IN 03 .S
Dans 49 provinces de la Russie d'Europe
Sans bêtes de
travail
Avec 1 bête »
» 2 bêtes »
» et
plus
Total 66 100 100 100 100 100
Il s'ensuit clairement que les données budgétaires ne peuvent être utilisées qu'en tirant la moyenne pour chaque groupe pris à part de la paysannerie. C'est ainsi que nous les avons traitées. Nous les disposons sous 3 rubriques : (A) résultat d'ensemble des budgets ; (B) caractéristique de l'économie agricole et (C) caractéristique du niveau de vie.
(A) Données d'ensemble sur le montant des dépenses et des recettes :
En roubles par feu:
Budget brut Budget en
•О a « espèces
1^2 i i ë s I Dettes f
■2 = 6 о .9- £ о » Ва- rou- J:
S-a.2 £ -5 Й £ -S lance blés <
La différence entre le montant des budgets selon les groupes est donc énorme ; même en laissant de côté les groupes extrêmes, le groupe e a un budget quintuplé par rapport à b, alors que les familles de e sont au-dessous du triple de celles de b.
Voyons La répartition des dépenses * :
Dépenses moyennes par exploitation
Nourriture
Autres frais de consommation personnel!
Frais d'exe ploitation
Impôts et redevances
Total
Roubles
«/oo/o
Roubles
o/oO/o
Roubles
Roubles
o/qO/o
Roubles O/qO/o
Il suffit de considérer la part des frais d'exploitation dans le montant des dépenses de chaque groupe, pour voir que nous lavons devant nous prolétaires et exploitants : dans le groupe a, les frais d'exploitation ne représentent que 14% de la dépense totale; dans le groupe /, 61%. Quant aux différences dans le chiffre absolu des frais d'exploitation,
* Le Recueil distingue entre les « frais personnels et économiques, la nourriture exceptée », et les frais d'entretien du bétail, et place ensemble, dans la première rubrique, par exemple, le fermage et les frais d'éclairage. Il est évident que cela est faux. Nous avons séparé la consom.mation personnelle de la consommation économique (« productive ») ; dans cette dernière nous rangeons les frais nécessités par le goudron, les cordes, le ferrage des chevaux, la réparation des bâtiments, le matériel, le harnachement, les salaires et le paiement des travaux à la pièce, le berger, le fermage et l'entretien du bétail et de !a volaille.
154 V. LENINE
inutile d'en parler. Non seulement chez le paysan sans cheval, mais aussi chez le paysan à cheval unique, ces frais sont minimes, et Г« exploitant » à cheval unique se rapproche bien plus du type courant (dans les pays capitalistes) du salarié agricole ou du journalier doté d'un lot de terre. Notons aussi la différence très sensible dans la pari des frais de nourriture (dans le groupe a, elle est presque le double du groupe /) : on sait que ce pourcentage élevé témoigne d'un niveau de vie très bas et distingue de la façon la plus tranchée le budget àç^ l'exploitant de celui de l'ouvrier. Prenons maintenant le détail des recettes* :
„ , Détail du revenu des «métiers
Revenu moyen par feu auxiliaires»
râ
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5S dJ-H
* Les « soldes des années précédentes » consistent en blé (en nature) et en argent ; nous donnons ici la somme totale, puisque nous avons affaire aux dépenses et recettes brutes, en nature et en argent. — Les quatre rubriques des « métiers auxiliaires » sont la copie des en-tête du Recueil, qui ne fournit plus rien sur les « métiers auxiliaires ». Notons que dans le groupe e, il faut sans doute ranger parmi les entreprises industrielles le roulage, qui rapporte à deux propriétaires de ce groupe — dont un entretient un ouvrier — 250 roubles de revenu à chacun.
Ainsi, les recettes provenant des « métiers auxiliaires » sont supérieures au revenu brut de l'agriculture dans les deux groupes extrêmes : chez le prolétaire sans cheval et chez l'entrepreneur rural. Les « métiers personnels » exercés par les groupes inférieurs consistent surtout, bien entendu, dans un travail salarié, et parmi les « divers » le principal article est le revenu que rapporte la location de la terre. Parmi les « agriculteurs propriétaires » il s'en trouve même pour qui le revenu tiré de la location de la terre n'est guère inférieur, mais parfois même supérieur au revenu brut de l'agriculture : ainsi, un paysan sans cheval tire de l'agriculture 61,9 roubles de revenu brut et 40 roubles de la location de la terre ; un autre respectivement 31,9 roubles et 40 roubles. Et il ne faut pas oublier que le revenu tiré de la location de la terre ou du travail salarié sert en totalité à satisfaire les besoins personnels du « paysan », et que du revenu brut de l'agriculture il faut défalquer les frais nécessités par l'exploitation agricole. Cette défalcation faite, on obtiendra pour le paysan sans cheval 41,99 roubles de revenu net fourni par l'agriculture et 59,04 roubles provenant des « métiers auxiliaires » ; pour le paysan à cheval unique, 69,37 et 49,22 roubles. Le simple rapprochement de ces chiffres montre que nous sommes en présence de types d'ouvriers agricoles dotés d'un lot de terre qui couvre une partie de leurs frais d'entretien (et qui de ce fait abaisse les salaires). Confondre ces types avec les exploitants (agriculteurs et industriels), c'est ignorer d'une manière flagrante toutes les exigences de la recherche scientifique.
A l'autre pôle du village nous trouvons des exploitants qui joignent à leurs exploitations agricoles indépendantes des opérations industrielles et commerciales dont ils tirent un revenu important (étant donné le niveau de vie), s'élevant à plusieurs centaines de roubles. Le vague absolu de la rubrique « métiers personnels » nous dissimule à cet égard
166 V. LENINE
la différence entre groupes inférieurs et supérieurs, mais déjà le taux même des revenus qui en proviennent nous montre combien cette différence est marquée (rappelons que dans la catégorie des « métiers personnels » de la statistique de Voronèje peuvent figurer la mendicité, le travail agricole salarié, les emplois de commis, de gérant, et ainsi de suite).
L'importance du revenu net met encore en relief les paysans sans chevaux et à cheval unique, dont le bilanargent donne des «soldes» misérables (1 à 2 roubles) ou même un déficit. Les ressources de ces paysans ne sont pas supérieures, sinon inférieures, à celles des ouvriers salariés. C'est seulement avec les paysans à deux chevaux que nous constatons un certain revenu net et plusieurs dizaines de roubles de reste (sans quoi il ne saurait être question d'exploitation tant soit peu régulière). La paysannerie aisée a des revenus nets (120 à 170 roubles) qui Télévent nettement au-dessus du niveau commun de la classe ouvrière russe*.
On conçoit que la mise ensemble des ouvriers et des patrons et l'établissement d'un budget « moyen » fournissent l'image d'une « modeste laisance » et d'un « modeste » revenu net : recettes, 491 roubles ; dépenses, 443 roubles ; surplus, 48 roubles, dont 18 en espèces. Mais une pareille
* Le groupe e avec un déficit énorme (41 roubles) qui est cependant couvert par des emprunts, offre une exception apparente. L'explication est que trois familles (sur cinq de cette catégorie) ont célébré des mariages qui ont coûté 200 roubles. (Déficit total des cinq feux : 206 roubles 90 k.). Les frais de consommation personnelle de ce groupe, en plus de la nourriture, se sont donc élevés à un chiffre excessif : 10 roubles 41 par individu des deux sexes, alors que dans aucun autre groupe, même celui des paysans riches (f), ces frais n'atteignent pas même 6 roubles. Ce déficit est donc par sa nature absolument contraire à celui des gens pauvres. C'est un déficit provenant, non pas de l'impossibilité de satisfaire le minimum de besoins, mais d'un accroissement des besoins hors de proportion avec le revenu de l'année.
moyenne est absolument fictive. Elle ne fait que dissimuler la misère totale de la masse de la paysannerie appartenant aux groupes inférieurs (a et b, soit 30 budgets sur 66) et qui, lavec un revenu minime (120 à 180 roubles de revenu brut par famille), n'est pas à même de joindre les deux bouts et ne peut guère subsister qu'en se louant comme salariés agricoles ou comme journaliers.
L'estimation exacte des recettes et des dépenses en argent et en nature nous permet d'établir le rapport qui existe entre la décomposition de la paysannerie et le marché, pour lequel la recette et la dépense en argent importent seules. La part-argent dans l'ensemble du budget est, dans les divers groupes, la suivante :
La part
-argent
des
dépenses
des recettes
dans les dépenses
dans les recettes
bru
tes
Nous voyons donc que le pourcentage des recettes et des dépenses en argent (surtout de ces dernières) va en augmentant des groupes moyens aux groupes extrêmes. Les exploitations dont le caractère commercial est le plus accusé sont celles des paysans sans chevaux et à plusieurs chevaux ; c'est que ces deux catégories vivent surtout de la vente de marchandises ; seulement, pour l'une la marchandise est la force de travail ; pour l'autre, un produit fait (comme on le verra) à l'aide d'une part importante de travail salarié et destiné à la vente, c'est-à-dire un produit
168 V. LEXIXE
affectant la forme de capital. Autrement dit, ces budgets nous montrent, eux aussi, que la décomposition de la paysannerie crée un marché intérieur pour le capitalisme, en transformant d'un côté le paysan en salarié agricole et, de l'autre, en petit producteur de marchandises, en petit bourgeois.
Ces données permettent de tirer une autre conclusion non moins importante, c'est que dans tous les groupes de la paysannerie l'exploitation a pris, dans une mesure appréciable, un caractère commercial ; elle est tombée sous la dépendance du marché : nulle part on ne voit descendre au-dessous de 40% le facteur-argent des recettes ou des dépenses. Chiffre qui doit être reconnu élevé, car il s'agit du revenu brut des petits cultivateurs, oii tout est compris, même l'entretien du bétail, c'est-à-dire la paille, les baies, etc*. Il est évident que même la paysannerie de la zone centrale des Terres Noires (où l'argent est en général moins répandu que dans la zone industrielle ou dans la région des steppes) ne peut absolument exister sans achats et ventes et se trouve déjà sous la dépendance complète du marché, du pouvoir de l'argent. Inutile d'insister sur l'énorme importance de ce fait et sur la grave erreur où tombent nos populistes quand ils veulent le passer sous silence**, entraînés qu'ils sont par leur sympathie pour l'économie naturelle tombée à jamais dans le domaine du passé. Dans la société actuelle on ne peut vivre sans vendre, et tout ce qui retarde le progrès de l'économie marchande ne fait qu'empirer la situation des producteurs. « Les inconvénients du
* Les frais d'entretien du bétail se font presque exclusivement en nature: sur 6 316,21 roubles dépensés à cet effet par toutes les 66 exploitations, la dépense en argent ne représente que la somme de 1 535,2 roubles, dont 1 102,5 pour un propriétaire entrepreneur entretenant 20 chevaux, évidemment, dans un dessein lucratif.
** Cette erreur se retrouve souvent dans les discussions (en 1897) sur l'importance des bas prix des céréales^^
mode de production capitaliste, dit Marx en parlant du paysan, . . .s'ajoutent donc ici aux inconvénients que fait naître le développement incomplet de ce mode de production. Le paysan devient marchand et industriel en l'absence des conditions dans lesquelles il pourrait fabriquer son produit sous forme de marchandise. » {Das Kapital, III, 2, 346. Trad. russe, p. 671.)
Notons que les données budgétaires réfutent entièrement la conception encore assez répandue qui prête aux impôts un rôle important quant au développement de l'économie marchande. Il est hors de doute que les impôts et redevances en argent furent jadis un important facteur du progrès des échanges, mais aujourd'hui l'économie marchande s'est déjà parfaitement affermie, et le rôle indiqué des impôts passe tout à fait au second plan. En comparant le montant des impôts et redevances à la totalité des dépenses en argent des paysans, nous trouvons le rapport : 15,8% (suivant les groupes: a — 24,8% ; 6 — 21,9% ; c— 19,3% ; ûf— 18,8% ; e — 15,4% et / — 9,0%). La dépense maximum en impôts est donc trois fois moindre que l'ensemble des autres dépenses en argent, auxquelles le paysan est astreint dans l'état actuel de l'économie sociale. Si donc, au lieu de parler du rôle des impôts dans le développement des échanges, nous examinons la part qu'ils représentent par rapport aux revenus, nous verrons que cette part est excessivement élevée. A quel point les traditions d'avant l'abolition du servage pèsent sur le paysian de nos jours, c'est ce qui ressort avec le plus de relief de l'existence des impôts qui absorbent la septième partie des dépenses brutes du petit cultivateur, ou même du salarié agricole doté d'un lot de terre. En outre, la répartition des impôts au sein de la commune apparaît d'une étonnante inégalité : plus le paysan est riche, moins est grande la part des impôts dans ses dépenses. Le paysan sans chevaux paie, relativement à son revenu, près de trois fois plus que le paysan à plusieurs
160 V. LENINE
chevaux (v. plus haut la table de la répartition des dépenses). Nous parlons de la répartition des impôts au sein de la commune, parce que si nous faisions le compte des impôts et redevances par déciatine de lot, nous obtiendrions une quasi-égalité. Après tout ce qui vient d'être dit, cette inégalité ne doit pas nous surprendre ; elle est inévitable dans notre commune, tant que cette dernière conserve son caractère obligatoire, fiscal. Comme on sait, les paysans répartissent toutes les charges d'après la terre : la part d'impôts et la part de terre se confondent pour eux dans la seule notion d'« âme »*. Or la décomposition de la paysannerie entraîne, comme on l'a vu, l'amoindrissement du rôle de la terre concédée aux deux pôles de la campagne de nos jours. Il est naturel dès lors que к répartition des impôts d'après le lot (intimement liée lau caractère obligatoire de la commune) entraîne l'imposition des paysans pauvres au profit des riches. La commune (c'est-à-dire la caution solidaire et l'impossibilité de renoncer à la terre), devient de plus en plus préjudiciable aux paysans piauvres**.
(B) En abordant la caractéristique de l'agriculture paysanne, nous rapporterons d'abord les données d'ensemble sur les exploitations :
* Voir V. Orlov. L'économie paysanne. Recueil de rens. stat. sur la province de Moscou, t. IV, îasc. 1. — Trirogov. La commune et les impôts. — Keussler. Zur Geschichte und Kritik des bauerlkhen Gemeindebesitzes in Russiand (Contribution à l'histoire et à la critique de la propriété communale paysanne en Russie. N.R.) — V. V. La commune paysanne {Bilan de la statistique des zemstvos, t. I.)
** Il va de soi que la destruction de la commune32 entreprise par Stolypine (novembre 1906) causera aux paysans pauvres un préjudice encore plus grand. C'est la devise « Enrichissez-vous »*** transplantée en Russie : Cent-Noirs — paysans riches ! pillez en plein, mais soutenez l'absolutisme en déclin ! (Note de la 2« édition.) *** En français dans le texte. (N.R.)
Nombre
Surface en-
Nombre de travailleurs par famille
d'exploitants
Lot concédé
semencée
par feu,
en décia-
tines
ra g —' о
El t-
On
ra te
Ui
Total
Ce tableau montre que pour l'affermage et la location de la terre, pour la grandeur de la famille et de la surface ensemencée, pour l'emploi des salariés agricoles, etc., les rapports entre groupes se trouvent être absolument analogues d'après les budgets comme d':après les données globales analysées plus haut. Bien plus : les chiffres absolus sur les exploitations de chaque groupe sont très voisins de ceux qui embrassent des districts entiers. Voici le tableau comparatif des chiffres budgétaires et des données précédemment examinées :
On compte par feu*
Chez les paysans Chezles paysans sans chevaux à cheval unique
ES
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Д Ci— я
Budgets
4 districts, province
de Voronèje 4,4 0,1 1,4 0,6 5,9 0,7 3,4 2,7
Distr. de Novocuzensk,
prov. de Samara 3,9 0,3 2,1 0,5 4,7 1,4 5,0 1,9
4distr.prov.de 3,9 0,4 1,2 0,5 5,1 1,6 4,5 2,3
Saratov
Distr. de Kamychine, pr. de Saratov 4,2 0,3 1,1 0,6 5,1 1,6 5,0 2,3
3 distr. prov. de N.-Novgorod 4,1 0,2 1,8 0,7 5,2 1,1 4,4 2,4
2 distr. prov. d'Orel 4,4 0,1 ? 0,5 5,7 1,0 ? 2,3
Ainsi la situation du paysan sans chevaux et à cheval unique est presque la même dans toutes les contrées indiquées, de sorte que l'on peut considérer les données budgétaires comme suffisamment typiques.
Citons les données sur l'avoir et le matériel de l'exploitation paysanne dans les différents groupes.
* La surface ensemencée est donnée non pour les 4 districts de la province de Voronèje, mais seulement pour le district de Zadonsk.
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roubles (par
aleiirs en
exploitation)
roubles
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Се tableau illustre bien la différence entre les groupes au point de vue de la richesse en matériel et en bétail, déjà signalée ci-dessus d'après les recensements généraux. Nous voyons là une situation économique absolument différente d'un groupe à l'autre, au point que même les chevaux du paysan non possédant ne sont pas du tout les mêmes que ceux du paysan aisé.* La bête du paysan à cheval unique est une véritable « fraction ambulante » : elle n'est pas, il
* Il existe dans la littérature agricole allemande des monographies de Drechsler, contenant des chiffres sur le poids des animaux chez les propriétaires des différents groupes, établis d'après l'étendue de leur terre^^. Ces données font ressortir avec encore plus de relief que les chiffres ci-dessus de la statistique russe des zemstvos la qualité infiniment inférieure du bétail des petits paysans en comparaison de celui des gros paysans et surtout des propriétaires fonciers. J'espère d'ici peu étudier ces données pour la presse. (Note de la 2e édition.)
164 V. LENINE
est vrai, « un quart de cheval », mais — chiffre énorme «vingt-sept cinquante deuxièmes» de cheval !*з*
Prenons maintenant le détail des frais d'exploitation' Détail des frais d'exploitation en roubles, par feu
Acquis it
on
et
réparations
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If), 32
Total 0,37 13,19 13,14 26,33 35,45 10,54 81,69 98,91 180,60
Ces chiffres sont très éloquents. Ils mettent en relief le caractère tout à fait misérable de Г« exploitation » non seulement du paysan sans chevaux, mais même de celle du paysan à cheval unique, et toute la fiausseté du procédé courant qui consiste à mettre les paysans en question sur le même plan que ceux, peu nombreux, mais bien assis, qui dépensent des centaines de roubles pour leur exploitation ; qui peuvent améliorer leur matériel, embaucher des ouvriers et faire de gros «achats» de terre, en louant pour 50, 100 et 200 roubles par an***. Notons à ce propos que
* Si on voulait appliquer ces normes budgétaires sur la valeur des bâtiments, du matériel et du bétail dans les différents groupes de la paysannerie, aux chiffres récapitulatifs rapportés plus haut sur 49 provinces de la Russie d'Europe, il en résulterait qu'un cinquième des feux paysans dispose de moyens de production sensiblement plus nombreux que tout le reste de la paysannerie.
** Les frais d'entretien du bétail sont faits généralement en nature ; les autres frais d'exploitation, le plus souvent en argent.
*** Combien chère au cœur doit être à ces « paysans bien assis » la « théorie de l'affermage » de M. Karychev, imposant des baux à long terme, l'abaissement des fermages, le paiement des améliorations apportées, etc. C'est justement ce qu'il leur faut.
les dépenses relativement élevées du paysan sans cheval pour les « ouvriers à terme et à la tâche » s'expliquent, selon toute probabilité, par le fait que les statisticiens ont confondu sous cette rubrique deux choses absolument différentes : le louage de l'ouvrier qui doit travailler avec le matériel de l'employeur, c'est-à-dire le louage du salarié agricole ou du journalier — et celui du cultivateur voisin qui est tenu de labourer avec son matériel à lui la terre de l'employeur. Ce sont là deux formes diamétralement opposées de « louages » qui doivent être rigoureusement distinguées, comme l'a fait, par exemple, V. Orlov (cf. le Recueil de renseignements statistiques sur la province de Moscou, t. VI, f. 1).
Analysons maintenant les données sur le revenu tiré de l'agriculture. Malheureusement, ces données sont loin d'avoir été suffisamment étudiées dans le Recueil (peut-être, en partie, en raison de leur faible nombre). Ainsi la question des rendements n'a pas été étudiée ; pas de renseignements sur la vente de chaque produit en particulier et sur les conditions de cette vente. Nous allons donc nous borner au court tableau que voici :
Revenu tiré de l'agriculture, en roubles Total En argent
En OqO/o
Groupes
Par exploitation
Par individu
des deux
sexes
Par exploitation
par rapport
au total du
revenu
agricole
Revenu des
métiers auxiliaires par exploitation
Une exception frappante, dans ce tableau, c'est la baisse énorme de la part du revenu en argent tiré de l'agriculture dans le groupe supérieur, malgré la plus grande étendue de sa surface ensemencée. L'exploitation agricole la plus vaste serait donc aussi la plus rapprochée de l'économie naturelle. Il serait extrêmement intéressant d'étudier de plus près cette exception apparente, qui projette de la lumière sur la question très importante des rapports entre l'agriculture et les «métiers auxiliaires» à caractère d'entreprise. Ces derniers, on l'a déjà vu, jouent un rôle considérable dans les budgets des exploitants à plusieurs chevaux. A en juger d'après les données à l'étude, le trait typique de la bourgeoisie paysanne de cette contrée est sa tendance à combiner l'agriculture avec les entreprises industrielles et commerciales*. Il n'est pas difficile de voir d'abord que ces exploitants ne doivent pas être rapprochés des cultivateurs proprement dits et que, en second lieu, l'agriculture dans ces conditions n'a souvent que Vapparence d'une économie naturelle. Quand à l'agriculture se joint le traitement technique des produits agricoles (meunerie, huilerie, amidonrierie, distillation, etc.), le revenu en argent de ce genre d'exploitation peut être rapporté non au revenu tiré de l'agriculture, mais à celui provenant de l'entreprise industrielle. En réalité, l'agriculture sera dans ce cas marchande, et non naturelle. Il faut en dire autant d'une exploitation dans laquelle la masse des produits agricoles est consommée en nature pour l'entretien d'ouvriers et de chevaux servant à quelque entreprise industrielle (chevaux de relais, par exemple). C'est ce genre d'exploitation que nous rencontrons parmi celles du groupe supérieur
* Sur 12 cultivateurs sans chevaux, aucun ne tire un revenu d'entreprises ou établissements industriels ; sur 18 à cheval unique, on en compte un; sur 17 à deux chevaux, deux ; sur 9 à trois chevaux, trois ; sur 5 à quatre chevaux, deux ; sur 5 exploitants à plus de quatre chevaux, quatre.
(budget n° 1, district de Korotoïak. Famille composée de 18 membres, 4 travailleurs familiaux, 5 salariés agricoles, 20 chevaux ; revenu de l'agriculture, 1 294 roubles, presque exclusivement en mature ; revenu des entreprises industrielles, 2 675 roubles. Et c'est cette « économie paysanne naturelle » que l'on joint à celles des paysans sans chevaux ou à cheval unique pour en déduire la « moyenne»). Cet exemple noiis montre une fois de plus combien il importe de joindre le groupement d'après l'étendue et le type de l'exploitation agricole au groupement d'après l'étendue et le type des « métiers auxiliaires ».
(C) Analysons maintenant les données concernant le niveau de vie des paysans. Les frais d'ialimentation en nature ne figurent pas tous dans le Recueil. Nous en extrayons les princip'aux : végétaux et viande*.
Par individu des deux sexes Produits farineux Ibid. en unités de seigle, pouds
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