LE KRAHEN ÉT LIMITATION
Krähen très actif, avec exercices répétés sur certaines combinaisons comme [adada, dede] ; je note pour la première fois f et à ; f disparaît ensuite, et n’est réacquise qu’à partir du 18° mois. Suit une courte période où les débuts du langage articulé conscient (imitation, répétition de mots entre les r1° et 13° mois, v. 6 6) coexistent avec des exercices, d’ailleurs de plus en plus rares, où il est parfois difficile de faire le départ entre le Krähen ét limitation. Ces faits n'ont rien de nouveau ; si je Les ai cités, c’est pour montrer que le bilinguisme ne semble avoir eu aucune influence particulière sur les modalités du ÆXrähen ou sur la date des premières imitations.
$-25. — Je viens de dire que chez Louis, à partir du - 11° mois, la fin du Xrähen a en quelque sorte chevauché sur les débuts de limitation. Les imitations deviennent de plus en plus fréquentes, le Xrähen devient de plus en plus rare, et visiblement l'enfant tend à ne retenir dans sa col-
1. Limitation des sons du langage ne paraît guère avant dix mois (Darwin cité par Pérez, p. 102). M. Baldwin (p. 118, 119) dit que limitation consciente de mouvements des mains ne paraît guère remonter au delà du 9e mois, et que ses observations concordent avec celles des auteurs ayant précédemment écrit sur la matière pour placer les imitations vocales après les imitations de mouvements proprement dits, souvent seulement à partir du 11° mois. Il s’agit ici d’imitations auxquelles l'enfant attache un sens à peu près conforme à celui que les adultes attribuent aux mots imités (cf. Stern, p. 130, 157; p. 16, ex. de mot répété au 8e mois sans que le sens soit compris ; p. 83, ex. d’un fait très rare, répétition au 9e mois avec sens attaché). On a observé chez certains enfants, entre les 3e et 8e mois de leur existence, des répctitions de groupes de phonèmes que les grandes personnes articulaient devant eux, les tenant de l’enfant lui-même qui les avait construits dans les débuts du Xrähen (Stern, p. 15, 82, 83). Je n'ai positivement remarqué rien de pareil chez Louis : l’étymologie dè [bud] donnée en note au Ç 35 est une simple hypothèse, qui concerne d’ailleurs un fait postérieur au Xrähen.
42 PHONÈMES POSSÉDEÉS AU 16° MOIS 6 25
lection que les phonèmes utiles. Il ne parvient pas à les retenir tous : la perte de quelques-uns est la compensation du nouveau travail que limitation impose à son petit cerveau. Ainsi [g] disparaît progressivement, laissant cependant, chose curieuse, des traces au moins dans un mot précédemment acquis : le 8° jour du 16° mois j’entends encore fr. [Sy4] << guillard *. Cf. la persistance, à l’état d’articulation faible ou incomplète, de phonèmes en voie de disparition dans le langage des adultes, signalée pour la première fois par M. Rousselot ( Les modifications phonétiques du langage étudiées dans le patois d'une famille de Cellefrouin (Charente), Paris, Welter, 1891). Les résultats du procès d’élimination, de réduction sont assez nets au commencement du 16° mois. Voici la liste, je crois, complète des phonèmes possédés à ce moment :
Voy. : [a]; un a mi-fermé, p. ex. dans all. [däTe]| << Soldaten ; |[e] bref et long; [e; 1; u; ü ; æ]; [2] seulement en all., après l'accent et devant une 7 faible, ex. [dÿna", pibo'] << Donner, Puder ; [8, &]. Les voy. sont toujours brèves et ouvertes en syllabe fermée, ex. all. Bad [bat] > [hap|, plus tard [bar] (v. $ 19); ce phénomène paraît assez général chez les enfants, v. Stern, p. 289. Pour l'accent d'intensité en all., v. & 9.
Dipht. : [az].
Occl. : [p, b, 1, d] et de plus, en all., les sourdes douces [P, T]. Pour les aspirées, v. & 8.
Autres cons. : [y, w, v, h, m, n], et r faible (v. plus haut, voy.)
[let [6] sont répétés [e], ex. fr. [be] << beau et bon; [ë]
1. On appelle ainsi dans ma famille tous les petits appareils ingénieux tels que tirebouchons à hélice, cassenoisettes perfectionnés, etc... du nom d’un brave homme de chez nous qui était grand amateur de tous ces objets.