Huilerie
La fabrication de l'huile de lin, de chanvre, de tournesol, etc., fait, elle aussi, assez souvent figure d'industrie agricole. On peut juger de son développement depuis l'abolition du servage par le fait qu'en 1864 sa production se chiffrait par 1 619 000, roubles ; en 1879, par 6 486 000 roubles et en 1890, par 12 232 000 roubles*. Ici encore on observe un double processus de développement : d'un côté, on voit apparaître dans les campagnes de petites 'huileries appartenant aux paysans (parfois aussi aux seigneurs) travaillant pour le marché ; d'un autre côté, de grandes usines à vapeur se fondent, qui concentrent la production et refoulent les petites entreprises**. Ce qui nous intéresse ici, c'est uniquement le traitement agricole des plantes oléagineuses. « Les propriétaires des huileries de chanvre, lisons-nous dans la Revue historico-statistique (t. II), appartiennent à
clairvoyants populistes ont saisi un « principe » particulier dans une association d'entrepreneurs ruraux et n'ont remarqué aucun «principe» économique ou social nouveau dans l'existence même et le développement d'une classe d'entrepreneurs ruraux.
* Recueil de renseignements et matériaux du Ministère des Finances, 1866, n" 4. Index d'Orlov, Ire et 3^ éditions. Nous ne citons pas les données relatives au nombre des usines, car notre statistique des fa-t briques et usines à ce sujet confond les petites huileries agricoles et les grandes huileries industrielles, tantôt comptant les premières, tantôt les omettant, selon les provinces et les époques. Ainsi, aux années 1860 on comptait parmi les « usines » une multitude de petites huileries.
** Ainsi, en 1890, sur 383 usines avec une production de 12 232 000 roubles, 11 produisaient pour 7 170 000 roubles. Cette victoire des entrepreneurs industriels sur les entrepreneurs ruraux suscite le plus vif mécontentement de nos agrariens (comme M. S. Korolenko, /. c.) et de nos populistes (comme M. N. — on, pp. 241-242 des fsçuîsses). Nous ne partageons pas leur opinion. Les grandes usines relèveront la productivité du travail et socialiseront la production. De plus, la situation des ouvriers sera sans doute meilleure dans les grandes usines que dans les petites huileries agricoles, et cela non seulement au point de vue matériel.
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la paysannerie aisée », qui attribue une valeur particulière à cette production pour l'excellente nourriture qu'elle procure au bétail (tourteaux). M. Prougavine (/. c.) note le « grand développement de la production de l'huile de lin » dans le district de louriev, province de Vladimir, et constate que les paysans en tirent « pas mal de profit » (pp. 65-66), et que l'agriculture et l'élevage se trouvent à un niveau très supérieur à la moyenne chez les paysans propriétaires d'huileries, et que certains fabricants d'huile emploient aussi des ouvriers salariés (1. c, tableaux, pp. 26-27, 146-147). Le recensement des koustari de Perm en 1894-1895 a également montré que chez les koustari fabricants d'huile les modes d'exploitation agricole sont bien supérieurs à ceux du gros des paysans (surfaces ensemencées plus étendues, sensiblement plus de bétail, meilleures récoltes, etc.), et que cette amélioration de l'agriculture s'accompagne de l'embauchage d'ouvriers salariés*. La province de Voronèje a connu depuis l'abolition du servage la culture commerciale du tournesol traité dans les huileries locales. En 1870-1880 on comptait en Russie 80 000 déciatines de tournesol (Revue historico-statistique, t. I), en 1880-1890 environ 136 000 déciatines, dont les Va appartenaient aux paysans. « Mais à en juger d'après certaines données, la surface ensemencée de cette plante a considérablement augmenté depuis jusqu'à 100% et même davantage en certains endroits » {Les forces productives, t. 1, p. 37). «Le bourg d'Alexéevka (district de Birioutchenskoïé, province de Voronèje), lisonsnous dans la Revue hlstorlco-statistlque, 2^ partie, compte à lui seul plus de 40 huileries, et si ce bourg s'est enrichi et s'est transformé, de misérable village en une riche localité, avec maisons et boutiques couvertes de tôle, c'est uniquement grâce à la culture du tournesol» (p. 41). Pour se rendre
* V. Iline. Etudes et articles économiques, St-Pb 1899, pp. 139- 140. (Œuvres, t. 2, pp. 360-361. N.R.)
compte de la façon dont cet enrichissement de la bourgeoisie paysanne a retenti sur la masse paysanne, il suffit de dire qu'en 1890 sur 2 273 familles (avec 13 386 habitants, hommes et femmes) enregistrées à Alexéevka 1 761 n'avaient pas de bêtes de travail, 1 699 n'avaient pas de matériel, 1 480 ne travaillaient pas la terre, et 33 familles seulement n'exerçaient pas d'industries d'appoint*.
Il faut noter qu'en général les huileries paysannes figurent d'ordinaire dans les recensements par feux des zemstvos, parmi les «entreprises commerciales et industrielles» dont nous avons déjà montré le rôle et la répartition au chapitre II.