir commis des exactions.

On dit, et avec raison, (jue le Portugal a fait très peu de choses pour le développement de ses possessions africaines, et que, dans certains cas, il n'a rien fait du tout. Mais il faut reconnaître également que les autres puissances européennes n'en ont pas fait beaucoup plus dans leurs possessions respectives, excepté dans les régions ex-tropicales du continent.

La conclusion à tirer de toutes ces considérations, c'est que, pour certaines raisons, l'Afrique tropicale est impropre à la colonisation européenne. Ces raisons ont été développées dans les chapitres précédents de ce livre; elles sont principalement de nature physique. Mais, bien que les conditions physiques défavorables soient certainement prédominantes, il a été reconnu que dans les régions les moins insalubres elles n'étaient pas insurmontables, que ce devait être surtout une question de temps et de prudence pour (jue les Européens puissent prendre le dessus, en partie ou tout à fait. Ce n'est qu'en refusant de reconnaîti'e les obstacles qui entravent le dévelo})pemenl et la colonisation en Afrique que nous serons toujours renvoyés dans un avenir prochain. Ces obstacles sont naturellement insulFisaunnent connusaujourd'hui, €t, même s'ils sont connus, on y rélléchit rarement : l'expérience a été pour la majeure partie le seul guide en Afrique. Mais il est certain (jue le temps

est venu d'user d'un peu de prévoyance et de circonspection j)lutôlque d'aller au hasard, suivant l'ancienne méthode. Il faut espérer que la réaction actuelle en faveur des intérêts africains favorisera l'élaboration d'un programme réalisable.

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