ADULTES BILINGUES
que ses parents sont bilingues, il continue, à table, à m'informer en fr. que maman vient de dire telle ou telle chose, et cela parfois même quand ma femme s’est adressée directement à moi; comme nous parlons toujours all. ensemble à moins de présence d’un tiers ignorant cette langue, il ne se produit de transmissions en sens inverse que pour des choses que j'ai dites en m’adresssant spécialement à lui.
$ 47. — Comme sa mère lui parle toujours allemand et son père toujours français (cf. ( 1}, l’idée de langage est liée chez Louis à celle d’individu, et l’on peut s'attendre à quelque étonnement de sa part en présence d’une personne qui parle alternativement les deux langues en s'adressant à lui. Comme d’autre part la méthode suivie l’a habitué à entendre une prononciation correcte dans les deux langues, et qu’il a une bonne oreille, une prononciation défectueuse doit évidemment le choquer.
À la fin du 27° mois Louis sait déjà que ses parents sont bilingues (v. Ç 49), mais nous n'avons presque jamais fait d’interversion de langues en lui parlant. À ce moment arrive à la maison un de nos amis d'Allemagne qui vient passer deux ou trois jours chez nous. Il parle couramment français, mais avec un accent allemand assez marqué. Nous n'avons pas pensé à le prier de ne parler qu’all. avec notre enfant, et, seul avec lui, il lui parle alternativement all. et fr. Louis en conçoit une grande défiance, et il lui faut presque une journée entière et des objurgations répétées pour qu'il consente à causer gentiment if dem lieben Onkel *. Désormais il sait que ce genre de bilinguisme nouveau pour lui n’arien en soïlde répréhensible, et quelques
1. « Avec ce brave oncle » ; en Allemagne on appelle « oncles » des enfants les amis des parents.