ETUDE DU GENRE HISTORIQUE
DÉVELOPPATEUR A L’ACIDE PYROGALLIQUE- 179
à l’acide pyrogallique, c’est-à-dire celle où le révélateur est employé en solution.
Voyons maintenant la seconde méthode par laquelle le révélateur est employé à l’état sec. On ne supprime en réalité qu’une solution de réserve, celle du révélateur. Il est vrai que les autres peuvent être faites à saturation et que de cette façon on évite tous les ennuis des pesées. Je sais bien que la saturation n’est pas mathématiquement la môme
1 toujours, et qu’elle varie un peu suivant la variation de la température ; mais on verra, d’après la manière de procéder, que cette différence dans le degré de concentration des solutions n’a pas lieu de nous préoccuper outre mesure dans la pratique.
Les solutions de réserve à faire pour ce mode de déve-
loppement sent :
^ ( Eau Quantité quelconque.
] Sulfite de sodium anhydre A saturation.
g Ç Eau Quantité quelconque,
( Carbonate de sodium cristallisé. A saturation.
c ( Eau Quantité quelconque.
/ bromure de potassium A saturation.
n ( Eau 1 .000 cm*.
( Solution A 100 —
! Comme indication, vous aurez la saturation avec 20 grammes de sulfite de sodium anhydre; 60 grammes de carbonate de sodium cristallisé; 60 grammes de bromure de potassium. Ces quantités étant prises pour une quantité d’eau égale à 100 centimètres cubes.
205. — Ces solutions de réserve effectuées, voici la marche à suivre pour le développement. Vous mettrez dans votre cuvette, en suivant l’ordre indiqué :
Solution D 100 cm3.
— C IV gouttes.
Acide pyrogallique sec 1 cuillerée à moutarde.
La plaque sera immergée pendant une ou deux minutes dans ce bain, puis vous la retirerez et vous additionnerez le bain, avant de l’y remettre, d’une quantité plus ou moins grande de la solution B. Vous pouvez commencer par une addition minime et si, au bout de deux minutes, vous ne
fl 80
voyez apparaître aucune trace d’image, vous effectuerez une seconde addition, toujours en retirant la plaque avant l’addition. Quand l’image viendra bien, avec le moins possible de la solution B, vous cesserez toute addition et vous pousserez le développement jusqu’à l’obtention complète des détails dans les ombres. A ce moment, si, regardé par transparence à la lanterne rouge ou verte suivant le mode d’éclairage employé dans votre laboratoire, votre phototype négatif ne vous paraît pas suffisamment intense, vous ajouterez au bain de petites doses d’acide pyrogallique, jusqu’à ce que vous ayez obtenu cette intensité, mais toujours en retirant la plaque pour faire l’addition.
On peut certainement ainsi conduire son développement comme on le désire et suivant le sens commandé soit par la durée du temps de pose, soit par l’effet final que l’on veut obtenir. Néanmoins, malgré la simplicité de ce mode de procéder, je ne vous cacherai pas qu’il demande une assez grande délicatesse et beaucoup d’habitude. Quand cette délicatesse et cette habitude sont acquises, tout va parfaitement
206. — A côté de ces deux méthodes typiques du développement à l’acide pyrogallique, il en est d’autres qui fournissent aussi de très bons résultats.
Au chapitre des accélérateurs, nous avons vu que l’on pouvait substituer aux carbonates alcalins, dans certains développateurs, le phosphate tribasique de sodium. Le développateur à l’acide pyrogallique est du nombre Les meilleures formules à employer dans ce cas sont les suivantes :
bien.
100 cm*.
10 gr.
B ] Sulfite de sodium anhydre
( Phosphate tribasique de sodium
/ Eau chaude ayant bouilli
100 cm3.
10 gr.
t*our le développement, vous prendrez :
Eau
Solution A
120 cm»
DÉVELOPPATEUR A L’ACIDE PYROGALLIQUE. 181
Vous obtenez ainsi un développateur énergique, qui vous donnera un phototype négatif très vigoureux, et aussi très brillant. Notez bien qu’il s’agit de phosphate tribasique. Le phosphate sodique du commerce n’est que bibasique et ne remplit pas du tout les conditions requises.
Dès 1882, cependant, il a été indiqué, non pas à proprement parler pour le développement, mais comme permettant d’obtenir plus d’intensité et de brillant. La plaque était immergée, avant le développement, dans une solution à 5 p. 100, et y séjournait une minute environ. Toutes les fois que j’ai employé ce tour de main, il m’a bien semblé, en effet, que les images se développaient avec plus de pureté, mais je dois à la vérité de reconnaître que j’étais toujours obligé d’augmenter l’énergie du développateur.
207. — Dernièrement, MM. Lumière frères et Seyewetz ont proposé de remplacer l’alcali, dans le développateur au pyrogallol, par l’acétone, en faisant remarquer que, dans ce cas, la dose de sulfite de sodium anhydre ne devait pas dépasser 5 grammes pour 1 gramme d’acide pyrogallique et 10 centimètres cubes d’acétone. Au delà, l’augmentation de sulfite n’offre plus aucun intérêt et celle de l’acétone diminue le pouvoir réducteur du bain en même temps qu’elle change la couleur de l’argent réduit en la faisant varier du noir chaud au sépia rougeâtre, à mesure que la quantité d’acétone est plus grande.
Le développateur normal devra donc avoir la composition suivante :
Sulûte de sodium anhydre 5 gr.
Acétone 10 cm3.
Acide pyrogallique 1 gr.
Si l’on veut, avec ce procédé, effectuer le développement rationnel, on peut faire une solution à chaud à 20 p. 100 de sulfite et, après refroidissement, y ajouter 4 grammes d’acide pyrogallique. Pour l’emploi, on prendra 25 centimètres cubes de cette solution; on la diluera avec 75 centimètres cubes d’eau, et on y ajoutera goutte à goutte de l’acétone, comme nous ajoutons de l’alcali dans la méthode que j’ai décrite pour l’emploi de l’acide pyrogallique à l’état sec.
Les phototypes que j’ai obtenus avec ce genre de déve-
loppateur se sont toujours montrés très brillants, très légers, et présentant une image légèrement sépiacée, ressemblant à s'y méprendre à une image développée en bain lent et faible parle glycin, ce qui la rendait éminemment propice pour un bon tirage.
Cette méthode néanmoins me semble beaucoup plus intéressante au point du vue théorique qu’au point de vue pratique. L’acétone, en effet, dégage une odeur très pénétrante qui affecte douloureusement les muqueuses. En outre, comme c’est un dissolvant du celluloïd, on ne saurait l’employer avec des cuvettes formées de cette matière sous peine de les voir bientôt réduites en bouillie.
208. — En parlant de la fonction révélatrice, nous avons constaté que les substances présentant plus de deux substitutions OH ou AzH2 et dont la molécule ne contient pas de groupement acide COOII sont susceptibles de développer en solution neutre et même en solution acide. Si l’on se reporte à la formule de l’acide pyrogallique donnée au chapitre des révélateurs, on voit que ce révélateur se trouve dans ce cas.
L’acide pyrogallique développe parfaitement bien, en effet, en solution neutre surtout. On ne peut objecter que le développement a lieu parce que le sulfite de sodium contient des traces de carbonate de potassium, attendu que les expériences faites avec le sulfite du commerce ou du sulfite chimiquement pur ont toujours amené au développement complet de l’image latente. On formera donc un très bon révélateur en employant seulement une solution de sulfite de sodium anhydre, dans laquelle on fera dissoudre de l’acide pyrogallique. Les phototypes obtenus ainsi sont d’une pureté remarquable, éminemment légers et brillants, mais se prêtant néanmoins à un excellent tirage, attendu que l’argent déposé présente une coloration rosée très peu actinique.
Le seul défaut de ce genre de développateur, si l’on veut admettre que ce soit un défaut, c’est d’agir avec une extrême lenteur. Pour mon compte, je trouve que ce défaut est une qualité de premier ordre, surtout dans les cas de sous-exposition ou de surexposition. Avec lui, on est presque en droit d’affirmer la certitude de ne jamais manquer une plaque. Il
DÉVELOPPATEUR A L’ACIDE PYROGALLIQUE. 183
ne faut que de la patience... ou de l’abandon. Aussi ce développateur se prête-t-il admirablement bien au développement lent en cuvette verticale.
Lorsque nous faisons dissoudre de l’acide pyrogallique dans une solution de sulfite de sodium, il se produit vraisemblablement un sulfite de pyrogaliol, sel très oxydable. 11 suffirait alors à réduire le bromure d’argent modifié et aurait, de plus, cet avantage immense de s’oxyder en donnant des produits d’oxydation incolores. Ce qui expliquerait l’absence de tout voile et la pureté remarquable des images produites par ce procédé.
D’une façon générale, la solution de pyrogaliol et de sulfite de sodium anhydre que j’ai indiquée :
Solution froide de sulfite anhydre à 15 p. 100... 100 cms.
Acide pyrogallique 5 gr.
demeure parfaitement suffisante en prenant environ 35 centimètres cubes de cette solution pour65 centimètrescubesd’eau de dilution. Mais on peut très bien augmenter, même dans des limites assez étendues, la proportion de sulfite de sodium. Néanmoins, on ne devra pas perdre de vue que le sulfite de sodium non seulement ramollit la gélatine, mais encore tend à dissoudre le bromure d'argent non modifié, puisque l’on a souvent indiqué le sulfite de sodium comme un succédané de l’iiyposul llte de sodium. C’est surtout sur ce second nnmfc que doit porter plus particulièrement l’attention, car, en général, la gélatine des plaques du commerce est assez dure pour supporter, sans endommagement, une forte dose de sulfite de sodium.
Pour le travail au posé, cette méthode donne également d’excellents résultats. Elle m’a fourni des portraits merveilleux, surtout dans les cas où j’avais, dans les vêtements, des blancs, ou des bleus tendres en masses légères. On n’a pas à regretter le temps que l’on passe.
209. — Le développement à l’acide pyrogallique présente une particularité, qui n’a pas laissé de me surprendre fortement, lorsque je la constatai pour la première fois. En retirant la plaque du bain de développement, et en la mettant directement, comme cela m’est arrivé maintes fois en voyage, par manque d’eau, dans un bain d’alun et d’acide citrique,
184 LE DÉVELOPPEMENT EN IM1 OTOf-RAPlIIE.
il se produit souvent une très vive phosphorescence, visible malgré la lumière rouge de la lanterne, et durant plusieurs secondes, une minute même. Je ne sais au juste d’où provient cette phosphorescence. Probablement de l’oxydation du pyrogallol et du sulfite de sodium sous le fait de la précipitation de l’alumine. Ce qui intéresse est de savoir si celte phosphorescence peut pratiquement produire un voile. Or, à maintes reprises, j’ai répété l’expérience sans constater la moindre trace de voile. Cela d’ailleurs n’a rien qui puisse surprendre : l’acide contenu dans le bain d’alun détruisant immédiatement le pouvoir réducteur du développateur contenu dans lagélatine.
Comme conclusion, le développement à l'acide pyrogallique se présente donc comme étant le type, par excellence, du développateur en deux solutions.
DÉVELOPPATEUR AU DIAMIDOPHÉNOL OU AMIDOL.
210. Type de développateur en solution neutre. — 211. Développâtes normal en solution. — 212. Augmentation de la quantité de diamidophénol. — 213. Augmentation de la quantité de sulfite de sodium. — 214. Dosages spéciaux pour différents cas. — 215. Nécessité de pousser le développement à fond. — 216. Facilité d’oxydation des solutions. — 217. Emploi du révélateur à l’état sec. — 218. Méthode pratique. — 219. Apparition brusque et complète de l’image. — 220. Apparition brusque et successive des différentes parties de l’image. — 221. Apparition lente. — 222. Limites dans la modification des constituants. — 223. Effet des modérateurs. — 224. Augmentation du pouvoir réducteur par l’hyposulfite de sodium. — 225. Taches produites par le dévelcppateur au diamidophénol. — 226. Développateur à l’oxalate de diamidophénol.
210. — Le développateur au diamido phénol ou amidol se présente comme le type des développateurs travaillant en solution neutre ou légèrement acide Sans avoir pris l’avis des somnambules ou des tireuses de cartes plus ou moins extralucides — elles sont toujours extra, — je crois possible d’admettre que ce genre de développateur devienne celui de l’avenir, par la facilité de sa préparation et de son emploi. Toutefois, il ne pourra être bon qu’autant que le révélateur employé sera éminemment soluble.
C’est le cas du diamidophénol.
Au point de vue de la rapidité d’action, j’entends d’une bonne action, le développateur au diamidophénol prime tous les autres. Il garde cependant cette propriété de pouvoir s’employer également bien dans le cas d’un développement lent.
211. — ■ Dans la formation d’un développateur normal au diamidophénol, il me semble qu’il existe une règle de laquelle on ne devrait point se départir. Je la formulerai ainsi :
1° Pour un poids a: de chlorhydrate de diamidophénol, il faut employer 6 a: de sulfite de sodium anhydre;
2° Four 1 00 centimètres cubes d’eau, a: est égal à 1 gramme. Donc, nous aurons un développateur normal avec :
Eau distillée 1 000 cm3.
Sulfite de sodium anhydre 60 gr.
Diamidophénol (chlorhydrat 10 —
Employé tel que, ce développateur est extrêmement énergique. 11 n’en donne pas moins des phototypes très doux, des demi-teintes bien graduées, des noirs intenses quoique restant très perméabLes à la lumière, et généralement une absence complète de voile.
Pour obtenir des modifications raisonnées dans les effets de ce développateur, il est bon de voir quelle influence possède, dans la solution, soit la quantité de diamidophénol, soit la quantité de sulfite.
212. — En augmentant progressivement la quantité de diamidophénol contenue dans le développateur normal cidessus, il se passe un phénomène très typique. Le pouvoir réducteur du développateur décroît au fur et à mesure qu’augmente la quantité de révélateur introduite. Par cela même de cette décroissance de pouvoir, le phototype présente une image de moins en moins vigoureuse. Si, au lieu d’augmenter le révélateur, on procède à sa diminution progressive, on obtient pour ainsi dire identiquement les mêmes effets.
La quantité de révélateur exprimée par la loi que j’ai énoncée est donc bel et bien un maximum.
213. — En augmentant progressivement la quantité de sulfite de sodium contenue dans le développateur normal, le pouvoir réducteur du développateur croit progressivement aussi. Cette croissance continue jusqu’au moment où la quantité de sulfite du développateur normal se trouve doublée. A ce moment, il n’y a plus d’augmentation sensible. Mais la tendance au voile, que l’on peut considérer comme nulle avec la quantité de sulfite du développateur normal, tendance qui a crû avec l’augmentation du sulfite, arrive à un tel degré qu’on est presque assuré de voir se produire sur le phototype un voile généra], intense et immédiat.
De ces constatations il résulte :
4° Que le diamidophénol joue avec lui-même le double rôle de modérateur et d’affaiblisseur ;
DEVELOPPATEUR AU DIAMIDOPHÉNOL. 187
2° Que le sulfite de sodium joue, jusqu’à un certain degré, le rôle d’accélérateur, mais que, passé ce degré, il devient la cause d’une production de voile intense.
214. — Toute la pratique du développement au diamidophénol se trouve, pour ainsi dire, établie par ces remarques. Toutefois, pour en faciliter les débuts à ceux qui voudront l’employer, et je les engage fortement à le faire, je vais leur indiquer quelques dosages en employant simplement la solution ci-dessus et en ayant à leur disposition une carafed’eau filtréé.
Développateur pour poses exactes et travaux d'atelier.
Solution de diamidophénol 60 —
Développateur pour travaux courants exécutés au dehors.
Eau 60 cm3.
Solution de diamidophénol 40 —
Développateur donnant dur, donc spécial pour plaques trop surexposées.
Eau. 10 cm3.
Solution de diamidophénol 80 —
— de bromure de potassium au 1/106 15 —
Si la plaque est par trop surexposée, on obtiendra difficilement même ainsi de bons résultats. L’action réductrice du diamidophénol sur le bromure d’argent insolé étant très puissante.
Développateur doux pour plaques trop sous-exposées.
Eau 100 cm3.
Solution de diamidophénol 20 —
Développateur vigoureux..
Solution de diamidophénol 100 cm3.
C’est, comme nous l’avons vu, le développateur à son maximum d’énergie véritablement utilisable avec sécurité dans la pratique.
Ce ne sont là que des indications sommaires pour les différents cas. Si je les ai néanmoins précisées, c’est pour vous montrer qu’en réalité, sauf pour une très grande surexposition, il suffit, suivant le besoin, de faire varier la quantité d’eau ou la quantité de la solution de diamidophénol.
Les doses que je vous indique sont proportionnées pour
une surface sensible égale aux dimensions 13 x 18.
215. — J’appellerai cependant votre attention sur un point très important. Ce développateur communique à l’argent réduit une coloration gris bleu extrêmement actinique. Donc, pour que l’image vienne, en bonne valeur, au tirage, il faut, en général, que le développement soit poussé très à fond. Si donc, par un excès de pose (et on a souvent excès de pose quand on révèle avec un développateur aussi énergique), la plaque noircit à la surface presque au début de l’opération, ne vous en inquiétez pas outre mesure et suivez l’image au dos où elle doit être alors nettement visible quand le développement se trouve réellement achevé.
On peut changer le bain à chaque opération ou s’en servir jusqu’à épuisement.
216. — Quand vous serez un peu familiarisés avec ce genre de développateur, vous pourrez l’employer d’une tout autre manière. Le développateur, en effet, constitué comme jel ’ai dit, ne se garde pas. Il brunit rapidement et perd ses qualités au fur et à mesure de ce brunissement. Les résultats que l’on obtient avec une solution faite depuis huit jours, par exemple, ne sont en aucune façon comparables à ceux que donne un bain neuf. Donc, toutes les fois que vous voudrez employer le développateur en solution complète, ne préparez cette solution qu’au moment de vous en servir, et n’en préparez que la quantité jugée approximativement nécessaire et suffisante pour votre travail immédiat.
217. — D’ailleurs, le diamidophénol étant éminemment soluble dans l’eau, il vaut mieux l’employeràsec, comme nous l’avons fait pour l’acide pyrogallique. Il suffit d’avoir constamment à sa disposition une solution titrée de sulfite préparée à l’avance. Elle se conserve parfaitement bien, pendant un temps assez long, si on l’a faite avec du sulfite de sodium anhydre. Avec du sulfite de sodium cristallisé, elle se garde beaucoup moins bien. Il se forme plus facilement, au contact de l’oxygène de l’eau, un sulfate de sodium, qui n’a plus les qualités du sulfite. Cet emploi du diamidophénol à sec permet le développement rationnel, c’est-à-dire par dosages spéciaux pour chaque sujet et que j’ai indiqué comme un des meilleurs modes d’emploi de l’acide pyrogallique.
La solution titrée de sulfite de sodium anhydre dont je
PEVELOPPATEUK AU DIAMIDOPI1 ÉINOL.
me sers reste celle que j’ai constamment dans mon laboratoire, et dont je fais usage pour toutes les manipulations dans lesquelles ce produit devient nécessaire.
Elle se compose de :
Eau chaude ayant bouilli 1000 cm3.
Sulfite de sodium anhydre 150 gr.
Après refroidissement complet, la solution est décantée et soigneusement filtrée sur ouate hydrophile. J’ai donc ainsi une solution à 15 p. 100 quand la solution est faite comme je l’ai dit au chapitre des solutions pour le titrage.
Quant au diamidophénol, on peut, soit l’avoir tout pesé préalablement, par petites doses de 0er,5, enfermées dans des sachets de papier paraffiné empilés dans un flacon bien bouché et contenant quelques morceaux de chlorure de calcium ; soit l’employer en le prenant à même le flacon qui le contient, avec une petite cuiller à moutarde. A l’aide de quelques pesées d’essai, on s’habituera vite à ne prélever avec sa cuiller qu’une dose très sensiblement égale à un demi-gramme.
218. — Pratiquement, le mieux est de toujours employer cette dose d’un demi-gramme, quels que soient les cas, et de ne faire varier dans le développateur que la quantité de sulfite, en se rappelant ce que j’ai dit sur les variations proportionnelles de ce constituant dans le développement. Quant à l’eau, nous l’emploierons à notre gré pour faire varier la durée du développement.
Le bain d’attaque pourra toujours être composé comme suit :
Eau 90 cm*.
Solution de sulfite de sodium anhydre à 15p. 100. 10 —
Diamidophénol 0sr,5
Durant les grandes chaleurs, on pourra même réduire de moitié la quantité de la solution de sulfite et porter alors à 93 centimètres cubes la quantité d’eau.
Dans ce bain d’attaque, on verra comment l’image se présente.
219. — Si elle se montre très vite, brusquement, d’un seul coup, nous nous trouvons cert ainement en présence d’une assez forte surexposition. Sans hésitation, emparez-vous de
•4 on
la carafe et diluez fortement votre bain, de telle sorte que l’image ne monte plus que d'une façon facile à suivre. Quand tous les détails seront bien visibles à la surface, si vous avez dilué assez vite pour que cette surface ne soit pas devenue uniformément grise, laissez agir le développateur jusqu’à ce que l’image soit très nettement visible, dans toutes ses parties, au dos de la plaque. Vous agiriez d’ailleurs de même si la surface était grise. Au fixage, le tout s’éclaircira.
220. — Si, sans apparaître brusquement et d’un seul coup, l’image se montre simultanément dans toutes ses parties, nous nous trouvons en présence d’une exposition correcte, si les ombres restent claires; ou en présence d’une légère surexposition, si les grandes ombres présentent un aspect un peu gris. Vous laisserez alors l’image monter graduellement dans le bain tel qu’il est composé, ne l’arrêtant encore qu’au moment où elle se montrera nettement visible au dos et dans toutes ses parties.
Je ne saurais trop le répéter : ce contrôle de l’image au dos est une des caractéristiques du développateur au diamidophénol, et ce n’est guère qu’avec lui qu’on a la certitude, par avarice, d’obtenir un phototype en très bonne intensité pour le tirage.
221. — Si l’image, au lieu d’apparaître dans son ensemble, ne laisse voir tout d’abord, comme cela a tou jours lieu avec certains développateurs, que les grands noirs, c’est-à-dire les parties qui ont été le plus fortement impressionnées, nous nous trouvons évidemment en présence d’une sous-exposition plus ou moins grande. Dans ce cas, versez votre bain dans le verre gradué, ajoutez-y 2 ou 3 centimètres cubes de votre solution de sulfite de sodium, mélangez bien avec l’agitateur de verre et reversez sur la plaque. Si, au bout d’une demi-minute, l’image ne se montre pas dans tout son ensemble, procédez à une nouvelle addition de sulfite, et ainsi de suite jusqu'à ce que toute l’image sorte en même temps.
222. — En considérant, d’une part, la loi de formation d’un développateur au diamido phénol à son maximum que j’ai donné ci-dessus et, d’autre part, la quantité de sulfite de sodium qui entre dans 1 centimètre cube de la solution indiquée pour cette méthode du diamidophénol employé à
DÉVELOPPATEUR A TJ . DIAMIb O PHENOL.
l’état sec (15 p. 100), on voit que l’on peut ajouter, pour atteindre ce maximum, jusqu’à 10 centimètres cubes de la solution de sulfite pour le bain marqué hiver et jusqu’à 15 centimètres cubes pour le bain marqué été.
Dans le cas d’une très forte sous-exposition, et si l’image n’arrivait pas à sortir, ces quantités peuvent être portées jusqu’à 40 centimètres cubes dans le premier cas et 45 centimètres cubes dans le second. Mais, je le répète, on court les risques de voir le voile apparaître et s’intensifier.
Avec ce mode de procéder très simple, fournissant une conduite très rationnelle et très sure du développement, je ne vous indique, pour accélérateur, que la solution de sulfite, et pour modérateur que i’eau.
223. — Un alcali, employé en très petite dose, peut cependant servir de modérateur. Soit par exemple l’ammoniaque ou soit une solution à 10 p. 100 d’un carbonate alcalin dont l’addition ne sera faite que par goultes. Cette accélération reste toujours dangereuse, au point de vue de la montée du voile et de la décomposition du bain. Aussi ne saurais-je pratiquement vous la conseiller.
Quant au modérateur ordinaire, le bromure de potassium, il n’a d’efficacité modératrice dans le développateur au diamidophénol qu autant qu’on l’emploie à des doses relativement très fortes, 5 à 10 centimètres cubes d’une solution à 10 p. 100. Encore, la modération n’est-elle sensible qu’autant que le développateur ne contient pas son maximum de sulfite de sodium. Aussi est-ce assez amusant de voir des formules de ce développateur présentant des quantités infinitésimales de bromure de potassium. Toutefois, si l’action modératrice du bromure est faible, il agit assez bien dans l’espèce comme agent préventif du voile. On pourra donc l’employer en petites doses, pour cet usage, lorsqu’on voudra pousser la venue de l'image par de grandes additions de la solution de sulfite.
Il m’a toujours semblé que les acides organiques présentaient une action modératrice plus marquée que celle du bromure de potassium. Ils vont même jusqu’à arrêter complètement l’action révélatrice du développateur. Aussi me semble-t-il préférable d’employer une solution de l’un de ces acides, tels que l’acide tartrique, l’acide citrique ou l'acide
LE DEVELOPPEMENT EN PHOTOGUAPilIE.
acétique, qui se trouvent généralement dans tous les laboratoires.
Donc, pour les phototypes que vous aurez cherché à surexposer amplement alin d’être sûrs d’avoir les détails dans les ombres profondes, comme cela arrive pour les sous-bois ou pour les intérieurs, usez comme modérateur d’une solution à 10 p. 100 de l’un des acides que je viens de citer.
224. — L’hyposulfite de sodium ajouté au développateur au diamidophénol, sans qu’on se rende bien compte encore de la réaction chimique qu’il produit, augmente le pouvoir réducteur du diamidophénol sans cependant produire de voile. Si, dans un bain de 100 centimètres cubes normalement composé, on ajoute 11 à III gouttes d’une solution d’hyposulfite de sodium à 10 p. 100, l’image se montrera plus vigoureuse que si elle était développée dans le même bain sans addition d’hyposulfite.
Cette addition cependant a des limites. La vigueur augmente jusqu’à l’addition d’environ VIII à IX gouttes, puis elle devient stationnaire si l’on continue l’addition jusqu’à XXY gouttes environ. Passé cette limite, si on continue à augmenter la dose, l’effet inverse se produit : l’image, au lieu de se présenter plus vigoureuse, se présente de plus en plus faible. Mais, phénomène très digne de remarque, le voile ne se montre pas, même en ajoutant au développateur des doses considérables delà solution d’hyposulfîte, soit, par exemple, 6 à 8 centimètres cubes. Bien au contraire, les grandes ombres paraissent beaucoup plus transparentes que si elles avaient été développées dans le bain normal.
En faisant emploi de l’hyposulfite de sodium, j’ai constamment agi en ajoutant sa solution au développateur. Quelques expérimentateurs proposent de faire baigner la plaque, avant le développement, dans de l’eau chargée de la dose de la solution d’hyposulfite qu’on juge à propos d’employer, et de procéder ensuite au développement, en la plongeant dans le révélateur normal. J’avoue ne pas avoir essayé cette méthode, dont le résultat, paraît-il, est de fournir également une image plus vigoureuse. Il vous est facile de vous rendre compte s’il est préférable d’employer telle ou telle méthode.
225. — Le diamidophénol a un défaut, dont on a fait trime à l’acide pyrogallique : il tache les doigts, les ongles
DÉVELOPPATEUR AU DIAMIDOPHÉNOL-
et le linge. El il les tache beaucoup plus que l’acide pyrogallique, car lorsque celui-ci est, comme je l’ai déjà dit, bien dosé en sullite, on n’a guère à redouter ses effets tachants. Le diamidophénol tache pour ainsi dire toujours et il tache assez vigoureusement à l’état sec.
M. Alalhet a indiqué quatre procédés pour faire disparaître ces taches du linge. Les voici dans l’ordre de leur degré d’elficacité :
1° Tremper le linge taché dans de l’eau oxygénée ;
2° Faire des lavages aux hypochlorites étendus d’eau.
L’eau de Javelle, étant un hypochlorite, peut servir.
3° Faire tremper le linge dans une solution assez concentrée de sulfite ou mieux de bisulfite de sodium. Après ce trempage, vous exprimez légèrement le liquide, puis vous passez le linge taché dans une eau légèrement acidulée par de l’acide acétique cristallisable. Vous renouvelez ce traitement deux ou trois fois s’il est nécessaire.
4° Mouiller légèrement le linge et l’exposer encore tout humide au-dessus d’une petite quantité de fleur de soufre préalablement enflammée.
Pour la coloration brune, très persistante, qui peut teinter les doigts et les ongles, on peut aussi la faire disparaître par plusieurs moyens.
Le chlorure de chaux réussit assez bien. Pour en faire usage, on prépare deux solutions. La première sera composée de :
Eau 150 cm3.
Chlorure de chaux sec 10 gr.
et la seconde de :
Eau 150 cm3.
Carbonate de potassium 00 gr.
On mélange et l’on filtre. Les doigts sont baignés quelques instants dans ce mélange, puis brossés fortement à la brosse à ongles et l’on termine en frottant la partie tachée avec un cristal d’acide citrique. Ce traitement doit être renouvelé plusieurs fois s’il est nécessaire.
226. — "L'oxalate de diamidophénol, contrairement au chlorhydrate, ne tache pas la peau. Il a^ en plus, sur celui-ci
l’avantage de s’altérer beaucoup moins à l’état solide, aussi bien qu’eh solution.
Dans un développateur constitué par i’oxalate de diamii dopbénol, 1 energie de la solution développatrice augmente avec la quantité d’oxalate dissous jusqu’à une teneur de 3 p. 100. L’énergie n’augmente plus avec la concentration si l’on dépasse cette dose. En outre, à partir d’une teneur de 5 p. 100 en sulfite de sodium anhydre, l’énergie n’augmente sensiblement pas avec la quantité de sulfite, pour des solutions renfermant le même poids d’oxalate.
La formule au maximum d’énergie utile est :
Eau . . 1 000 cm*.
Sulfite de sodium anhydre 30 à 40 gr.
Oxalate de diamidophénol 5 —
On voit que la proportion de sulfite est notablement inférieure à celle nécessaire pour le chlorhydrate de diamidophénol. Si même on ne veut travailler avec la solution cidessus que sur des plaques correctement exposées, on peut diminuer de moitié les quantités de sulfite indiquées.
Au demeurant, on peut employer l’ammoniaque comme accélérateur, et l’acide acétique comme retardateur. Quant au bromure de potassium, il est, en petite quantité, sans influence dans le développement. Il en faut une dose très grande pour jouer le rôle de retardateur. On peut donc développer dans le même bain un très grand nombre de plaques, puisque la petite quantité de bromure formée au cours du développement ne saurait agir comme retardateur.
L’ammoniaque doit être employée en dissolution très faible (10 p. 100) et par gouttes. Un trop grand excès amènerait un voile gris mais jamais coloré.
L’acide acétique doit être employé egalement en solution à. 1 0 p. 100 et par gouttes.
Les phototypes fournis par l’oxalate de diamidophénol sont brillants, fouillés et harmonieux.
DÉVELOPPATEUR AU GIYCIK
227. Possibilité d’un développement rationnel par un développateur en, solution ui.ique. — 228. Conditions nécessaires pour ia constitution d un développateur en solution unique. — 229. Développateur au glycin très concentré. — 230. Bain normal. — 231. Bain pour portraits et instantanées. — 232. Bains pour poses incertaines. — 233. Développateur au glycin et au ferrooyanure de potassium. — 234. Mode d’emploi. — 235. Étude de constitution d’une formule au glycin avec emploi des carbonates alcalins. — 236. Mode d’emploi. — 237. Développateur au glycin en deux solutions. — 238. Mode d’emploi.
227. — C’est une erreur, et une erreur trop répandue, de croire qu’on ne puisse obtenir un développement rationnel en photographie qu’en employant strictement un développateur en deux solutions. En faisant usage d’un développateur en solution unique , du moment, et c’est une condition primordiale, qu’il est scientifiquement constitué, comme il a été dit au chapitre les Solutions , on peut opérer rationnellement, soit par additions d’eau pour diminuer la concentration du bain, soit par additions de développateur pour augmenter la concentration de ce même bain.
D’où vient donc que l’erreur signalée se soit répandue et accréditée ?
Vraisemblablement, à mon avis, du nombre considérable de développateurs vendus tout préparés dans le commerce, sous des noms plus ou moins bizarres, et qui se contentent d’indiquer sur leurs étiquettes : pour les instantanées, prenez A de développateur et B d’eau ; pour les posées, C de développateur et D d’eau. Le malheureux acheteur, qui le plus souvent ne connaît pas grand’ chose à la photographie, soit parce qu’il débute, soit parce que le côté chimique de la question lui répugne, et qui ignore, de plus, complètement la composition du développateur qu’il achète, aussi bien comme révélateur employé que comme dosage des consti-
lôô LE DÉVELOPPEMENT EN PilOTOGRAPlIIE
tuants, le malheureux acheteur, dis-je, suit rigoureusement les prescriptions de l’étiquette et opère ainsi avec une sorte d’automatisme, le plus souvent nuisible à la bonne venue de son phototype négatif, surtout quand il opère en dehors du travail normal de l’atelie i .
Eu âme et conscience, l’acheteur reste vraiment bien excusable. La désignation du flacon portant : pour les instantanées... est tout ce que l’on peut rêver de plus vague. Où commence et où finit l’instantanéité? Pour les trois quarts des adeptes de la photographie, et ces trois quarts forment le presque totalité des acheteurs des développateurs du commerce, l’instantanéité existe toutes les fois qu’ils font agir, en un seul coup, l’obturateur de leur objectif. Or tel motif, suivant la nature du sujet et son éclairage, se trouve exactement posé ou même un peu surexposé avec une exposition de 1/60® de seconde, par exemple, alors qu’il y a une insuffisance notoire de pose avec un autre éclairage, un autre sujet, la durée d’obturation et l’ouverture de l’objectif restant les mêmes dans les deux cas. Or, ayant opéré ici et là en 1 /60e de seconde, l’opérateur demeure bien convaincu qu’il lui faut employer le bain indiqué pour les instantanées, et comme il n’ose ou ne sait en modifier la valeur, il forme un bain automatique au grand dam de ses épreuves. Un ami consulté lui répond, avec ce superbe aplomb qu’ont, en photographie, les amis consultés, même les plus ignares, surtout les plus ignares : « Hé! hé ! mon cher, il fallait employer un développateur en deux solutions; en solution unique, rien de bon! »
228. — J’avoue que pour ma part j’ai longtemps cru à cette parole d’ami. J’en suis revenu. Un développateur en une seule solution peut offrir une grande souplesse relative et se prêter à un développement rationnel. Il s’y prête d’autant mieux, que le révélateur employé est plus difficilement oxydable à l’air et fournit une somme moins grande de sousproduits d’oxydation. C’est le cas du glycin. Aussi est-ce à mon avis le meilleur révélateur qui puisse être employé pour former un développateur en solution unique. Je le prendrai donc comme type. D’autant plus que le glycin demeure, de tous les révélateurs , celui qui s’oxyde le moins rapidement, quand on en dilue une solution concentrée. Ce
Ui: VM.Ü-PPATi: Ult A 11 GLYCIN.
qui n’est pas le cas de l’hydroquinone, par exemple, qui sert de base à presque tous les développateurs du commerce. Si, en effet, une solution concentrée d’hydroquinone se conserve longtemps incolore, on sait qu’elle brunit très vite dès qu’on l’étend d’eau. Or l’intérêt d’un développateur en solution unique est non seulement qu’il se conserve à l’état concentré, mais qu’il ne perde pas trop vite ses propriétés quand on le dilue.
Lorsque, dans une solution saturée, les corps dissous se trouvent en partie à l’état solide, la solution résiste longtemps à l’oxydation de l’air. Donc si un développateur est tel qu’une partie du révélateur qui lui sert de base soit à l’état solide, ce développateur se conservera presque indéfiniment.
C’est en se fondant sur cette remarque, que les fabricants de développateurs commerciaux pourraient inscrire sur la porte de leurs laboratoires, qu’un éminent confrère autrichien, dont les travaux sont toujours du plus haut intérêt, le baron von Hübl, a composé un développateur au glycin, en solution unique.
229. — Ce développateur est excellent. Voici la manière de le composer et de s’en servir.
Dans 40 centimètres cubes d’eau chaude ayant bouilli, vous faites dissoudre 25 grammes de sulfite de sodium cristallisé, ou bien 12gr,5 de sulfite de sodium anhydre si, comme moi, vous préférez employer ce dernier produit. Lorsque la dissolution est bien effectuée, vous ajoutez à ce liquide 10 grammes de glycin, puis, par petites quantités. 50 grammes de carbonate de potassium. Vous obtenez ainsi, finalement, après refroidissement, environ 75 centimètres cubes d’un liquide tout chargé d’infimes petits cristaux et constituant une sorte de bouillie légère. Vous avez votre développateur très concentré à l’état de solution unique. En en diluant une certaine quantité dans une certaine quantité d’eau, vous obtiendrez immédiatement un excellent bain de développement. Toutefois, avant de former le bain, n’oubliez jamais d’agiter la fiole contenant la solution mère. Vous ferez bien même de lui coller aux flancs la légendaire formule pharmaceutique : Agiter avant de s’en servir.
Pour des centaines de plaques, j’ai suivi scrupuleusement les indications données par le baron von Hübl et je m’en
suis très bien trouvé. Le mieux, me semble-t-il, est donc de vous les résumer.
230. — Bain normal. — Le bain normal que l’on peut toujours employer lorsque l’on a la certitude que les plaques à traiter ont subi, ou à très peu près, une exposition correcte, se fait simplement en diluant de quinze fois sonvolume d’eau un volume du développateur.
Or, comme nous savons, par exemple, qu’il nous faut environ 100 centimètres cubes de liquide pour couvrir bien et suffisamment une plaque 13 X 18, nous prendrons 7 centimètres cubes du développateur concentré, préalablement agité, et 95 centimètres cubes d’eau. Le bain contiendra donc à très peu près 2gr,5 de révélateur, et comme son oxydation à l’air est extrêmement lente, nous pourrons ainsi développer consécutivement, dans le même bain, 10 plaques 13 x 18. Le bromure de potassium est inutile : le glycin ne poussant pas du tout au voile. Néanmoins, on pourra ajouter V à X gouttes d’une solution de ce sel à 10 p. 100 lorsque la température du bain dépassera 20° C.
A celte température, en effet, l’énergie du glyein augmente sensiblement, et le bromure sera là pour modérer un peu la rapidité de l’action.
231. — Bain pour portraits et instantanées. — Dans les cas du portrait et de l’instantanéité, c’est-à-dire dans les cas où il devient nécessaire de détruire autant que possible le heurté de l’image, on diluera de trente fois son volume d’eau un volume du développateur concentré. Soit donc 3 centimètres cubes de développateur pour 100 centimètres cubes d’eau.
Pour rendre ce bain plus rapide, le baron von Hübl conseille de lui ajouter 4 centimètres cubes d’une solution de soude caustique à 10 p. 100. Je n’en suis pas très partisan, n’aimant pas l’usage des alcalis caustiques, d’abord parce qu'ils attaquent toujours plus ou moins violemment la gélatine, et ensuite parce que je ne recherche jamais la grande rapidité d’un bain de développement, au contraire.
Si le sujet exige un phototype négatif très intense, on peut, sans modifier la quantité d’eau, porter à 5 centimètres cubés la dose de développateur. Contrairement, si l’on désire en phototype clair, brillant et très détaillé, on ne prendra
DÉVELOPPATEUR AU GLYCLN.
que 2 centimètres cubes du déyeloppateur, la quantité d’eau restant toujours la même. On pourra aussi opérer de cette dernière façon si l’instantanéité a été trop grande.
Quant à l’addition de bromure, on l’effectuera, comme précédemment, suivant la température du bain.-
232. — Bain pour les poses incertaines. — Dans ce cas, le volume de l’eau de dilution pourra être de quarante à quatre-vingts fois celui du développa teur.
Est-on sûr que la surexposition ne dépasse pas vingt fois la pose correcte. On fait un bain dans les proportions de 1 à 50. Le développement, dans ces conditions, marche encore relativement assez vite. Les premières traces d’image apparaissent, généralement, au bout de trois à cinq minutes et le développement est la plupart du temps achevé après douze ou vingt minutes. Soit dans quatre fois plus de temps que l’image a mis à apparaître.
Dans ce cas, si la température du bain dépasse 18° G., il es! bon de lui ajouter V à X gouttes d’une solution de bromure 4e potassium à 10 p. 100 par chaque 300 centimètres cubes 4u bain.
Est-on dans l’incertitude absolue sur la durée d’exposition reçue par la plaque ? On peut, en menant rationnellement le travail, obtenir de bons phototypes dans tous les cas. Voici, pour cela, la manière de procéder :
Vous constituerez un bain d’attaque en mélangeant à 250 centimètres cubes d’eau 3 centimètres cubes du développateur et en ajoutant à ce bain une solution de bromure de potassium à 10 p. 100 dans les proportions suivantes :
1/2 cm3 si la température est comprise entre 10 et 15° G.
1 — — — 15 et 20? G.
4 — — dépasse 20° G.
On immerge la plaque dans ce bain et l’on note le temps qui s’écoule depuis cette immersion jusqu’au moment où apparaissent les premières traces d’image. Suivant la durée de ce temps, vous saurez dans quel sens vous devez agir.
Trois cas peuvent se présenter, mais trois cas seulement.
1er Cas. — L’image apparaît entre sept et quinze minutes. — L’exposition donnée à la plaque peut être considérée comme correcte. J’entends ainsi que s’il y a surexpo-
sition, cette surexposition n’est pas suffisamment forte pour modifier la qualité de l’image. La façon de procéder se présente donc tout naturellement à nous : laisser le développement s’achever dans le bain d’attaque ou dans un autre bain de composition identique.
L’image sera complètement venue et en bonne intensité entre trente à quarante-cinq minutes.
2e Cas. — Limage apparaît avant cinq minutes. — Lorsque les premières traces d’image se montrent ainsi avant cinq minutes, on peut en inférer, à coup sûr, que la plaque a reçu une surexposition considérable. Pour éviter alors que le développement ne se fasse trop vite et que l’image ne soit trop faible, il faut achever le développement dans un bain plus concentré et beaucoup plus riche en bromure que le bain d’attaque.
On constituera ce nouveau bain comme suit :
Eau 100 cm*.
Développateur 4 —
Solution de bromure au 1/10» 10 —
La plaque sera retirée du bain d’attaque dès l’apparition des premières traces d’image et, sans être rincée , plongée directement dans ce nouveau bain.
3e Cas. — L' image n' apparaît pas après quinze minutes. — Lorsque, après une immersion de quinze minutes dans le bain d’attaque, la plaque ne laisse voir aucune trace d’image, nous avons la certitude que son exposition a été insuffisante. Pour éviter d’avoir une image heurtée, comme cela arrive avec un bain trop énergique, on achèvera le développement dans un bain moins concentré et, au besoin, plus chargé en alcali.
On constituera ce bain comme suit :
Eau 100 cm*.
Développateur 2 —
Solution de soude caustique au 1/10° 4 —
La plaque retirée du bain d’attaque sera plongée, sans être rincée, dans ce nouveau bain.
En opérant ainsi, vous obtiendrez toujours des phototypes négatifs bons au tirage, malgré des écarts de pose considé-
DÉVULOPPATEUR AU GLYC1N
rables. Du reste, voici, comme exemple prouvant l’excellence de la méthode, une expérience rapportée par le baron von Ilübl.
Devant un sujet à très fortes oppositions : une rue éclairée parle soleil, trois plaques ont été exposées. La première pendant 1/50' de seconde; la deuxième pendant une demi-seconde; la troisième pendant dix secondes, l’objectif demeurant à même ouverture dans les trois opérations. Chaque plaque fut tout d’abord immergée dans le bain d’attaque et l’on nota très exactement le temps écoulé jusqu’à l’apparition des premières traces d’images.
La plaque n° 3, celle qui avait reçu dix secondes d’exposition, accusa la venue de l’image au bout de cinq minutes. Elle fut alors retirée du bain d’attaque et immergée dans le bain ci-dessus indiqué pour le deuxième cas. Son développement fut complètement achevé au bout de vingt minutes.
Dix minutes après l’immersion dans le bain d’attaque, la plaque n° 2, celle qui avait reçu une demi-seconde de pose, accusa la venue de l’image. Elle fut alors laissée dans le bain d’attaque où son développement continua à s’effectuer et se trouva terminé après trente-six minutes, donnant un phototype négatif absolument irréprochable.
Quinze minutes seulement après l’immersion commença la venue de l’image de la plaque n° 1, celle qui avait reçu 1 /50e de seconde d’exposition. Elle fut alors retirée du bain d’attaque et plongée dans le bain ci-dessus indiqué pour le troisième cas. Au bout de six minutes, son développement fut complètement achevé. Au tirage, les phototypes, surexposé et sous-exposé, donnèrent des images très satisfaisantes, alors que l’écart de pose entre les deux se trouvait dans le rapport de 1 à 500.
Un point intéressant à remarquer : les plaques fortement surexposées présentent une image dont l’argent réduit qui la forme possède un ton brun rosé. L’inactinisme de cette teinte rend le tirage très bon malgré la légèreté apparente de ladite image.
On remarquera aussi qu’avec ce mode opératoire on évite, dans tous les cas, un développement trop rapide, et un développement trop rapide, je ne cesse de le répéter, est la source d’un nombre invraisemblable d’insuccès. S’il y a sous
exposition, les grandes lumières courent les risques de s’empâter ; s’il y a surexposition, on ne parvient pas à obtenir des ombres transparentes : la plaque se couvrant très vite et entièrement d’un voile léger.
Avec le développateur ainsi préparé et ainsi manié, on n’opère pas immuablement le développement rationnel, simplement par dilution ou par concentration du bain, puisque dans certains cas on est obligé de faire appel à une solution auxiliaire de soude caustique. Il est vrai que, bien souvent, j’ai suivi la méthode qui précède en supprimant totalement la soude caustique et je n’ai pas eu à m’en plaindre.
233. — Le baron von Hübl a d’ailleurs songé lui-même à la supprimer en indiquant une seconde formule pour composer le développateur. Je m’en suis servi à maintes reprises et je m’en servirais encore si je n’étais l’ennemi juré des développateurs contenant de l’alcali caustique. Je dois déclarer toutefois qu’elle se prête moins bien que la précédente aux grandes surexpositions.
Cela très vraisemblablement à cause de l’alcali caustique qu’elle contient.
Dans 75 centimètres cubes d’eau chaude ayant bouilli, vous faites dissoudre 25 grammes de sulfite de sodium cristallisé, puis 3 grammes de ferrocyanure de potassium (prussiate jaune), et vous y ajoutez 20 grammes de polasse caustique. Lorsque le tout est parfaitement dissous, vous ajoutez encore 10 grammes de glycin.
Vous obtenez ainsi un liquide d’une nuance jaune pâle dont le volume atteint environ 110 centimètres cubes. Il se conserve très bien en flacons bouchés. Dans des flacons en vidange, au contact de l’air, sa conservation est relativement assez longue, mais on le voit souvent brunir tout d’un coup. Comme cela arrive avec tous les développateurs contenant un alcali caustique ou du ferrocyanure.
234. — Pour employer ce développateur, on en prend 3 à 6 centimètres cubes que l’on verse dans 100 centimètres cubes d’eau. On constitue ainsi un bain rapide dans lequel l’image paraît au bout de quinze à soixante secondes, suivant la température, et le développement est complètement achevé entre trois à six minutes. Ce bain conserve très longtemps ses propriétés révélatrices, de sorte qu’il est possible d’y développer
DEVELOPPAÏEUH AU GLYCIN.
consécutivement un assez grand nombre de plaques. La vieillesse du bain influe surtout sur la durée du développement. Si, avant développement, vous coupez en trois parties une plaque exposée; que vous immergiez une partie dans le bain neuf, elle demandera, je suppose, trois minutes pour se développer. Dans ce même bain ayant séjourné, dans la cuvette, au contact de l’air pendant six heures, immergez une autre partie de la plaque ; elle demandera quatre minutes pour se développer. Toujours dans ce même bain ayant séjourné dans la cuvette au contact de l’air pendant vingt-quatre heures, immergez la dernière partie de la plaque ; elle demandera sept minutes pour se développer. En rapprochant ces trois morceaux,, vous pourrez constater qu’ils accuseront le même caractère, la même richesse dedétailset la mêmeharmonie, comme s’ils avaient été développés tous les trois simultanément.
Donc, ainsi constitué, le développateur au glycin rentre bien dans ce que j’exige, pour ma part, d’un développateur en solution unique, et l’on peut parfaitement modifier avec lui le caractère des phototypes par dilution ou concentration. Dans les deux cas, il y a harmonie et richesses de détails, mais les contrastes sont d’autant plus accentués que la concentration est plus grande. Il y a donc lieu de concentrer pour la surexposition qui tend à donner une image faible et uniforme, et de diluer pour la sous-exposition tendant, au contraire, à fournir une image heurtée. D’une façon générale, 2 à 3 centimètres cubes de développateur pour 100 centimètres cubes d’eau forment un bain donnant des phototypes détaillés, fins, d’une intensité moyenne ; 3 à 6 centimètres cubes pour la même quantité d’eau constituent un bain fournissant des phototypes vigoureux et denses.
Tenant le glycin pour un révélateur parfait, serrant de très près l’acide pyrogallique, d’une souplesse extrême, d’un maniement éminemment simple, ne présentant aucune tendance à. voiler les plaques, pourvu que la température du bain dans lequel il entre ne dépassepas 20° G. ; mais, d’un autre côté, répugnant quasi systématiquement à l’emploi des alcalis caustiques, il va de soi, et vous le supposez d’ores et déjà, que j’aie cherché, pour mon usage personnel, une autre formule. C’est juste. Yoici ce qu’il en est.