CROIS. ET ADAPTATIONS
chasse à tir ». De même au 40° mois, à table, ma femme et moi parlons en all. d’un couvert à salade en corne : « Avec de la corne on fait du pain ». Le mot que j'écris corne est prononcé [orn], Louis ne possédant pas [k]. Il a entendu all. Horn « corne » ; s’il avait parlé all. il n'aurait pas fait la confusion, il n’aurait pas dit : « Aus Horn macht man Brot », parce qu’il distingue [horn] << Horn de [orn] < Korn ; parlant fr., il substitue très régulièrement corne [orn] à all. Horn [born], mais en prononçant [orn] il pense immédiatement à son homophone all. [orn] << Korn, le mot fr. blé étant momentanément oublié. Le procès n’est peutêtre pas très clair; pour les raisons données au début du $ 43 je me suis abstenu de demander à l’enfant aucune explication. V. encore des ex. analogues $S 34, 35, 42.
$ 51. — Voici encore d’autres exemples de manifestations de ce sentiment et de cette habitude, avec développement progressif de l’idée abstraite de « langue ».
À la fin du 38° mois je chante devant Louis le début de l’appel de Donner. (Rheingold, sc. iv), qui l’impressionne vivement par le mordant des intervalles de quarte et de sixte ascendantes :
Rs
He-da! He-da! Hedo! Zu mir, du Gedüft! etc.
Il me demande ce que c’est, et je réponds : « C’est la chanson de Donner. — Chanson du tonnerre. — Non, de Donner. — Moi, je dis fonnerre ». J'ai eu tort de corriger et de ne pas saisir immédiatement que, ne connaissant Donner que comme nom commun, il avait parfaitement
raison de lui substituer son équivalent fr. tonnerre. J'aurais