LECTURE
il distingue l’écriture du dessin et il a la notion très nette de lecture : il sait que papa et maman peuvent lui raconter l'histoire qu'il y a dans une lettre reçue, il ouvre une [fabif] (v. S 64 in fine) et me demande de jouer ce qui est écrit à la page qu'il désigne. A partir du 24° mois il appelle pendant assez longtemps [wiædd] (et autres formes que revêt son nom au fur et à mesure de l’évolution phonétique) les pages d’un livre, une lettre, une note manuscrite, même les affiches qu’il voit dans les rues, enfin toute chose tracée, dessinée qui n’est pas une image ou une [fabif]. A la fin du 32° mois je lui montre un livre imprimé en caractères latins, puis un autre en caractères allemands : tous deux sont [‘wirôzd]|, mais en voyant de l’arabe et de l’hébreu en caractères nationaux il dit | pa ’wirôzd] « pas Louis Ronjat », tandis que le grec et le russe sont catalogués [’wirôxd]. Au commencement du 34° mois il entre dans mon cabinet et me trouve en train de lire un livre avec un fac-simile d’un À orné du moyen âge : il admire ce dessin et le nomme [ptineséy| « petite échelle », et en effet cet À ressemble d’une manière frappante à ma petite échelle de bibliothèque vue par travers. Immédiatement il feuillette le livre et y reconnaît une foule d'A (majuscules ordinaires) comme [ptineséy] ; de plus il remarque les P qu’il appelle drapeaux, les O cerceaux, les T d’abord drapeaux comme les P, puis champignons. En somme il fait comme les premiers qui ont cherché à déchiffrer les hiéroglyphes d'Égypte, mais je crois bien que, plus prudent qu’eux, il ne voit pas dans ses interprétations, auxquelles au 38° mois il ajoute X croix, autre chose qu’un moyen de fixer dans sa mémoire le souvenir des formes (vers la fin du 34° mois il trace de luimême très correctement A). En tout cas, dans la première quinzaine du 39° mois, il demande à sa mère d’écrire LOUIS et arrive très vite à distinguer ces cinq lettres, à les