XLIV INTRODUCTION
fiée par la longue durée d'un combat nécessaire, souvent quitté, toujours repris ; exaspérée par la crainte de voir, après tant d'efforts, lui échapper la victoire enfin remportée. L'àme remplie de cet unique souci, la France — cent ans aussi occupée tout entière à défendre et à recouvrer son indépendance nationale — ne s'est pas habituée à désirer lahberté; elle en a moins compris les avantages et le besoin. Elle s'est inconsciemment abandonnée à tous les pouvoirs qui ont eu la précaution de ne pas la choquer dans ses plus vifs instincts. L'amour de la liberté, n'ayant pu naître ainsi de l'exercice de la vie publique, ne s'est développé en France que tardivement et dans les plus hautes classes, à la faveur d'une culture éminente de l'esprit. Le besoin de r égalité ne va pas sans quelque alliage ; il y entre autre chose que le légitime souci d'un bien personnel. L'analyse y démêle sans peine un élément moins pur, je ne sais quel chagrin inquiet et hostile à la vue des avantages d'autrui, qui en est comme le ferment caché. La liberté au contraire n'inspire qu'un attachement noble, délicat, vierge de tout intérêt inavouable; le détriment de l'un, pour elle, ne peut être le bénéfice de l'autre; elle fleurit au profit de tous. Aussi, pour aiguiser en nous ce goût émoussé de la liberté, avons-nous