‹ Le Développement Du Langage Observé Chez Un Enfant BilingueChapitre 83 sur 115 · RÉSULTATS OBSERVÉS · texte numérisé non relu

RÉSULTATS OBSERVÉS

chose me semble infiniment probable), ni prétendre qu'ils ne puissent être obtenus qu’en suivant cette méthode (bien que je la croie à la fois la plus sûre et la moins fatigante pour le cerveau d’un enfant). Voici, en reprenant les divisions précédentes, les résultats obtenus avec une autre méthode employée pour Addi : ses parents lui ont parlé alternativement fr. et all., mais de bonne heure surtout all. ; comme nous ils parlent all. entre eux, à moins de présence d’un tiers qui ne sache pas cette langue ; ils ont comme nous toujours parlé franc à leur enfant, mais ils ont bien moins repris ou corrigé son langage que je n’ai repris ou corrigé le langage de Louis.

À. Prononciation all. aussi bonne que celle de Louis. En fr. prononciation moins stable que celle de Louis : quelques germanismes, surtout fréquemment [</] dans des mots tels que fable prononcé [14b[] comme en all. p. ex. Lüffel [læfl]; quelques prononciations locales ou patoises empruntées à des bonnes, femmes de ménage, etc... (observation communiquée par le père, sans pouvoir préciser; je n'ai rien remarqué de bien choquant).

B. Les termes de comparaison font défaut : les parents d’Addi ne m'ont communiqué aucune observation dont on puisse faire état.

C. Prononciation correcte dès la fin de la deuxième année, distinction de [f] et de [s] dès les débuts de l’imitation du langage; peu de réfections progressives, en général une prononciation correcte est substituée sans transition à une prononciation enfantine. Jai fait état de ces résultats aux (6 31 in fine, 33. Ils constituent une particularité de l'enfant, et ne peuvent évidemment être attribués à la méthode suivie, dont on attendrait en principe des résultats plutôt opposés, soit l’exagération des faits observés chez Louis,

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D. Les faits concordent en général avec ceux qui ont èté observés chez Louis. Addi présente plutôt moins d’emprunts, alors qu’en principe on en attendrait davantage. On attendrait plus de fautes en fr. qu’en all, mais les faits ne confirment pas une telle prévision. Entendant vers trois ans parler de vin blanc, Addi forge d'elle-même all. Wein weiss [vainvdis] ; la forme correcte est Weisswein [vdisvain]. Ses parents n’ont jamais remarqué en fr. ni blanc vin, neuf chapeau, etc, ni cheval petit, soupe bonne, etc... Inversement, tandis que quelquefois vers trois ans l'enfant dit encore en fr. 1} faut mes souliers ôter, j'ai ma soupe mangé, elle ne dit jamais en all. du musst ausziehen meine Schuhe, ich habe gegessen meine Suppe au lieu de d. m. meine Schuhe ausziehen, 1. h. meine Suppe gesessen.

E. Exactement comme chez Louis.

F. Dès les débuts Addi a entendu dire en français, comment dit-on en allemand? auf deutsch, wie heisst es auf franzôsisch? etc... ; elle emploie ces expressions dès l’âge de deux ans et demi et en saisit parfaitement le sens. La conscience du bilinguisme se manifeste donc chez elle beaucoup plus tôt; chez Louis elle n’est pas ainsi directement suggérée d'une manière à peu près constante par l'entourage des grandes personnes. Un résultat attendu est que, tandis que Louis répond en all. à sa mère qui lui adresse quelques mots en fr. (6 48), Addi répond à son père ou à sa mère dans la langue qui a été employée en lui adressant la parole. Comme Louis elle a distingué dès les débuts un langage qui n’est ni du fr. ni de lall. ; elle a répété plus tôt que lui un tel langage : déjà au 29° mois, mais surtout au 41°, en Cotentin, pendant les vacances d'été, elle acquérait quelques mots de patois normand : au 41° elle sait répondre [sa va bi, e #2] « ça va bien, et toi ? » à un paysan qui lui demande [komä k $a vd?|] « comment

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