ADEL V. HUMBOLDT ; CONCLUSION Ç
1800) et Gabriele (née le 28 mai 1802), écrit à sa femme qui est en Allemagne avec les aînés de leurs enfants. Adel vit beaucoup avec son père, Gabriele presque uniquement avec des domestiques italiens. « Adel est en train de jouer et, comme toujours, elle chante en jouant des chansons italiennes (p. 125, lettre du 7 mars 1804). Elle parle absolument comme une Romaine (p. 149, 28 avril). Elle parle maintenant l'italien aussi couramment que l'allemand, et plus correctement, puisqu'elle dit toujours genehmi, gebringt ‘, etc...; mais quand on lui demande ce qu’elle aime le mieux parler, elle répond immédiatement : L’allemand, et il faut voir sa figure ! on dirait qu’elle croit que faire autrement serait un péché. Elle semble vraiment trouver l’allemand plus distingué » (p. 197, 3 juillet). Je pense que c'est parce que l’all. est la langue de ses parents, que lit. est une langue d'étrangers à la maison ou de subordonnés. Mais voici un changement à vue : Adel ne veut plus parler all, et répond en it. à une phrase all. (p. 267, 16 octobre). Humboldt n’en dit pas davantage. L'enfant est cependant intelligente et très attachée à son père, qui s'occupe beaucoup d’elle. Dans une autre lettre Humboldt dit que Gabriele commence à manger à la table de son père (p. 291, $ janvier 1805). Peut-être Adel a-t-elle abandonné l’all. vers le moment où sa petite sœur a commencé à bien posséder l’it.
Je crois d’une manière générale (cf. ( 2 in fine), pour l'adoption d’une langue par un enfant, à une très grande influence de l’importance familiale et sociale des personnes qui la parlent. Cette conclusion me semble fortement appuyée par l’observation suivante (résumé des p. 379- 381 de Stern) :
1. Participes passés analogiques sur le thème des infinitifs nebmen, bringen, au lieu des formes correctes senommen, gebracht.
$ 60 ENFANT ALL. PARLANT MALAIS ill
Un professeur allemand passe un peu plus de deux ans à Sumatra avec sa famille. Son fils aîné Peter est né à Breslau ; quand la famille s’est établie à Sumatra, il avait neuf mois et ne parlait pas encore. À Sumatra l’entourage de l’enfant est, sauf ses parents, exclusivement malais. L'enfant ne comprend que le malais, et ses parents euxmêmes ne lui parlent que cette langue. Vers la fin de son séjour à Sumatra il a l’occasion d'entendre parler néerlandais ; il en retient quelques mots qu’il emploie passim sans les comprendre. Il parle très couramment malais à trois ans.
Retour en Allemagne, avec un domestique malais qui apprend Pallemand. Peter n’entend plus parler autour de lui qu’all. sauf par ses parents et par le domestique. Il apprend cette langue, et ne fait jamais de confusion entre elle et le malais. Si un mot all. lui fait défaut, il emploie le mot malais correspondant en le faisant précéder de malayu « en malais ». Quand on lui demande le nom d’un objet, il répond le plus souvent : « En malais..….…., en allemand... »; si on lui demande ensuite quel est « le vrai nom », il répond par le mot malais pendant les six premières semaines, par le mot all. ensuite.
Le domestique malais fait des progrès en allemand et emploie de plus en plus cette langue en parlant à l'enfant. De retour d’une courte absence, les parents trouvent la situation brusquement changée : Peter, alors âgé de trois ans et trois mois, ne parle plus qu’allemand, avec de temps en temps emploi conscient d’un mot malais quand le mot all. fait défaut. L'enfant, les parents en sont convaincus, a dû remarquer que les Malais sont un peu considérés comme des êtres inférieurs, et englober leur langue dans une appréciation générale défavorable.
Peter a abandonné le malais avant de pouvoir s’expri-