ENFANTS BILINGUES
moins intelligent pourrait négliger une langue dont la connaissance nest pas indispensable. Il serait extrêmement intéressant de savoir comment d’autres enfants se sont comportés dans des circonstances un peu analogues. Je n'ai malheureusement que quelques termes de comparaison à ma disposition.
Ÿ 60. — Un de mes amis, Suisse romand habitant la Suisse allemande, a épousé une Bernoise. Leurs enfants entendent parler alternativement l’allemand de Suisse et le français, assez rarement l’allemand littéraire ; l’all. de Suisse est l’idiome le plus fréquemment employé par les parents entre eux ou avec les enfants; les parents parlent les trois idiomes avec une facilité sensiblement égale. Les enfants apprennent à la maison à parler très bien l’all. de Suisse, presque aussi bien le français. Une fois à l’école, n’entendant plus parler hors de chez eux que l’all. de Suisse ou l'ail. littéraire, ils ne veulent plus parler fr. Je pense que ‘ce résultat ne se serait pas produit si on avait appliqué la méthode « une personne, une langue » : les enfants, affectueux et intelligents, seraient sans doute restés attachés à un idiome où ils auraient senti par excellence la langue paternelle.
Wilhelm von Humboldt', ministre résident, puis ministre plénipotentiaire de Prusse à Rome (1801-1808), se trouvant en 1804 seul dans cette ville avec ses filles Adel (Adelheid von Humboldt, née à Paris le 17 mai
une bonne allemande qui ne lui parle qu’all. et à qui il ne parle — de lui-même — qu’en all., quoiqu’elle puisse s'exprimer très suffisamment en fr.
1. Les citations qui suivent sont tirées de Wäilhelin und Caroline von Humboldt in ihren Briefen, herausgegeben von Anna von Sydow, zweiter Band, von der Vermählung bis zu Humboldts Scheiden aus Rom (x791-1808), dritte Auflage, Berlin, Ernst Siegfried Mittler und Sobn,