‹ Le développement de l'Afrique; traduit de l'anglais sur la 2e édChapitre 20 sur 33 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Partage politique.

L'éveil de l'Afrique. — L'aurore de meilleurs jours. — L'assaut des terres africaines. — « Sphère d'iiifluence. » — Le « Ilinterland ». — Annexion à coups de pinceau. — Traités avec les chefs indigènes. — Frontières intérieures. — Partage de l'Afrique. — Décisions de la conférence de Berlin 1884-85. — Fondation de l'État Indépendant du Congo. — Frontières de l'État du Congo. — Querelles entre l'Angleterre et l'Allemagne. — Argument. — Action. — « Trop tard. » — Triomphe de l'Allemagne. — Représailles anglaises. — Résultats. — Négociations diplomatiques. — Un compromis. — La frontière anglo-allemande. — Royal Niger Company. — Allemagne et France. — Une disposition de la convention franco-allemande de 1885. — La France et le Portugal. — Plans d'arrangement mutuel. — Côte de l'est. — Expansion de l'Afrique allemande. — Museler le lion britannique. — Les argonautes allemands. — Zanzibar et la Grande-Rretagne. — Proclamation d'un protectorat allemand. — Protestations. — Signification d'un Schutzbrief impérial. — Legs anglais. — Apologie. — Soumission du Sultan lie Zanzibar. — La convention anglo-allemande de 1886. — Vevinage des douanes dans la zone côtière. — Adhésion des tierces parties. — Association allemande de l'Est africain. — La côte de l'Est. — Révolte des Arabes. — La « Rritish East Africa Company ». — Côte du sud-ouest. — Action alb-maiide. — Ac<{uisition d'.\ngra Pi-qucna. — Protectorat allemand sur le sud-ouest de l'Afrique. — Expansion. — Allemagne et Portugal. — Négociations. — Frontières allemandes-portugaises dans l'Est africain. — Convention allemande-portugaise de i88U. — Expansion du Sud africain anglais.

— Pavs dos Bo-Chouana. — Pays des Matabclcs, etc., etc. — Fondalion de la <.< Brilisli South Africa Company ». — Le dllFércnd entre la Grande-Bretagne et le Portugal. — La « British South Africa Company». — Pays des Souassi. — Territoires du IS'yassa et montagnes du Chiré. — Transactions européennes avec les indigènes. — L'Italie sur le littoral ilc la mer Rouge. — L'Italie sur la côte de Somal. — L'Angleterre sur la cote de Somal. — La France sur la côte de l'ouest. — Le Portugal et le Dahomey. — Le Sahara occidental : Entreprise espagnole et anglaise. — Accord anglo-fran<;ais de 1890. — La France, i)uissance dominante dans le nord-ouest de l'Afrique. — Convention anglo-allomande de 1890. — Convention anglo-portugaise de 1891. — Application des principes de la liberté du commerce.

Après avoir été négligée pendant des siècles , l'Afrique est devenue dans ces dernières années l'objet des compétitions européennes. Beaucoup de puissances sont entrées dans la lice et se disputent la prépondérance politique. C'est ainsi que la masse du public est arrivée en quelques années à connaître ce continent plus qu'il ne l'avait jamais été a aucune époque. Et, cependant, le premier minisire anglais reconnaissait qu'en réalité les puissances se partageaient des territoires peu connus, ou même absolument inexplorés, fixant des frontières dont la délimitation précise n'aurait pu en aucun cas être longtemps respectée.

La morale à tirer de l'observation de ces faits a un double caractère. D'abord, la valeur des terres africaines a été universellement reconnue; ensuite, le danger des liostilités entre les différentes puissances ayant été comj)ris, a pu être évité, ou peut être évité I)ar la délimitation exacte de leurs s[»lières d'action respectives. Tous les (idèles partisans de l'AlVique

— ;ni —

(iiil dû lire avec sntisfaclion les ternies des dilTérenls accords ou conventions survenus entre les puissances jxMidanl l'été de 181)0, s'appricjuaiil j)lus spécialenu^nt aux régions les plus impoitanles et les plus disputées. Le bon vouloir dont les puissances ont fait preuve en arrivant à une entente commune, non moins que le tact et rimbileté avec lesquels les négociations furent conduites, sont autant de gJJges d'espérance pour la prospérité future de l'Afrique.

La lutte eflVénée pour la conquête des terres afri-i)éfiniti( caines, dans laquelle toute dignité, voire les usages diplomatiques les plus élémentaires ont parfois été mis de coté, a fait naître l'emploi courant de deux termes nouveaux. Il est nécessaire de les bien comprendre avant d'aller plus loin.

Le premier de ces termes est « sphère d'inlluence »; ceci s'applique à certaines régions placées sous la politique exclusive de la puissance à laquelle elles ont été adjugées, ou à laquelle elles appartiennent par un droit incontestable. C'est commo si deux médecins s'entendaient entre eux pour se partager la clientèle d'un village, à l'exclusion de tout autre médecin. Un terme meilleur et plus exact que « sphère d'inlluence » était d'abord usité, et s'emploie encore en Allemagne, c'est celui de « sphère d'intérêts ».

L'autre terme, qui semble indéfinissable, est le mot « Hinterland ». Quebjues nations affectent une ignorance naïve de sa signification réelle: suivant les unes, cela signilifMait « autant que l'on peut prendre ». Mais sa véritable application ne peut, en aucun cas, être incomprise. I^e mot « Hinterland » s'ap[)lique aux

parties intérieures du continent, qui, géographiquemenl ou politiquement, peuvent èlie considérées à juste titre comnie clianip d'expansion des possessions territoriales de la côte. Néanmoins, pour expliquer l'absurdité (|ui fait que le principe du « Hinterland » est selon les besoins mis en avant ou violé, nous citerons l'exemple de la France qui, ayant comjilètement enveloppé l'Angleterre sur la Gambie, h une courte distance de la côte, a gravement invoqué le [)iincipe du Hinterland pour expliquer son extension politique de la Méditerranée au Niger.

Le partage de l'Afrique s'est accompli si rapidement dans ces dernières années, que. dès (ju'une carte était publiée, elle était bientôt hors de date. Il semble, cependant, que nous ayons atteint une période où les cartographes pourront prendre un peu de repos. L'annexion au pinceau marqua seulement les premières phases de la fièvre africaine; mais il n'y a pas encore longlomps que des politiciens sérieux considéraient ces soites (rac(piisitions comme h'gitimes. Aujourd'hui, les [)rétendanls peuvent produire de réels traités passés avec les souverains indigènes, dont ils se proposent d'annexer ou de protéger les territoires. Ces sortes de documents sont natuiellement faciles à obtenir, mais ils satisfont la conscience publique en fournissant la preuve indiscutable c|u'une personne responsable est allée dans la contrée en question.

En examinant les diverses parties dans lesquelles le continent africain a ét<'» partagé pendant ces dernières auiK'es, je n'ai pas rinlcnlioii de (iélcriniiier chaque frontière, la cart»' plaiK lie XIII en donnant

tous les détails. Mais il poul être utile de citer Irs textes des traiisaclioiKS di|)Iomati(pies iinporlaules (').

Il est absoIiiiiKMit csseiiliol de Taire la dilléience entre les acquisitions par traités r') et les ac<|uisi lions à coups de pinceau (^). La vaste suiface de rAfri(iue et l'absence relative de frontières naturelles ont surtout contribué, indépendamment de notre ignoiance relative des terres intérieuies, à rendre très difficile et très incertaine la déterniination des rroiitièies.

On peut dire que le partaijre de l'AIVinue r(.'nionte à conférence

■ 1 I O 1 de Berlin

la Conférence de Uerlin en 1884-1885. Antérieurement ^*^^à la Conférence, on s'occupait fort peu de la question des frontières intérieuies : on n'avait guère besoin de les déterminer. Seules, les frontières entre les possessions européennes sur les côtes avaient été dans la majeure partie des cas définies avec quelque certitude.

C'est à la Conférence, ou peu de temps après, que

(') Mes données ont été puisées aux sources suivantes : Le partage politique de l'Afrique iuin 1888), par Emile Banning, qui donne dans une forme convenable les textes des traités et autres transactions internationales, ainsi que les accords signés entre les années 1885 et 1888; d'autres renseignements me furent fournis, antérieurement à la publication du livre de M. Banning, par le Scottixh Geoçjraphical Mnçfazine (vol. IV, 1888. p. lo2 et 298) sur The partition of central Africa et The East central African question, et enfin par des sources oniciellfs anglaises et étrangères.

(•j Les traités varient dans leur signification internationale. Une distinction «loit être faite entre les traités liant les parties contractantes seules, et les traités liant les parties non contractantes qui ont apporté leur concours.

(') « Les acquisitions à coups de pinceau » iniliqucnt simplement l'ambition d'expansion territoriale et ne furent pratiquées que par les rêveurs.

les contestations éclatèrent. Nous n'en citerons que deux exemples. Le Portugal obtint la reconnaissance de ses prétentions historiques sur la région au sud du Congo inférieur, et acquit également l'enclave de Kabinda, dans le nord. A la France furent concédés les importants territoires du Congo inférieur. Le bassin du Congo fut déclaré librement accessible aux pavillons de toutes les nations. Et, enfin, l'Association internationale fondée par le roi des Belges fut, sous un autre titre, reconnue par le monde civilisé comme un État souverain, et prit possession du bassin du Congo.

La fondation de l'État Indépendant du Congo fut probablement le résultat le plus important de là Conférence, indépendamment des excellentes ordonnances qui y furent rendues en vue du développement de l'Afrique comme champ aux entreprises commerciales et philanthropiques des Européens. La reconnaissance formelle de l'État Indépendant du Congo par les puissances, sa délimitation et sa neutralité, ainsi que la création d'une aire immense pour le commerce libre ('), furent certainement des événements de la plus haute importance; c'est ainsi que fut créé dans le cœur de l'Afrifjue un Etat « Méditerranéen » neutre dont les progrès sont et devront toujours être liés aux intérêts de ses voisins.

Les frontières de l'Etat Indépendant du Congo sont

(' ) Différenls droits sonl iit'tunnioins iinposrs dans ccUc; zone. \hplus, l'Étal du (]on};o, d'accord avec les puissances à la Conférence de IJruxolles (ISS!)-On;, imposera lui-inènie les luxations directes alin de faire exéculer l'ordonnance de l'Acte général.

inili(]iiées sur notre carte. Elles furent à peu près dé- (inios à la Conférence de Ijerlin,niais leur délimitation la plus exacte fut déterminée par des traités séjïarés conclus avec les Etats de son voisinage. Cependant, il existe encore quelque incertitude pour délimiter les frontières sur certains points, mais quand les circonstances l'exigeront, ces incertitudes seront aisément fixées. Les documents relatifs à l'Etat sont très clairement, et je suppose très exactement donnés dans le livre de M. Banning : Partage politique de C Afrique, (p. 89-152).

Deux mois après que la Conférence avait terminé Grande-

' * Bretai^ne et

ses travaux, une querelle sérieuse s'éleva entre la^nemagno. Grande-Bretagne et l'Allemagne au sujet de leurs sphères d'influence respectives sur le golfe de Guinée.

Le bassin du Bas-Niger avait été, pendant longtemps, sous l'influence exclusive de la Grande-Bretagne, qui possédait aussi des colonies à l'ouest du fleuve. Dans la région du Cameroun, les missionnaires anglais avaient pendant quarante ans travaillé dans une région pleine de promesses, et y avaient inconsciemment posé les bases de la domination anglaise. Mais l'Allemagne partageait aussi l'ambition d'occuper une contrée que ses sujets avaient contribué à découvrir cl à ouvrir aux Européens. Ses marchands passaient pour jouir du monojiole du «ommerce dans la rivière de Cameroun. En conséquence, le gouvernement impérial allemand décida «le prendre possession de la contrée et d'établir une ^^talion navale sur la côte.

Le prince de Bismarck, bien (jiie n'étant pas un

« homme colonial », prit une attitude résolue et, dès qu'il fut décidé à suivre une conduite déterminée, il adopta un plan aussi parfait que possible. Le D' INachtigal fut envoyé avec des instructions (datées du 19 mai 1884) pour conclure des traités avec les chefs indigènes entre le Niger et le Gabon, et dans le district d'Angra-Pequeila. L'Angleterre, avec des intentions similaires, envoya également des instructions (16 mai 1884) au consul Hewelt. Mais le D' Nachiigal arriva le premier sur le théâtre des opérations. Le drapeau allemand fut arboré (5 juillet) à Togo et (14 juillet) à Cameroun. Le consul Hewett arriva le 19 juillet et ne put que notifier sa protestation.

C'est ainsi que les choses se faisaient au bon vieux temps. Les hésitations du cabinet britannique, qui discutait la question depuis le mois d'octobre 1883, furent cause du retard, et, par conséquent, de l'échec du consul Hewett.

Le 15 octobre 1884, le prince de Bismarck notifia aux puissances le « fait accompli >> du protectoiat allemand, non seulement sur le Cameroun, mais aussi sur le Togo (côte des Esclaves), et dans le sud-ouest de l'Afrique entre le fleuve Orange et le cap Fri(>, la baie de \Valvish exceptée.

Le cabinet britannique s'inclina, mais il s'efforça de relever sa situation. Le 19 juillet, le consul liewett plaça la station de Mission de Victoria sous le protectorat anglais et conclut des traités (juillet et septembre) avec les chefs indigènes sur le littoral, entre Victoria et le Vieux-Cialabar.

Celle façon d'agii" du consul Hevvell déplut au chan-

celier de fer, qui exprima son inéconlentement très cliiireinent et très hautoineiit dans sa note du 7 décenihro 1884. Pour ajouter aux complications, les indigènes des régions contestées se révoltèrent contre roc("upation allemande et attaquèrent les Européens. L'insurrection lut toutefois promptement apaisée par les canonnières allemandes (du 20 au 22 déce nd)re).

Des documents diplomatiques furent librement échangés entre Londres et Berlin pendant les quelques mois qui suivirent. Les plus importants furent la dépèche de lord Grandville (29 avril 1885) au comte de Munster, ambassadeur d'Allemagne à la cour de Saint-James, et la réponse (7 mai) de ce dernier. Ces dépèches jetèrent les bases d'un accord entre les deux puissances et furent complétées par les déclarations des 10 mai et 2 juin.

Par suite de ce compromis, la station de Mission de Victoria fut placée dans la sphère d'intïuence allemande, moyennant une indemnité de 4,000 livres sterling que la Mission tie Bàle devait payer aux missionnaires anglais.

Mais la frontière entre les deux sphères d'influence dans la baie de Biafra resta indéterminée. Un échange de dépêches entre lord Rosebery (27 juin 188()i, pour le gouvernement anglais, et le comte de llatzfehi (^2 août), |)our l'empire d'Allemagne, eut pour résultat de fixer la frontière par une ligne idéale partant de Yola, sur la côte, et allant à la Bénoué.

Le 10 juin 1880, la « National African Company » recevait le privilège royal sous le nouveau titre de

« Royal Niger Company » et était investie des pouvoirs administratifs sur les territoires que lui concédaient les traités. Sir Georges Taubman Goldie, qui fut le fondateur de la Compagnie, a toujours été depuis son chef spirituel et a dirigé tous ses pas dans sa brillante carrière.

Exce{)té le district des Rivières d'huile, qui est directement administré par la Couronne, ces territoires comprennent les terres côtières entre Lagos, la frontière nord du Cameroun, le Niger inférieur (comprenant les territoires de Sokoto, de Gando et de Borgou) et la Renoué depuis Yola jusqu'à son confluent avec le Niger.

L'Allemagne, ayant établi la frontière septentrionale de sa colonie de Cameroun, négociait, sur ces entrefaites, sa frontière méridionale avec le Congo français. Les traités du D'Nachtigal s'étendaient presque jusqu'à l'équateur et anéantissaient les prétentions françaises. Le piince de Bismarck, cependant, dans sa dépèche du 15 septembre 1884, se montra conciliant pour les susceptibilités françaises et se rencontra avec le baron de Courcel dans un même esprit d'entente diplomatique, ainsi qu'en témoigne la réponse du baron de Courcel du 29 septend)re. Tout danger de conflit ayant donc été écaité, la France et l'Allemagne signèrent le protocole du 24 décembre 1885, qui déterminait leurs sphères d'influence respectives et consacrait les acquisitions dans la baie de Biafra, sur la cote des Esclaves et dans la Sén(''gambie.

Cette convention entre rAllemagnc el la Trance fixa ! "extension intérieure de la sphère d'influence aile-

iiiaiulc (Ciiuierouii, au 1,*>" de longiliule est tle Grcenw'iL'h. 11 est iiiiporlanl de se rappeler ce détail, parce qu'il permet aujourd'hui aux territoires du Congo français de s'étendre le long des rives ouest de l'Ou- Banghi ('), (jui est la frontière limitrophe entre le Congo français et l'Etat Indépendant du Congo et donne accès dans le Soudan.

A peu près dans le même tem[)s, la France rt'îirlait France et certaines ditricultés territoriales avec le Portugal. Une commission mixte, s'étant assemblée à Paris, tint seize réunions, entre le ^H octobre 1885 et le 12 mai 1886. Les délibérations de la commission conclurent à une convention franco-portugaise le 12 mai 188G. Cette convention garantissait à la France l'autorité sur les deux rives de la Casamance (Sénégambie), et la frontière portugaise, dans le sud, était portée approximativement jusqu'aux limites méridionales du bassin du Casini. Sur le Congo, le Portugal gardait le district de Massabi, auquel la France prétendait, mais les deux rives du Loango restaient à celte dernière.

Un accord mutuel fut tenté à l'égard de certains projets d'agrandissement qui, dans le même temps, ('laient intéressants ()0ur les tierces parties. Le Portugal reconnut le protectorat français sur le Fouta- Djallon (^), consentant ainsi à ce que ses propres possessions de la Guinée supérieure fussent entourées,

(') Pourvu qu'aucun autre tributaire de rOti-Hariphi-Contro ne soil découvert à l'ouest, auqui'l cas, d'après le traité de Herlin I88I-80, le bassin conventionnel du Congo gagnerait en extension.

(') En vertu des traités conclus en 1881 entre le gouvernement français el Almamy, l'un d<'s cliefs du Koula-Djalion.

laissant la France dangereusement rappiochée du « Hinlerland » britannicjue, derrière la Sierra-Leone. En échange, la France s'engageait à reconnaître au Portugal le droit d'exercer « son inlluence et sa civilisation souveraines » partout où il le pourrait dans les régions séparant les provinces d'Angola et de Mozambique. Cette concession gêna parfois les intérêts de la Grande-Bretagne et de l'État Indépendant du Congo. Mais les prétentions du cabinet de Lisbonne n'étaient pas à discuter. Dans une note du 12 décembre i88o, le Portugal détermina l'étendue de l'empire transcontinental auquel il prétendait. Il n'y eut jamais, même en Afrique, de plus flagrant témoignage de c< l'annexion à coups de pinceau». Toutefois, la France se montra conciliante en cette circonstance et prit gaiement la situation : elle acceptait, « à titre d'information », les limites tracées; mais elle ajoutait une clause additionnelle, réservant les droits des tierces parties. Cette réserve n'était pas pour intimider le Portugal, bien qu'il fût incapable d'entrer en lutte avec une nation comme la France, et il tenta les mêmes agissements du côté de l'Allemagne; nous en donnerons plus loin les résultats. Des négociations dans le même sens, entamées avec son alliée l)istori(|ue la Grande-Bretagne, furent même plus animées et plus intéressantes. Elles ne prirent fin qu'en juin 1891 . Nous pouvons donc nous permettre d'en parler plus tard.

Tandis (pie les cartographes étaient occupés aux divers changements politiques de la côte occidentale d'Afri(jue, les événements réclamaient également leur attention sur la côte de l'est.

L'Alleinatirne, entrée dans la voie colonisatrice, etAii»>ma«nc

. . . . . *' «rand»-

(Jévorée «le l'anibilion de fonder nn empire africain, "'•^'^'>«>encourageait et soutenait puissamment ses pionniers. Les Allemands se disaient, non sans raison, que si leurs compatriotes étaient répandus dans le monde entier, occupés à développer des colonies pour d'autres, il serait assez juste, tandis qu'il en était temps encore, qu'ils assurassent des conquêtes coloniales à leur propre patrie. En conséquence, le continent africain, ce champ ouvert à toutes les ambitions, fut simultanément attaqué sur trois points. Les Allemands surent employer pour leurs acquisitions territoriales tous les procédés de la civilisation moderne, parmi lesquels les drapeaux, les compagnies privilégiées et les canonnières jouèrent un rôle important. Il faut reconnaître aussi que, tandis que les agents allemands recevaient l'afypui de leur gouvernement, les agents anglais, livrés à tous les embarras et à toutes les difficultés, étaient abandonnés à leurs propres ressources, fortement liés par le « ruban rouge ».

En septembre 188i, débarquèrent à Zanzibar trois naïfs excursionnistes allemands, dont les noms seront longtemps dans la mémoire de leurs contemporains. C'étaient le D*" Peters (le Jason de l'expédition), le ly Jiihike et le comte Pfeil. Nous ne pensons pas qu'ils étaient venus à Zanzibar pour leur santé, car il y a près de Berlin des endroits vraiment [)lus salubres que Zanzibar. Mais ces hommes iliscrets et résolus, pionniers d'une compagnie de colonisation, gardèrent le silence sur leurs projets, et. avant que personne fût averti, ils avaient conclu avec les chefs d'Useguha,

d'Oua-Rami, de iN'gouroii et d'Ou-Sagara, des traités par lesquels ces territoires furent conquis à la Société de colonisation allemande.

Nous mentionnerons incidemment que, avant 1881, les terres continentales en face de Zanzibar étaient presque exclusivement sous l'influence anglaise {\. Les principaux négociants étaient des sujets anglais, et le gouvernement du sultan était sous l'autorité du résident anglais. Toute la région entre la côte et les lacs était considérée comme étant sous la suzeraineté nominale du sultan ; les divers chefs reconnaissaient cette prétention sur une certaine étendue, et l'appui du sultan était invariablement réclamé si quelque voyageur européen tombait dans l'embarras. Toutefois, la Grande-Bretagne n'avait aucune prétention territoriale dans le domaine du sultan. Bien que son inlluence se fît sentir au loin, elle ne s'exerçait qu'en vue de faire respecter l'ordre et la loi, et sans aucun but ultérieur.

Le D' Peters, armé de ses traités, retourna alors à Berlin en février 1885. Le 27 février, au lendemain de la signature de VAcle général de la Conférence de Berlin, un Schutzbrief impérial ou charte de [)rotection assurait à la Société pour la colonisation allemande les territoires qui avaient été acquis pour elle par les traités du D' Peters : autrement dit, un protectorat allemand était proclamé.

Quand on sut (\iu) l'Allem.ignc s'était emparée du continent de Zanzibar, l'indignation dans les cercles

(*j liu dépit il<r la corix-ritioii aiif^ln-franr.iisc «lu 10 mars 1862, cunceriianl l'indépendance noniinuU; de Zanzibar.

coloniaux ne ct)nniil plus de hoi-nes. Le niinislre des allaires étrangères anglais soutint la cause du sultan, et S:i llautesse elle-même lança une piotestalion formelle. Mais c'est en vain ([u'on ('vocjuail des ombres. La main de fer de l'Allemagne s'était appesantie; son gant de velours avait été hardiment dépouillé. Une flotte allemande fut |)roniptement expédiée à Zanzibar, dans le but. ainsi que le dit une pid)licalion [)ério(li([ue allemande, de montrer clainMuent ce que vaut un Scliul::,hi'icf inipcrial. C'était le pi'emier SV//«/i/>ne/' publié; on pouvait donc craindre que sa signification ne fût pas bien comprise.

Il semblait (ju'un Scliutzbrief impérial, différent en cela de quelques documents diplomatiques, voulait vraiment dire ce qu'il dit. Le Scliulzbrief en question s'appliquait à certaines régions de l'est de l'Afrique sur lesquelles le protectorat allemand avait été proclamé; il était évidemment absurde, dangereux même, d'affecter un malentendu sur la question.

Il n'y a donc pas à s'étonner que sir John Kirk reçût des instructions pour agir d'accord avec son collègue allemand de Zanzibar, « les intérêts des deux nations étant identiques » ; la suite des événements nous montrera combien ces intérêts étaient identiques!

latiguée de sa mission, la Grande-Bretagne abandonnant les résultats de tant d'années d'efforts, se désista en faveur de l'Allemagne, recommandant seulement à la bienveillance de celte dernière certains sujets anglais, des ca[)italistes qui avaient conçu le plan d'un établissement anglais bien modeste, dans

la région située entre la côte et les réservoirs lacustres du Nil, région à travers laquelle on comptait un jour ou l'autre voir établir un chemin de fer.

Abandonné par son ancien protecteur, menacé par une flotte ennemie, le sultan de Zanzibar s'inclina devant la volonté d'Allah. Le 14 août 1885, il reconnut le protectorat allemand sur les quatre provinces intérieures et sur Vitou.

Une commission de délimitation fut alors nommée pour répartir le butin. Mais ce ne fut qu'à la fin d'octobre que l'entente s'établit entre les gouvernements anglais et allemand. Cet accord, désigné communément sous le nom de convention anu:lo-allemande de 1886, contenait les dispositions principales suivantes : 1° La souveraineté du sultan de Zanzibar était reconnue sur les îles de Zanzibar, Pemba, Lamu et Mafia; et sur le continent, sur une zone côtière ininterrompue de 10 milles maritimes de largeur entre la baie de Tungue et Kipini, et sur les stations de Kismayou, Baraoua, Merka, Mukhdisho et Ouarchek, entourées chacune d'une petite portion de terre; 2° les contrées dans lesquelles les clauses du traité sont considérées comme applicables, furent déterminées comme étant situées entre les rivières Tana et Kovouma; et la frontière entre les sphères d'inlluence britannique et allemande fut tracée comme le désigne notre carte, depuis la rivière Onanga ou Oumbe jusqu'au Victoria -Nyanza; 5° la (jrande-liiolagno prit l'engagement do ne faire aucune accjuisilion territoriale, de n'accejiter aucun protectorat, et de ne pas gêner l'extension allemande au sud

de la ligne déleriiiiiK'e, tandis que l'Allenjagne devait observer la même réserve sur les territoires au nord de celle ligne; 4° les deux j)uissances reconnaissaient comme appartenant à Vitou, la côte s'étendant du nord de kipini à l'extrémité nord de la baie de Manda; o" rAllemagne participa au protocole signé entre la Grande-Fîretagne et la Trance (10 mars i8()2), reconnaissant l'indépendance de Zanzibar.

11 est à remarquer que, dans cette convention, il n'y a pas eu de frontières intérieures de fixées; il ne fut même [)as question de l'extension des frontières anglo-allemandes et des frontières allemandes-portugaises dans celle même direction ou dans une direction quelconque.

Par des accords séparés avec le sultan de Zanzibar, l'Allemagne s'assura (20 décembre 1885) le bail aux douanes pour une période de cinquante ans dans la zone cotièrc appaitenant au sultan dans la sphère d'inlluence allemande, tandis que, de son côté, la Grande-Bretagne obtenait dans sa zone (30 avril 1886) une concession analogue (').

Le 8 décembre 1880, le sultan donna son adhésion à l'Acte général de la Conférence de Herlin, se réservant pour lui-même le principe de la liberté commerciale. Le même jour, la France reconnaissait la convention anglo-allemande.

C'est ainsi que l'aigle d'Allemagne devint en Afritjue un vigoureux oiseau de proie, et il n'est pas sans intéii't de constater la façon dont, tout d'abord, il essaya

(') Devenue perpétuelle depuis 1891, le sultan ayant abandonné sa part.

ses ailes. Non coulent d'un vol modeste dans l'espace, il voulut prendre un plus grand essor, mais l'oiseau colonial, encore inexpérimenté, retomba lourdement sur le sol. Cette fâcheuse mésaventure peut être brièvement racontée.

Après avoir reçu le Scliiilzbrief ou sa charte, la Société pour la colonisation allemande transféra ses droits à l'Association allemande de l'Est africain, nouvellement fondée, et à la tète de laquelle était le docteur Peters. Expéditions sur expéditions furent envoyées par l'Association pour faire de nouvelles acquisitions de territoires. Les relations furent entamées avec quelques tribus Somal, et le docteur Peters lui-même conduisit une grande expédition dans l'est de l'Afrique.

En raison de ces opérations actives, les cartographes allemands colorièrent comme allemand tout le Hinterland, entre la côte et les confins de l'État Indépendant du Congo. Evidemment, c'était aller trop loin, et des prétentions aussi mal fondées ne furent jamais ratifiées par personne; nous les mentionnons ici simplement comme exemple.

Les agents allemands apportèrent la même hàle précipitée dans l'administration de leurs[)hère actuelle d'inlluencc : ils voulurent immédiatement transformer l'ancieinie patrie des Arabes et des Nègres en colonie allemande.

Une insurrection générale fut le résultat inévitable de cette politicjue maladroite. Les massacres et les représailles s'ensuivirent. Les chefs aiabes de la cote se vengeant de leur suzerain le sultan de Zanzibar,

qui les avait abandonnes à l'Allemagne, prirent les armes contre leur ennemi commun, l'usurpateur. En (juelques mois, il ne resta pas un Allemand dans les districts du continent; tons s'étaient enfuis à Zanzibar.

(Juand il vit les alVaires prendre cette tournure, le gouvernement impérial allemand s'empressa d'intervenir. Des canonnières furent envoyées, et un commissaire spécial, le major Wissmann, partit à la tèle d'une petite armée. Les rebelles furent chassés de leurs positions, et les villes de la cote furent occupées de nouveau. Après des mois de désordres ci de luttes, le cahiiC finit par se rétablir. Mais pour arriver à ce résultat, tout le commerce fut paralysé pendant un temps, et les Européens de l'intérieur, derrière la sphère allemande, furent en danger constant pour leur existence.

Nous donnons les détails de l'échec colonial des Allemands, pour démontrer surtout que T'art de gouverner les tribus et les territoires indigènes ne s'apprend pas en un jour. Nous-mêmes, qui sommes des vétérans parmi les puissances coloniales, nous avons fait l'expérience de semblables revers. Si l'Allemagne avait respecté les préjugés et les coutumes indigènes, si elle avait été moins arrogante et moins pressée, son gouvernement aurait été bien accueilli dans l'est de l'Afrique. Mais quand on nous parle des officiers allemands « bottés et épcronnés » se pavanant dans les mosquées arabes suivis de leurs chiens, nous ne sonnnes pas surpris que les susceptibilités indigènes aient été exaspérées.

^^airguli^.'" Comme contraste à celte ^einturetrngique de l'Est I africain allemand, nous suivrons^avec satisfaction le cours des événements dans l'Est africain anglais. La « British East Africa (.ompany » s'étant emparée des concessions garanties par le sultan de Zanzibar à sir William Mackinnon, s'occupa de l'administration des territoires avec le consentement des indigènes. La Compagnie ne fut formellement autorisée que le 18 avril 1888, et le 5 septembre elle recevait une charte royale. Un de ses premiers actes publics fut de libérer un grand nombre d'esclaves qu'elle dut payer un prix considérable. Des caravanes furent envoyées dans l'intérieur, et le mécanisme de l'administration locale fut promptement et simplement organisé (').

eiPortùgau Nous aurons l'occasion de revenir dans l'Est africain au cours de notre récit. Afin de respecter autant que possible la chronologie des événements, nous devons nous occuper maintenant des progrès de l'entreprise coloniale allemande dans le sud-ouest de l'Afrique.

L'ambition naturelle et bien connue de la colonie du Cap était de s'étendre au nord du Zambèze et, depuis 1878, la baie de Walvisch était, dans ce but, occupée comme station navale anglaise; sans se laisser arrêter par cette considération , un marchand de Brème, Liideritz, et plus tard, le consul général allemand, le D"^ Nachligal, conclurent une série de traités

(') La " British K;isl Africi (lotnpîiiiy » ayant (■|niis('! ses forces dans les troiililfs «le r()iigan<la, invocjiia l'appui de son f;i»uvernemcnt ; elle résolut d'aliandonner Vitou et de renoncer à sa position administrative dans rOupinda. Le eoininissaire an^^lais est actuellement (jiiillrl IS!»."^ diiris i'On^.-inda, <liins le luit de faire une enquête ullicielle.

commerciaux avec les chefs iudiiiçciies, irailés par les- (|iiels ils a((|uireiilAni^na-lV(jii«'na cl dévastes dislricls dans l'inlérieur, entre le lleuve Oianj^e et le cap Trio. C'est en vain que les colons du (lap auraient prolesté. l.a volonté du chancelier de fer n'avait pas à tenir compte des prétentions des i)oliticiens du Cap. Le 7 août 1884, le drapeau allemand était arboré à Angra-Pequena, au reçu de la « soumission » du Foreign-Ollice.

C'était la troisième fois que, dans un court espace de temps, l'Allemagne dé[)ossédait la Grande-Bretagne en Afrique.

Le 15 octobre 1884, rAllemagne notifiait formellement aux puissances son protectorat sur le sud-ouest de l'Afrique. Une commission mixte se tint au Cap, du 14 mars au 4 septendjre 1885, pour régler toutes les contestations. Sa mission n'était pas de déterminer les limites territoriales; mais le gouvernement de Sa Majesté Hritannique donna à entendre que le protectorat anglais sur le Be-Chouana s'étendrait au nord, jusqu'au 2:2' latitude sud, et à l'ouest jusqu'au 20" longitude est.

Les principales frontières intérieures étant ainsi définies, l'Allemagne n'avait plus de (juoi s'agiandir, excepté sur la cote entre le cap Frio et remboucliure du Cunéné; elle s'empara promptement de cette bande de terre. Le 3 août 1885, la Conq)agnie coloniale allemande pour le Sud-Ouest africain lut fondée, et, au bout de dix jours, elle reçut la sanction impériale. Eu août 188(), une nouvelle association se forma, la Compagnie allemande de l'Ouest africain,

et l'adminislration de ses territoires fut confiée à un commissaire impérial.

En étendant sa lii^ne côtière dans le Sud-Ouest africain, du cap Frio jusqu'au Cunéné, l'Allemagne empiétait sur les prétentions portugaises. A l'est et à l'ouest de l'Afiique, l'Allemagne était devenue la voisine du Portugal; de telle sorte qu'une délimitation exacte de ses frontières était de toute urgence. Le Portugal réclamait le cap Frio comme limite méridionale de sa province d'Angola, tandis que l'Allemagne portait ses prétentions jusqu'aux rives du Cunéné, afin d'incorporer tout le pays des Ova-M'Bo, sur lequel elle s'était assuré certains droits. La querelle entre les deux puissances dura six mois.

Pendant ce temps, la commission franco-portugaise se tenait à Paris. Le 27 juillet 1886, le baron Sclimidtlials proposait le Cunéné comme frontière portugaise, avec l'extension sur l'ouest jusqu'au Zambèze, au parallèle sur lecjuel se trouve liumbé ('). Ce fut alors que le Portugal s'efforça d'arracher à l'Allemagne ce qu'elle avait en partie réussi à obtenir de la France, la reconnaissance de ses prétentions à un empire transcontinental. L'Allemagne, toutefois, n'était pas disposée à aller aussi loin qu'on le lui demandait. Elle déclara simplement (|ue la rivière Rovouma formerait la frontière méridionale de ses possessions de l'Est africain. Le Portugal consentit alors à ce que le Cunéné servît de frontière méridionale à sa province d'Angola, et adopta la ligne de latitude [irécédemment

(') Près des rapides du (iiinénc.

Ir.icée justju'au Kubango; son extension dans l'est fut indiquée par !e cours de ce lleuve, jus(jue dans le voisinage d'Andara, d'où elle se dirige jusqu'à la latitude de Kaliina (').

Le Portugal accepta également la Rovounia jusqu'à son continent avec le M'Sinje, comme frontière allemande-portugaise dans l'esl de l'Afrique, et alla même jusqu'à prolonger cette ligne frontière dans l'ouest, à la même latitude à travers le Nyassa jusqu'aux « contins d'Angola ». Mais, comprenant le danger d'être ainsi prise au piège à l'ouest et à l'est, l'Allemagne se contenta modestement du lac Nyassa comme frontière exlrême à l'ouest, gagnant ainsi sur le Portugal une légère extension de frontière non reconnue par la convention anglo-allemande de 188G.

Sur les bases de cette mutuelle entente, l'Allemagne et le Portugal apposèrent leurs sceaux à la convention signée à Lisbonne le 50 décembre 1886.

Nous avons vu que la France et l'Allemagne avaient refusé de reconnaître les prétentions du Portugal à un empire transcontinental, sans s'occuper des droits des tierces {)arties. La tierce partie, dans cette circonstance, était la Grande-Bretagne, à qui nous pouvons nous en rapporter.

L'intrusion de l'Allemniîne dans le Sud-Ouest afri- su^nfricain

~ anglais.

(ain fut à la fois un embarras et un stimulant pour l'extension de l'inlluence anglaise au nord du /ambèze. L'insurrection des Boers fut un autre embarras. Le traité du 5 août 1881 accorda l'autonomie au Trans-

(' I Sur lo Zambt'Zf, :'i l'endroit dos rapides.

vaal, soumis ii l'autorité britannique; mais le traité du 27 ft'vrier 1884 relâcha ces liens. Dans son indépendance croissante, le Tiansvaal adopta le titre orgueilleux de République Sud-Africaine; toutefois, dans ses relations étrangères, sauf avec l'État libre d'Orange, ainsi que dans ses rappoits avec les tribus indigènes, la République dut s'engager à soumettre tous ses traités ou conventions à l'approbation du gouvernement de Sa Majesté Britannique.

Le Zoulou-Land, ayant perdu son indépendance, fut partagé : un tiers de ses territoires, dans lequel une république avait été proclamée, fut absorbé par le Transvaal en octobre 1887; le reste avait été ajouté (14 mai 1887) aux possessions anglaises. Le pays des Ama Tonga passa également sous le protectorat anglais en 1888 (/). Par une convention avec la Républi(jue Sud-Africaine, la Grande-Bretagne acquit, en 1884, la colonie de Be-Chouana, dont elle fit une colonie de la couronne, et en 188o, un protectorat anglais fut proclamé sur le reste du Be-Chouana; — nous en avons déjà déterminé les limites occidentales et les limites provisoires du nord. Après avoir placé sous la souveraineté britannique toute la contrée jusqu'au fleuve Mah3po,sir Charles Wairen avait établi un protectorat provisoire sur le pays de Khama. A cette époque, par un accord entre la Grande-Bietagne et l'Allemagne (janvier 188*)), il fut entendu (pie le 20" degré de longitude est marquerait la frontière anglo-allemande; mais, au nord, cette frontière ne s'étendait (pie jus-

('; Trait(5 avec Zamhili, <le iiiriiH' iialurc <|u<' orlui (nii fui .sif;n6 avec Lobvn^ila.

qu'au ^'2*' désiré de laliludn sud. Au sud de cette frontière était le protectorat anglais; au nord, rien n'était encore colonisé. Dans l'intention de marcher sur les brisées de l'Angleterre, la République Sud-Africaine envoya une mission à Lobenijrula, roi des Matabêles, etc., mais son plan fut déjoué, griice à la prompte intervention de M. Molfat, qui, agissant d'après les instructions de son gouvernement, conclut un traité d'amitié entre la Grande-Bretagne et Lobengula Des traités analogues ayant été conclus avec Khama, chef du Bamangouato, et Moremi, un chef du jN'Gami, une sphère d'influence fut établie sur la contrée bornée par le Zambèze au nord, par les possessions anglaises au sud, « la province portugaise de Sofala » à l'est et le 20" degré de longitude est à l'ouest. Ce fut à cette jonction que M. Cecil Rhodes partit en avant, et, ayant obtenu certaines concessions de Lobengula, fonda la « British South Africa Company ».

.-V , , » 1 ï » i Grande-

(^melque temps avant et peu de temps après la decla-^^^^'j«°^«' ration d'un protectorat anglais au sud du Zambèze, le Portugal entreprit par tous les moyens en son pouvoir de donner un corps au fantôme de ses prétentions sur le Mashuna, certaines parties du bassin du Zambèze, le Nyassa et les montagnes du Chiré. Nous n'avons pas à nous occuper de la validité de ses prétentions, mais il est nécessaire de faire remarquer qu'elles ont été contestées par des autorités compétentes. Jamais, d'ailleurs, elles n'ont été sanctionnées

(♦) Mémorandum de lord Sulisbury à senhor Barros Gomes, 13 août 1887.

par l'occupation, et le gouvernement de Sa Majesté Brilanni(pie prolesta contre toute piélenlion non fondée sur l'occupation, déclarant qu'il ne pouvait pas reconnaître la souveraineté du Portugal sur des territoires où ce pays n'était représenté par aucune autorité capable d'exercer les droits ordinaires de sa souveraineté. La protestation fut renouvelée (•) en termes analogues parlord Salisl)ury,le21 novembre 1889. En môme temps, Sa Seigneurie rappela l'accord entre la Grande-Bretagne et Lobengula (Il février 1888), qui instituait l.obengula gouverneur du Mashuna et du Makalaka.

Le 29 octobre 1889, la « British South Africa Company » reçut une charte royale. Il fut stii)ulé dans cette charte que « le champ principal des opérations de la ce British South Africa Company » serait la région du sud de l'Afrique p) qui se trouve immédiatement au nord du Be-Chouana anglais, au nord et à l'ouest de la République Sud-Africaine, et à l'ouest des possessions portugaises ».

Nous ferons observer qu'aucune limite ne fut arrêtée dans le Nord, et que les autres frontières ne furent que vaguement indiquées; elles étaient cependant suffisantes pour le but que l'on poursuivait. La « Britisli South Africa Company » entra hardiment on campagne, et depuis nous avons eu d'excellentes nouvelles de ses travaux.

La situation du pays des Souassi fut délinitivement réglée, apr«'s une série de discussions publiques, par

(') I)ép<*cli<' (If lor<l Snlisliiiry au iiiinislrt- anglais à Lisbonne. (*] L»' district «l»- Tali excepté.

— 3or> —

un accord passe entre la Grande-Hielagne et la Képul)li(|iie Siul-AlVicaine, accord (jiii fut accepté [)ar le Volksraad du 8 août I8U0. Cette convention garantit l'indépendance du pays des Souassi (') et le contrôle en coninuHi sur les colons blancs. La République fut autorisée à réaliser le rêve si longtemps poursuivi par elle d'étal)lir un cbemin de Ter allant à travers le Souassi-Land jus(ju'à la mer (à la baie de Kosi ou dans son voisinage), à la condition toutefois que, dans un délai de six mois depuis la signature de la convention, elle entrerait dans la convention douanière existant avec la colonie du Cap, l'État libre d'Orange et le Be-Chouana anglais.

Nous avons parlé des prétentions du Portugal sur le Nyassa-Land et les montagnes du Chiré, régions qui depuis plus de trente ans avaient été la sphère des missionnaires et des commerçants anglais. Dans un article que j'ai publié dans le Scottisli Geograpliical Magazine (vol. IV, p. 298), j'ai débattu jusqu'à un certain point la question de droit entre la Grande-Bretagne et le Portugal. Actuellement, la question se tiouvant résolue d'une façon plus ou moins définitive, il n'y a pas lieu d'y revenir. Les prétentions de [)art et d'autre donnèrent lieu, pendant plusieurs années, à des contestations auxquelles vinrent se joindre les troubles locaux et autres incidents désagréables. Le roreign-Olïîce fut tout d'abord fort mal disposé à soutenir de ses subsides les prétentions anglaises; mais la tempête d'indignation que ce mauv »is vouloir sou-

(•) Reconiuu; par la convfiilion de 1881.

levaenÉcosse(l'abor(J,elen Angleterre ensuite, obligea, si je puis ni'exprimer ainsi, les ecrélaire du Foreign- Office à examiner la question à nouveau. Toutefois, rien n'a été plus loyal, ni d'une politique plus sage que la façon dont lord Salisbury soutint la cause de l'entreprise anglaise en général, ainsi que celle des missions écossaises et des compagnies commerciales en particulier. On se rappelle que le résultat fut la proclamation d'un protectorat anglais sur les terres du Nyassa et les montagnes du Chiré en 1889-1890 fl.

Les événements qui se sont déroulés dans ces régions de l'Afrique ont entraîné si loin notre attention que nous avons omis de mentionner plusieurs traités importants signés entre les puissances européennes et les chefs indigènes dans d'autres parties du continent.

L'Italie, favorisée des sympathies et de l'appui de la Grande-Bretagne, a momentanément réussi à étendre sa domination sur une région qui peut devenir une précieuse colonie. Le 5 juillet 188:2, elle prit formellement possession de la baie et du territoire d'Assab. La ligne côtière italienne sur la mer Rouge s'étendait de Uas-Kasar (18" 2' latitude sud) jusqu'à la frontière sud de Kaheita, vers Obok. Pendant l'année 1889, peu de temps après la mort du roi Joliannes, Keren et Asinara furent occupés par des troupes italiennes. Menelik de Choa, qui succéda sur le trône de l'Abys-

(') L«'S traitrs de |ir(jlc<lor;il ilu consul Jolinsloii, et beaucoup des auln's, fuiTiil (-Miiclus entre aoùl et janvier 18S!)-i)U. Mais la pruciainalion formelle sur los dislnels du Nyassa fut l'u-uvre du Koreign- Office (14 mai 1891^.

siiiie, :ijH(*s avoir siihiiii^iH' toutes les (H'oviiues abyssiniennes, excepté 1 ijJjié, envoya au roi llunibert une ambassade dont le résultat fut que le nouveau négus reconnut ("29 septembre 1889) le protectorat de l'Italie sur l'Abyssinie et sa souveraineté sur les territoires de Massaouali, Keren et Asmara('). Les possessions italiennes sur la mei- Koiige reçurent plus tard le nom « d'Érylbrée ».

L'Italie a réussi également à s'établir sur la côte de Soinal. Par les traités conclus le 8 février 1889 avec le sultan d'Oby, le suzerain de la puissante tribu des Midjertin, et le 7 avril avec le sultan des Midjerlin luimême, toutes les terres côtières entre le cap Ouarcliek, à environ 2° 30' latitude nord, et le cap Bedwin, à 8° 3' latitude nord, sur une longueur de 450 milles, furent placées sous la protection italienne. L'Italie étendit j)lus tard son protectorat (1890) sur la côte de Somal jusqu'à la rivière Jub, en s'emparant des ports de Henadir, Baraoua, Merka, Mukhdisho et Warslieikli, qui avaient été cédés à la Compagnie anglaise de l'Est africain par le sultan de Zanzibar ('^).

Le protectorat anglais sur la côte de Somal, en face d'Aden, s'étend aujourd'hui depuis la frontière ita-

(') Par 1»> protocole des 24 mars et 15 avril 1891, l'Italie et la Grande- IJretagni; définirent leurs sphères respectives d'influence dans l'tîst de l'Afrique. Mais, depuis lors, l'Italie a perdu de sa position. Elle n'a plus aujourd'hui aucune autorité sur l'Abyssinie.

(*) La contx'ssion fut origiiiaircinciil faite par Said-IJarjjhash et fut renouvelée par .Saïd Khalife. Klle fut disputée par l'Alleinagiie : mais le différend ayant été soumis à l'arbitrage du baron l.ambermont, la <.ompapnie anglaise fut confirmée dans ses droits. Les revendications ^'arrêtèrent, la concession étant accomplie.

lieniie au Uas-Halbiiii jusqu'au Kas-Jibute (43° 15' longilude est). L'île de îSokolora, qui avait été acquise par traité en 187G, fut définitivement annexée en 1886.

vAufqnl En ce qui concerne la côte ouest de l'Afrique, nous avons une ou deux conventions territoriales à noter. En Sénégauibie, l'activité de la France, dont on a })u apprécier les nombreux succès pendant ce siècle, a eu pour résultat une augmentation considérable de territoires. Les chefs indigènes ont dû, l'un après l'autre, se soumettre à l'autorité française. Par les traités conclus de 1887 à 1889, le capitaine Binger étendit l'inlluence française jusqu'cà la côte d'Ivoire. De celte façon, la France a fait valoir ses prétentions sur la région située entre la colonie anglaise de la côte d'Or et Libéria. Une délimitation plus précise de la frontière entre Sierra-Leone et Libéria fut le résultat du traité signé à Monrovia le 11 novembre 1887.

En 1888, le Portugal abandonna ses droits sur le Dahomey, ses possessions sur la côte des Esclaves ayant été réduites au poste insignifiant d'Ajuda et à une factorerie à Whydah.

Entre le cap Blanc, qui est considéré comme la limite côtière nord de la Sénégambic, et le caj) Bojador, l'Espagne s'est efl'orcée depuis 1885 d'allirmer son autorité sur la côte saharienne, i)our assurer une sorte de picd-à-îerrc sur le continent africain aux insulaires des Canaries; en même temps, une compagiii«' auf^laise obtenait certaines concessions en échange d'une reconnaissance des droits du Portugal sur le reste de la ligne côtière entre le cap Bojador et

ia IVoiilit'iv (lu Maroc. Celle reconnaissance n'a pas encore été raliliée par le rorcign-01ïic(?.

Ces préteiuions sur le littoral du Sahara auront à ^""j^'^ÎJ,'!""

bi 1 ■ /> • ' allfinantle.

ir (juehjues inouilicalions, car, tout récemment,

une splière d'intluence française a été établie sur toutes les régions du Sahara entre l'Algérie et la Sénégambie. Cette décision résultait de négociations avec la Grande-Dretagne. Dans le récent accord angloallemand, les puissances contractantes ne tinrent aucun compte de l'ancienne convention anglo-française concernant l'indépendance de Zanzibar. La France sut habilement exploiter cette omission au profil de ses intérêts dans les autres parties de l'Afrique où elle a>ait besoin de la complaisance de l'Angleterre. Des accords échangés entre les deux gouvernements eurent pour résultats : 1° que la France adhéra à la convention anglo-allemande du 1" juillet 1890; '^" la Giande-Bretagne reconnut à la France une sphère d'intluence sur iMadagascar. Pendant longtemps, cette île avait été le théâtre de rivalités coloniales entre la France et la Grande-Bretagne. Par le traité de 1885, la France obtenait le droit exclusif de représenter Madagascar dans ses relations étrangères, mais on ne lui reconnaissait aucune autorité souveraine sur l'île. Toutefois, le traité ne fut jamais formellement reconnu par la Grande-Bretagne; 5" la Grande-Bretagne reconnaissait « la sphère d'influence de la France au sud de ses possessions méditerranéennes jusqu'à une ligne partant de Saï sur le Niger jusiju'à lîaroua sur le lac Tchad, de façon à comprendre dans la sphère d'action de la British Niger

Company tout ce qui appartient au royaume de Sokoto; cette ligne devant être déterminée par des commissaires nommés à cet effet ».

La France obtint ainsi ce qu'elle cherchait depuis longtemps à réaliser par des projets de chemin de fer : la reconnaissance formelle de l'unité de son empire dans le nord-ouest de l'Afrique; et quand viendra l'heure de partager le Maroc, elle occupera une situalion prépondérante dans cette région parmi les nations européennes. Mais les ambitions du Foreign- Office ne s'étendent peut-être pas jusqu'au Maroc.

Une convention plus importante encore que celle que nous venons de citer fut signée en juillet 1890 entre la Grande-Bretagne et l'Allemagne. Destinée à régler les prétentions rivales des deux pays en Afrique, elle le fit avec la plus grande équité, et ce fut un succès diplomatique pour ses négociateurs. Les principales dispositions de cet accord, que nous reproduisons sur notre carte (pi. XIII), sont :

i" La frontière anglo-allemande dans l'Est africain, qui se terminait sur les rives orientales du Victoria- Nyanza, fut prolongée sur la même latitude à travers le lac jus([u'aux confins de l'Etat indépendant du Congo; mais sur la côte occidentale du lac, cette frontière pouvait, en cas de besoin, être détournée vers le sud, afin d'enclaver le mont Mfoumbiro dans la sphère anglaise ('); 2° les frontières méridionales de la sphère d'influence allemande dans l'Est africain furent recon-

CJ Dans ce district, les trail<';s fiinrit faits «■» faveur <le la « Uritish East Africa Cornpaiiy^i, par M. Slanlt;y, à son retour en niai i88î), après qu'il était allé uu secours d'Kuiin -Pacha.

nues comme elles avaient été tracées à l'origine, sur les rives orientales du lac Nyassa, d'où elles se continuaienl sur les rives septentrionales et occidentales du lac jus(ju'aux lives scplenliionalesde l'embouchure de la rivière Songoué. De ce point, la IVonlicre angloallemande se continuait jusqu'au lac Tanganyika, de façon à laisser la Stevenson-Uoad dans la sphère anglaise; S** la frontière nord de l'Est africain anglais fui déterminée par la rivière Jub et par la frontière mitoyenne de la splière d'influence italienne dans le pays des Gai la et en Abyssinie jusqu'aux conlins de l'Egypte, à l'ouest par l'Etat du Congo et les réservoirs du Congo-Nil; 4° l'Allemagne renonça en faveur de la Grande-Bretagne au protectorat sur Vitou et à ses prétentions sur les territoires au nord de la rivière Tana, comme aussi sur les iles Patta et Manda; 5 dans le sudouest de l'Afrique, la frontière anglo-allemande, fixée [»rimitivemen( au 22" degré de latitude sud, fut maintenue, mais à partir de ce point, la ligne frontière fut tracée vers l'est et vers le nord, de façon à donner à l'Allemagne le libie accès du Zambèze par la rivière Chobe pi. XIII); G" on arrêta la fiontière entre Togo et la colonie de la cote d'Or, et la frontière entre le Cameroun et les territoires anglais du Niger fut provisoirement réglée; 7° la zone franche de commerce déterminée par l'Acte de Beilin de 1885 fut leconnue applicable au présent anangement entre la Grande-- Bretagne et l'Allemagne, et tout ce qui y était stipulé engageait les deux parties contractantes. Par consé- (juent, « d'après ces conclusions, il est spécialement entendu que les marchandises des deux puissances

seront libres de tous droits de transit et autres entre le lac Nyassa et l'Ktat du Congo, entre les lacs Nyassa et Tanganyika, sur le lac Tanganyika et entre le Tanganyika et les frontières septentrionales des deux sphères »; 8' un protectorat anglais fut établi sur les domaines du sultan de Zanzibar dans la zone côtière anglaise et sur les îles de Zanzibar et de Pemba. La Grande-Bretagne employa son inlluence à garantir à l'Allemagne (ce qu'elle a obtenu depuis) les avantages correspondants dans la zone côtière allemande et sur l'île de Mafia; 9" enfin, l'île d'Heligoland, dans la mer du Nord, fut cédée par la Grande-Bretagne à l'Allemagne.

[p"o!°" Lejact et l'habileté que lord Salisbury sut apporter dans le règlement de ces compétitions se retrouvent également dans les négociations de la convention anglo-portugaise du 20 août 1890, qui échoua par l'opposition des Cortès, mais, après un modiis vivendi, fut remplacée par le traité du 11 juin 1891. Ce traité a été ratifié depuis ; les relations anglo-portugaises sont actuellement établies sur un pied tout à fait amical. Le nouveau traité ne dift'érait pas matériellement de celui de 1890; ses traits principaux portaient sur les acquisitions croissantes, par le Portugal, des territoires au noi'd du Zambèze, et le partage du j)lateau de Manica, le long du 55" méridien.

Le règlement de ces [)rétentions rivales, bien (jue t(»ut à l'avantage du Poitugal, a été loyalement négocié. Le Portugal a obtenu la reconnaissance de (pjobjues-unes de ses prétentions hislorirpies, et la facilité d'étendre ses possessions de l'est <ît de l'ouest.

Nous |)ouvoiis résumer m jicu de mois ce (|U(' la (irande-Brelagne et le Portugal ont gaf^né dans leur alliante eommune.

La (irande-Bretagne a eoiujuis une large s[)lière centrale d'induence pour l'expansion de ses territoires du Sud africain en remontant vers le Zambèze et au delà du fleuve, le long d'une voie qui garantit le libre passage aux marchandises, ainsi (ju'à rentre{)rise anglaise jusqu'aux confins de l'Ktat indépendant du Congo (') et de l'Est africain allemand.

Le Portugal acquit, sur la côte de l'est, le bas Zambèze depuis Zumbo et le bas Chiré à partir du confluent du Ruo, tout le Hinterland de Mozambique jusqu'au lac Nyassa {') et le Hinterland de Sofala jusqu'aux confins de la Républit|uc Sud-Africaine et le royaume des Matabeles. Sur la côte de l'ouest, le Portugal recul tout le Hinterland derrière ses possessions de la Basse-Guinée, jusqu'aux confins de l'Etat Indépendant du Congo fj et le cours supérieur du Zambèze.

(«) La querelle rnlre l'Élat et la « Brilish Suuth Africa Company » pour « la possession » régulière du hatanjra, où la Compagnie avait conclu des traités, fut réglée de façon quelque peu arbitraire en faveur de l'Klat du Congo, l ne (Compagnie fut précipitamment fnndécà Hruxelles, sous la dénominatiiui ilc Compagnie angl«»-l)clgc <lu Katanga, et le capitaine Stairs fui envoyé à la tète d'une expédition pour « jjrendre possessitm ».

(*) Au sud jusqu'à la lalilmli- dr 13" ÔU', d'oii la IronlitTc se dé-tonnic dans 11- sud-esl jusqu'aux ri\fs orientales des lacs (ihiula et Sliiroua.

^'j l.c 25 mai ISiJl, une con\enlion lut signée à Lisbonne <pii mil lin aux «pierelles entre le Portugal et l'Ktat Indépemlant du Congo pour la possession ilc Lumla. Href, la contrée fut également partagée entre les rivaux. Leurs frontières doivent suivn- le cours du kouango vers le sud, jusipi'au 8'' parallèle de lalilude sud; puis elle se dirige vers

Dans ses nép;ociations avec l'Allemagne et le Porliigal, lord Salisbiiry soutint très sagement le principe du libre-échange, qui avait été aboli par l'Acte de Berlin, en 1885, à cause du libre transit des marchandises à travers des territoires dans lesquels deux ou plusieurs puissances étaient indirectement intéressées. Ainsi, par le pacte anglo-allemand, les puissances contractantes réservaient à leurs projets respectifs un « droit de passage »s pour ainsi dire, le long des principaux canaux ou routes de communication. D'après l'application-de ce même principe dans la récente convention anglo-portugaise, le Portugal obtint non seulement un « droit de passage » à travers la zone anglaise du Zambèze, mais aussi le privilège d'établir des chemins de fer et des télégraphes. Il s'assura par là une communication libre et ininterrompue entre ses possessions de la côte de l'est et celles de la côte de l'ouest. Une concession analogue a été garantie à l'Angleterre dans le bassin du Zambèze, dans la s[)hère d'influence portugaise. Enfin, le Zambèze lui-même était déclaré libre aux pavillons de toutes les nations.

La Grande-Bretagne a stipulé le droit de préemption (') pour le cas où le Portugal voudrait disposer de

l'csl, le long (le ce i)arallèle sur le Kuuilou, el tlcscond ceUe rivirrc jusqu'au 7" parallèle; puis le long de ce parallèle jusqu'au point où il coupe \i'. Kassaï; enfin le long <lii Kassaï jusiiirmi l;ic Diloio cl les réservoirs enlre eeUe rivière el le Zaïnhèze.

(') [lorsqu'il s'agit <le marchandises iinp<»sées ad valorem, les employés, lorsipi'ils jugent «pn^ la valeur a élé faussement déclarée, peuvent les retenir pour leur com[»le, moyennant le payem(;nt de cette valeur dcclarcc cl <lii dixicinc en sus : c'est ce qu'on appelle le droit de prcemplion. (Notk du T»Ai»utTKUK.)

ses territoiros au sud ilu Zanihr/o. Les droifs de transit sur les tei'ritoires j»ortugais et sur les routes fluviales ne doivent pas exeéder 5 7o (i<i valorem., le même (jui a été lixé par le tarif portugais de 1877.

Ceei termine notre étude du partage politique de conclusion. l'Afrique. Comme résultat, on verra que tout le continent au sud de TKquateur a été partagé entre les puissances européennes; mais au nord de l'tqualeur, les iVontières intérieures sont presque toutes indéterminées. Autrement dit, l'Afrique païenne est aujourd'hui sous la domination de l'Europe, mais l'Afrique mahométane reste sous l'autorité arabe ou indigène. Ce contraste frappant considéré d'après ce qui a déjà été dit sur les progrès respectifs du Christianisme et de l'Islam en Afrique, offre un sujet intéressant à l'étude. Cela vient aussi à l'appui de l'hypothèse avancée déjà par moi que la civilisation de l'Afrique viendra du sud et suivra le grand axe continental, qui est actuellement sous la domination de l'Angleterre et de l'Allemagne, mais principalement de l'Angleterre.

Nous sommes tenté de clore ce chapitre par une morale. Le lecteur aura pu observer que dans le partage de l'Afrique, Jacob a su à l'occasion supplanter Esaû et obtenir la bénédiction à laquelle il n'avait pas droit. Nous n'avons pas à citer des noms ou des exemples. D'ailleurs, par de mutuelles concessions, avec du tact, de la ()rudence et de la prévoyance, Esau et Jacob sont arrivés à s'entendre fort bien ensemble. Espérons, par conséquent, (ju'ils continueront à travailler côte à cote <lans une conliance nmtuelle, et frateineilement unis; car ce n'est que par l'union qu'ils peuvent espé-

rer vaincre les éléments hostiles qui pendant bien des années encore devront certainement mettre en péril non seulement leur succès, mais jusqu'à leur existence en Afrique.

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