INTRODUCTION. XXVII
rie des esprits, le penchant à la tyrannie, la rude et brutale impatience, l'orgueil sans bornes, autant de causes actives de désorganisation et de trouble. La puissante union américaine se débat maintenant contre ces fléaux qui la rongent, et nul ne peut dire si cette crise redoutable, dont nous voyons le début, sera surmontée par sa sagesse et son bonheur.
Tout autrement en a-t-il été de l'Angleterre. Le germe démocratique, déposé dès l'origine dans sa constitution, après avoir donné une première floraison, y resta comme à l'état latent, agissant avec sûreté, mais lentement et en silence, et dans sa croissance inégale, bien que continue, arrive à peine de nos jours à une seconde et définitive éclosion. Il était dans la nature particulière de ce principe et des institutions qui en découlèrent de ne favoriser l'avènement de la foule qu'au fur et h mesure qu'elle s'était en quelque sorte épurée et avait passé, comme on pourrait dire, au crible d'une éducation sociale (15). Le peuple, en Angleterre, n'a pas cessé un moment de prendre part à l'administration de l'État ; mais il n'exerça ce droit qu'ti la condition de se transformer, de devenir comme un peuple nouveau, éclairé, poli, ennobli parle talent, la vertu ou la richesse honnête. 11
XXVllI INTRODUCTION,
faut dire à son éloge que, par son caractère calme et sensé, par ses instincts dociles et respectueux, il se prêtait admirablement à ce frein salutaire. Le peuple anglais, de tout temps, a revendiqué fièrement ses libertés publiques et privées, et s'en est assuré la pleine possession, à la différence d'autres pays, comme la France, où le tiers, si remarquable qu'il fût par ses lumières et sa capacité, eut besoin un jour de prétendre à être tout, parce que jusquelà il n'avait été rien. Mais ce même peuple s'est aussi toujours distingué par un rare sentiment d'estime et de soumission vis-à-vis de ceux que leur mérite, leur influence ou leurs charges élevaient à un degré supérieur dans la hiérarchie des citoyens. Il aspirait à y monter avec eux ; mais il regardait comme une condition équitable qu'on n'y parvînt qu'au prix des mêmes travaux. Ainsi les mœurs, de concert avec les lois, établirent, dans Mne nation si bien douée pour la liberté et peu soucieuse d'une égalité mensongère et périlleuse, une démocratie aussi réelle que celle d'Athènes et de Périclès, dont elle se glorifie à bon droit d'avoir reproduit l'éclatant modèle. Cette démocratie ne se livra pas à la multitude tumultueuse et inculte. Fondée sur l'amélioration graduelle du corps de la nation, elle se confia prudemment à une élite