ÉVOLUTION CHEZ DES MONOGLOTTES
“Observation générale de M. Bloch (p. 42) sur [4, g]: « C’est un fait très répandu que la difficulté que Penfant éprouve à articulér ces consonnes, souvent jusqu'à cinq ou six ans. » La date tardive de leur acquisition par Louis (41° mois) n’est donc pas tout à fait exceptionnelle.
Deux petits garçons monoglottes fr. dans ma famille. Parlé franc; pas repris. L'un d’eux conserve encore à près de sept ans une blésité assez sensible. L'autre à cinq ans a une articulation beaucoup moins nette que Louis à quatre; de plus il blèse ou il confond [s, x]et[5, X] en un couple de phonèmes intermédiaires entre [s, z]et [f, d], etil remplace [k, g] en toute position par [f, d]. Retard des plus sensibles sur Louis.
Enfant monoglotte fr. observé par Roussey (p. 96-98) : [f, vlau 35° mois, [?] au 47°, [flau 51°. Notable retard sur Louis.
Enfant monoglotte angl. (Pollock cité par Pérez, p.301, 302) : au 19° mois [g] est correctement prononcé, précédemment{d]; au 19° mois encore confusion pour [w, f, v|, d’une part, [s, $, ë, ÿ] d'autre part; ébauches de phrases au 21° mois seulement ; au 22° [é, ÿ, p, d] encore indistincts, r purement et simplement supprimée ; au 23° mois les groupes des cons. sont encore réduits à cons. simple. Retard sur Louis pour plusieurs points assez importants.
$ 33. — On admet généralement que la moyenne des enfants (il faut sans doute sous-entendre : nés dans des milieux cultivés) est en possession d’une prononciation à peu près correcte vers la fin de la troisième année. Louis serait en retard d'environ cinq mois sut cêtte moyenne. Il est en avance sur des monoglottes qui ne Sont ni inintelligents ni physiquement mal constitués. Je crois donc que son retard, si retard il ya, n’est nullement imputable
$ 33 CONCLUSION s9
au bilinguisme, etcette manière de voir me semble d'autre part corroborée par le fait qu'Addi, comme Louis bilingue all. etfr., à qui on a parlé franc comme à lui, qu'on a moins reprise que lui, avait, au témoignage de ses parents, une prononciation correcte vers la fin de sa deuxième année et distinguait [+] de[s] dès ses premiers essais d’imitation du langage.
EMPRUNTS DE LANGUE A LANGUE Faits de vocabulaire
6 34. — J'ai déjà noté (S 3, 4) l'introduction de mots all. dans une phrase fr., et réciproquement, suivant le degré de richesse de chacun des deux vocabulaires à différentes époques. Les faits de cette nature deviennent très rares à partir du 43° mois, où s'établit définitivement une égalité à peu près complète entre les deux langues.
On verra au À 49 que dès la fin de sa troisième année Louis cherche à avoir deux vocabulaires aussi égaux que possible et p. ex. demande comment s'appelle dans une langue une chose dont il sait déjà le nom dans l’autre.
À partir du commencement de la troisième année de sa vie, quand Louis fait un emprunt de mot, ou, si l’on veut, transporte un mot d’une langue dans l’autre, il ladapte phonétiquement ou le laisse tel quel, suivant le plus ou moins de difficulté de l’adaptation. On verra aux ÇÇ 417 et 42 des ex. des deux cas. Je noterai ici que j’ai entendu au 46° et au 52° moisall. Moos au lieu de Schaum, parce que fr. mousse ressemble phonétiquement à Moos et signifie à la fois « Moos » et Schaum »; au 50° fr. tuyau « chambre à air de bicyclette », parce que all. Schlauch signifie à la fois « tuyau » et « chambre à air » ; du 46° au 48° fr. vigne, au lieu de pré, sous l’influence-de all. Wiese : du 20° au 43° fr. vers, au lieu de chez (avec mouvement, aller vers qqn. « aller chez qqn. »), parce que all. zu a ces deux sens. Cf. les faits cités au 6 50. :