GA LES PREMIÈRES PHRASES
toujours employé sans als dans la langue parlée. Note au 58° mois. Pour facile au lieu de facilement, v.N 38 ad finem.
Faits de syntaxe
6 36. — M. Wundt (t. «x, ch. vu; cf. Stern,p. 25) dit qu’en général les enfants forment dans la première moitié de la seconde année de leur vie des phrases consistant en juxtapositions de deux représentations, comme all. [mama vot] — Mama fort « maman est partie, maman n’est plus ici, maman n’y est pas », [tul ap] — Stuhl ab « je suis tombé de ma chaise »; les mots employés sont des noms, des particules, des infinitifs ou autres formes verbales employées d’abord sans sentiment d’une flexion, puis des formes verbales employées avec de nombreuses normalisations flexionnelles. Les faits que j'ai pu observer concordent d’une manière générale avec ces formules. La première phrase que j'ai notée, all. [omd add] « grand’mère est partie » (14° mois), a dû être purement et simplement répétée telle qu’elle avait été donnée en Armimensprache, et je crois qu’il en a été de même pour all.[papà add bambäm| « papa est parti en chemin de fer » (16°). Mais au commencement du 16° mois, comme j'entre pour déjeuner dans la salle à manger où il était déjà assis, Louis dit [16 papä|, qui peut signiñer « je voudrais boire du thé avec papa » ou « papa vient prendre son thé" » ; le même jour, comme je suis absent, il dit spontanément à sa mère [/a/ tal tat| et, comme elle ne répond rien, il explique [papd
1. Les premiers mots qu'emploient les enfants désignent souvent ou même en général, plutôt qu’un objet déterminé, le désir de posséder cet objet, l'impression qu'il fait, une action quelconque pouvant le concerner, etc...; cf. Stern, p. 141, 142.
< = e TU a :
SF 36, 37 LES PREMIÈRES PHRASES 6s
add ldt} « papa est allé à la ville » ; il avait souvent entendu dire Papa ist in die Stadt gegangen.
Les phrases de plus de deux termes sont rares jusqu’au 19° mois, à partir duquel se multiplient (cf. des faits analogues dans Stern, p. 43, 49, 87, 100, 182-185) des combinaisons comme [pe hdit bént] — Ofen heiss brennt « le poële est chaud, il y a du feu dedans » (il s’est arrêté pour observer le poêle allumé et voit des charbons ardents par une porte garnie de mica), |mamä déte daup demdät| — Mama Deckel drauf gemacht « maman a mis le couvercle dessus » (elle avait fermé une boîte à dominos), [mamd apebdi éte] — Mama Apfelbrei essen « maman mange de la marmelade de pommes ».
Ces deux derniers ex. montrent l’ordre sujet + régimes et compléments + verbe, mais à partir de la fin du 20 mois le verbe est à peu près aussi fréquemment placé au milieu.
Je n’ai pas noté d’ex. de phrase fr. avant faire un bateau (vers le milieu du 24° mois) dont il sera question au © 38* mais mon souvenir très net est que le développement de deux langues a été à ce point de vue très sensiblement parallèle, sauf qu’à cette époque Louis parlait beaucoup plus souvent all. que fr.; d’ailleurs [/£ pubd] est fait avec le vocabulaire commun et s'adresse indifféremment à ma femme ou à moi, et il en est de même à la même époque de [üt bim| « sucre boum », c.-à-d. « tu as mis un morceau de sucre dans ta tasse » ou «je voudrais mettre un morceau de sucre dans ta tasse » : [üt] << fr. sucre a été adopté par toute la famille dans les deux langues, et [bwm| est une onomatopée commune donnée pour « faire du bruit », spécialement « en tombant », et de là « tomber ».
$ 37. — Rouge vin au 30° mois, profond trou au 35°,
J. Ronjar. — Enfant bilingue. 5
66 EMPRUNTS DE SYNTYAXE $ 37, 38
foncé vert au 43° et bleus radis ‘au 44° (fautes assez fréquentes à cette époque, mais je ne les ai plus entendues depuis le 45° mois, sauf une fois un violet livre? au 48° et une fois neuf tuyau 3 au 50°) ne sont pas nécessairement des calques de all. Rotwein, tiefes Loch, dunkelgrün, blaue Radieschen. Un enfant monoglotte de ma famille a dit très longtemps des noirs souliers. Le fr. n’a pas un ordre fixe pour l’adj. et le subst., et un enfant ne peut pas se rendre compte des raisons d'ordre complexe qui font coexister petit cheval et cheval blanc, nouveau jouet et chapeau neuf, mon seul ami et vagon des dames seules, etc.., pour ne citer que des groupes qu’ila l’occasion d'entendre et peut comprendre. Comme la réciproque existe, bien que très rare (je n’ai noté que Wein rot, pour Rotwein, quelquefois autour du 31° mois), je crois cependant que pour Louis il faut admettre une influence de langue à langue expliquant all. Wein rot, contribuant à expliquer et rendant particulièrement fréquent tr. rouge vin, etc.
La fixité de la place de l’adj. en all. explique la rareté de la faute Wein rot, qui n'a pas comme rouge vin un modèle dans la langue correcte, et l’on conçoit ainsi comment la faute de construction est infiniment plus fréquente en fr. qu’en all., bien que je l’aie constamment corrigée, ce que ma femme n’a pas toujours fait pour l’all., et bien que d'autre part, à l’époque considérée ici, le fr. ait eu chez Louis une situation prédominante (v. Ç 4).
$ 38. — Je ne vois aucune raison décisive pour attribuer élail nagé (46° mois) à l’influence de l’all. svar geschwommen, le fr. ayant éfait allé, était venu, etc…
LE
1. Radis très savoureux à peau violette, spécialité de la culture maraîchère aux environs de Vienne.