LES AGENTS
LA FONCTION RÉVÉLATRICE
80. Constitution de l’image visible. — 81. La fonction révélatrice est une fonction rédactrice. — 82. Rédacteurs minéraux. — 83. Réducteurs organiques. — 84. Conditions exigibles pour un révélateur. — 85. Apparition de la série aromatique. — 86. Les phénols. — 87. Les amines aromatiques. — 88. Substitutions aux oxhydriles et aux amidogènes. — 89. Propriétés physiques modifiées. — 90. Sulfonation. — 91. Fonctions aldéhydiques, acétoniques ou acides. — 92. Groupement carboxylique. — 93. Nécessité de deux groupements intacts oxhydriles ou amidogènes en position ortho ou para. — 94. Révélateurs ne contenant pas la fonction révélatrice. — 95. Dépendance de la fonction révélatrice. — 96. Révélateurs agissant en liqueur neutre ou acide. — 97. Appréciation de l’énergie de la fonction révélatrice. — 98. Révélateurs prévus. — 99. Les corps de la série grasse. — 100. Règles formulant la fonction révélatrice.
80. — Comnje nous l’avons vu dans le premier livre de cet ouvrage, l’on n’est pas définitivement fixé sur la nature de l’image latente. En revanche, les différentes opinions semblent beaucoup moins diverger sur la nature des réactions qui constituent la révélation de cette image. Nous avons encore vu, en effet, que quelle que soit la théorie admise pour la formation de l’image latente, l’image visible devait être formée par la réduction totale du sel et la mise en liberté de l’argent métallique.
81. — La fonction révélatrice de l’agent qui amènera à ce résultat sera donc une fonction réductrice. Mais tous les réducteurs ne sont pas aptes à développer l’image latente, étani donne que, d’une façon ou d’autre, elle n’est formée
qu’après une exposition à la lumière. Il y a donc lieu de ne considérer, dans les réducteurs, que ceux susceptibles de ne réduire les halogènes de l’argent qu’après exposition à la lumière. Ceux, en effet, qui demeurent sans action sur les halogènes d’argent exposés à la lumière, ou qui sont capables de les réduire aussi bien dans l’obscurité qu’à la lumière, ne sauraient entrer en ligne de compte.
De là, les réducteurs utilisables et les réducteurs non utilisables.
Les réducteurs utilisables appartiennent à deux classes : les réducteurs minéraux ; les réducteurs organiques.
82. — La première classe est très limitée parce que, dans la plupart des cas, les produits d’oxydation des réducteurs qui la composent tendent à produire une réduction inverse de celle du développement, par conséquent à arrêter brusquement l’image, en cours d’apparition, ou à détruire, à un moment donné, l’image apparue ou apparaissant.
Il n’y a qu’un seul réducteur de cette classe qui ait pu trouver, jusqu’à ce jour, une application pratique. C’est Yoxalate ferreux. Il arrive le premier en date dans le développement de l’image sur gélatino-bromure d'argent, mais il tend chaque jour un peu plus à disparaître. Aussi, malgré son droit d’aînesse, est-ce de lui dont je parlerai en dernier.
83. — La seconde classe est beaucoup plus nombreuse. Elle s’augmente chaque jour davantage. Les corps qui proviennent plus particulièrement de la série aromatique répondent aux meilleures conditions exigibles pour un révélateur.
84. — Voyons d’abord quelles sont ces conditions, en partant de ce principe qu’un révélateur, agissant par l’intermédiaire de l’eau, décomposera le bromure d’argent en ses éléments, l’argent restant dans la gélatine et le brome absorbant l’hydrogène de l’eau mis en liberté par le révélateur qui, pour s’oxyder, a dû prendre à cette même eau son oxygène. Ceci posé, les principales conditions à réaliser par un révélateur, minéral ou organique, seront :
1° Avidité suffisante d’oxygène pour décomposer l’eau sous l’influence du brome du bromure d’argent, mais insuffisante pour décomposer l’eau directement^ sans quoi l’hydrogène naissant ne pourrait agir sur le sel d’argent;
LA FONCTION RÉVÉLATRICE.'
2“ Non seulement les produits d’oxydation ne doivent eri aucune façon détruire l’image latente, mais encore il est nécessaire qu’ils ne provoquent aucune réaction inverse, susceptible d’arrêter l’action du révélateur ou de la prédominer ;
3° La solubilité du révélateur dans l’eau doit être aussi grande et aussi rapide que possible ;
4° Les solutions doivent se présenter incolores ou tout au moins très peu colorées, et fournir des produits d’oxydation également incolores ou peu colorés ; mais, dans tous les cas, tels qu’ils ne puissent, par une action continue, colorer le substratum de la matière sensible qui, dans le procédé dont nous nous occupons, est la gélatine.
85. — Beaucoup de corps organiques, surtout pris à la série aromatique, ai-je dit, remplissent ces conditions. Pendant quelques années, leur nomenclature demeura très restreinte. Elle se résumait au triphénol ou acide pyrogallique ; au paradiphénol ou hydroquinone ; à la pyrocatéchine ; à l’iconogène et aussi à la phénylhydrazine. Mais MM. A. et L. Lumière ayant, avec tout le soin qui caractérise leurs travaux, recherché les groupements qui impriment aux substances des propriétés révélatrices, on a vu tout à coup cette nomenclature s’enfler d’une façon pour ainsi dire démesurée, d’autant plus que cette enflure ne cesse pas de croître. Il me paraît donc tout à fait intéressant de résumer, dans cet ouvrage spécialement réservé au développement, les travaux de MM. Lumière frères sur la fonction révélatrice.
Ce sont les corps de la série aromatique qui ont été étudiés les premiers, en commençant par les phénols monoatomiques caractérisés par le groupement OH, monovalent, remplaçant un atome d’hydrogène du noyau aromatique. Bien que présentant des propriétés réductrices, ces corps ne sont pas des révélateurs de l’image latente.
86. — Dans les phénols diatomiques, trois étaient déjà connus : l’hydroquinone, la pyrocatéchine et la résorcine.
L’hydroquinone, indiquée, en 1880, par le capitaine Abney, présente la position para :
cw
Oh
OH
fi8 LE DÉVELOPPEMENT EN PHOTOGRAPHIE.
La pyrocatéchine, présentée la même année, je crois, par MM. Eder et Toth, est un diphénol en position ortho :
La résorcine, proposée par les mêmes expérimentateurs, est un diphénol en position méta :
MM. Lumière ont constaté que si les deux premiers corps constituaient de bons révélateurs, le dernier ne parvenait pas à révéler l’image latente, quand il était chimiquement pur. Ce qui les a amenés à conclure que les propriétés réductrices qu’on lui avait reconnues provenaient d’un état flagrant d’impureté. La résorcine, mise en expérience par MM. Eder et Toth, devait évidemment contenir des traces de ses isomères : hydroquinone ou pyrocatéchine. Ce résultat les conduisait aussi à tenir leur attention éveillée sur la position méta.
Les homologues de ces corps révèlent également l’image latente. Ainsi, par exemple, le toluhydroquinone
et les dérivés obtenus par la substitution de radicaux monovalents à H donnent naissance à deux séries distinctes par leurs propriétés, ün les désigne par a et (3 suivant la position de l’H remplacé