‹ Le développement du capitalisme en RussieChapitre 108 sur 138 · L'importance de la colonisation intérieure · texte numérisé non relu

L'importance de la colonisation intérieure

Ainsi que nous l'avons indiqué plus haut (au chapitre I, paragraphe II, p. 19), la théorie déduit la loi de l'iaccroissenient de la population industrielle aux dépens de la population agricole du fait que dans l'industrie le capital variable augmente de façon absolue (l'accroissement du capital ^"ariable signifie l'accroissement du nombre des ouvriers industriels et celui de la population industrielle et commerciale), tandis que dans l'agriculture « le capital variable nécessaire à l'exploitation d'un lot de terre donné, diminue de façon absolue ». « Par conséquent, ajoute Marx, l'accroissement du capital variable dans l'agriculture n'est possible que là où un nouveau terrain est mis en culture, ce qui suppose un accroissement encore plus grand de la population non agricole ». Il en résulte que l'on ne peut observer le phénomène d'accroissement de la population industrielle à l'état pur que lorsqu'il s'agit d'un territoire déjà peuplé où toutes les terres sont déjà occupées. La population d'un pareil territoire, chassée de l'agriculture par le capitalisme n'a d'autre

* M. Grigoriev donne un tableau {Le, p. 140) oiî l'on voit qu'en 1885, 85,6% des villes comptaient moins de 20 000 habitants; (38% de citadins) ; 12,4% des villes (82 sur 660) avaient moins de 2 000 habit, chacune, avec 1,1% des citadins (110 000 sur 9 952 000).

ressource que d'émigrer soit dans les centres industriels, soit dans d'autres pays. Il en va tout autrement, quand il s'agit d'un territoire dont les terres ne sont pas encore toutes occupées, et qui n'est pas encore entièrement peuplé. La population, chassée de l'agriculture dans la région peuplée, peut se transporter dans les parties du territoire non peuplées et se mettre à « cultiver des terres nouvelles ». Il en résultera un accroissement de la population agricole, lequel peut être (pendant un certain temps) aussi rapide, sinon plus rapide, que celui de la population industrielle. En ce cas, nous sommes en présence de deux processus différents : Г le développement du capitalisme dans un pays ou une partie de pays peuplé de date ancienne ; 2' le développement du capitalisme sur des « terres nouvelles ». Le premier processus traduit le développement ultérieur des rapports capitalistes déjà établis ; le second, l'établissement de nouveaux rapports capitalistes sur un territoire nouveau. Le premier processus indique le développement du capitalisme en profondeur, le second en largeur. Il est évident que la confusion de ces deux processus doit entraîner nécessairement une fausse appréciation du processus qui fait que la population abandonne l'agriculture pour des occupations industrielles et commerciales.

Nous voyons dans la Russie d'après la réforme se manifester simultanément les deux processus. Au commencement de l'époque qui a suivi la réforme, en 1860-1870, les réglons frontières du Sud et de l'Est de la Russie d'Europe étaient en grande partie un territoire non peuplé, vers lequel affluait une masse énorme d'émigrés du centre de la Russie agricole. Cette formation d'une nouvelle population agricole sur des terres nouvelles déguisait jusqu'à un certain point le mouvement parallèle qui portait la population de l'agriculture vers l'industrie. Pour se faire une idée nette de ce trait particulier de la Russie, en se basant sur les chiffres de la population urbaine, il faut diviser les 50 pro-

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