‹ Le développement du capitalisme en RussieChapitre 102 sur 138 · X. UN APPENDICE DE LA FABRIQUE · texte numérisé non relu

X. UN APPENDICE DE LA FABRIQUE

Nous appelons appendice de la fabrique les formes de travail salarié et de petite industrie, dont l'existence est intimement liée à la fabrique. Y sont compris avant tout les ouvriers forestiers et du bâtiment (une partie d'entre eux), dont il a déjà été parlé et qui parfois s'intègrent directement à la population des centres industriels, parfois appartiennent à la population des villages environnants*. Viennent ensuite les ouvriers des tourbières, lesquelles sont parfois exploitées par les propriétaires des fabriques eux-mêmes** ; les camionneurs, les débardeurs, les emballeurs et tous ceux que l'on appelle du nom général de manœuvres, qui représentent toujours une part assez importante de la population des centres de fabriques. A Pétersbourg, par exemple, le recensement du 15 décembre 1890 a enregistré 44 814 hommes et femmes dans le groupe des «journaliers et manœuvres», 51000 dans les transports, dont 9 500 s'occupent spécialement du transport des fardeaux et colis. Ensuite, des travaux accessoires sont exécutés pour les fabriques par de petits industriels « indépendants » ; dans les centres de fabriques ou leurs alen-

* Ainsi dans la province de Riazan « la seule fabrique de Khloudov » (4 849 ouvriers en 1894-95, 5 millions de roubles de production) « occupe pendant l'hiver au transport du bois près de 7 000 chevaux, dont la plupart appartiennent aux paysans du district d'Egorievsk »^з. {Travaux de la Commission artisanale, VII, pp. 1109-1110.)

** Le chaos règne aussi dans la statistique des tourbières. Cette industrie n'est généralement pas classée parmi les « fabriques et usines» (Cf. Kobéliatski, Mémento, p. 15), mais parfois elle y figure cependant. Ainsi, la Liste dénombre 12 tourbières avec 2 201 ouvriers dans la province de Vladimir, et seulement dans cette province, bien qu'on extraie la tourbe dans d'autres encore. D'après Svirski {Les fabriques et les usines de la province de Vladimir) 6 038 ouvriers étaient occupés en 1890 à extraire la tourbe dans la province de Vladimir. Le nombre total des ouvriers tourbiers en Russie doit être beaucoup plus grand.

tours des industries apparaissent, telles que la fabrication de tonneaux pour les huileries et distilleries*, le tressage de paniers pour l'emballage du verre**, к fabrication de boîtes pour l'emballage de la quincaillerie et des articles de la serrurerie, l'exécution des manches pour les instruments de menuiserie et de serrurerie***, la fabrication d'aiguilles pour la cordonnerie, de tan pour les usines de cuir, etc.****, le tissage de nattes pour l'emballage des produits manufacturés (dans la province de Kostroma et autres), la fabrication de bûchettes pour les allumettes (dans les provinces de Riazan, de Kalouga, etc.), le collage de boîtes de carton pour les fabriques de tabac (dans les environs de Pétersbourg) (*), la fabrication de poudre de bois pour les vinaigreries(**), La préparation par les petites filatures (à Lodz) du couston, industrie qui s'est développée pour répondre aux besoins des grandes fabriques (***), etc., etc. Tous ces petits industriels, ainsi que les ouvriers salariés mentionnés plus haut, appartiennent soit à la population industrielle des centres de fabriques, soit à la population semi-agricole des localités environnantes. De plus, quand la fabrique se borne à produire des articles semi-ouvrés, elle fait naître parfois de petites industries pour le traitement des semi-produits ; ainsi, la filature mécanique a donné une impulsion au tissage artisanal ; autour des usines

* Travaux de la Commission artisanale, fasc. VI. ** Ibid., fasc. VIII, dans la province de Novgorod. *** Ibid., fasc. IX, dans les cantons suburbains du district de Toula.

**** Dans la province de Perm, près de la ville de Koungour, dans celle de Tver, dans le bourg de Kimry, etc.

(*) Voir le Compte rendu de la direction du zemstvo du district de St-Pétersbourg pour 1889. Compte rendu de M. Voïnov sur le Ve secteur médical.

(**) Comptes rendus et recherches, I, p. 360.

(***) Comptes rendus de l'enquête sur les fabriques et usines du Royaume de Pologne, St-Ptb 1888, p. 24.

612 V. LENINE

métallurgiques appiaraissent des petits producteurs autonomes qui font des objets de métal, etc. Enfin, le travail à domicile pour les capitalistes est souvent lui aussi un appendice de la fabrique*. L'époque de la grande industrie mécanique se caractérise dans tous les pays par une grande extension du travail à domicile pour les capitalistes, dans des branches d'industrie comme la confection. Nous avons déjà dit plus haut à quel point ce travail est répandu en Russie, quelles sont les conditions qui le distinguent et pourquoi il nous semble plus justifié de le décrire dans le chapitre consacré à la manufacture.

Pour faire une description tant soit peu complète de cet appendice de la fabrique, il faudrait une statistique complète des occupations de la population ou une série de monographies sur toute la vie économique des centres de fabriques et de leurs environs. Mais, même les données fragmentaires dont nous avons dû nous contenter font apparaître combien erronée est l'opinion, si répandue chez nous, d'après laquelle la fabrique serait séparée des autres types d'industrie et la population des fabriques de celle qui ne travaille pas à l'intérieur des fabriques. Le développement des formes d'industrie comme celui de tous les rapports sociaux en général, ne peut se faire autrement que par une lente

* Nous avons trouvé dans la Liste 16 fabriques comptant 1 000 ouvriers et plus en ateliers et aussi 7 857 ouvriers travaillant au dehors. 14 fabriques de 500 à 999 ouvriers ont 1 352 ouvriers au dehors. La Liste enregistre les travaux au dehors d'une manière tout à fait accidentelle, avec une foule de lacunes. Le Relevé des comptes rendus des inspecteurs de fabrique dénombre en 1903 632 comptoirs de distribution avec 65 115 ouvriers. Bien entendu, ces données sont très incomplètes, mais il n'en est pas moins caractéristique que l'énorme majorité de ces comptoirs et des ouvriers qu'ils occupent, revient aux centres de fabriques (région de Moscou : 503 comptoirs avec 49 345 ouvriers. Province de Saratov, cotonnade-sarpinka, 33 comptoirs avec 10 000 ouvriers). {Note de la 2^ édition.)

progression au milieu d'une masse de formes transitoires entrelacées les unes avec les autres, et de retours apparents au passé. Ainsi, le développement des petites industries peut (comme nous l'avons vu) indiquer un progrès de la manufacture capitaliste ; nous voyons maintenant que la fabrique peut parfois, elle aussi, stimuler le développement des petites industries. Le travail pour le « revendeur » peut de son côté constituer un appendice soit de la manufacture soit de la fabrique. Pour bien apprécier la valeur de ces faits, il faut les envisager en rapport avec la structure entière de l'industrie, à un stade donné de son développement, ainsi qu'avec les tendances fondamentales de ce développement.

Page 1