Ç 1 UNE PERSONNE, UNE LANGUE
Méthode suivie pour apprendre les deux langues
6 4. — Mon fils Louis est né à Vienne sur Rhône, où nous habitons, le 30 juillet 1908. Peu après sa naissance, M: Grammont m'écrivait : « Il n’y a rien à lui apprendre ou à lui enseigner. Il suffit que lorsqu'on a quelque chose à lui dire on le Jui dise dans l’une des langues qu’on veut qu'il sache. Mais voici le point important : que chaque langue soit représentée par une personne différente. Que vous par exemple vous lui parliez toujours français, sa mère allemand. N'intervertissez jamais les rôles. De cette façon, quand il commencera à parler, il parlera deux langues sans s’en douter et sans avoir fait aucun effort spécial pour les apprendre ». Ce procédé exclut a priori toute confusion grave et tout eflort intellectuel fatigant. L'enfant n’a qu’à savoir p. ex. que, sil désire du pain, il doit dire Brot ou pain suivant qu'il le demande à maman ou à papa. La méthode a été appliquée dès le début et constamment maintenue, sauf quelques infractions d'importance secondaire (v. (6 4 ad finem, 47).
On verra par la suite que cette méthode a bien donné les résultats attendus. Il est important de lappliquer dès la naissance de l'enfant. Il se produit « chez les enfants, tant qu'ils ne peuvent pas articuler, un emmagasinement et une sorte d’incubation. Ils s’assimilent le vocabulaire et la prononciation. Si bien que lorsqu'ils peuvent parler, ils ont dès le premier jour un vocabulaire de vingt, trente ou quarante mots (Grammont, p. 81). Une petite fille française ayant eu une nourrice italienne qui parlait français avec un fort accent italien, s'étant mise à parler un mois après le départ de cette nourrice, a parlé français avec un vocabulaire dû presque entièrement à ses parents et une