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LES MODÉRATEURS

158. De l’utilité et du rôle des modérateurs. — 159. Les bromures alcalins. — 160. Bromure de potassium. — 161. Sensibilité des révélateurs à l’action du bromure de potassium. — 162. ne bromure pousse-t-il à la dureté 7 — 163. Bromure de sodium. — 164. Bromure d’ammonium. — 165. Bromure de lithium. — 166. Du choix du bromure alcalin. —

167. Tableau des quantités correspondantes des différents bromures. —

168. Remplacement des bromures alcalins par d’autres agents. —

169. Modérateurs divers. — 170. L’acide acétique. — 171. L’acide borique. — 172. Le chlorure de potassium. — 173. Emploi des modérateurs pour une retouche chimique locale.

158c — Sans être d’un emploi aussi nécessaire que les alcalins, les modérateurs peuvent cependant toujours entrer, en proportion minime au moins, dans la composition des bains de développement. Leur véritable rôle, en ces proportions-là, est de régulariser l’action du bain et d’empêcher la montée du voile. En grandes proportions, ils modèrent l’action du bain en la retardant. De là aussi leur nom de retardateurs.

Ils peuvent par conséquent servir dans tous les cas. C’est une question de dosage.

D’après la théorie de la surexposition que je vous ai donnée au chapitre de l' Impression, lorsqu’on développe l'image latente, celle-ci tend à se renverser et à donner une image positive, si la surexposition a été par trop forte.

Il est donc bon d’ajouter au bain un modérateur qui permette au bromure d’argent dissocié de se reformer peu à peu.

Dans le cas de la sous-exposition, il faut aussi ajouter un modérateur au développateur, pour empêcher que l’action du bain se fasse sentir seulement sur la surface de la gélatine, et que la plaque se grise avant la pénétration du bain dans la couche.

En un mot, le modérateur forme avec le sel d’argent des

LES MODERATEURS.

combinaisons intermédiaires qui forcent alors le révélateur à n’agir que lentement.

159. — C’est généralement aux bromures alcalins que l’on demande cette action modératrice. Ce fut, je crois, vers 1863 ou 1864, que le major Russel découvrit aux bromures cette particularité. Ce sont les bromures alcalins que nous allons étudier tout d’abord.

En tète de rang, pour le procédé au gélatino-bromure d’argent, vient tout naturellement le bromure de potassium, puisqu'il entre généralement dans la préparation de l’émulsion.

Bromure ue potassium.

160. — Le bromure de potassium, , dont la formule est KBr=119, se présente sous la forme de petits cristaux cubiques incolores ayant une saveur fortement salée et piquante. 11 est soluble à 58 p. 100 dans l’eau froide; à 102 dans l’eau cliaude ; à 7 dans l’alcool froid; à 2 dans l’alcool bouillant; à 0,2 dans l’éther; à 0,05 dans l’alcool élhéré; à 25 dans la glycérine.

Faire usage toujours autant que possible de bromure de potassium pur. Celui du commerce contient, le plus souvent, de l’ induré, du chlorure de potassium, des carbonates et des azotates.

161. — Certains révélateurs, tel que l’oxalate ferreux, sont particulièrement sensibles au bromure de potassium. Quelques gouttes d’une solution à 10 p. 100 par chaque 100 centimètres cubes de bain de développement agissent avec une grande énergie sur des plaques normalement exposées. Un léger excès de cette proportion suffit à mener à bien le développement de plaques très surexposées.

L’acide pyrogallique, employé avec un sel de sodium comme accélérateur, se comporte à peu près comme l’oxalate ferreux. Le bromure de potassium, ajouté goutte à goutte, retarde le développement. Mais si l’on emploie l’ammoniaque au lieu d’un sel de sodium, l’action du bromure de potassium se manifeste surtout en empêchant les voiles au détriment de l’effet modérateur. Dans ces conditions, il faut donc, afin que l’action modératrice ait réellement lieu, forcer la

dose de bromure de potassium. Pour des plaques normalement exposées, 100 centimètres cubes d’un bain de développement pyro-ammoniacal exigent XXX gouttes au moins d’une solution de bromure de potassium à 10 p. 100, soit environ 2 centimètres cubes. Pour des plaques nettement surexposées, la dose peut être portée de 5 à 10 centimètres cubes pour chaque 100 centimètres cubes de bain de développement.

L’hydroquinone, employée avec un sel de sodium comme accélérateur, est bien moins sensible à l’action modératrice du bromure de potassium que le pyrogallol. On peut bien, il est vrai, en forçant la dose de ce dernier sel, ralentir de beaucoup le développement; mais on n’arrive point à ramener à bonne valeur et bonne harmonie les phototypes surexposés aussi bien qu’avec le pyrogallol ou l’oxalate ferreux. Quand on a affaire à l’hydroquinone, le meilleur modérateur est encore cette même hydroquinone, itérativement employée. Non seulement elle développe avec lenteur, mais donne des phototypes vigoureux, non pas par le bromure qui lui a été adjoint, mais par la décomposition que subit l’hydroquinone en s’oxydant. Cette oxydation, en effet, suffit pour ralentir la venue de l’image sans affaiblir cette dernière.

Le glycin me paraît se comporter d’une façon analogue, tant que la température du bain reste dans la moyenne de 15 à 18° C. Dès que cette température atteint et dépasse 20° C., l’action modératrice du bromure se fait nettement sentir. D’autre part, le glycin étant, de tous les révélateurs, celui avec lequel il y a le moins à craindre la montée du voile, même dans un développement très prolongé, il semble donc parfaitement inutile d’employer le bromure de potassium lorsque la température du bain ne dépasse pas 20° C. Lorsque le phototype est nettement surexposé, il me semble plus indiqué d’employer le glycin à plus forte dose que la dose ordinaire. Il se retarde lui-même.

Avec des révélateurs rapides comme l’iconogène et le métol, notamment le métol, le bromure de potassium, quelle que soit sa dose, agit simultanément à double titre : il empêche le voile et modère l’action du bain. Toutefois, cet effet de ralentissement est bien moins remarquable que pour l’oxalate ferreux et le pyrogallol. Les longues exposi-

LES MODERATEURS.

tions peuvent bien être ramenées à force de bromure, mais les plaques par trop surexposées demeurent récalcitrantes, même quand on exagère le dose de bromure de potassium. Ce modérateur est impuissant à refréner l’énergie du métol

Lorsque l’on se sert itérativement d’un développateur au métol, déjà vieilli et plusieurs fois employé, celui-ci se i>om< porte tout autrement que le pyrogallol ou l’hydroquinone. Il modère bien le développement — en raison même de l’épuisement du bain, — mais il fournit des phototypes sans vigueur. C’est la véritable raison du pourquoi le métol réussit bien entre les mains des opérateurs qui savent exposer correctement. Voilà aussi pourquoi ce produit rend de bons services quand il s’agit d’expositions sommaires et que les objets offrent de grands contrastes lumineux.

Pour les développateurs au métol sodique et au métol potassique, une addition de bromure, à raison de un pour mille, altère si peu leur sensibilité que les fabricants de produits chimiques se chargent souvent d’ajouter euxmêmes ce sel à des développateurs tout préparés, sans que l’amateur s’aperçoive d’un ralentissement visible dans la venue de l'image. Le seul effet qu’il constate, et dont il a tout lieu de s’applaudir, c’est que les phototypes ainsi traités ne montrent aucun voile.

Tout ce qui vient d’ètre dit sur le métol peut s’appliquer au diamidophénol. Quoi qu’en disent certains expérimentateurs, le bromure de potassium me paraît très peu propre à modérer la caractéristique énergie du diamidophénol. Tout au plus a-t-on un ralentissement médiocre en additionnant le bain de S, 10 et même 15 centimètres cubes d’une solution de bromure de potassium à 10 p. 100. Encore cela est-il loin de valoir un peu de diamidophénol ajouté au bain. Ce mode de procéder produit une action modératrice beaucoup plus certaine. Le vrai rôle du bromure de potassium, avec le diamidophénol, est plutôt d’empêcher le voile.

162. — Je ferai remarquer que c’est à ce manque de voile, en d’autres termes à la grande clarté obtenue dans les ombres par l’addition du bromure de potassium, qu’on a dû croire, et que j’ai cru longtemps moi-même, que le bromure rendait le phototype heurté. Comme je l’ai dit main-

tes fois depuis, je me suis convaincu de l’inanité de cette croyance. Le bromure retarde surtout la venue des parties très exposées et permet, par conséquent, pendant ce temps, aux détails des ombres de monter. 11 tend donc plutôt à l’harmonie qu’au heurté.

Si l’image semble heurtée par l’addition du bromure, c’est qu’elle est heurtée naturellement, et que l’absence du voile, dù à l’usage du bromure, fait plus facilement sauter à notre œil ce défaut, moins visible, mais tout aussi réel, quand il y a un voile gris général.

Bromure de sodium.

163. — Le bromure de sodium , dont la formule est NaBr4H20 = 175, se présente en petits cristaux blancs cubiques d’une saveur amère. Il se dissout à 85,5 p. 100 dans l’eau froide, à 154 dans l’eau bouillante, à 6 dans l’alcool, à 0,88 dans l’éther. Il est beaucoup moins employé que le bromure de potassium.

Bromure d’ammonium.

164. — Le bromure d' ammonium, AzH4Br = 98, cristallise en longs prismes incolores. A l’air, il jaunit peu à peu et prend une réaction acide, en absorbant l’humidité de l'air. Il est soluble à 78 p. 100 dans l’eau froide, à l’infini dans l’eau chaude, à 3 p. 100 dans l’alcool et à 0,11 dans l’éther.

On l’emploie tout aussi couramment que le bromure de potassium. Il m’a toujours semblé être, de tous les modérateurs, celui qui empêche le mieux le voile et rend le phototype négatif très brillant, principalement quand on l’emploie avec le pyrogallol.

Malheureusement, par sa nature ammoniacale, il demeure d’une stabilité très incertaine, et l’on ne sait jamais bien au juste la valeur des doses que l’on emploie. A moins d’avoir recours à l’aréomètre, ce qui est un inconvénient.

Bromure de lithium.

165. — Le bromure de lithium, LiBr = 87, cristallise . oil en tables transparentes, soit en fines aiguilles incolores.

I ES MODERATEURS.

très déliquescentes et d’une saveur amère. Il est soluble à 143 p. 100 dans l’eau froide, à 270 dans l’eau bouillante, et quasi infiniment dans l’alcool.

Il est très peu employé.

Conclusions.

166. — En résumé, ce sont les bromures de potassium et d’ammonium qui sont les plus employés. On peut dire même presque exclusivement employés.

D’une façon générale, il semble bon de toujours se servir, comme modérateur, du bromure d’un métal alcalin différent de celui qui a été pris pour l’alcali, attendu que les bromures doubles, se formant dans le bain, sont plus solubles que les bromures simples.

Donc, toutes les fois que l’alcali sera un sel de sodium ou de l’ammoniaque, mieux vaudra faire usage du bromure de potassium. Par contre, quand l’alcali sera un sel de potassium, mieux vaudra faire usage du bromure d'ammonium. Encore devra-t-on tenir compte d’un dégagement possible d’ammoniaque et de la façon dont cet alcali peut se comporter avec le révélateur entrant dans la composition du bain de développement.

167. — La table ci-dessous donne les quantités correspondantes des divers bromures. Pour son mode d’emploi, on se reportera à celui donné pour les quantités correspondantes des divers sulfites n° 128.

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