REMARQUES PERSONNELLES
revenant avec lui, à la nuit, d'une visite à des parents, nous croisons sur la route une automobile ; en nous retournant nous apercevons une petite lumière, et Louis me demande ce que c’est ; je réponds que c’est peut-être la lanterne que les autos portent toujours pour éclairer le numéro qui est entre les roues de derrière; il regarde un moment, puis dit: « Mais non, regarde, l’auto montait, et la lumière descend. — Mais oui, tu as raison; c’est peut-être la lanterne d’une bicyclette ». Il regarde attentivement, réfléchit, et me dit: « Oui, tiens, elle tourne un peu : les bicyclettes tournent toujours un peu, elles ne marchent pas droit comme les autos ». Je n’ai aucun souvenir que personne ait jamais attiré son attention sur le léger vacillement de la trace d’une bicyclette à petite allure. D’une manière générale nous n'avons rien voulu lui apprendre : nous nous bornons, sans le pousser nile retenir, à répondre à ses questions dans la mesure de nos facultés, lui laissant développer librement les siennes, et surtout cette remarque qui « est au-dessus de la science accumulée d’une façon purement réceptive », qui € s’acquiert principalement dans les cas où lêtre lui-même est au centre de l’expérience et joue un rôle actif », qui « entraine un changement de l’être etatteint, ne füt-ce que dans une faible mesure, la manière d'envisager l’ensemble des choses. La science est par nature plus fugitive et plus périssable. De même, un danger de mort rencontré dans la haute montagne agit tout autrement que les meilleurs avertissements et les plus terrifiants récits de voyage : ».
de campagve d’un grand-oncle, puis de là à pied jusqu’à une station de tramway, et il conclut : « Ich gehe viel lieber zu Fuss als im Auto zu fahren, weil man da nicht alles richtig sehen kann » (j'aime bien mieux aller à pied qu’en auto, parce que comme ça on ne peut pas tout voir comme il faut).
1. L. Gauchat, Sprüchforschung im Terrain, BDR 1910, p. 97. — Le