INTÉRÊÈT DE CES FAITS
6 20. — Je suis entré dans quelques détails sur ces induetions parce que, malgré l’imperfection des exemples et l'incertitude de certaines conclusions fondées sur des exemples rares et un peu ambigus — on ne peut pas interroger un enfant à loisir et complètement, comme on fait une enquête linguistique sur des témoins adultes dont le langage est constant et la faculté d'attention étendue —., les faits notés me semblent illustrer d’une manière intéressante la constance des lois phonétiques et aussi l'extrême complexité et subtilité des conditions de leur fonctionnement, conditions dont lanalyse n’est possible que pour qui possède à fond la structure du langage qu'il veut étudier : tout linguiste reconnaît « limpossibilité où lon est de rien expliquer sans poser une doctrine qui embrasse tous les faits » (Meillet, p. 470). « Lorsqu'un changement phonétique est donné, il convient d’abord d’en analyser la nature physiologique, puis de déterminer la tendance qui l’a produit. Si la tendance en question est une tendance générale, il suffira de rapporter le phénomène aux possibilités fournies par l’expérience, les tendances générales du langage » (humain) «ayant été au préalable et une fois pour toutes classées et cataloguées. Si au contraire il s’agit d’une tendance particulière » (non humaine, spéciale à une langue déterminée), «la tâche sera un peu différente, mais aussi épineuse : elle exigera une connaissance minutieuse du système articulatoire de la langue où le changement s’est produit et supposera en outre que le linguiste a déterminé à l'avance l'évolution de ce même système et s’est rendu capable, pour ainsi parler, d’en tracer la courbe. Il faudra en effet rattacher le phénomène nouveau à l’ensemble des phénomènes attestés dans la même langue. Mais le plus souvent les deux tâches précédentes devront se combiner, car il n’y a presque pas de changement qui ne résulte de la rencontre de deux