XXX INTRODUCTION
peuples et dans quelques groupes obscurs qui, échappés pour des causes diverses aux révolutions des grands États, en sont restés à l'organisation de leurs premiers jours. Le type de ces modestes sociétés se retrouve entre autres dans certains cantons de la Suisse, où un Tacite, s'il renaissait, croirait revoir ces tribus germaniques qu'il a si magistralement et si exactement dépeintes. Mêmes assemblées délibératives où chaque citoyen paraît en personne ; même élection des chefs devenus avec le temps de simples magistrats ; même régime delà propriété, même simplicité de mœurs, même fierté mâle et indépendante. C'est le self-government, dans toute la force et l'étendue du terme, où les citoyens, tous égaux, tous libres, administrent eux-mêmes leurs affaires en commun. Voilà où les Anglais reconnaissent, avec une satisfaction qui va jusqu'à l'enthousiasme, les origines et le modèle de leur société politique. On sait en effet qu'ils s'enorgueillissent surtout de n'avoir jamais innové, de n'avoir fait qu'aider à l'accroissement successif et à l'expansion de leurs institutions originelles. L'idée révolutionnaire leur est tout à fait étrangère. Ils n'admettent pas cette introduction inattendue d'un élément nouveau, mûri par le travail des penseurs, et venant à son jour changer la direction