‹ Le développement du capitalisme en RussieChapitre 23 sur 138 · SS · texte numérisé non relu

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La différence entre les groupes d'après la surface ensemencée s'avère encore plus grande que d'après l'étendue de leur possession et de leur jouissance agraire effectives, sans parler des différences quant à l'étendue des lots**.

Cela nous montre encore et encore à quel point est défectueux le groupement d'après la terre concédée, dont la « répartition égale » n'est plus à présent qu'une fiction juridique. Les autres colonnes du tableau montrent de quelle mianière se réalise dans la paysannerie « la combinaison de l'agricultureet des métiers auxiliaires » : la paysannerie aisée associe l'agriculture commerciale et capitaliste (pourcentage

* Pour le district de Kniaguinine seulement.

** En supposant la terre concédée appartenant aux paysans sans chevaux égale (par feu) à 100, l'étendue de cette terre détenue par les groupes supérieurs sera : 159, 206, 259, 321. La colonne respective des chiffres sur la possession foncière véritable de chaque groupe sera : 100, 214, 314, 477, 786; et pour la surface ensemencée : 100, 231, 378, 568. 873.

élevé de feux employant des salariés) aux entreprises industrielles et commerciales, tandis que les paysans pauvres associent la vente de leur force de travail («gagne-pain hors du village ») à d'infimes surfaces ensemencées; autrement dit, ils se transforment en ouvriers agricoles et journaliers pourvus d'un lot de terre. Notons que l'absence d'une baisse normale du pourcentage des feux ayant un gagne-pain hors du village s'explique par la diversité extrême de ce « gagne-pain » et « métiers auxiliaires » des paysans de la province de Nijni-Novgorod : à côté des ouvriers agricoles, des manœuvres, des ouvriers du bâtiment et des chantiers navals, etc., on voit figurer parmi ceux qui exercent un métier auxiliaire un nombre relativement très important de koustari, de propriétaires d'ateliers industriels, de marchands, de revendeurs, etc. On comprend que La confusion de types aussi différents d'individus exerçant des « métiers auxiliaires » fausse le chiffre des « feux ayant un gagne-piain auxiliaire ».*

Quant aux différences qui se manifestent dans l'exploitation agricole des divers groupes de paysans, notons que dans la province de Nijni-Novgorod « le fumage . . . est une des conditions essentielles du rendement » des champs de labour (p. 79 du Recueil sur le district de Kniaguinine) . La récolte moyenne de seigle s'élève régulièrement à mesure qu'augmente le fumage de la terre : avec 300 à 500 charretées de fumier pour 100 déciatines de terre concédée, elle est de 47,1 mesures par déciatine ; avec 1 500 charretées et plus, elle est de 62,7 mesures {ibid., p. 84). Il est donc évident que la différence entre les groupes doit être encore plus marquée quant à l'importance de la production

* Sur les « petites industries » des paysans de la province de Nijni-Novgorod, v. Plotnikov, Les petites industries artisanales de la ptovince de Nijni-Novgorod, (Nijni-Novgorod 1894), les tableaux de la fin du livre, de même que les recueils de statistique des zemstvos, en particulier sur les districts de Gorbatov et de Sémionov.

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agricole, que la différence quant à la surface ensemencée, et que les statisticiens de Nijni-Novgorod ont eu grandement tort en étudiant les rendements des champs paysans en général, et non les rendements des champs des paysans aisés et des paysans pauvres séparément.

VIIIi- COUP D'ŒIL SUR LA STATISTIQUE DES ZEMSTVOS POUR LES AUTRES PROVINCES

Comme le lecteur a pu déjà le remarquer, nous ne nous servons pour analyser la décomposition de la paysannerie que des recensements par feux de la statistique des zemstvos, quand ils embrassent un rayon plus ou moins étendu ; quand ils fournissent des renseignements assez complets sur les principaux indices de la décomposition et que (ce qui importe surtout), ils sont présentés de manière qu'on puisse dégager les différents groupes de paysans d'après leur consistance économique. Les données rapportées plus haut, relatives à 7 provinces, épuisent la statistique des zemstvos, qui satisfait à ces conditions et que nous avons pu utiliser. Pour être complet, indiquons brièvement les autres données de ce genre (c'est-à-dire basées sur les recensements de tous les feux), quoique moins complètes.

Pour le district de Démiansk de la province de Novgorod, nous disposons d'un tableau par groupes portant sur les exploitations paysannes d'après le nombre des chevaux {Matériaux pour servir à l'évaluation des fonds de terre de la province de Novgorod, district de Démiansk, Novgorod 1888). Les renseignements sur l'affermage et la location de la terre (en déciatines) manquent ici ; mais, même ceux qui existent, attestent que le rapport entre les paysans aisés et les paysans pauvres y est absolument le même que dans les lautres provinces. Ici encore, par exemple, en allant du groupe inférieur au groupe supérieur (des paysans sans chevaux à ceux qui en ont trois et plus), on voit augmenter

LA DECOMPOSITION DK LA PAYSANNERIE ПО

le pourcentage des exploitations possédant des terres achetées et affermées, bien que les paysans à plusieurs chevaux soient pourvus en terres concédées au-delà de la moyenne. Les 10,7% de feux ayant 3 chevaux et plus, avec 16,1% de la population, détiennent 18,3%) de l'ensemble des terres concédées, 43,4% des terres achetées, 26,2% des terres 'affermées (s'il est possible d'en juger d'après les surfaces cultivées en- seigle et en avoine sur les terres affermées) et 29,4% des « bâtiments d'exploitation », tandis que les 51,3% de feux sans chevaux ou à cheval unique, représentant 40,1% de la population, ne possèdent que 33,2% des terres concédées, 13,8% des terres tachetées, 20,8% des terres affermées (au sens indiqué) et 28,8% des « bâtiments d'exploitation ». En d'autres termes, là encore la paysannerie aisée « accapare » la terre et associe à l'agriculture les « occupations » industrielles et commerciales, tandis que les pauvres abandonnent la terre et se transform.ent en ouvriers salariés (le pourcentage des « individus exerçant des métiers auxiliaires » va en dim.inuant du groupe inférieur au groupe supérieur, de 26,6%o pour les paysans sans chevaux à 7,8% pour ceux qui en ont 3 et plus). Ces chiffres n'étant pas complets, nous ne pouvons les introduire dans le relevé que nous lallons donner des matériaux relatifs à la décomposition de la paysannerie.

La même raison nous empêche d'y introduire les données relatives à une partie du district de Kozéletz de la province de Tchernigov {Matériaux pour servir à l'évaluation des fonds de terre, recueillis par la Section de statistique de Tchernigov, près la Direction du zemstvo de la province, t. V., Tchernigov 1882 ; chiffres groupés d'après les bêtes de travail de 8 717 feux de la zone des Terres Noires de ce district). Les rapports entre les groupes sont toujours les mêmes ; les 36,8%, de feux sans bêtes de travail, avec 28,8% de la population, possèdent 21% des terres concédées ou possédées en propre, 7% des terres affermées ;

120 V. LEXIXE

en revanche, on y compte 63% du total de la terre donnée à bail par ces 8 717 feux. Les 14,3% de feux avec 4 bêtes de travail et plus, 17,3% de la population, disposent de 33,4% des terres concédées ou possédées en propre, de 32,1% des terres affermées et n'en donnent à bail que 7%. Malheureusement, les autres feux (avec 1 à 3 bêtes de travail) ne sont pas subdivisés en groupes de moindre importance.

Dans les Matériaux pour servir à l'étude de la jouissance de la terre et à celle de la vie économique de la population rurale des provinces d'Irkoutsk et d'Iénisséisk, noiis trouvons un tableau fort intéressant par groupes (d'après le nombre des chevaux de trait) des exploitations de piaysans et de colons dans 4 arrondissements de la province d'Iénisséisk (t. III, Irkoutsk 1893, pp. 730 et suiv.). On constate avec beaucoup d'intérêt que les rapports entre le paysan aisé de Sibérie et le colon (là, le plus farouche populiste ne se risquerait guère à chercher le fameux esprit de communauté !) sont au fond absolument identiques à ceux qui existent entre les membres aisés de nos communes et leurs « confrères » sans chevaux ou à cheval unique. En réunissant ensemble les colons et les gens du pays (cette réunion s'impose puisque les premiers servent de main-d'œuvre aux seconds), nous retrouvons les traits familiers des groupes inférieurs et supérieurs. Les 39,4% de feux appartenant aux groupes inférieurs (sans chevaux, à cheval unique ou en possédant deux), avec 24% de la population, ne détiennent que 6,2% de l'ensemble des labours et 7,1% de tout le bétail, tandis que les 36,4% de feux possédant chacun 5 chevaux et plus, avec 51,2% de la population, détiennent 73% des labours et 74,5% de tout le bétail. Les derniers groupes (5 à 9, 10 chevaux et plus) avec 15 à 36 déciatines de labours par feu, emploient largement la main-d'œuvre salariée (30 à 70% des exploitations ayant des ouvriers salariés), tandis que les trois groupes inférieurs, avec 0-0,2-3-5 déciatines de labours par feu,

fournissent des ouvriers (20-35-59% des exploitations). Les chiffres sur la terre prise et donnée à bail sont la seule exception à la règle que nous ayons rencontrée (sur la concentration des terres affermées entre les mains des paysans aisés), mais c'est une de ces exceptions qui confirment la règle. En effet, les conditions qui ont donné naissance à cette règle n'existent pas en Sibérie, nous n'y trouvons ni lot de terre obligatoire et «égal», ni propriété foncière privée bien établie. Le paysan laisé n'achète, ni afferme la terre, il l'accapare (il en a été ainsi du moins jusqu'à présent) ; la cession ou prise à bail de la terre porte plutôt le caractère d'un échange entre voisins, ce qui fait que les chiffres par groupes d'après la terre prise ou donnée à bail ne sont régis par aucune loi*.

Pour trois districts de la province de Poltava, nous; pouvons déterminer approximativement la répartition des surfaces ensemencées (connaissant le nombre des exploitations dont les surfaces ensemencées varient « de tant à tant » de déciatines, d'après les Recueils, nous n'avons qu'à multiplier le nombre des feux de chaque section par la moyenne de la surface ensemencée entre les limites indiquées). Voici ce que nous obtenons pour 76 032 feux (exclusivement paysans, sans les bourgeois citadins), avec 362 298 déciatines d'emblavures : 31 001 feux (40,8%) n'ont

* «Les matériaux recueillis sur place, relatifs à l'affermage à bail des fonds de terre, ne valent pas — le fait a été reconnu, — la peine d'être analysés, car la chose elle-mêm.e n'existe qu'à l'état embryonnaire ; les cas isolés de cession ou de prise à bail sont rares, portent un caractère absolument fortuit et n'exercent encore aucune influence sur la vie économique de la province d'Iénisséisk » {Matériaux, t. IV, fasc. I, p. V, Introduction). Sur les 424 624 déciatines de terre meuble que possèdent les paysans établis de longue date dans la province d'Iénisséisk, 417 086 sont détenues en vertu du «droit du premier occupant », transmises de père en fils. Les prises à bail (2 686 déc.) sont à peu près égales aux cessions (2 639 déc.) et n'atteignent pas 1% de la surface des terres occupées comme il vient d'être dit.

pas de surface ensemencée ou seulement jusqu'à 3 déciatines par feu ; ils possèdent en tout 36 040 déciatines d'emblavures (9,9%) ; 19 017 feux (25%) ensemencent plus de 6 déciatines par feu ; ils possèdent 209 195 déciatines d'emblavures (57,8%). (V. Recueil de statistique économique sur la province de Poltava, districts de Konstantinograd, Khorol et Piriatine^'*.) La répartition de la surface ensemencée ressemble beaucoup à ce que nous avons vu dans la province de Tauride, malgré les proportions généralement plus réduites des emblavures. Il va de soi qu'une répartition aussi inégale n'est possible qu'avec la concentration de la terre achetée et affermée aux mains d'une minorité. Nous ne disposons pas de renseignements complets sur ce point, les recueils ne donnant pas le groupement des feux d'après leur consistance économique; force nous est donc de nous contenter des données ci-dessous, concernant le district de Konstantinograd. Dans un chapitre sur l'économie des classes rurales (chap. II, 5" partie, « L'agriculture»), l'auteur du recueil rapporte le fait suivant: «En général, si l'on divise les affermages en trois catégories : 1° jusqu'à 10 déciatines par intéressé ; 2° de 10 à 30 déciatines et 3° au-delà de 30 déciatines, on obtient pour chacune de ces catégories les chiffres suivants* :

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Petits affermages (jusqu'à 10 déciatines) 86,0 35,5 3,7 6,6

Affermages moyens (10 à 30 déciatines) 8,3 16,6 17,5 3,9

Gros affermages (plus de 30 » ) 6,7 47,9 74,8 12,9

Total 100 100 8,6 9,3 * Recueil, p. 142.

Cela se passe de commentaires.

Pour la province de Kalouga, nous ne disposons que des données suivantes, très fragmentaires et incomplètes, sur les emblavures de 8 626 feux (environ 1/20 des feux paysans de la province*).

Oroupes de feux d'après la surface des semailles d' automne

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de la culture en o/oO/o

Déciatines de surface

ensemencée par feu

Autrement dit, 21,6% des feux, avec 30,6% de la population, possèdent 36,6% des chevaux de trait, 45,1% de la surface ensemencée, 43,1%, du revenu brui des emblavures. Il est clair que ces chiffres attestent, eux aussi, к concentration de la terre achetée et 'affermée par la paysannerie aisée.

Pour la province de Tver, malgré l'abondance des renseignements fournis par les recueils, l'analyse des recensements par feux est très incomplète ; pas de groupement des feux d'après leur consistance économique. M. Vikhliaïev profite de ce défaut, dans le Recueil de renseignements statistiques sur la province de Tver (t. XIII, fasc. 2, « L'économie paysanne ».Tver, 1897), pour nier la « différenciation »

* Revue statistique de la province de Kalouga pour 1896. Kalouga 1897, pp. 43 et suiv., 83. 113 des annexes.

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de la paysannerie, discerner une tendance vers « une régularité plus stricte » et chanter des hymnes à la « production populaire» (p. 312) et à Г« économie naturelle». M. Vikhliaïev se lance dans les dissertations les plus hasardeuses et gratuites sur la « décomposition », sans fournir aucune donnée précise sur les groupes de paysans, et même sans avoir compris cette vérité élémentaire que la décomposition s'opère à l'intérieur de la commune et que, piar suite, parler de « décomposition » et n'envisager exclusivement que les groupements par communes ou par cantons, est tout simplement ridicule*.

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