‹ Le développement de la constitution anglaiseChapitre 51 sur 63 · LU DÉVELOPPEMENT · texte numérisé non relu

LU DÉVELOPPEMENT

développant à côté de la primitive société politique, fut de la plus haute importance dans notre vieille histoire. La relation personnelle en vint à absorber la relation purement politique. Entrer au service d'un chef devint une pratique si bien établie qu'à la fin on jugea du devoir de chaque homme de (( chercher un seigneur », ou, comme on disait, de se recommander, de se placer sous la protection d'un homme plus puissant que soi-même. V homme devait service fidèle à son lot^d ; le lord devait fidèle protection à son homme. Le nom même de lord, dans sa plus ancienne et plus complète forme, hlaford, implique l'idée de la récompense que le lord accordait à son homme fidèle. Ce mot ne laisse pas,que d'être embarrassant ; mais on ne peut douter qu'il ne se rattache à la racine hlaf, loaf, et que le sens générique n'en soit le donneur de pain (24).

Maintenant, se cache ici quelque chose qui a considérablement affecté toute l'organisation politique et sociale qui suivit. L'institution du compagnonnage, dans son premier état, n'avait absolument rien à voir avec la possession de la terre. Mais V homme attendait la récompense de son fidèle service des mains de son loi^d ; il attendait le pain que celui-ci, par son titre même de lord, s'était engagé à lui donner. 11 n'y avait naturellement aucune forme de récompense, aucune manière de donner le pain qui fût aussi commode ou aussi honorable que le

px'^ésent d'une terre, que l'homme devait posséder comme prix du service passé et condition du service futur. Au surplus la coutume de concéder des terres dont la possession était soumise à l'obligationd'un service militaire était devenue commune dans les derniers temps de la puissance romaine (25). Ces terres, naturellement, y étaient tenues non pas de l'empereur comme seigneur personnel, mais de la république romaine dont l'empereur était le chef et le représentant. Mais cet usage de tenir des terres par le service militaire se rencontra à propos avec l'institution teutonique du service personnel, et l'union de ces deux genres de services dans la même personne produisit cette relation féodale qui a eu une action si puissante sur toute la vie politique et sociale durant le cours entier du moyen âge et ensuite jusqu'à notre temps. La terre concédée par le lord à son homme, ou la terre que l'homme consentait à tenir comme si elle lui avait été ainsi concédée, pouvait être un royaume qu'on tenait de l'empereur ou du pape, tout aussi bien que le plus petit État qu'on tenait d'un voisin plus puissant. Dans les deux cas, une telle tenure par le service militaire était un fief, et de l'institution de ces fiefs sortit, avec des conséquences multiples pour le bien et pour le mal, ce qu'on appela le système féodal. Mais en tant que le système féodal exista, soit en Angleterre, soit dans toute

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autre contrée, il exista absolument comme un système qui avait grandi côte à côte d'un autre plus ancien, qu'il déplaça en entier ou en partie. Le tenancier féodal^ tenant sa terre d'un lord par le service militaire, supplanta graduellement, en entier ou en partie, dans la plupart des contrées de l'Europe, le possesseur aliodial, qui ne tenait sa terre d'aucun autre homme, et ne connaissait de supérieur que Dieu et la loi. En Angleterre, ce changement ne se fit que graduellement et par parties; ce fut par le moyen de la conquête normande, ou, plus exactement, à la faveur des subtiles théories légales introduites avec la conquête normande, qu'il s'établit définitivement. Et, après tout, c'est plutôt en théorie qu'en fait qu'il fut établi. Le système féodal, en tant que système adopté dans tout le pays et affectant toutes les relations de la vie, ne s'établit jamais aussi complètement en Angleterre que dans certains pays du continent..

Mais ce n'est qu'indirectement que mon sujet a quelque chose à démêler avec le système féodal, et surtout avec son action sur la société politique. J'ai à étudier le compagnonnage, d'où est sortie la relation féodale, principalement sous un autre aspect, également indirect, à savoir, la manière dont il influa sur nos plus anciennes institutions. Il nous a donné une nouvelle forme de noblesse, une noblesse de service et de relation

personnelle vis-à-vis du roi, au lieu d'une noblesse fondée sur la naissance seule. Il nous a donné une noblesse de Thanes, qui, peu à peu, supplanta l'ancienne noblesse des eorls.

A mesure que grandirent la puissance et la dignité royales, on en vint à regarder comme le comble de l'honneur d'entrer au service personnel du roi. Deux résultats s'ensuivirent : le service du roi, c'est-à-dire une place dans le compagnonnage royal, devint la marque et la consécration d'une origine noble. Et ce fut une grande force pour le pouvoir du roi, quand celui-ci eut établi, avec tous les chefs de son royaume, non-seulement la relation d'un chef politique, mais encore celle d'un seigneur immédiat, d'un seigneur au service duquel ils étaient attachés par un lien personnel, et de qui ils tenaient leurs terres, comme le présent de sa personnelle bonté. Il faut peut-être voir la marque d'un déclin de la première idée du compagnonnage dans ce fait que le vieux mot gesith^ compagnon^ répondant exactement au mot latin cotnes employé par Tacite, fut remplacé par le nom de t/iane [thegn], littéralement serviteur. Mais tant que le service personnel fut estimé honorable, le nom de serviteur ne fut pas une dégradation, et le nom de Thane devint l'équivalent du titre plus ancien d'eo?'/. Les thanes du roi, les hommes qui tenaient leur terre du roi et lui étaient attachés par le lien du service personnel, formèrent la plus haute classe

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de la noblesse. Les thanes de lords inférieurs, d'évêques et à'ealdormen, formèrent une seconde classe. Une noblesse de ce genre, on ne peut en douter, était d'un genre bien plus libéral que l'ancienne noblesse de naissance, à tel point que l'admission dans ses rangs n'était pas interdite aux hommes d'une classe inférieure. Le ceorl, l'homme libre du commun, ne pouvait pas, à la rigueur, devenir un eo7H, par la simple raison qu'il ne pouvait pas changer d'ancêtres ; mais il pouvait, et c'est ce qui arriva souvent, devenir un thayie. D'un autre côté cependant, une semblable noblesse, tout en facilitant l'élévation du commun des hommes libres, tendait à abaisser la condition de ceux d'entre eux qui ne s'élevaient pas. Par la même raison que la barrière de la naissance ne peut être franchie, elle est à quelques égards moins gênante que celle de la fortune ou de l'emploi. Les privilèges d'une classe strictement héréditaire se réduisent plus naturellement à de pures distinctions honorifiques que ceux d'une noblesse dont le rang est soutenu par les solides avantages d'un office et d'une relation personnelle avec le souverain.

Ainsi donc la tendance des premiers six cents ans après l'établissement des Anglais dans la Grande- Bretagne fut d'accroître le pouvoir de la couronne, d'abaisser la classe inférieure des hommes libres, de transformer la noblesse de naissance en une no-

blesse de service personnel vis-à-vis du roi. Autrement dit, l'Angleterre, avant la conquête normande, avait déjà commencé à marcher, bien qu'avec moins de célérité que la plupart des autres nations, dans la voie qui conduisait à la ruine générale de la liberté par toute l'Europe. L'invasion étrangère qui, un instant, parut avoir fondé la liberté à jamais, ne fit en réalité qu'en préparer l'éclosion nouvelle, le rajeunissement, sous une forme mieux adaptée à l'état modifié des choses, plus propre à passer jusqu'aux temps modernes, plus favorable à la conservation du bien-être d'une grande nation, que celle qu'offrait la vieille société teutonique et qu'on retrouve encore dans ces coins écartés du monde dont je parlais au début de mon discours. Cette destruction momentanée, cette nouvelle vie qui dure encore,' seront le sujet de mon second chapitre. Je ne veux pour le moment que vous engager à vous pénétrer de cette idée que l'Angleterre n'a jamais été laissée à aucune époque sans une assemblée nationale d'un genre ou d'un autre. Que ce fut le Witenagemot, le Grand-Conseil ou le Parlement, il y a toujours eu un corps d'hommes, prétendant, avec plus ou moins de droit, parler au nom de la nation. Et n'oubliez pas non plus que, jusqu'à la conquête normande, le corps qui réclama la pajole au nom de la nation, fut, du moins dans la théorie légale, la nation elle-même.

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C'est là un point sur lequel je me propose de revenir pour en parler plus au long. Pour le moment, je voudrais seulement vous suggérer l'opinion, nouvelle peut-être pour beaucoup de personnes, quil fut un temps oii tout homme libre en Angleterre, non moins que tout homme libre à Uri, pouvait réclamer un vote direct dans les conseils de son pays. Il fut un temps où tout homme libre en Angleterre pouvait faire entendre sa voix ou résonner sa lance dans l'assemblée qui nommait les évêques , les ealdormen et les rois ; un temps où il pouvait se vanter que les lois auxquelles i! obéissait étaient celles qu'il avait faites lui-même ; les hommes qui avaient pouvoir sur lui, des chefs de son propre choix. Ces jours sont passés, et nous n'avons nul besoin de chercher à les faire revenir. Les luttes des siècles sur les champs de bataille et dans le Sénat nous ont rendu les mêmes droits sous une forme mieux appropriée à notre temps que la liberté barbare de nos pères. Néanmoins il est bon que nous reportions nos regards sur la source d'où dérive tout ce dont nous sommes fiers comme de notre bien, tout ce que nous avons transmis aux républiques nos filles [a) sur les autres continents.

(a) C'est à juste titre que le Parlementarisme anglais revendique la gloire de cette paternité républicaine. On ne peut nier un fait. La république des États-Unis n'eût pas si aisément et de prime abord réglé son admirable vie politique — celle des beaux temps de son origine — si elle n'avait eu autre

Glorifions les hommes fameux dont nous descendons. Contemplons le roc dans lequel nous avons été taillés, et le fond de la mine d'où nous fûmes tirés. La liberté, dit le vieux poëte, est une noble chose (26). C'est aussi une chose ancienne. Et ceux qui l'aiment maintenant sous son moderne aspect ne doivent jamais craindre de rechercher ses formes anciennes, en remontant aux premiers jours où l'histoire a quelque chose à nous dire de la vie la plus reculée de nos pères et de nos aînés.

chose à faire que de donner libre cours au développement hâtif des principes mêmes qui mûrissent encore lentement dans la mère patrie.

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