COULEURS ; SENS ESTHÉTIQUE
sait les nommer en fr. et en all. ; puis il développe beaucoup ses connaissances acquises et ses observations personnelles, qualifiant p. ex. rouge blanc une partie rose d’une tapisserie, retenant de suite, dès qu’il a une boîte de couleurs, qu’on peut faire du vert en mélangeant du bleu et du jaune, du violet avec du rouge et du bleu, etc..., nommant beaucoup de nuances délicates comme ferait un peintre, ainsi bleue une ombre que les profanes verraient noire ou grise. Hérédité immédiate du côté maternel évidente. Vers la fin du $8° mois Louis s'amuse un soir à compter dans son lit, avant de s'endormir; arrivé à acht, neun, zen, il s'arrête un moment, puis dit tout à coup: « Neun, das klingt schôn, das hat ein rotes Geklang ’ ». En juxtaposant au spectre du rouge au violet la série vocalique du grave à l’aigu on verrait les voyelles de reun plutôt en jaune et en violet ; l'observation est sans doute plus juste pour n; en tout cas il est curieux que l'enfant émette de lui-même une telle réflexion (demeurée jusqu'ici en exemple unique).
6 66. — Le sens esthétique s’est développé chez Louis de très bonne heure à la faveur de lhérédité immédiate et de l'ambiance des objets. Notre appartement est décoré d’un assez grand nombre de tableaux et de gravures, sans haute valeur marchande, mais de bon goût. Louis sait que beaucoup de choses sont là uniquement pour faire joli (v. 35 ad finem) ; beau, joli et leurs équivalents all. sont d’usage très fréquent dans son vocabulaire. Dès la troisième année de sa vie au moins il apprécie la musique : lharmonium lui plaît particulièrement, aussi en raison de son mécanisme compliqué, et souvent, quand j’en joue, il s’assied à côté de moi, écoute attentivement et dit à la fin du mor-