‹ Le développement de l'Afrique; traduit de l'anglais sur la 2e édChapitre 21 sur 33 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Sommaire et Conclusions.

Consolitlation de l'autorit»'' politiqiu' enropéeniH'. — limites. — Kléineiits hoslik's du climat. — ISarrirres iialiirelles. — Graiidos routes naturelles. — Houtes terrestres et roules fluviales transcontinentales ciimparéfs. — Obstacles à la cidonisation européenne. — Monveiiicnls migrateurs. — Dt'Neloppement de la race nèf^re. — Domination européenne. — Islam et Christianisme : leurs méthodes. — Causes des succès et des échecs respectifs des deux méthodes. — Succès comparatifs «lu Christianisme dans l'Afrique Bantou. — Facteurs ennemis. — Excuse des indij^ènes. — La traite des esclaves. — Suppression de la traite des esclaves. — Valeur des terres africaines. — l,e facteur du commerce. — Les Compaj;nies pri\ ilé-git-es utilisées comme pionniers. — I)écou\erte et exploration. — Direction future de l'exploration. — Occupation eU'ective des Européens. — Partage politique de l'Afrique. — Route future de la civilisation européenne. — Ueniarques pour conclure.

Nous avons terminé notre étude du continent afri- fiToncili! cain comme champ a 1 entreprise européenne, nous pouvons donc résumer les résultats généraux pour ceux qui n'auraient pas eu le loisir de suivre pas à pas celte élude. C'est une revue sommaire de chaque aspect distinct de notre sujet et des conclusions auxquelles nous avons été amené que nous allons olVrir au Ipclt'ur.

I. Les établissements politi<jues ont coïncidé avec les aires des bassins otéanifiucs. Les bassins intérieurs

étant stériles et par conséquent sans valeur, sont impropres à l'établissement des Européens.

L'autorité politique des Européens en Afrique exige pour sa consolidation une côte maritime comme base d'opérations, et l'accès facile à l'intérieur pour son expansion. Elle suit naturellement les lignes de m(^indre résistance, au point de vue physique, c'est-à-dire celles des grandes vallées de livières. Mais en raison de la configuration du continent et de la disposition de ses systèmes fluviaux, qui tous se développent au delà du bord du plateau intérieur, l'accès du côté de l'océan est interrompu par les cataractes et les rapides qui sont formés dans les lits de tous les cours d'eau à une distance relativement rapprochée de leurs embouchures, où ils se brisent finalement à travers la muraille du plateau intérieur avant de se jeter dans la mer.

Jusqu'à présent, l'autorité politique des Européens en Afri(jue, après s'être affermie sur la zone côtière et presque toujours à l'embouchure des grands fleuves, n'a pas même réussi à pénétrer à une grande dislance dans l'intérieur.

11. Dans la plupart dos cas, les conditions du climat ont été les plus puissants antagonistes à l'expansion de l'autorité politique des Européens et à l'extension de la colonisation européenne.

Le climat des terres côtières étant le plus dangereux |»our les Européens et le moins favorable à leur ac< liniatcment, a gt-néralement paralysé ou gêné les colonies (|ui se sont établies dans ces régions.

Les mauvaises conditions climatériques ont encore

<iii()èché l'accès facile de rintcrieui* : \" dans la \;illcc (lu Nil où se trouve le désert de Nubie; 2" au sud <]u iiltoral luédilerrauéen <m'i se trouvent les déserts de IJhyc et du Sahara, et 5" entre la mer Ilouge, des parties de la côte de l'est et île l'ouest, et les terres intérieures où se trouvent des déserts et des steppes.

m. D'autre part, les routes fluviales situées de façon si favorable dans certaines parties de l'Afrique ont vaincu les premiers obstacles physiques à l'extension européenne dans le bassin du Niger d'abord, où l'accès du Soudan est à la fois praticable et facile, et dans le bassin du Congo ensuite, qui ofTre un système uniqu(i de roules fluviales conduisant dans l'intérieur, et enfin dans le bassin du Zambèze, qui par la chaîne des grands lacs donne accès aux meilleures routes par terre et par eau à travers le continent.

IV. Les routes par terre et par eau, parmi lesquelles (Il celle du Zambèze et des grands lacs est de beaucoup la plus importante, se trouvent sur [dusieurs points de l'Afrique savoir; 2" de la vallée du Nil inférieur et de la mer Rouge par deux routes praticables^ au moins, et de la côte de l'est dans le bassin du haut Nil, où une jonction avec la route n" 4 peut être opérée; 5"* par le Niger rejoignant la route ordinaire des caravanes (a) dans le Soudan central et (/>) à travers le Sahara aux rives de la Méditerranée; 4° par le Congo et la route récente de Stanley à la côte de l'est, et o" de la colonie du Cap vers le nord, par terre, et plus taid enfin par chemin de Çei\, aux grands lacs. Telles sont les [)rinci [taies grandes voies transconli-

nentales. Mais d'autres roules praticables se trouvent également dans l'intérieur.

En ce (jui concerne la valeur de ces grandes routes naturelles : 1" la route de caravanes du Sahara est considérée comme bien inférieure à celle du Niger, et ne peut lui être comparée; 2° la route par le Nil inférieur n'est pas aussi facile que celle de la mer Rouge ou de la côte de l'est, et 5" la route du Congo esMoiiLJlfi-i'^lûiLi^çUG jlu Zambèze et de la chaîne des lacs. Enfin, la meilleure de "ibutés~ëst celle qui part de la colonie du Cap et va rejoindre les grands; lacs.

V. Nous avons démontré comment la colonisation des terres cùlièi'cs est impossible pour les Européens. 1" si l'on ne prend pas les précautions de salubrité indispensables, telles que le drainage ou la submersion des terres marécageuses; 2" si l'on ne prend pas un soin exceptionnel de la santé, et 7f enfin, s'il n'y a pas acclimatement graduel.

C'est tout dilïérent dans les régions du haut plateau où la colonisation européenne semble très praticable. Mais si, dans la région tempérée du Sud africain, nous voyons prospérer les colonies européennes, dans la région tempérée du nord du continent, nous constatons que c'est parmi les races du sud de l'Europe seulement que les naissances sont supérieures aux décès.

VI. Dans leurs mouvements migrateurs, les peuples indigènes ont pris des directions tout à fait opposées à la coïKjuèle <Miro|)é('nne. Ils onl éU' ou ciiassés et dé()0ssédés de leurs territoires, ou assimilés aux vain- <pi('urs, et pai' suite ont dégénéié, ou bien encore ils

ont été exterminés soit par Tépée, soit, plus lenteiiiont, par les intoxications alcooliijues. INéanmoins, ils ont donné la preuve qu'ils étaient susceptibles, non seulement de développer chez eux une civilisation primitive, mais qu'ils pouvaient encore prendre et s'assimiler les formes plus élevées des civilisations étrangères. Toutefois, c'est à peine si ce que nous entendons par civilisation et progrès commence à s'implanter en Afri(jue. La race nègre devra se développer suivant les voies naturelles.

Par le fait du peu de cohésion politique dans l'Afrique Bantou, la domination européenne n'a rencontré qu'une faible résistance. Il n'en a pas été de même dans les Etats mahométans du Soudan central, où la conquête européenne a été repousséc partout où • Ile a voulu pénétrer profondément; il est vrai que jusqu'à présent, aucune action sérieuse n'a été entreprise contre les forteresses de l'Islam (^).

Vil. L'Islam et le Christianisme, ou l'autorité arabe et l'autorité européenne, avec tous les maux qui résultent de l'une et de l'autre, c'est-à-dire la traite des esclaves et le trafic des boissons, ont eu pour résultat l'adoption de moyens de propagande et de con(juèle à peu près identiques. Mais dans leur action sur les populations païennes, l'Islam et la domination arabe ont réussi là où le Christianisme et la domination européenne ont échoué.

Les causes principales de ces succès et de ces échecs

(') Il est sdiisentendu iri, coiinui; rntus I'umuis «lit ;\ pliisicMirs reprises an cours dt- ccl nu\rag<*, que les régions inéilitfrranémru's pt'uvrnt «*'ln: considôréfs tM)iiiin<'. vu driiors de l'AfrlipH' conlint-ulal»;.

semblent être : 1" que l'Islam, établi depuis assez longtemps pour être devenu réellement une puissance indigène, a pu rapidement s'assimiler les peuples conquis et les amener sous son étendard, tandis que le Christianisme, puissance étrangère, avec des forces matérielles insuffisantes pour le seconder, [)eut difficilement imposer son étendard aux populations indigènes; i" la domination arabe est laite aux conditions d'existence de l'Afrique tropicale, tandis que la domination européenne, en contradiction avec les enseignements de ses pionniers missionnaires, a provoqué des révolutions sociales suivies de la plus profonde dégradation.

Nous avons exposé en même temps que, même dans une période relativement courte de l'entreprise des missionnaires dans l'Afrique liantou, une certaine somme de succès avait été obtenue parmi ces populations. Ces succès auraient certainement produit des résultats sérieux et permanents, sans la mauvaise administration des territoires africains et les rivalités européennes dont ces territoires sont constamment le théâtre, sans les agissements malhonnêtes des trafiquants, et par-dessus tout enfin, sans le commerce dégradant et exterminateur des spiritueux de mauvaise qualité. Ainsi, tous les efforts des missionnaires pour civiliser les indigènes et les initier à une existence supérieure ont été gênés ou tout à fait contrecarrés. Il a été prouvé que dans les contrées où la domination eur<>p('enne a eu (picbjuo stabilité, les indigènes ont été dégradés ou exti;rminés; les exceptions, relativement rares, rendent cette particularité d'autant plus caractéristique.

11 est donc (le riiilt-rèl, ikhi seiilenienl (leriimnanitt', mais (1(* l'Iiuiiiieur nalional — à délaut de iais(»iis i»lus haiiU's — (|ue les puissances européennes en Afrique arrêtent ininiédialenient tout le tratic des liqueurs intoxiquées, qui conduisent leurs « clients» lentement, mais sûrement, soit à une extrême barbarie, où ils ne sentiront plus le besoin des autres produits de l'industrie européenne, soit dans les tombes prématurément ouvertes, qui seront autant de monuments impérissables de l'hypocrisie et de la bassesse européennes.

VIII. La traite des esclaves a été un autre élément néfaste dans le développement de l'Afrique, car il a sapé son édifice social et introduit un antagoniste puissant au commerce légitime.

Cependant, il a été prouvé que la traite des esclaves ne rapporte pas par elle-même, mais seulement en connexion avec le commerce de l'ivoire, celui-ci étant la denrée d'exportation la plus précieuse. A l'appui de cette assertion, il a été démontré que toutes les routes d'esclaves sont des routes de commerce.

Pour supprimer la traite des esclaves, il est donc essentiel d'adopter, en plus de hi législation ordinaire et des mesures de police, une solide politique commerciale, ayant pour objet de ruiner la traite des esclaves par le commerce légitime, en suscitant ainsi à la traite un ennemi sur lequel les nations européennes pourront avoir une autorité complète.

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