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Pour comparer ces chiffres à ceux du niveau de vie des ouvriers ruraux, nous pouvons prendre premièrement les prix moyens du travail. Durant dix ans (1881-1891), le salaire тоз^еп de l'ouvrier agricole à l'année dans la province de Voronèje, était de 57 roubles, et avec son entretien de 99 roubles*, de sorte que son entretien coûtait 42 rou-
* Renseignements agricoles et statistiques puisés chez les propriétaires. Edition du Département de l'Agriculture. F. V. St-Pétersbourg 1892, S. Korolenko : Le travail salarié libre dans les exploitations agricoles, etc.
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bles. La consommation personnelle des ouvriers et journaliers dotés d'un lot de terre (paysans sans chevaux ou à cheval unique) est au-dessous de ce niveau. Tout l'entretien de la famille se monte à 78 roubles seulement chez le « paysan » sans chevaux (pour une famille composée de 4 membres) et à 98 roubles chez le paysan à cheval unique (pour une famille composée de 5 membres), soit moins que ne coûte l'entretien d'un salarié agricole. (Nous avons retranché des budgets du paysan sans chevaux et à cheval unique les frais d'exploitation, les impôts et redevances, car dans cette contrée le prix du lot donné en location n'est pas au-dessous du montant des impôts.) Comme il fallait bien s'y attendre, la situation de l'ouvrier attaché à son lot de terre est pire que celle de l'ouvrier libre de cette attache (sans compter que la fixation au lot développe à un haut degré la servitude et la dépendance personnelle). Les dépenses en argent de l'ouvrier agricole sont de beaucoup supérieures à celles du paysan à cheval unique ou sans chevaux pour la consommation individuelle. Donc, la fixation au lot retarde les progrès du marché intérieur.
En second lieu, nous pouvons utiliser les données de la statistique des zemstvos sur la consommation des salariés agricoles. Prenons les chiffres du Recueil de renseignements statistiques sur la province d'Orel, district de Karatchev (t. V, fasc. 2, 1892), basés sur 158 cas de louage d'ouvriers*. En traduisant la ration mensuelle en ration annuelle, nous obtenons :
* Les conditions de la vie dans les provinces d'Orel et de Voronèje sont à peu près les mêmes et les chiffres fournis, nous le verrons bien, sont ordinaires. Nous n'empruntons pas les données à l'ouvrage déjà cité de S. Korolenko, car l'auteur lui-même reconnaît que MM. les propriétaires terriens qui les ont fournies ont parfois « exagéré »... (V. la confrontation de ces données dans l'article de M. Maress : L'influence des récoltes, etc. I, p. 11.)
Farine de seigle,
pouds Gruaux, pouds Millet, pouds
Pommes de terre, mesures
Total, en seigle*
Lard, livres
Valeur de toute la nourriture par an, en roubles
Entretien d'un salarié agricole de la prov. d'Orel
minimum maximum moyenne
Entretien d'un
«paysan» de la prov.
de Voronèje
à cheval unique
livres
de farine
de millet
sans chevaux
Donc, par leur niveau de vie, les paysans à cheval unique et sians chevaux ne sont pas au-dessus du salarié agricole : ils se rapprochent plutôt du niveau minimum de ce dernier.
La conclusion générale de cette analyse des données concernant le groupe inférieur de la paysannerie, est donc celle-ci : aussi bien par ses rapports avec les autres groupes, qui l'évincent de l'agriculture, que par l'étendue de son exploitation qui ne subvient que partiellement à l'entretien de la famille, par la source de ses moyens de subsistance (vente de la force de travail), et enfin par son niveau de vie ce groupe doit être rangé parmi les salariés agricoles et les journaliers possédant un lot de terre**.
* En comptant d'après le procédé ci-dessus indiqué.
** De notre rapprochement du niveau de vie chez l'ouvrier et dans
le groupe inférieur de la paysannerie, les populistes tireront sans doute
cette conclusion que nous « sommes pour » la dépossession foncière
des paysans, etc. Pareille déduction serait fausse. De ce que nous ve-
En terminant l'exposé des données de la statistique des zemstvos sur les budgets paysans, nous ne pouvons nous empêcher de nous arrêter sur la façon dont traite ces données M. Chtcherbina, auteur du Recueil de renseignements esiimatoires sur les terres et d'un article sur les budgets paysans dans le livre connu: L'influence des récoltes et des prix du blé, etc. (t. II) з7. M. Chtcherbina affirme, on ne sait pour quelle raison, dans le Recueil qu'il s'appuie sur la théorie « de l'économiste bien connu K. Marx » (p. 111) ; en réalité, il ne fait tout simplement que dénaturer cette théorie, en confondant la différence entre le capital constant et le capital variable avec la différence entre le capital fixe et le capital circulant (ibid.) ; il applique sans aucune raison ces termes et ces catégories du capitalisme développé à l'agriculture paysanne (passim), etc. Toute l'analyse des données budgétaires se réduit, chez M. Chtcherbina, à un incroyable et perpétuel abus des « grandeurs moyennes ». Toutes les évaluations portent sur le paysan « moyen ». Le revenu foncier établi pour 4 districts, est divisé par le nombre des exploitations (rappelez-vous que chez le paysan sans cheval ce revenu est d'environ 60 roubles par famille, et chez le riche d'environ 700 roubles. Il détermine « la grandeur du capital constant » (sic) « par exploitation » (p. 114), c'est-à-dire la valeur de tout l'avoir; il détermine la valeur « moyenne » du matériel, la valeur moyenne des entreprises industrielles et commerciales {sic) : 15 roubles par exploitation. M. Chtcherbina ignore
nons de dire il s'ensuit seulement que nous « sommes pour » l'abolition de toutes les restrictions au droit du paysan de disposer librement de sa terre, d'abandonner son lot, de sortir de la commune. Seul le paysan peut juger de ce qui lui est plus avantageux : être salarié agricole avec ou sans lot de terre. Aussi les entraves de ce genre ne peuvent en aucun cas ni d'aucune façon se justifier. En les défendant, les populistes se font les serviteurs des intérêts de nos agrariens.
volontairement ce détail que ces entreprises sont la propriété privée de la minorité laisée, et il les divise entre tous « égalitairement » ! Il établit le fermage « moyen » (p. 118) qui est, on l'a vu, de 6 roubles chez le paysan à cheval unique et de 100 à 200 roubles chez le riche. Tout cela est additionné, puis divisé par le nombre des exploitations. Il établit même la dépense « moyenne » pour la « réparation des capitaux » (ibid.) Qu'est-ce que cela peut bien vouloir dire, Alliah le sait. S'il s'agit de compléter et de restaurer le matériel et le bétail, voici les chiffres déjà cités par nous : cette dépense est chez le paysan sans cheval de 8 (huit) kopecks par exploitation, et chez le riche de 75 roubles. N'est-il pas évident qu'en additionnant des « exploitations paysannes » de ce genre et en les divisant par le nombre des composants, nous obtiendrons cette « loi des besoins moyens », découverte par M. Chtcherbina déjà dans le recueil sur le district d'Ostrogojsk (t. II, fasc. II, 1887) et si brillamment appliquée dans la suite ? Cela fait, il ne sera pas difficile de déduire de cette « loi » que le « paysan satisfait non pas un minimum de besoins, mais leur niveau moyen » (p. 123 et bien d'iautres) ; que l'exploitation paysanne offre « un type de développement » particulier (p. 100), etc., etc. Cette manière simpliste d'« égaliser » le prolétariat rural et la bourgeoisie paysanne, a pour appui le groupement — déjà connu — d'après le lot concédé. Si nous voulions appliquer ce groupement aux données budgétaires, par exemple, nous réunirions en un seul groupe les paysans que voici (dans la catégorie des bien lotis, ayant des lots de 15 à 25 déciatines par famille) : l'un donne en location la moitié de son lot (de 23,5 déciatines), ensemence 1,3 déc, vit principalement de « métiers personnels » (comme cela sonne bien, en vérité !) et touche un revenu de 190 roubles par 10 individus des deux sexes (budget n° 10, district de Korotoïak). L'autre prend à bail 14,7 déc. en plus de son lot, ensemence 23,7 déc, entretient des salariés
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agricoles et touche 1 400 roubles de revenu par 10 individus des deux sexes (budget n° 2, district de Zadonsk). N'est-il pas clair que nous aurons là un « type de développement » particulier, en additionnant les exploitations des salariés agricoles et des journaliers avec celles des paysans qui louent des ouvriers, et en divisant la somme par le nombre des composants ? Il suffit d'opérer toujours et exclusivement avec des chiffres « moyens » sur les exploitations paysannes, et toutes les « idées fausses » sur la différenciation de la paysannerie seront à jamais bannies. C'est ce que fait M. Chtcherbina, en appliquant ce procédé en grand* dans son article du livre L'influence des récoltes, etc. Un effort prodigieux y est tenté pour établir les budgets de toute la paysannerie russe, toujours à l'aide de ces mêmes « moyennes » déjà éprouvées. Le futur historien de la littérature économique russe notera avec étonnement le fait que les préjugés du populisme ont fait oublier les exigences les plus élémentaires de la statistique économique, qui obligent de distinguer strictement entre patrons et ouvriers salariés, quelle que soit la forme de possession foncière qui les unisse, si nombreux et variés que soient les types intermédiaires existant entre eux.