IL LA STATISTIQUE DES ZEMSTVOS SUR LA PROVINCE DE SAMARA
Passons maintenant du Sud à l'Est, à la province de Samara. Prenons le district de Novoouzensk, étudié le dernier en date. Le recueil concernant ce district fournit le groupement de paysans le plus détaillé qui ait été établi suivant l'indice économique '^. Voici les chiffres d'ensemble sur les groupes de paysans (les données ci-dessous se rapportent à 28 276 feux disposant de lots concédés, avec 164 146 habitants des deux sexes, c'est-à-dire uniquement à la population russe du district, sans les Allemands et les « fermiers » — cultivateurs exploitant dans les communes comme dans les fermes séparées. Si on y ajoutait Allemands et fermiers, cela accentuerait sensiblemiCnt le tableau de la décomposition de La paysannerie).
Surface
o/oo/o par rapport à la totalité Groupes de cultivateurs des feux
ensemencée en moyenne par feu, en déciatines
Surface ensemencée en o/o^/o par rapport au total
P-vre{-- ГГЛе'ГТ^'^ ?K1 37.10/0
Moyen ( : '7'^t: : ^m^^^'^io
, » 5— 10 bêtes de travail 17, Л
Riche » 10— 20 » » » 5,sk24,7o/o
' » 20 et plus » 1,8 1
Total 100
tes », la productivité du travail peut « dès demain » s'élever encore. «Il faudra (!) alors convertir les exploitations de 60 déciatines en exploitations de 200 ou 300 déciatines ». Voyez comme c'est simple : étant donné que dans nos campagnes la petite bourgeoisie d'aujourd'hui est menacée par la grande bourgeoisie de demain, pour cette raison M. N. — on ne veut rien savoir ni de la petite bourgeoisie d'aujourd'hui, ni de la grande bourgeoisie de demain !
* Recueil de renseignements statistiques sur la province de Samara, t. VII, district de Novoouzensk. Samara 1890. Un groupement
La concentration de !a production agricole apparaît très considérable : les capitalistes « communautaires » (V14 de la totalité des feux, ceux qui possèdent 10 bêtes de travail et plus) détiennent 36,5% de toute la surface ensemencée, autant que les 75,3% de paysans pauvres et moyens pris ensemble ! Le chiffre «moyen» (15,9 déciatines de surface ensemencée par feu) est, ici comme partout, absolument fictif, il donne l'illusion d'un bien-être général. Voyons les autres données relatives aux exploitations des différents groupes :
Cultivant Nombre
tout leur Possédant de têtes lot avec des instru- de bétail
Groupes de cultivateurs
leur propre matériel, en
ments perfectionnés, en e/o**/o
par feu
(en prenant
le gros bétail
pour unité)
o/o°/o par
rapport
au total
du bétail
Sans bêtes de tr
avail
Avec 1 bête
» 2—3 bêtes
» 20 et plus
Total
Ainsi le groupe inférieur compte très peu de cultivateurs indépendants ; les pauvres ne sont point munis d'instruments perfectionnés et les piaysans moyens n'en ont qu'une quantité insignifiante. La concentration du bétail est encore plus accusée que celle des surfaces cultivées, il est évident
analogue est présenté pour le district de Nikolaïev (t. VI, Samara 1889), mais les informations y sont beaucoup moins détaillées. Dans le Recueil récapitulatif sur la province de Samara (t. VIII, fasc. I, Samara 1892), le groupement est fait seulement par lots, procédé dont nous montrerons l'insuffisance plus loin.
que la paysannerie aisée joint aux ensemencements capitalistes étendus l'élevage capitaliste. Au pôle opposé nous voyons des « paysans » que l'on devrait classer parmi les ouvriers agricoles et les journaliers ayant un lot de terre, car leur principal moyen d'existence est (comme nous le verrons tout à l'heure) la vente de leur force de travail ; quant au bétail, les propriétaires terriens en donnent parfois une ou deux têtes à leurs ouvriers pour les attacher au domaine et diminuer leur salaire.
Il va de soi que les groupes paysans ne diffèrent pas seulement entre eux par l'étendue de leur exploitation, mais aussi par les méthodes qu'ils y appliquent : en premier lieu, le groupe supérieur compte un nombre très appréciable de cultivateurs (40 à 60%) pourvus d'instruments perfectionnés (principalement charrues, ensuite batteuses à cheval et à vapeur, tarares, moissonneuses, etc.). Les 24,7% de feux du groupe supérieur détiennent 82,9% de tous les instruments perfectionnés ; les 38,2% de feux du groupe moyen en détiennent 17% et les 37,1% de paysans pauvres, 0,1 %„ (7 instruments sur 5 724) *.En second lieu, les paysans ayant peu de chevaux emploient, par la force des choses, comme le dit l'iauteur du recueil sur le district de Novoouzensk (pp. 44-46),
* Fait intéressant à noter, c'est que de ces chiffres M. V. V. [Les courants progressifs dans l'économie paysanne, St-Pétersbourg 1892, p. 225) a déduit la tendance de la «masse paysanne» à substituer aux instruments surannés des instruments perfectionnés (p. 254). Le procédé qu'il emploie pour arriver à cette conclusion absolument fausse, est bien simple : M. V. V. a emprunté au recueil des zemstvos les chiffres totaux, sans se donner la peine de consulter les tableaux illustranl la répartition des instruments ! Le progrès des fermiers-capitalistes (membres de la commune) employant des machines pour diminuer les frais de production du blé marchandise a été transformé d'un trait de plume en progrès de la « masse paysanne ». Et M. V. V. a écrit sans se gêner : « Quoique les acquéreurs de machines soient les paysans aisés, tous (sic) les paysans s'en servent» (p. 221). Cela se passe de commentaires.
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« un autre mode d'exploitation, un autre régime de toute l'activité économique » que ceux qui en ont beaucoup. Les paysans aisés « laissent reposer la terre. . . labourent en automne avec des charrues. . . labourent encore une fois au printemps et passent la herse pour recouvrir les semis. . . sur la jachère labourée ils passent le rouleau, une fois la terre aérée. . . la retournent une seconde fois avant de semer le seigle », tandis que les paysans peu aisés « ne laissent pas reposer le sol et y sèment d'année en année le froment russe. . . ils labourent une seule fois au printemps pour le froment. . . ne mettent pas la terre en jachère ni ne labourent pour semer le seigle, mais sèment en surface. . . retournent la terre en fin de printemps pour semer le froment, ce qui fait que le blé souvent ne lève pas. . . , labourent une seule fois pour semer le seigle, ou encore en surface et tardivement. . . labourent à tort la même terre d'année en année sans répit ». « Et ainsi de suite à l'infini », conclut l'iauteur après cette énumération. « Les faits constatés d'une différence radicale entre les modes de culture des paysans aisés ou peu aisés ont pour conséquence un grain de mauvaise qualité et de mauvaises récoltes chez les uns, des récoltes relativement meilleures chez les autres » (ibid.).
Mais comment cette grande bourgeoisie a-t-elle pu se former sous le régime de la commune agricole ? La réponse est fournie par les chiffres indiquant la possession et la jouissance foncière des différents groupes. Les paysans de cette catégorie possèdent 57 128 déciatines de terres achetées (76 feux) et 304 514 déciatines de terres affermées, dont 177 789 déciatines affermées en dehors du lot chez 5 602 feux ; 47 494 déciatines prises à bail dans d'autres communes par 3 129 feux, et 79 231 déciatines prises à bail dans leur propre commune par 7 092 feux. La répartition de cette énorme surface formant plus des deux tiers de toute la surface ensemencée des paysans, est la suivante :
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