‹ Le Développement Du Langage Observé Chez Un Enfant BilingueChapitre 72 sur 115 · SR RS 2 TRADUCTIONS · texte numérisé non relu

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répond de suite et sans la moindre hésitation: « Tiens ! das heisst ach! » Ce n’est point de la lexicographie courante, mais de l'excellente stylistique : instinctive.

J'ai parfois remarqué chez Louis (v. p. 92, histoire du drapeau) une certaine humiliation quand il ne peut pas transmettre une communication d’une langue dans Pautre. Ïl peutarriver aussi qu’il cherche à dissimuler cet échec. Ainsi à la fin du $o® mois il a entendu raconter en all., au cours d’une visite faite avec sa mère, une histoire de feu d'artifice qui l’a vivement intéressé. Rentré à la maison, il en fait d’abord part en all. à sa bonne, puis il veut raconter la chose à la cuisinière. Ma femme est présente. « Clotilde, dit Louis, savez-vous beaucoup d’allemand ? — Mais non, je n’en sais rien du tout. — Ne savez-vous pas ce que c'est, un Feuerwerk ? — Mais non ». Il explique en parlant de poudre, de feu, de lumière, etc, et alors sa mère l’aide en disant : « Feu d'artifice », et lui, tout joyeux et comme allégé d’une grave préoccupation : « Ah ! oui ! feu d'artifice, je ne savais pas... » etil continue son récit. Je pense qu'il voulait dire : « Je ne me rappelais plus », comme une grande personne qui a momentanément oublié un nom propre. Cf. un autre procédé de dissimulation dans drei viertel sieben cité p. 91, 92.

$ 52. — Après sa troisième année révolue, Louis s’est fréquemment préoccupé d'expressions délicates et de formes grammaticales. Ainsi au 44° mois, comme je lui avais fait une observation sur quelque écart de langage ou de con-

1. J'entends par ce mot la nouvelle discipline linguistique instituée par M. Bally dans son Précis de stylistique (Genève, Eggimann, 1905) et son Traité de stylistique française (2 vol., Heïdelberg, Carl Winter, 1909) : «elle étudie la valeur affective des faits du langage organisé et l'action réciproque des faits expressifs qui concourent à former le système dès moyens d’expression d’une langue ».

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duite et qu'il s'était mis à parler d'autre chose, je lui dis : « Tu cherches à détourner la conversation »; il demande immédiatement à sa mère comment délourner la conversalion se dit en all. : « Mami, détourner la conversation, wie heisst? » Le même jour il lui avait demandé s’il faut bien dire Fidibus * quand il n’y a qu'un Fidibus, et Fidibüsse quand il yen a plusieurs. Déjà au 40° mois, comme nous parlions ensemble de chevaux, il m'avait dit : « On dit chevaux quand il y en a un, cheval quand il y en a beaucoup ». C'est le contraire, mais il est remarquable que son attention s'attache, même à faux, à une telle particularité; sa bonne la lui avait signalée quelques jours auparavant. Quelques jours après, à table — il est ce qu'on appelle en allemand en dankbarer Gust? —, il émet une appréciation sur un plat dontil vient de manger : « Les céleris sont bonnes ». Je corrige bons ; immédiatement il s'informe comment il faut dire avec courge, pommes de terre, etc.

- Au commencement du 47° mois nous sommes à la campagne chez une tante; la propriété s'appelle le Poirier. Je me promène avec Louis, qui m’accable de questions sur les arbres que nous rencontrons : est-ce un châtaignier ? voilà un cerisier ? est-ce un poirier ? etc... Il connaît aussi le nom des fruits, châtaigne, cerise, poire, etc. Tout à coup il remarque l’homonymie de larbre et de la propriété: : « Tiens! on dit poirier pour l’arbre comme pour la maison »,et, après un silence très court : « Pourquoi est-ce qu'on dit ser avec? — Comment? qu'est-ce que tu veux

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