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Industries du bois

La fabrication des coffres est l'exemple le plus typique de la manufacture capitaliste dans cette branche. D'après les enquêteurs de Perm, par exemple, « son organisation est la suivante : quelques gros patrons possédant des ateliers avec ouvriers salariés achètent des matériaux, en partie fabriquent les pièces chez eux, mais surtout distribuent la matière première à de petits ateliers de détail ; dans leurs ateliers à eux ils font seulement l'ajustage des pièces et, l'article fini, ils l'envoient au marché. La division du travail. . . est ici appliquée sur une grande échelle : la fabrication d'un coffre comporte de 10 à 12 opérations, dont chacune est exécutée par des ouvriers détaillistes. Organisation de l'industrie : les ouvriers de détail (Teilarbeiter, d'après la terminologie de Marx) sont unis sous la direction du capital»**. C'est une m'anufacture hétérogène {hétérogène Mantifaktur, d'après Marx^^) dans laquelle des ouvriers différents exécutent non pas les opérations successives nécessaires à la transformation de la matière en produit, mais les diverses parties du produit qui seront ensuite assemblées. La préférence donnée par les capitalistes aux koustari travailLant à domicile s'explique en partie par le caractère susmentionné de cette manufacture, en partie (et surtout) par une rémunération plus basse des ouvriers

* Voir recueils statistiques des zemstvos sur les districts de Troubtchevsk, Karatchev et Orel (province d'Orel). La connexion des grandes manufactures avec les petites entreprises paysannes ressort aussi du fait que ces dernières commencent à faire usage du travail salarié; ainsi, dans le district d'Orel 16 paysans, propriétaires de filatures, emploient 77 ouvriers.

*♦ V. Iline, Etudes, p. 176. (Voir Œuvres, t. 2, pp. 399-400. N.R.)

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à domicile*. Notons que les lateliers de cette industrie, relativement grands, sont parfois compris dans les « fabriques et usines** ».

Il est fort probable que l'industrie des coffres du district de Mourom, province de Vladimir, est organisée de la même façon. La Liste signale 9 « fabriques » (toutes à travail manuel) avec 89 ouvriers travaillant dans les établissements et 114 au dehors, avec une production de 69 810 roubles.

L'industrie de la carrosserie dans la province de Perm, par exemple, est organisée de même : de la masse des petites entreprises on voit se dégager des ateliers d'assemblage employant des ouvriers sûliariés. Les petits koustari sont des ouvriers de détail fabriquant des pièces de carrosserie avec leur matière première propre ou avec celle que leur fournissent les « revendeurs » (c'est-à-dire des propriétaires d'ateliers d'assemblage) ***. En ce qui concerne les carrossiers de la province de Poltava, nous lisons que dans le bourg d'Ardon il existe des ateliers employant des ouvriers salariés et distribuant l'ouvrage à domicile (les plus gros patrons emploient jusqu'à 20 ouvriers au dehors)****. Dans la province de Kazan on observe dans la fabrication des voitures de ville la division du travail par articles : certaines localités ne fabriquent que les traîneaux ; d'autres seulement les charrettes, etc. « Les voitures de ville, entièrement assemblées au village (mais sans ferrures, sans roues et sans brancards), sont livrées sur commande aux marchands de Kazan qui les donnent à ferrer aux forgerons. Elles

* Voir là-dessus les chiffres précis du recensement de l'industrie artisanale de Perm. p. 177. (Voir Œuvres, t. 2, p. 400. N.R.)

** Voir l'Index et la Liste pour cette même province de Perm et ce même « Névianski Zavod », bourg non agricole, qui est le centre de « l'industrie artisanale ».

*** Cf. nos Etudes, pp. 177-178. (Voir Œuvres, t. 2, pp. 400-401. N.R.) *♦** Comptes rendus et recherches, t. I.

retournent ensuite aux boutiques et ateliers de la ville, où elles sont finies, c'est-à-dire peintes et capitonnées. . . Kazan, où les voitures de ville étaient auparavant ferrées, a cédé peu à peu ce travail laux petits producteurs autonomes, qui travaillent à meilleur compte que les ouvriers des villes. . . » * Le capital préfère donc distribuer le travail à domicile, car il diminue ainsi les frais de main-d'œuvre. L'organisation de l'industrie de la carrosserie, comme il ressort des données ci-dessus, présente dans La plupiart des cas un système d'ouvriers détaillistes, soumis au capital.

Le gros bourg industriel de Vorontsovka dans le district de Pavlovo (province de Voronèje) (en 1897 il comptait 9 541 habitants), n'est pour ainsi dire qu'une seule manufacture d'objets en bois {Travaux de la Commission, etc., f©sc, IX, article du prêtre M. Popov). Plus de 800 familles s'occupent de cette industrie (sans compter un certain nombre de familles du faubourg d'Alexandrovka avec plus de 5 000 habitants). On y fabrique des télègues, tarantass, roues, coffres, etc., pour une somme de 267 000 roubles. Les propriétaires indépendants sont moins d'un tiers ; dans les ateliers des patrons, les ouvriers salariés sont riares"-'"''. La plupart travaille à la pièce sur commande des paysans-marchands de la localité. Les ouvriers sont débiteurs des patrons et se tuent au travail : la population s'affaiblit. La population du bourg est industrielle, de type non villageois ; elle ne s'occupe presque pas d'agriculture (sauf les potagers), n'ayant que des lots misérables. L'industrie existe de longue date ; elle éloigne le paysan de l'agriculture et accentue de plus en plus la division entre riches et pauvres.

* Comptes rendus et recherches, t. III.

** On compte quatorze gros marchands de bois. Ils ont des charronneries à vapeur (d'une valeur d'environ 300 roubles) ; il y en a 24 dans le bourg, occupant chacune 6 ouvriers. Les mêmes marchands distribuent de la matière première et asservissent les ouvriers par des avances en argent.

On se nourrit mal, on s'habille « avec plus de recherche qu'avant» «mais au-dessus de ses moyens», en achetant tout. « L'esprit industriel et commercial s'est emparé de la population. » « Presque tous ceux qui ne savent pas un métier, font commerce de quelque chose. . . Sous l'influence de l'industrie et du commerce, le paysan a pris une allure plus dégagée, ce qui l'a rendu plus cultivé et plus débrouillard » *.

La fameuse industrie des cuillers de bois du district de Sémionov, province de Nijni-Novgorod, se rapproche par son organisation de la manufacture capitaliste ; il est vrai qu'on ne trouve pas ici de grands ateliers se différenciant de la masse des petits et les dominant. En revanche, nous voyons ici une division du travail fortement enracinée et une soumission absolue de la masse des ouvriers de détail au capital. Avant d'être finie, la cuiller passe au moins par dix mains. Les revendeurs confient certaines de ces opérations à des ouvriers salariés ou bien ils les distribuent à des ouvriers spécialisés (par exemple, la peinture) ; il est des villages qui se spécialisent dans telles ou telles opérations de détail (par exemple, le village de Diakovo s'est spécialisé dans le tournage qui se fait sur commande du revendeur et à la pièce, les villages de Khvostikova, Dianova, Joujelki, dans la peinture, etc.). Les revendeurs achètent en gros le bois dans les provinces de Samara et autres, y envoient des artels d'ouvriers salariés, possèdent des dépôts de matières premières et d'objets fabriqués, font travailler par des koustari les matières premières d'espèces précieuses, etc.

* Il y a lieu ici de rappeler en général comment le capitalisme évolue dans l'industrie du bois. Les marchands ne vendent pas le bois tel quel, mais embauchent des ouvriers pour les faire travailler et en fabriquer des divers objets qu'ils vendent ensuite. Voir Travaux de la Commission..., t. VIII, pp. 1268, 1314 Voir aussi Recueil de renseignements statistiques sur le district de Troubtchevsk, province d'Orel.

La masse des ouvriers de détail constitue un mécanisme producteur complexe, entièrement soumis au capital. « Il importe peu aux cuilleristes de travailler comme salariés entretenus par le patron et dans son local ou de peiner dans leurs isbas, car dans cette industrie, comme du reste dans les autres, tout est pesé, mesuré, compté d'avance. Le cuilleriste ne gagnera jamais plus que le strict nécessaire indispensable à son existence»*. Il est bien naturel que, dans ces conditions, les capitalistes qui dominent la production tout entière, ne se pressent pas d'installer des ateliers et que l'industrie basée sur l'habileté manuelle et la division traditionnelle du travail continue de végéter, délaissée et sans mouvement. Attachés à la terre, les « koustari » semblent somnoler dans leur routine : en 1889 comme en 1879 ils continuent à compter la monnaie à l'ancienne manière en roubles-assignats, et non en roubles argent.

Ce sont encore des établissements du type de la manufacture capitaliste qui sont à la tête de l'industrie du jouet dans la province de Moscou **. Sur 481 ateliers, 20 emploient plus de 10 ouvriers. La division du travail par articles et par spécialités est largement pratiquée, ce qui élève énormément la productivité du travail (au prix de la mutilation de l'ouvrier). Ainsi, le revenu d'un petit atelier est estimé à 26% du prix de vente et celui d'un grand atelier, à 58%***. Il va de soi que le capital fixe des grands patrons est de beaucoup plus important ; on constate également des perfectionnements techniques (par exemple, des séchoirs).

* Travaux de la commission artisanale, fasc. II, IS79. Voir aussi les Matériaux de la statistique des zemstvos sur le district de Sémionov, fasc. XI, 1893.

** Les données statistiques que nous avons citées (ann. I au chapitre V, industries nos 2, 7, 26) n'embrassent qu'une partie infime des artisans occupés à cette industrie ; mais elles montrent qu'il existe déjà des aieliers de U à 18 ouvriers.

*** Recueil de renseignements statistiques sur la province de Moscou, t. VI, fasc. 2, p. 47.

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L'industrie a son centre à Serguievski possade à population non agricole (il compte 1 055 ouvriers sur 1 398, avec une production de 311 000 roubles sur 405 000 roubles ; d'après le recensement de 1897, 15 155 habitants). L'auteur de l'article sur cette industrie indique la prédominance des petits ateliers, etc., et il estime que l'évolution de l'artisanat vers la manufacture est plus vraisemblable que vers la fabrique, mais peu vraisemblable après tout. « Dans l'avenir, dit-il, les petits producteurs pourront toujours faire concurrence avec plus ou moins de succès à la grande industrie» (Л c, p. 93). L'auteur oublie que dans la manufacture c'est toujours, comme dans les petites industries, la production manuelle qui reste la base technique ; que la division du travail ne peut jamais constituer un avantage décisif capable d'évincer complètement les petits producteurs, surtout quand ces derniers font usage de moyens tels que la prolongation de la journée de travail, etc. ; que la manufacture ne saurait jamais embrasser l'ensemble de la production et demeure une superstructure par rapport à la masse des petites entreprises.

5. Industries de traitement des produits animaux. Industrie des cuirs et peaux

Les régions les plus étendues de l'industrie du cuir offrent les exemples les plus frappants de la fusion totale de l'industrie artisanale et de l'industrie en usine ; des exemples de manufacture capitaliste très développée (en profondeur et en étendue). Chose caractéristique, c'est que les provinces remarquables par les proportions de l'industrie du cuir « en usine » (Viatka, Nijni-Novgorod, Perm, Tver) se distinguent par un développement intense des petites industries artisanales connexes.

D'après V Index pour 1890 le bourg Bogorodskoïé, district de Gorbatov, province de Nijni-Novgorod, comptait

58 « fabriques » avec 392 ouvriers et une production de 547 000 roubles, et d'après la Liste pour 1894-95, les «usines » étaient au nombre de 119 avec 1 499 ouvriers travaillant en usines et 205 au dehors, avec une production de 934 000 roubles (ces derniers chiffres ne se rapportent qu'au traitement des produits animaux, principale branche de l'industrie locale). Mais ces chiffres ne nous montrant que les sommets de la ma'nufacture capitaliste. M. Karpov a compté en 1879 dans ce bourg et dans la région plus de 296 entreprises avec 5 669 ouvriers (dont beaucoup travaillaient à domicile pour les capitalistes) et une production d'environ 1 490 000 roubles * dans les industries suivantes : cuirs, collage, tressage des corbeilles (pour la marchandise), bourrellerie, harnais, moufles et, à part, dans la poterie. Le recensement des zemstvos de 1889 comptait dans cette région 4 401 personnes occupées dans l'industrie et sur les 1 842 ouvriers à propos desquels on a des renseignements plus détaillés, 1 119 travaillaient comme salariés dans des ateliers et 405 travaillaient à domicile pour des patrons **. « Bogorodskoïé avec ses 8 000 habitants n'est qu'une immense usine de cuirs, où Ton ne chôme jamais »***. C'est plutôt une manufacture « sérielle » soumise à un petit nombre de gros capitalistes qui achètent la matière première, travaillent les peaux, en font des articles divers, embauchant à cet effet plusieurs milliers d'ouvriers dépourvus de tout, se trouvant à la tête de petits établissements ****. L'in-

* Travaux de la Commission artisanale, IX. ** Matériaux relatifs à l'estimation des terres dans le district de Gorbatov.

*** Travaux de la Commission artisanale, IX.

**** Ainsi, en tête de l'industrie des harnais se trouvent 13 grands patrons employant chacun de 10 à 30 ouvriers salariés et 5 à 10 travaillant au dehors. Les gros fabricants coupent les moufles dans leurs ateliers (avec 2 ou 3 ouvriers salariés) et les donnent à coudre à 10 ou 20 femmes travaillant chez elles ; ces dernières se divisent en doigtières et piqueuses. Les premières reçoivent le travail des patrons

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dustrie existe de très longue date (depuis le XVII" siècle) ; son histoire a conservé surtout la mémoire des Chérémétev, seigneurs terriens qui, au commencement du XIX^ siècle, ont beaucoup contribué à son développement et ont, entre autres, défendu le prolétariat qui s'était depuis longtemps formé là, — contre les richards de l'endroit. Après 1861, l'industrie a beaucoup grandi, et l'on voit notamment les grands établissements se multiplier aux dépens des petits. Les siècles d'activité industrielle ont formé des ouvriers d'une grande habileté, qui ont répandu le métier à travers la Russie. Les rapports capitalistes, en se consolidant, ont abouti à séparer l'industrie de l'agriculture : non seulement Bogorodskoïé ne s'occupe presque pas d'agriculture, mais il enlève à la terre les paysans des alentours qui viennent s'établir dans cette «ville»*. M. Karpov constate dans ce bourg « l'absence totale de touteûpparence paysanne » ; «on a peine à s'imaginer, dit-il, qu'on se trouve dans un village et non dans une ville». Ce bourg laisse loin derrière lui Gorbatov et les autres chefs-lieux de district de la province de Nijni-Novgorod, à l'exception peut-être d'Arzamas. C'est « un des centres commerciaux et industriels les plus importants de la province ; il produit et vend pour des millions de roubles ». « La zone d'influence industrielle et commerciale de Bogorodskoïé est très étendue ; mais c'est surtout l'industrie de ses alentours qui, dans un rayon de 10 à

et le distribuent aux secondes qu'elles exploitent (renseignements pour 1879).

* En 1889, 1469 feux sur 1812 (avec 9 241 habitants) ne semaient pas (en 1897, 12 342 habitants). Les villages de Pavlovo et de Bogorodskoïé se distinguent des autres villages du district de Gorbatov en ce que leurs habitants n'émigrent guère ; au contraire, de la totalité des paysans absents dan» le district de Gorbatov 14,9% habitent Pavlovo et 4,9% Bogorodskoïé. De 1858 à 1898, la population dans le district a augmenté de 22,1% tandis qu'à Bogorodskoïé, l'accroissement est de 42%. (Voir les Matériaux de la statistique des zemstvos.)

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12 verstes, est le plus intimement liée à celle de Bogorodskoïé. Cet entourage industriel est comme la continuation de Bogorodskoïé ». « Les habitants de Bogorodskoïé ne ressemblent nullement aux moujiks incultes ordinaires : ce sont des petits bourgeois artisans, des gens compréhensifs, avisés, qui méprisent les paysans. Le train de vie et la mentalité des habitants de Bogorodskoïé sont bien ceux du petit bourgeois». Il reste à ajouter que les bourgs industriels du district de Gorbatov se distinguent par le niveau d'instruction des habitants relativement élevé : à Pavlovo, Bogorodskoïé et Vorsma, la proportion des hommes et des femmes sachant lire ou fréquentant l'école est de 37,8% et 20% ; il est respectivement de 21,5% et 4,4% pour le reste du district (voir les Matériaux de la statistique des zemstvos). Des rapports absolument analogues (quoique à une moindre échelle) se révèlent dans les industries du cuir des bourgs de Katounki et de Gorodetz (district de Balakhna), à Bolchoïé Mourachkino (district de Kniaguinine), lourino (district de Vassilsoursk), Toubanaïevka, Spasskoïé, Vatras et Latychikha du même district. Mêmes centres non agricoles, avec un « périmètre » d'agglomérations agricoles, mêmes industries diverses et nombre de petites entreprises (et aussi des ouvriers à domicile), soumises aux grands entrepreneurs dont les ateliers capitalistes sont quelquefois classés parmi les « fabriques et usines » *. Sans entrer dans les détails statistiques qui n'ont rien de nouveau par rapport à ce qui vient d'être exposé, citons seulem.ent cette très intéressante caractéristique du bourg de Katounki **.

* VoT les Matériaux de la statistique des zemstvos sur les districts indiqués. — Travaux de la Commission artisanale, IX et VI. L'Index et la Liste. — Comptes rendus et recherches, II.

** En 1889, il comptait 380 feux (dont aucun n'ensemençait) avec 1 305 habitants. Dans tout le canton de Katounki, 90,6% de feux s'occupent d'industrie, 70,1% de travailleurs exercent exclusivement des métiers (c'est-à-dire ne font pas d'agriculture). Au point de vue de l'instruction, ce canton dépasse de beaucoup la moyenne du

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« Un certain esprit patriarcal, des relations très simples entre patrons et ouvriers qui du reste ne saute pas aux yeux à première vue et qui, malheureusement (?), disparaît chaque année davantage, témoigne du caractère artisanal des petites industries (?). Le caractère usinier des industries et de la population commence à se manifester ces derniers temps seulement, notamment sous l'influence de la ville, grâce à l'institution d'un service de bateaux. Actuellement, le bourg prend tout à fait l'allure d'une cité industrielle : absence de toute trace de travail agricole, les maisons se touchent de près comme à la ville ou presque. Les immeubles de pierre des riches et, à côté, les bicoques des pauvres, les longs bâtiments de bois ou de pierre des usines entrssés au centre : tout cela distingue nettement Katounki des villages voisins et fait apparaître clairement le c?ractère industriel de sa population. Les habitants eux-mêmes rappellent, par certains traits de leur caractère, le type déjà constitué en Russie de l'ouvrier de fabrique : une certaine recherche d'ameublement, de mise et de manières, une vie le plus souvent déréglée, le peu de souci du lendemain, un parler hardi, parfois prétentieux, une certaine vanité vis-à-vis du campagnard : tous ces traits leur sont communs avec les ouvriers russes des fabriques*. »

Dans la ville d'Arzamas, province de Nijni-Novgorod, la statistique des «fabriques et usines» ne dénombrait en 1890 que 6 tanneries avec 64 ouvriers (Index) ; ce n'est là qu'une partie minime de la manufacture capitaliste qui embrasse la pelleterie, la chaussure, etc. Les mêmes usiniers emploient des ouvriers à domicile à Arzamas même (on en comptait jusqu'à 400 en 1878) et dans 5 agglomérations suburbaines oiî sur 360 maisons de pelletiers 330 travaillent pour les marchands d'Arzamas avec la matière première du patron, peinant 14 heures par jour pour 6 à 9

district, ne le cédant à cet égard qu'au canton de Tchernoretsk, également non agricole et oiî les métiers activement exercés sont ceux des constructions fluviales. En 1887, le bourg de Bolchoïé Mourachkino comptait 856 feux (dont 853 ne semaient pas) avec 3 473 habitants. Au recensement de 1897, Gorodetz a 6 330 habitants, Bolchoïé Mouracnkino 5 341, lourino 2 189, Spasskoïé 4 494, Vatras 3 012.

* Travaux de la Comm arfis., IX, p. 2567. Renseignements de

roubles par mois* ; c'est bien pourquoi les pelletiers sont pâles, faibles, en dégénérescence. Dans le faubourg de Vyezdnaïa Sloboda, 500 maisons de cordonniers sur 600 travaillent pour le compte des patrons qui leur fournissent les bottes déjà découpées. L'industrie est ancienne (200 ans environ), elle grandit et se développe sans cesse. Les habitants ne s'occupent presque pas d'agriculture, et tout leur train de vie est celui de purs citadins ; ils vivent « merveilleusement ». De même pour les villages de pelletiers mentionnés plus haut, dont les habitants «régardent de haut le paysanlaboureur, et le traitent de «cul-terreux»**.

Nous voyons exactement la même chose dans la province de Viatka. Les districts de Viatka et de Slobodskoï sont des centres à la fois de la production des cuirs et peaux, artisanale et « en usine ». Dans le district de Viatka, les tanneries 'artisanales sont groupées dans les environs de la ville, et « complètent » l'activité industrielle des grandes usines *** en travaillant, piar exemple, pour le compte des gros usiniers ; la plupart des artisans-bourreliers et des fabricants de colle travaillent également pour eux. Les grands pelletiers occupent des centaines d'ouvriers qui cousent à domicile des peaux de mouton, etc. C'est une manufacture capitaliste avec sections de tannage et confection de peaux de mouton, bourrelage, harnachement, etc. Dans le district de Slobodskoï (le centre des industries est le faubourg Démianka) les rapports sont encore plus saillants ; nous y

* La situation des ouvriers des fabriques d'Arzamas est comparativement meilleure que celle de l'ouvrier rural {Travaux de la Ccmm. artisanale, III, p. 133).

** Ibid., p. 76.

*** Travaux de la Comm. artisanale, /asc. XI, p. 3 084 (Cf. VIndrde 1890). Le paysan agriculteur Dolgouchine, possédant une usine avec 60 ouvriers, est classé parmi les l<oustari. On en trouve quelques-uns de ces koustari.

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voyons un petit nombre de gros usiniers * à la tête des corroyeurs (870 personnes), cordonniers et faiseurs de moufles (855), tanneurs de peaux de mouton (940), tailleurs (309, qui confectionnent des demi-pelisses sur commande des capitalistes). En général, une telle organisation de la fabrication des articles de cuir semble être très répandue. Ainsi, la Liste compte dans la ville de Sarapoul (province de Viatka) 6 usines qui font en même temps de la chaussure et emploient, en plus de 214 ouvriers en usine, 1 080 travaillant au dehors (p. 495). Que resterait-il de nos « koust'ari », ces représentants de l'industrie « populaire », si bien fardés par les Manilov de tout acabit, si tous les marchands et fabricants de Russie comptaient d'une façon aussi précise et détaillée les ouvriers qu'ils font travailler à domicile ! **

îl faut encore mentionner ici le bourg industriel de Raskazovo, district et province de Tambov (8 283 habitants en 1897), centre à la fois de l'industrie en «usine» (drap, savon, cuir, distilleries) et des industries artisanales, ces dernières intimement liées à la première ; les industries : cuir, feutre (environ 70 patrons, il existe des établissements de 20 à 30 ouvriers), colle, cordonnerie, tricotage des bas (il n'y a pas de maison oij l'on ne tricote des bas avec la laine

* D'après VIndex de 1890, environ 27 personnes emploient plus do 700 ouvriers.

** Voir aussi la Liste, p. 489, sur le célèbre bourg artisanal de Dounilovo, district de Chouïa (province de Vladimir). VIndex de 1890 comptait ici 6 pelleteries avec 151 ouvriers, et d'après les Travaux de la Comm. artisanale (fasc. X) cette région occupe environ 2 200 pelletiers et 2 300 pelissiers. En 1877, on y comptait jusqu'à 5 500 « koustari ». L'industrie des tamis de crin qui occupe dans le même district environ 40 villages et jusqu'à 4 000 ouvriers, portant le nom local de «mardasstsy» (commun à toute la région) est probablement organisée sur le même type. Nous avons décrit dans nos Etudes, pp. 171 et suiv. une organisation analogue des industries du cuir et de la cordonnerie dans la province de Perm. (Voir Œuvres, t. 2, pp. 393 et suivantes. N.R.)

distribuée au poids par les « revendeurs », etc. Tout près de là se trouve le faubourg de Bélaïa Poliana (300 feux) réputé pour les mêmes métiers. Dans le district de Morchansk, le centre des petites industries est le bourg de Pokrovskoïé-Vassilievskoïé, qui est en même temps le centre de fabriques et usines (voir VIndex et les Comptes rendus et recherches, t. III). Dans la province de Koursk, se distinguent comme localités industrielles et centres d'industries artisanales : Véliko-Mikhaïlovka (district de Novy Oskol, 11853 habitants en 1897), Borissovka (district de Graïvoron, 18 071 habitants), Tomarovka (district de Biélgorod, 8 716 habitants), Miropolié (district de Soudja, plus de 10 000 habitants. Voir.Comp/es rendus et recherches, {. L renseignements de 1888-1889). Vous trouverez dans les mêmes villages des « usines » de cuir (voir VIndex pour 1890). La principale industrie « artisanale » est celle du cuir et de la chaussure. Née dans la première moitié du XVIII' siècle, elle a atteint son apogée vers 1860 en devenant «une forte organisation de caractère purement commercial ». Toute cette affaire a été monopolisée par les entrepreneurs qui achetaient le cuir et le donnaient à travailler aux petits producteurs autonomes. Les chemins de fer ont enlevé au capital ce caractère de monopole, et les entrepreneurs capitalistes ont engagé leurs capitaux dans des entreprises plus avantageuses. Actuellement l'organisation est la suivante : les grands entrepreneurs sont au nombre de 120 environ ; ils possèdent des ateliers avec ouvriers salariés et distribuent le travail à domicile ; environ 3 000 petits entrepreneurs indépendants (qui achètent cependant le cuir aux grands entrepreneurs) ; 400 personnes travaillent à domicile (pour le compte des grands propriétaires), et autant d'ouvriers salariés, sans compter les apprentis. Au total, plus de 4 000 cordonniers. De plus, il existe ici des potiers, fabricants de petites armoires à icônes, imagiers, tisseurs de nappes, etc.

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L'industrie des petits-gris dans le district de Kargopol, province d'Olonetz, est un type extrêmement caractéristique de manufacture capitaliste ; elle a été décrite avec une telle compétence, une telle évocation saisissante et sans prétention de la vie de la population exerçant cette industrie, piar un maître d'arts et métiers dans les Travaux de la Commission artisanale (fasc. IV). D'après sa description (1878), l'industrie existe depuis le commencement du XIX^ siècle : 8 patrons occupent 175 ouvriers, plus environ 1 000 couturières travaillant à domicile pour eux et environ 35 familles de pelletiers (dispersés dans différents villages), en tout 1 300 à 1 500 ouvriers donnant une production de 336 000 roubles. Chose curieuse, c'est que cette industrie, lors de sa prospérité, ne fut pas comprise dans la statistique des «fabriques et usines». V Index de 1879 n'en fait pas mention. Elle n'a été admise dans la statistique que du jour où elle avait commencé à péricliter. V Index de 1890 compte dans la ville et le district de Kargopol 7 usines avec 121 ouvriers et une production de 50 000 roubles ; la Liste y compte 5 usines avec 79 ouvriers (et 57 ouvriers travaillant au dehors) avec une production de 49 000 roubles *. Le régime de cette manufacture capitaliste est très instructif, car il montre ce qui se fait dans nos « industries artisanales » traditionnelles, purement russes, oubliées au fond d'un des innombrables coins perdus de la Russie. Les ouvriers travaillent

* Voici des renseignements sur les « koustari » ayant trait à 1894. «Ce sont les femmes pauvres de la ville de Kargopol et les villageoises du canton de Pavlovo, qui cousent les peaux de petits-gris déjà apprêtées. Elles touchent un prix dérisoire », de sorte qu'une couseuse gagne par mois de 2 roubles 40 à 3 roubles, et doit s'entretenir ; elle doit travailler pour cela, sans redresser l'échiné, 12 heures par jour (le travail étant payé à la pièce). «Le travail est exténuant par son intensité et son assiduité ». Le nombre des ouvrières s'élève maintenant à 200 (L'industrie artisanale dans la province d'Olonetz, esquisse de MM. Blagovéchtchenski et Gariazine. Petrozavodsk 1895, pp. 92-93).

15 heures par jour dans une atmosphère extrêmement insalubre et gagnent 8 roubles par mois, soit moins de 60-70 roubles par an. Le revenu des patrons est d'environ 5 000 roubles par an. Les rapports entre patrons et ouvriers portent un caractère «patriarcal»: suivant l'antique habitude, le patron donne gratuitement aux ouvriers le kvas et le sel, que ces dernrers vont quémander à la cuisinière du patron. En signe de reconmaissance (du travail que le patron leur «donne»), les ouvriers viennent arracher gratuitement les queues de petits-gris et nettoient les fourrures après le travail. Ils vivent toute la semaine dans les ateliers, et les patrons en manière de plaisanterie les rossent un tant soit peu (p. 218, 1. c), leur font exécuter toutes sortes de travaux : remuer le foin, déblayer la neige, porter l'eau, rincer le linge, etc. Le bas prix de la main-d'œuvre est fantastique même à Kargopol, et les paysans des environs « sont prêts à travailler presque pour rien ». Fabrication à la main, avec division systématique du travail et un long apprentissage (8 à 12 ans). On imagine sans peine le sort des apprentis.

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