‹ Le développement en photographieChapitre 48 sur 64 · DÉ VE LU F PATE U RS A REVELATEURS COMBINES · texte numérisé non relu

DÉ VE LU F PATE U RS A REVELATEURS COMBINES

nécessaires, par exemple, pour le métol, l’amidol, le paramidophénci ou la pyrocatéchine. Encore cette dernière n’at-elle pas besoin d’une intensité si grande que les autres.

Malgré tous ces dosag?“ déterminés, pour des sujets également déterminés, la variation des constituants, je le répète, n’en reste pas moins à la volonté de l’opérateur.

Combinez donc les deux développateurs comme vous l’entendrez en tenant compte des règles ci-dessus énoncées, pour ce qui est des quantités à prélever sur A et B, et eu tenant compte également des résultats spéciaux que vous voulez obtenir. Vous avez là le meilleur développateur à révélateurs combinés que je connaisse, et qui conserve l’étonnante souplesse du développateur à l’acide pyrogallique.

Le développateur à l’hydroquinone, si exécrable au point de vue de l’Art, devient très bon lorsqu’on l’allie soit avec un développateur àl’iconogène, soit avec un développateur au métol.

Le glycin se combine très bien aussi avec le métol. Je n’ai jamais essayé son alliance avec l’iconogène. A priori, il me semble cependant qu’elle pourrait être féconde.

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CONDUITE DU DÉVELOPPEMENT

272. Mode d’action du développateur. — 273. Comment on procède au développement et comment on éclaire le laboratoire obscur. — 274. De l'intelligence qui doit être apportée au développement. — 275. Le développement rapide en cuvette unique. — 276. Du rôle de l’eau dans le développement. — 277. Modification des constituants du bain. — 278. De l’agitation du bain au cours du développement. — 279. La température du bain développateur. — 280. Le développement rationnel. — 281. A quel moment doit-on arrêter le développement? — 282. Contrôle arithmétique du développement. — 283. La méthode à deux cuvettes. — 284. Le développement lent en cuvette verticale. — 285. Le voile de sous-exposition. —286. Ce que doit être la cuvelte verticale. 287. La cuve universelle et son mode d’emploi. — 288. Constitution d'un bain Ien* pour cuvette verticale. — 289. Mode opératoire pour le développement lent. — 290. A quel moment on doit développer les instantanées. — 291. La correction des grands écarts de pose par le développement à trois cuvettes. — 292. Manière de reconnaître, après développement, le degré d’exposition d’une plaque. — 293. De la constitution de l’image positive visible au dos du phototype négatif. — 294. De la grosseur du grain de l'image négative. — 295- Le phénomène de silhouettage. — 296. Le relief apparent de l’image négative.

272. — Faire agir un développateur sur une plaque avant reçu une impression lumineuse, constitue l’opération du développement. Le révélateur, en prenant l’oxygène>cle l’eau, laisse libre l’hydrogene qui s’allie avec le brome du bromure d’argent modifie pour former de l’acide bromhyd ri que très soluble dans l’eau pendant que l’argent métallique, dissocié du bromure, se précipite dans la gélatine pour dessiner l’image.

lin dehors de l’acide bromhydrique, il se forme d’autres acides, tels que l’acide oxalique, l’acide acétique, l’acide carbonique :

CWO3 + 70 = CsH204 + C8H4Os + 2C0*

qui gênent l’oxydation du révélateur, et même l’arrêtent complètement avec certains révélateurs.

Voilà ce qui se passe, ou plus correctement ce que nous sommes convenus d’admettre, aujourd’hui, comme devant se passer.

273. — Le plus généralement, la plaque impressionnée, retirée de son châssis, est mise, gélatine en dessus , au fond d’une cuvette qui peut être de verre, de porcelaine, de faïence, de carton durci, de celluloïd, mais jamais de tôle émaillée. Ce genre d’instrument doit être proscrit de tout bon laboratoire, même pour de simples lavages. La conductibilité de la tôle et de l’émail n’étant pas de même nature, il arrive que l’émail se fendille plus ou moins et laisse pénétrer le liquide jusqu’au métal. Or, quel que soit le liquide, développaleur, fixateur ou eau, il y a formation d’un sel de fer absolument nuisible dans tous les cas.

Sur la plaque ainsi posée au fond de la cuvette, on verso, d’un seul coup et de façon à recouvrir toutes les parties de la plaque simultanément, le développateur, contenu dans le verre gradué, où on l’a mis précédemment pour en déterminer la dose nécessaire et suffisante.

L’image se dessine peu à peu, en montant en intensité, et lorsqu’on la juge suffisamment venue, comme détails et comme valeurs, après l’avoir sortie do la cuvette pour l’examiner par transparence à la lumière de la lanterne, on la rince et on la plonge dans le bain-fixateur.

Toutes ces opérations doivent être effectuées dans une chambre fermée à toute lumière du jour, un laboratoire obscur, que l’on éclaire par une lumière inactinique , généralement rouge ou verte.

Quelle doit être ou quelle peut être la valeur de cet éclairage?

A écouter les conversations des uns et des autres, les idées sur ce sujet sont assez dissemblables, d’apparence tout au moins. C’est qu’il faut, en somme, compter avec l’habileté de l’opérateur, et le soin qu’il met pendant le travail à plus ou moins bien couvrir sa cuvette. Avec un éclairage déterminé, tel opérateur développera une plaque sans la moindre trace de voile, alors que tel autre ne pourra y arriver sans voir sa plaque se couvrir d’un voile intense.

Quand on est habile, on fait un peu à sa guise; mais quand OU n’a pas encore atteint la dose d’habileté suffisante, il est

bon, nécessaire même, de se mettre dans les meilleures conditions possibles d’un bon éclairage.

M. Houdaille a, sur ce point, communiqué plusieurs notes des plus intéressantes et des plus suggestives à la Société fi ançaise de photographie. Elles sont bonnes à connaître, et je vais les résumer.

Tout d’abord, à mon sens, M. Houdaille définit très nettement ainsi le bon éclairage d’un laboratoire obscur.

La lumière est suffisante lorsque V opérateur peut lire , sans fatir/ue, un article de journal à la distance de 0m,50.

Ce résultat sera obtenu aux distances ci-après :

<Vvec une bougie , sans verre, à la distance de lm,S0

— et un verre dépoli jaune à l’argent. 0m,S2

— et un verre cathédrale vert 0m,70

— et un verre rouge rubis 0m,22

— un verre jaune dépoli et un verre

cathédrale vert 0m,3l

— un verre jaune et un verre rouge. •0a,!0

— un verre rouge et un verre vert .. 0m,G5

Il y aura évidemment quelques modifications suivant les types do verres employés, et aussi en faisant usage d'une lumière plus forte. Eu prenant les types de verre ayant servi pour la bougie, et une lampe à pétrole de 11 lignes valant 10 bougies, ou toute autre lumière équivalente, les chiffres ci-dessus deviendraient :

Lampe de dix bougies, sans verres 5m,70

— avec verre dépoli jaune à

l’argent 2m,60

— avec verre cathédrale vert.. 2m,22

— avec verre rouge-rubis .... <Jm,70

— avec verre jaune dépoli et

verre cathédrale vert 0m,98

— avec verre rouge et verre

jaune 0m,32

— avec verre rouge et verre

vert 0m,l6

Pour comparer ces différents éclairages, on doit se placer exactement aux distances indiquées, de façon à obtenir la même intensité lumineuse. Logiquement, en effet, on ne saurait comparer la lumière donnée par un verre jaune à la même distance que celle fournie par un verre rouge-rubis.

Celle-ci, au point de vue de l’impression sur l’œil, ayant une intensité quatorze fois moindre.

Pour mesurer le voile pouvant provenir de la source lumineuse, M. Houdaille a pris un chiffre de 20 millimètres découpé sur cuivre et l’a appliqué sur le côté gélatiné de la plaque. Il a exposé à la lumière et développé à fond. Quand le chiffre ne peut être lu qu’avec difficulté, on peut admettre que le voile fourni par la source lumineuse reste négligeable.

Aux distances indiquées ci-dessus pour une bougie, on peut ainsi, sans inconvénient, exposer les plaques pendant la durée suivante :

Bougie sans verre à lm,80 5 secondes.

— avec verre dépoli jaune à l’argent à

— avec verre cathédrale vert à 0m, 70. . 30 —

— avec verre rouge-rubis à 0m,22. ... 100

— avec verre jaune dépoli et verre ca-

— thédrale vert à 0m,31 125 —

— avec verre jaune et verre rouge à

— avec verre rouge et verre vert à 0m,05. 150 —

De ce tableau il résulte que si, avec de l’habitude et de l’habileté, on peut charger un châssis, lo décharger et mettre la plaque dans la cuvette en moins de cinq secondes, une simple bougie sans verre devient propre à l’éclairage, dès qu’on se tient éloigné d’elle d’une distance de 1 m ,80. A une distance de 78 centimètres, un verre cathédrale vert nous donne trente secondes pour la manipulation, et le verre dépoli jaune à l’argent soixante-quinze secondes à une distance de 82 centimètres.

Avec une bougie, ce verre jaune paraît donc très suffisant pour les plaques ordinaires non orthochromatisées, puisque la lumière fournie ainsi éclaire très suffisamment le laboratoire sur une longueur de deux mètres.

Le meilleur éclairage est donné par la combinaison du verre vert et du verre jaune. Il est un peu supérieur à celui du verre rouge-rubis, presque toujours employé.

Les autres combinaisons, pour être pratiques, demanderaient une source lumineuse de 60 à 80 bougies.

De ces résultats, M. Houdaille pose, non sans raison, èn

.E DEVELOPPEMENT EN PHOTOGKAPIIIE.

principe que toutes les lanternes permettent de développer convenablement, à la condition de les essayer et de savoir s’en servir.

Voici le procédé pratique qu’il donne pour les vérifier:

Prendre in journal imprimé sur papier blanc, se placer à 0m,50 de la lanterne et s’en rapprocher jusqu’à ce qu’on puisse lire, sans fatigue, le texte courant.

La distance où l’on s’arrêtera sera celle où l’on devra placer sa cuvette et faire toutes les manipulations des plaques et châssis.

On prendra ensuite un chiffre découpé sur cuivre, on l’appliquera sur une plaque sensible et l’on exposera le tout, à la distance ci-dessus trouvée, pendant soixante secondes.

On développera, et si le chiffre est nettement visible sur la plaque, le verre employé est défectueux. On devra le changer, ou alors se reculer de la lanterne et recommencer l’expérience, pour déterminer à quelle distance on peut travailler sans crainte de voile.

La lumière artificielle, à cause de sa régularité, est en tous points préférable dans le laboratoire obscur. Toutefois, si l’on veut employer la lumière diurne, tamisée par un châssis à verres inactiniques, on exposera, comme il est dit ci-dessus, une plaque à l’endroit où l’on met sa cuvette, opérant avec soleil, temps clair, temps sombre. Si le chiffre apparaît, dans l’un des trois cas, il faut réduire l’ouverture du châssis, modifier le nombre et la couleur des verres, ou n’opérer que par un temps sombre.

Le fait saillant qui ressort de ces diverses expériences est qu’un verre doublé ou triplé se montre toujours bien supérieur à un verre simple plus foncé qui laisse passer la même quantité de lumière.

J’ajouterai, pour ma part, que, toutes choses étant égales d’ailleurs, il est préférable, tout au moins pour la bonne régularité de la lumière, de faire toujours emploi de verres colorés dépolis, ou de doubler les verres colorés d’un verre blanc dépoli.

Ce travail de M. Houdaille, que j’ai simplement résumé en ce qui concerne la pratique, possède d’excellents tableaux sur les valeurs actiniques, photométriques, de distance, etc.,

CONDUITE DU DÉVELOPPEMENT

des sources lumineuses colorées, dans lesquels on peut puiser d'utiles indications (1).

274. — Cette méthode, pour générale qu’elle soit, n’est pas la seule. Il en est d’autres qui consistent à se servir soit de deux cuvettes, soit de trois cuvettes, soit d 'une curette verticale permettant plus spécialement le développement simultané d’un certain nombre de plaques. Nous allons les passer toutes en revue séparément, et étudier ainsi, dans son ensemble, la conduite du développement.

Si mécanique que paraît être au premier abord le développement d’une plaque photographique, il n’est rien cependant de moins machinal lorsque l’on veut opérer avec la préoccupation de faire une belle œuvre. Le développement nous apparaît alors comme une opération des plus délicates, qui demande de l’habileté et beaucoup de raisonnement, tout en procurant à l’opérateur un intérêt illimité, un plaisir extrême, de vives émotions et le plus grand charme qui soit donné à la vie de l’homme : la solution constante d’un problème

En cherchant à reconnaître sous quelles formes les sujets photographiés peuvent s'offrir à l’opéraleur, nous constatons que ces formes sont au nombre de quatre :

V Sujet normal , ainsi que nous le donne, par exemple, le portrait à l’atelier, toujours soumis à un éclairage fixe, susceptible d’un temps de pose aussi exact que possible, et présentant, par conséquent, une image latente qui se développera bien dans n'importe quel développateur normalement établi ;

2 0 Sujet à oppositions violentes , ainsi que nous le donne, par exemple, un motif éclairé par une lumière trop vive et trop crue, ou composé de parties extrêmement actiniqucs, voisinant des parties très peu actiniques : bois de sapins et roches rougeâtres, à côté de montagnes neigeuses ou de glaciers étincelants avec un ciel bleu très lumineux;

3 a Sujet plat et sans aucune opposition, ainsi que nous le donne, par exemple, un paysage éclairé uniformément par un temps gris et sombre : la pleine mer à calme plat, les effets de bruine et de brouillard ;

(I) Voir le Bulletin de la Société française de photographie, année 1894,

p. 5i0 et 541, et année 1 805, p. 1 18 et 1 1S.

48 Sujet instantané, c’est-à-dire presque toujours rentrant dans la condition des sujets à grandes oppositions, par l'insuffisance notoire de pose que la plaque a reçue.

Sans rien connaître à la photographie, croyez-vous, en bonne logique, que le développement doive être le même pour ces quatre sujets? Le simple bon sens répugne à admettre-cette uniformité de développement. Si, par impossible, il l’admettait, ce serait déclarer du même coup que la photographie n’est pas un art, mais une œuvre machinale quelconque dans laquelle l’homme peuL être remplacé, au besoin, par une mécanique plus ou moins habilement composée.

11 est évident qu’en employant la méthode d’une seule cuvette et en y versant simplement, bêtement, un développai eur toujours composé dans des conditions identiques, les phototypes obtenus reproduiront les sujets exactement comme ils ont été pris. Le tout ira bien pour le premier cas où l’on était maître de l’éclairage et de la pose ; mais dans les autres cas où nous avons obéi à des conditions de prises indépendantes de notre volonté, nous n’atteindrons pas au but artistique que nous nous proposons.

Voulant faire œuvre d’art, même dans ces conditions, ce que nous nous proposons, c’est de corriger la nature, soit de rendre moins heurtés les contrastes du sujet à oppositions ; soit de détruire la monotonie du sujet plat en lui donnant quelques oppositions ; soit d’essayer de ramener à l’intensité et à la finesse nécessaires un sujet instantané pouvant s’offrir sous l’un des trois aspects précédents. En un mot, nous voulons que notre phototype, quel que soit le sujet qu’il ait à reproduire, arrive à la beauté donnant la représentation de ce que j’ai nommé le sujet normal.

275. — Quand on estun habile opérateur, que l’on connaît les qualités spéciales des révélateurs, on peut mener la cluse à bien, par un développement rapide en une cuvette. Par exemple, le diamidophénol et le métol, par une bonne alliance de l’alcali, ou du sulfite, nous ramèneront à la douceur et par développement rapide, un sujet à grandes oppositions; de même l’acide pyrogallique, le glycin, l’ortol, l'hydroquinone. nous conduiront à l’cfTet inverse. Mais l'on n’est pas toujours habile opérateur, et l'on ne connaît pas

CONDUITE DU DÉVELOPPEMENT

toujourslesqualités spéciales des révélateurs. Voilà pourquoi, en principe, je réprouve les développateurs trop rapides, ceux qui agissent en coup de foudre. Mieux vaut, en opérant avec une seule cuvette, opérer avec moins d’extrême rapidité pour être maître, au cours du développement, de modifiei les constituants du développateur suivant l’effet que on veut produire sur le phototype négatif.

Pour conduire ainsi le développement en une seule cuvette, le mieux est défaire emploi d’un développateur en deux solutions. 11 permet de modifier la dose d’alcali, ou la dose de révélateur, en même temps que la dose d’eau, celle-ci étant la seule que l’on puisse faire varier dans le cas d’un développateur en une solution.

Le rôle que peut jouer l’alcali ou le révélateur. ayant été donné au chapitre du développateur à l’acide pyrogallique, voyons le rôle spécial de l’eau.

276. — En principe, et je l’ai dit dans le chapitre auquel je vous renvoie, la quantité d’eau à prendre dans un bain de développement n’a besoin que d’être suffisante pour baigner complètement la plaque. Mais on peut l’augmenter pour diluer le fiain, ou la diminuer pour le concentrer . Le bain dilué, quand la dose de révélateur est suffisante pour réduire complètement la quantité de bromure d’argent existant sur la plaque à traiter, donne exactement les mêmes résultats que le bain concentré, mais il les donne beaucoup plus lentement et permet conséquemment de surveiller le moment précis où l’image se présente en bonne valeur.

Mais là ne se borne pas strictement le rôle de l’eau.

Lorsque l’on fait agir un bain de développement sur une plaque impressionnée, la gélatine de celle-ci absorbe graduellement, mais cependant avec une certaine rapidité, la liqueur déveioppatrice. Le révélateur qu’elle contient arrive donc ainsi, progressivement, en contact avec les molécules impressionnées de la couche sensible. D’autre part, si, avant de faire agir le bain de développement, on plonge la plaque dans l’eau, celle-ci pénètre dans la gélatine et la gordle. La liqueur déveioppatrice y pénètre encore graduellement, mais avec une lenteur d’autant plus grande aue la gélatine est plus ou moins saturée d’eau.

De ces remarques, il résulte:

LE DÉVELOPPEMENT EN PHOTOGFsAPIIIE.

1° Que l’action du bain de développement se trouve amoindrie dès le début de l’opération, par le fait de la présence de l’eau dans la gélatine ;

2° Que, si la surface externe de la couche sensible subit dans presque toute sa puissance l’action du bain lel qu’il est à son état normal, il n’en est pas de meme des parties internes qui ne se trouvent plus, toujours par la présence de l’eau dans la gélatine, qu’en contact avec le développement plus ou moins dilué.

Gela conduit à admettre que, dans ce cas, l’eau joue ie rôle de retardateur physique, et qu’elle tend, par conséquent, à augmenter les contrastes de l’image. Toutes les fois donc qu’on se trouvera en présence d’une plaque surexposée, il semble y avoir avantage à la tremper préalablement dans de l’eau pure avant de l’immerger dans le bain de développement.

Il va de soi que si l’on agit inversement, on obtiendra un effet contraire. Donc, dans le cas d’une plaque sous-exposée, il y a avantage à la tremper d’abord dans le bain de développement, puis à la plonger dans une cuvette d’eau pure dès que le développement a commencé. On comprend, en effet, que ce sera à la surface que le développement perdra le plus vite sa puissance, tandis qu’il la conservera le plus longtemps dans les parties internes, et que, par conséquent, les contrastes accentués, qui généralement sont un des écueils de la sous-exposition se trouveront diminués.

Les effets de l’eau dans ces conditions, et cela se conçoit de reste, ne sont réellement efficaces qu’aulant que l’on travaille avec un développateur très rapide, un de ces développateurs dont l’action, comme je l’ai dit, se fait sentir en coup de foudre.

277. — En dehors des modifications à apporter dans le développement, par des additions nécessaires de tel ou tel de ses constituants, pour diversifier l’action du bain, il est d’autres moyens qui, pour petits qu’ils soient, ne laissent pas de rendre quelques services dans bien des cas.

278. — Je mettrai en tête de ligne l’immobilité, ou l’agitation du bain.

Doit-on laisser la cuvette immobile, ou l’agiter pendant le cours du développement?

CONDUITE DU DÉVELOPPEMENT

Pour nous convaincre de ce qu’il y a à faire, examinons ce qui se passe.

En laissant le liquide immobile dans la cuvette, la surface de la plaque reste constamment en contact avec la même couche de développateur.

Qu’en résulte-t-il?

Les parties où la surface sensible a été très fortement impressionnée, c’est-à-dire celle où il existe beaucoup de bromure d’argent modifié à réduire, épuiseront vite le bain avec lequel elles sont en contact, alors que ce bain conservera à peu près toute son énergie sur ses parties faiblement impressionnées qui ne sauraient l’épuiser que faiblement. Par conséquent, l’action développatrice diminuant, jusqu'à s’arrêter, dans les grandes lumières et continuant à agir dans les grandes ombres, il arrivera fatalement qu’en laissant le bain immobile nous diminuerons les oppositions de l’image.

Par contre, si l’on imprime un mouvement rapide au bain, celui-ci, agissant complet en pleine puissance sur les grandes lumières, tendra à faire venir celles-ci très vite, alors que l’action dans les grandes ombres sera à très peu de chose près la même que dans le cas de l’immobilité. Les oppositions du phototype s’en trouveront augmentées, et l’on courra, le plus souvent, les risques d’obtenir une image heurtée.

Dans le cas du sujet normal, un juste milieu s’impose. Mais, si l’on veut obtenir un effet doux ou un effet opposé, on pourra, conjointement avec le développement, mettre ces observations en pratique. Pour obtenir un phototype heurté, on agitera vivement le bain; pour obtenir un phototype doux, on agitera doucement le bain. En aucun cas, cependant, on ne saurait, sans danger, le laisser complètement immobile en cuvette horizontale pendant toute la durée du développement. Les sous-produits d’oxydation, et vraisemblablement aussi certaines réactions thermochimiques, y formeraient des taches indélébiles en forme de réseaux, de canaux, de panaches, etc., etc. Ces accidents seront d’autant plus accentués que le révélateur employé fournira une plus grande quantité de sous-produits d’oxydation. Ils seront donc au minimum avec le glycin qui n’en fournit presque

pas. D’autre parL l’action des couranls thermochimiques et leur détermination seront d’autant plus grandes que la plaque présentera, à côté l’une de l’autre, de grandes plagos lumineuses et de grandes plages sombres. Par exemple, un grand terrain sombre, à côté d’un grand ciel clair. Dans ce cas, l’action du développateur étant très active sur le ciel, et très minime sur le terrain, des courants sillonneront très vite en tous sens, entraînant les sous-produits d’oxydation qu'ils laisseront déposer sur les lignes de leurs points morts, et ce sera la partie de l’image la plus impressionnée surtout, donc le ciel, qui les montrera avec plus de netteté, sous les formes que j’ai indiquées.

J’ajouterai encore que l’agitation permet d’éviter, à la surface de la gélatine, la formation de bulles d’air. Celles-ci, empêchant l’action du développateur sur les parties quelles couvrent, donneraient encore lieu à des taches rondes et brillantes sur le phototype.

279. — Nous devons considérer encore, et très soigneusement, la température.

Un bain de développement doit-il être à telle ou telle température?

La température du bain de développement joue un très grand rôle dans la formation de l’image. Avec certains révélateurs, même, ce rôle est considérable. C’est un point pourtant auquel on fait peut-être le moins attention. Nombre d’insuccès, dont on recherche vainement la cause, ne sont dus qu a une question de température.

En principe et pour avoir les mêmes résultats avec un développateur quel qu’il soit et quelle que soit aussi la saison, le bain de développement doit toujours être tenu à la température moyenne de 15 à 18° C. On pourrait même presque affirmer, sans grande erreur, que tous les révélateurs agissent bien et régulièrement à cette température moyenne. Seul l’hydroquinone semble préférer une température moyenne un peu plus basse, soit 12° C.

Au-dessous, l’action du développement devient toujours plus lente, mais plus ou moins lente, à température égale, suivant le révélateur servant de base au développateur. Le glycin, pour ne citer qu’un exemple, est éminemment sensible à la variation de la température. Quoiqu’il en soit, les tempé-

CONDUITE m: DÉVELOPPEMENT.

ratures inférieures à lo°C. ralentissent, je le répète, l'action au bain, et. ce qui est beaucoup plus grave, l'argeut réduit présente, quoi qu’on fasse, beaucoup moins d’intensité. C'est pourquoi une image iléveloppée en hiver, sans qu'il soit tenu compte de la température du bain, présente une épreuve plus molle que celle d’une image développée en été. Phénomène qu’on attribue assez improprement à l’action delà lumière. Pour vous en convaincre, vous n’avez qu’à couper eu deux une plaque normalement posée, et à développer un des morceaux dans un bain à 15° C. et l’autre dans un bain constitué de même façon, mais dont la température ne s'élève qu’à 5° C

Au-dessus de 15° C, J'action du développement se montre toujours plus rapide, mais plus ou moins rapide aussi, à température égale, suivant le révélateur servant de base au développateur. Quand le dépassement est accentué, la gélatine tend à se décoller de son support ; mais, phénomène beaucoup plus curieux et que je n'ai vu mentionné nulle part, l’image a des tendances à se renverser, c’est-à-dire à devenir positive au lieu de négative, surtout quanti la plaque a reçu de la surexposition. Si donc l’on a affaire à une gélatine tenant bien sur son support, on peut, par l'emploi d'un bain tiède, modifier dans le sens de la douceur et de l'harmonie une image qui serait fatalement heurtée par insuffisance de pose, dans un bain rapide, à température movenne. Un bain de métol. par exemple, porté à 23 ou 30° C.. agissant sur une plaque n'ayant reçu qu’une impression de 1 200° ou 1 300e de seconde, pourra vous donner une image très harmonieuse. J'ajouterai cependant qu'il y a fréquemment, dans ce cas, tendance au voile, et l'on fera bien de bromurer le développateur plus que de coutume.

Or, lorsqu’on compose son bain de développement, on ajoute généralement de l'eau au développateur. par conséquent il est bon d’avoir une bouillotte d’eau tiède sous la main. et. si besoin, on en mélange une plus ou moins grande quantité à cette eau d’addition.

Pour être certain de ce que l’on fait, il est donc bon de toujours développer avec un thermomètre. J’en emploie un. pour cet usage, qui m'a été fourni par la maison Stock et C‘\ Il offre cette particularité d’ètre très court et a nran-

che recourbée de façon qu’il peut être posé commodén eut au fond et près de l’un des bords d’une cuvette horizonlale.

Ses divisions n’ont besoin que d’être comprises entre 10° C. et 38° C., ce qui explique sa petitesse; son peu de longueur et sa courbure permettent de le garder dans la cuvette pendant toute la durée du développement, même en la recouvrant suffisamment avec un carton.

280. — Sous le titre, un peu prétentieux, de développement rationnel, on a préconisé, pour le développement ordinaire en cuvette horizontale, un mode de procéder assez ingénieux. Il consiste à attaquer la plaque dans un bain d’activité moyenne, et à développer par conséquent à fond, c’est-à-dire jusqu’à détermination complète des détails dans les ombres, sans que la plaque puisse monter en bonne inlensité.

Au moment où tous les détails sont bien venus, mais à ce moment seulement, vous a joutez au bain de développement une solution susceptible d’arrêter dorénavant toute l’activité du développateur, et qui peut se composer, par exemple,

üo :

Eiu 100D cm3.

Citrate d’ammoniaque 150 gr.

Acide phénique 1 à 2 cm8.

On peut remplacer le citrate d’ammoniaque par un autre citrate alcalin en tenant compte du rapport des poids moléculaires. Ces poids moléculaires sont : 226 pour le citrate d’ammoniaque; 307,3 pour le citrate de potassium et 467 pour le citrate de sodium.

Toute action révélatrice est arrêtée du coup. Quand je dis est arrêtée, ce n’est pas absolument juste. 11 n’y a en réalité qu’un retardement dans la réduction des molécules d'argent non encore cllectuée. Mais ce retardement est tel qu'on peut pratiquement le considérer comme un arrêt, lorsqu'on ajoute au développaleur la solution de citrate alcalin à raison de 3 à 4 centimètres cubes pour chaque 100 centimètres cubes de développateur.

Au bout de deux à trois minutes, alors que l’action du retardateur est jugée suffisante, on ajoute, par doses succès-

La rentrée de la pêche au Tréport.

Représentation d’un phototype négatif de l’auteur.

CONDUITE DU DÉVELOPPEMENT

sives de X à XXX gouttes, au bain de développement une solution alcaline composée de :

Eau 1 000 cm3.

Bromure de potassium 50 gr.

Carbonate de potassium 720 —

Glycérine 160 cm3.

Il est même bon d’ajouter en même temps au bain une petite quantité de révélateur à raison de 1 à 3 décigrammes par chaque 100 centimètres cubes du bain. L’image, sous l’influence de cette liqueur alcaline, monte progressivement en intensité.

Lorsque cette intensité est jugée suffisante, on procède au lavage et au fixage.

Il est bon cependant, entre le lavage et le fixage et pour éviter le voile, le voile coloré surtout, de passer à la surface du phototype une petite quantité de la solution suivante :

Eau 1 000 cm3.

Alun de potasse 30 gr.

Acide tark-ique 30 —

Cette méthode, préconisée surtout pour l’acide pyogallique, peut être en somme employée avec presque tous les développateurs en solutions séparées.

Maintes fois j’ai essayé de ce développement rationnel, mais je n’ai jamais pu, je l’avoue, obtenir une bonne épreuve, nettement bonne , au point de vue de l’intensité, sans qu’elle soit toujours voilée peu ou prou, même en apportant tout le soin désirable au développement avant l’addition du citrate, ce qui est, dans l’espèce, le point important. Ne soyez, donc pas étonnés si, tout en vous l’indiquant, je préfère un autre mode de développement.

281. — Avant cependant d’en examiner un autre, essayons de résoudre une question importante.

Quand doit-on arrêter le développement, où, à quoi et comment reconnaît-on qu’une plaque est suffisamment développée?

En toute sincérité, il est absolument impossible de formu les la réponse. La pratique seule peut vous renseigner sérieusement. Car tel signe qui semble indiquer, avec un développateur et une plaque donnés, qu’un développement

est parfaitement complet, ne se présente pas ou se présente sans la même valeur avec un autre développateur ou une plaque d’une autre marque.

D’aucuns ont proposé d’arrêter l’action du développateur dès que les grandes lumières de l’image apparaissent au dos du phototype. Cette méthode, bonne quelquefois, n’offre rien de général. L’apparition des grandes lumières, au dos du phototype, dépend beaucoup de l’épaisseur de la couche ou de sa dureté; aussi du mode d’action et de la force de pénétration du développateur. Quelquefois, ces grandes lumières apparaissent nettement, vivement, seules ou accompagnées presque aussitôt de tous les détails de l’image. Vous avez l’image très complète au lieu d’avoir les lumières seulement. D’autres fois, vous soupçonnez à peine ces grandes lumières, ou vous ne les voyez pas du tout.

Que faire?

Regardez l image par transparence, et arrêtez quand vous constatez que les détails se brouillent.

Lorsque le développement a été bien conduit, c’est le meilleur système.

Mais il peut ne pas être bien conduit, de telle sorte qu’il vous soit impossible de voir l’image par transparence.

Comment eu sortir?

Examinez la plaque à l’endroit et à l’envers.

Lorsqu’à l’endroit il n’existe plus sur la plaque de parties égales en blancheur à celles recouvertes par les taquets qui maintiennent ladite plaque dans le châssis, et lorsqu’à l’envers elle se montre uniformément grise avec noircissement de ses bords, on peut affirmer, avec une quasi-certitude, que l'action du développateur n’aura plus pour effet que de faire monter le voile. Il devient par conséquent inutile de laisser continuer cette action.

282. — Le plus sûr peut-être, quand on emploi un développateur de constitution fixe et quand on veut se donner la peine de régler la chose pour ce développateur-là, est de s’en rapporter au contrôle arithmétique indiqué par M. Watkins. 11 permet de calculer très suffisamment exactement, pour la pratique, la durée nécessaire à un bon développement. Les essais très suivis que j’ai faits de cette méthode m’engagent très vivement à la recommander, aux

CONDUITE DU DEVELOPPEMENT

débutants surtout, ou à ceux ne pouvant avoir dans leur laboratoire qu’une lumière faible, permettant mal de bien suivre l’image par transparence. Elle est vraiment d’un grand secours.

M. Watkins part de ce principe qu’il existe, dans tout phototype, trois tons principaux d’opacité, restant en relation constante, quel que soit le révélateur employé. Cette constance ne saurait être modifiée que par la présence d’un voile général ou une trop forte addition de bromure de potassium.

Donc, si l’on note le temps écoulé entre le moment où la plaque a été immergée dans le développateur et celui où les grandes lumières apparaissent, il suffira de multiplier le temps enregistré par un coefficient, que quelques expériences préalables auront fait trouver. Comme point de repère, voici un tableau fourni par M. Watkins :

Si avec 100 centimètres cubes d’eau on a employé:

0,1 -Vacide pyrogallique, le coefficient sera 10.

Ainsi donc, si votre bain de développement est fait, par exemple, de 100 centimètres cubes d’eau et 0,4 d’acide pyrogallique, ce qui est une bonne composition, et que les grandes lumières aient mis une minute et demie à se dessiner sur la plaque, vous pourrez sûrement arrêter le développement au bout de 1,5 X 4 = 6 minutes. A ce moment, l’image sera complètement développée et à suffisante intensité pour un bon tirage. Il y a vraiment là une approximation très commode, aussi bien pour un développement rapide que pour un développement lent; mais il faut, je le répète, ne faire usage que d’un développateur à constituants fixes et dont on ne fera pas varier la constitution au cours du développement.

283. — La méthode de développement, dite à deux cuvettes, a l’avantage de s’appliquer à tous les développateurs en deux solutions, aussi bien qu’à tous les genres d’exposition de la plaque.

Vous prenez deux cuvettes A et B d’une propreté absolue. En A vous constituez un bain de développement dans

lequel n’entre que la solution contenant le révélateur; en B un second bain dans lequel n’entre que la solution contenant l’alcalin. Théoriquement, cela suffit. Pratiquement, il est bon de prélever 3 à 5 centimètres cubes du bain A et du bain B, et d’ajouter à A le prélèvement de B, et à B le prélèvement de A.

Vous plongez alors votre plaque en A et vous l’y laissez jusqu’à ce que les grandes masses de lumière apparaissent. Vous retirez alors la plaque et la plongez, sans la laver, dans B. Les grandes lumières monteront vite, mais elles ne pourront devenir opaques à cause de la quantité relativement petite de révélateur contenu dans la gélatine. Vous laisserez le phototype en B jusqu’à l’obtention complète de tous les détails de l’image. Si alors, en la regardant par transparence, elle ne vous paraît pas assez intense, vous la replongerez en A jusqu’à l’arrivée de l’intensité nécessaire.

On peut, avec ce procédé, quand l’écart de pose n’est pas trop exagéré, arriver presque sûrement à l’effet désiré, en évitant toute trace de voile.

Le phototype manque-t-il de pose? ce qui est toujours le cas de l’instantanéité, la quantité de révélateur contenue dans la gélatine ne suffit pas à l’activité de B. On replonge alors la plaque quelques minutes dans A et on la remet ensuite dans B. Cette opération peut se répéter plusieurs fois jusqu’à obtention complète des détails dans les ombres.

La plaque est-elle par trop surexposée? la légère quantité de B qui se trouve en A suffit pour que le phototype se développe tout seul dans le premier bain.

Ainsi, quelles que soient les conditions d’exposition, si cependant les écarts dans la pose ne sont pas par trop exagérés, ce qui conduirait à un développement par trop long en cuvette horizontale, un débutant peut assez aisément, avec cette méthode de développement à deux cuvettes, obtenir une révélation artistique de l’image latente et n’avoir jamais de voile quand il a soin, ce qu’il doit toujours faire d’ailleurs dans l’opération du développement, de recouvrir ses cuvettes avec un carton.

284. — Toutefois, il existe une méthode que je trouve encore bien supérieure à celle-là. C’est celle du développement en cuvette verticale. Non pas parce qu’elle permet le

développement simultané d’un grand nombre de plaques, ce qui est bien quelque chose, mais parce que chacun peut obtenir avec elle toute l’harmonie et tous les détails possibles d’une épreuve instantanée, et cela pour ainsi dire à coup sûr quand on est familiarisé avec cette méthode.

Pourquoi, me diront quelques-uns, cette lenteur dans le bain alors qu’il est admis généralement que dans le développement des instantanées on doit remédier au manque d’action de la lumière par une augmentation d’action du révélateur? D’abord, parce qu’un bain lent, de même que cela a lieu dans la gravure à l’eau-forte, donne plus de finesse et de douceur à l’image. Ensuite, parce que dans le développement des instantanées, un voile tend toujours à se montrer sur la plaque, et à s’y montrer d’aulant plus intense, que la pose a été plus courte; d’autant plus vite, que le développateur est plus concentré. L’image est à peine dessinée sur la surface sensible que ce voile la recouvre aussitôt, qu’on ne suit plus la venue de l’image, qu’on fixe alors et que l’image finale, insuffisamment marquée dans la couche, manque de détails dans les ombres et présente, en même temps qu’une faiblesse générale, un très grand heurté entre les ombres et les lumières.

Un habile opérateur, comme je l’ai dit à propos de la température, peut s’en sortir; mais non la masse des opérateurs.

285. — Ce voile, connu sous le nom de voile de sousexposition, est dénaturé assez complexe. Il me semble avoir tout d’abord son origine dans ce que M. Adrien Guébhard a nommé, avec très juste raison, le voile latent , qui provient de la fabrication même des plaques ayant reçu avant leur empaquetage de très faibles actions actiniques, dont on ne peut se défendre absolument dans les ateliers, et qui fait que les plaques, même non impressionnées, noircissent toujours un peu quand on les abandonne un temps suffisant à l’action d’un développateur. Au cours de l’exposition, ce voile se trouve encore augmenté par une certaine quantité de rayons lumineux, traversant l’objectif, diffusés dans la chambre noire après en avoir frappé les parois. Si l’on emploie un obturateur à ouverture centrale, cette augmentation devient plus grande encore, du fait de la diffraction produite par le

minimum d’ouverture qui a lieu au départ et à l’arrivée, produisant ainsi un éclairage dont l’image ne bénéficie pas Dans la photographie au poser, l’action du faisceau impressionnant devient assez grande pour primer, jusqu’à les annihiler, ces effets de diffusion et de diffraction.

286. — Voilà, en vérité, de bonnes raisons militant en faveur du développement lent. Seulement, nous développons d’ordinaire avec des cuvettes horizontales. Or si, opérant de la sorte, nous prolongeons notre développement, pendant des heures ou même une heure seulement, nous garderons infailliblement sur la plaque, comme je l’ai dit déjà, des dépôts gênants, mis çà et là, en tas, en stries, en réseaux, par les courants thermochimiques, à moins de nous livrer à des balancements de cuvette qu'il faudra automatiques pour n’être pas écœurants. D'autre part, si chaque plaque nous demande une heure pour nous montrer son image complète, c’est à renoncer, je le reconnais, à développer ainsi des épreuves instantanées, que, par leur facilité d’obtention, nous prenons par douzaines et par douzaines.

Il faut donc abandonner la cuvette horizontale et prendre un autre mode opératoire pour rendre pratique le développement lent. Rien de plus simple. 11 suffit de substituer à la cuvette horizontale une cuvette verticale. Par la disposition même de la verticalité et la grande quantité de liquide qu’une telle cuvette exige, nous pourrons y immerger simultanément plusieurs plaques. En outre, l’insipide balancement avec la cuvette horizontale n'existera plus. En effet, par suite des différences de densités qu'il prendra en agissant, le liquide se trouvera dans un mouvement constant de montée et de descente, et il se formera ainsi un brassage continuel et automatique.

On trouve bien dans le commerce des cuvettes verticales destinées au lavage ou même au fixage des phototypes. Je me hâte d’ajouter qu’elles sont tout à fait impropres au développement lent. Quelques-unes sont en métal, et j’estime de la plus mauvaise pratique de mettre un développateur en contact avec du métal. Les autres sont en faïence ou en carton durci. Ce qui serait admissible. Mais ces cuvettes, pas plus que les premières cependant, ne peuvent être admises. D'abord, parce que les plaques ont entre elles un espace

CONDUITE DU DEVELOPPEMENT

insuffisant pour un bon brassage, et qu’ensuite ces mêmes plaques ne sont pas assez éloignées du fond pour n 'être pas influencées par les résidus chimiques provenant du développement.

287. — Le Comptoir général de photographie avait bien voulu, sur ma demande, établir une cuvette spéciale dont j’ai donné la description (1). Quelque bonne quelle fût, elle était loin cependant de me satisfaire. Sur mes demandes réitérées, la même maison a établi sous le nom de cuve universelle un nouveau modèle remplissant bien mieux les

Cure t'niverselle pour développement lent.

qualités exigées pour un bon développement lent. Cette cuve est munie d’un cavalier mobile portant des rainures.

En mettant la flèche du cavalier en concordance avec l’un des numéros engravés sur les parois de la cuve, on peut employer indifféremment les plaques : 9 x 12, 8,5 x 10,7, 8,5x10,5, 8,5x10, 8x10,5, 8x10, 8x9, 8,5 x 8,5, 8x8, 6,5 x 10, 6,5 x 9, 6 x 9, 6,5 x 8,5, 6 x 8, 6 x 6,5, 4,5 x 10,5, 4,5 X 6, 4,5 X 4,5 et les formats anglais 6 X 7,5, 8,2 X 10,7, 8 X 12 qui correspondent, en pouces, aux 3x2/12, 31/4x41/4, 43/4 x 3 1/4. Tant qu’on le pourra, on s’arrangera toujours de préférence pour mettre les plaques dans les rainures 'sur leur grand côté.

Pour que le bain de développement lent, à employer dans une telle cuve, se prête au mieux à ce genre de travail, le

(1) Voir mon ouvrage L'Art en Photographie, p. 295.

rêve serait de pouvoir employer un développateur: s’oxydant trèslentement à l’air, et même en présence d’une très grande dilution: qui ne donnât naissance qua un minimum de produits d’oxydation; qui ne colorât pas la gélatine quelle que soit la longueur du développement pendant laquelle continue efficacement le développement de l’image ; que son action fut telle que le voile reste nul ou insignifiant.

Au point de vue strict, de telles conditions ne sont guère réalisables, au plus près, qu’avec le diogène ou le glycin. Cependant on peut employer beaucoup d’autres révélateurs, à condition toutefois de ne pas utiliser le bain une seconde fois. Dans le cas d’une utilisation réitérée, il n’y a que les deux révélateurs que je viens d’indiquer qui puissent réellement servir, soit immédiatement, soit après huit ou dix jours.

288. — C’est avec l’acide pyrogallique que-j’ai longtemps opéré et que j’opère souvent encore. Le diamido phénol, la pyrocatéchine et le métol donnent bien aussi. Comme révélateurs mélangés, nous avons l’acide pyrogallique allié à l’iconogène ; puis, dans une plus faible mesure, l’iconogène avec l’hydroquinone, ou le paramidophénol. Je dis une plus faible mesure, car les développateurs dans lesquels entre l’hydroquinone ne peuvent dépasser un certain degré de lenteur sans laisser à l’opérateur les craintes de l’obtention du fameux voile jaune de l’hydroquinone, absolument impropre à un bon tirage et que produisent aussi, assez fréquemment, l’iconogène et le paramidophénol.

Raisonnons donc avec l’acide pyrogallique, et nous verrons à appliquer le raisonnement à tous les autres révélateurs.

Une pratique constante du développement à l’acide pyrogallique m’a démontré que 0gr,3 d’acide pyrogallique sont nécessaires, mais suffisants, pour arriver à révéler normalement, abonne intensité, une image 13x18. C’est le minimum de la quantité qu’il faille employer pour les paysages. On obtient ainsi une grande transparence dans les noirs, un grand éclat dans les blancs, et une parfaite harmonie dans l’ensemble. Ce qui est, somme toute, le aesideratnm à réaliser.

Si nous voulons augmenter la dose pour donner plus de

CONDUITE DU DÉVELOPPEMENT

vigueur à l’image et conserver néanmoins encore les qualités ci-dessus énoncées de transparence dans les noirs, de clarté dans les blancs et d’harmonie dans l’ensemble, nous ne devons pas sensiblement dépasser 0sr,5 d’acide pyrogallique pour une plaque 13 X 18. Etant donné la grande quantité d’eau que nous devons forcément employer dans le développement lent, nous pouvons sans hésitation admettre ce maximum comme point de départ. Ce qui revient à dire que pour une surface impressionnée égale à la plaque normale 18 X 24 nous emploierons 1 gramme d’acide pyrogallique. Si donc nous nous reportons à ce que j’ai dit pour la composition d’un développateur au pyrosulfite carbonaté (Voir n° 201), nous constituerons un bain unité en pre-

nant :

Solution A (sulGte) 47 cm3.

— B (pyrogallique) 20 —

— G (bromure) 3,3 —

— D (carbonates) 10 —

Nous pouvons, sans grand inconvénient, puisque nous recherchons la lenteur, augmenter légèrement les quantités de sulfite et de bromure et constituer le bain unité en chiffres ronds comme suit :

Solution A (sulfite) 50 cm3.

— B (pyrogallique) 20 —

— G (bromure) 4 —

— D (carbonates) 10 —

Quelle que soit la quantité d’eau que l’on devra employer, on ne tiendra compte que de la surface à développer pour constituer lq bain sur ces données, en multipliant les constituants par le coefficient susceptible de nous fournir, comme produit, l’équivalence approximative en plaque normale 18 X 24. La plaque normale équivaut à 4 plaques 9 X 12, à 8 plaques 6,5 x 9, à 16 plaques 4,5 X 6.

Donc, par exemple, les rainures de la cuve universelle étant au nombre de 12 :

Pour 12 plaques 9x12, on multipliera les constituants par 3

et ainsi de suite, suivant la surface impressionnée à déve-

lopper.

A ces quantités de développateur, on ajoutera suffisamment d’eau pour que le liquide, mis dans la cuvette, dépasse de trois centimètres au moins la partie supérieure des plaques qui y sont immergées. On emploiera de préférence de l’eau distillée, surtout si l’on désire, après usage, garder le bain pendant plusieurs jours, ce qui, je le répète, ne peut se faire qu’avec le glycin ou le diogène. A son défaut, on peut se servir d’eau ayant bouilli , et filtrée après refroidissement.

289. — Le mélange du développateur et de l’eau sera fait dans une bouteille que l’on agitera vigoureusement avant de le verser dans la cuve universelle, qui devra toujours être tenue parfaitement propre. Lorsqu’on doit s’en servir pour la première fois , il est bon de Téchauder d’abord, en y faisant séjourner quelques instants de l’eau bouillante, puis de rincer à l’eau fraîche et de bien essuyer. En cours de service, et lorsqu’un développement sera terminé, on peut remplir la cuve d’eau en y versant 2 à S centimètres cubes d’acide chlorhydrique pour chaque litre d’eau, et laisser cette eau acidulée dans la cuve pendant quelques heures. 11 suffira ensuite de rincer, brosser et essuyer, pour avoir une cuve parfaitement propre.

Dans le cas où l’on voudrait ne développer que quelques plaques, on peut éviter d’employer une quantité de bain inutile en mettant dans la cuve de petits blocs de silex, de porcelaine ou de verre.

Pour qu'un développement soit bien conduit et donne des résultals continus, il est bon que la température du bain reste toujours comprise entre 15°C. et 18° C., quelle que soit la saison.

Grâce aux différences de densité qui se produisent dans les diverses couches du bain, dès que celui-ci a attaqué la plaque, il s’effectue une sorte de brassage continu qui évite à l’opérateur les ennuis du balancement de la cuvette ; il peut donc, quand il l’a recouverte de son couvercle-manchon, sortir de son laboratoire et laisser le développement s’effectuer de soi-même. Toutefois, il peut être bon, dans le premier quart d’heure ou quand on vient de regarder les plaques, d’agiter un peu le liquide pour enlever les petites bulles d’air qui auraient pu adhérer à la surface de la couche sensible.

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Il sulïit d’agiier la cuve un instant entre ses mains, ou de lui donner quelques petits coups sur les parois. Les entailles des rainures de la cuve universelle sont faites de telle façon que les plaques y jouent librement, dans une légère mesure, et qu’en s’agitant modérément sous le choc des petits coups donnés aux parois, elles se débarrassent d’elles-mêmes des bulles d’air adhérentes.

Avec les dosages ci-dessus indiqués, de bonnes instantanées peuvent, suivant l’éclairage du sujet, venir entre une demiheure à une heure et demie. Ces temps sont très suffisants pour un très bon développement lent, il n’y a pas intérêt à rechercher plus de lenteur.

Pour substituer un autre développateur à l’acide pyrogallique, on n’aura, d’après les indications qui sont données pour le révélateur choisi et en tenant compte du tableau approximatif de la puissance révélatrice (Voir n° 188), qu’à constituer avec ce révélateur un bain unité pour une surface 18 X 24, comme je viens de le faire pour l’acide pyrogallique, et ensuite l’on opérera de même qu il vient d’être dit.

Dans le développement lent, l’image se révèle en même temps dans toute l’épaisseur de la couche, ce qui est la principale cause de son harmonie, de sa douceur et de sa finesse. L’image apparaît donc tout entière dès le début de l’opération. Sa venue totale consiste, en conséquence, à surveiller et à ne pas dépasser un bon degré d’intensité, nécessaire au tirage des photocopies.

La meilleure pratique, à mon avis, est de retirer la plaque du développement lent quand l’image est nettement visible et bien développée dans tous ses détails, puis d’achever le développement ep. quelques secondes en l’immergeant dans le bain normal constitué avec le même développateur qui a servi à former le développement lent, c’est-à-dire la formule constituée par 100 centimètres cubes de liquide et donnée avec ce développateur.

Toutefois, on peut la laisser monter en intensité dans le bain lent jusqu’à ce que cette intensité soit suffisante. Si cette intensité ne semble pas suffisante, mais paraît ne plus monter, il faut retirer la plaque du développement. C’est en vain que l’on chercherait alors à faire venir des détails dont l'absence est due à une trop grande sous-exposition. En

continuant à développer, alors que le développement n’agii plus sur l’image, on n’arrive qu’à amener sur la plaque un des voiles colorés indiqués, en détail, au chapitre les Accidents.

Suivant l’émulsion, même avec des plaques de même marque, l’image ne se présente pas toujours de la même façon : tantôt on ne la voit plus sur la .surface gélatinée, et il faut suivre sa venue au dos de la plaque; tantôt on la suit tout le temps sur la plaque gélatinée. et l’on ne voit rien ou presque rien au dos. Dans tous les cas elle peut, pour ainsi dire, être continuellement suivie par transparence. Toutefois, iorsque le dos de la plaque sera uniformément gris, et que les bords apparaîtront comme noircis, on doit, si l’on n’a pu suivre l'image d’une façon ou de l’autre, considérer le développement comme poussé à fond.

Les posées se développent de la même façon que les instantanées. La durée d’immersion dans le bain de développement est moins longue, voilà tout. On peut donc, sans inquiétude, mettre dans le même bain toutes les plaques que l’on a exposées, quelle que soit la durée de leur exposition. Les moins exposées exigeront une plus longue immersion; les plus exposées une plus courte. Mais il peut arriver, dans le cas des instantanées, qu’on ne puisse atteindre à une bonne intensité; aussi, je le répète, est-il préférable, toutes choses étant égales d’ailleurs, d’achever la plaque dans un bain normal.

290. — Puisque nous parlons d’instantanées, je vous engagerai à ne jamais les développer, au plus tôt, qu’environ quarante-huit heures après les avoir prises. Les vibrations moléculaires de la matière sensible ne s’arrêtent pas, rie à rie, au moment où l’obturateur se ferme. Elles continuent pendant un certain temps encore.

Non seulement les instantanées, traitées par le développement lent, sont remarquablement fouillées dans les ombres, mais leur point typique est de ne présenter aucun empâtement dans les noirs du phototype. Il en résulte, par conséquent, une harmonie beaucoup plus grande entre les ombres et les lumières qui, par le fait même d’une courte impression, peuvent être heurtées. De plus, vous conservez admirablement vos ciels et tous les effets de lumière. Il vous est loisible meme d'en arrêter la venue, donc d’en conserver la valeur

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plus à votre aise qu'avec n’importe quel procédé, par l’action locale d'un modérateur fVoir n° 173).

291. — Lorsqu'on a, ou lorsqu’on croit avoir, à corriger des écarts de pose considérables, qui se corrigent un peu d’eux-mêmes dans le développement lent, surtout en le complétant par un bain normal, on peut excellemment avoir recours à la méthode dite à trois cuvettes. Je vous ai indiqué cette méthode, préconisée par le baron von Hübl, en vous parlant du développateur au glyein et aussi de celui au diogène. Avec des développateurs comme ceux-ci, lents à s oxyder, la méthode est particulièrement excellente.

Les considérations, d’ailleurs, sur lesquelles reposent la méthode, sont des plus justes, à mon sens. Elles émanent de ce principe, que je ne cesse ni cesserai de répéter, que l 'on doit toujours éviter <f emploi des bains rapides pour des plaques trop ou trop peu exposées. De tels bains ne sauraient convenir, et encore entre certaines limites, que dans les mains de praticiens expérimentés et habiles. Le plus grand nombre des amateurs, et c’est pour eux que j’écris, doit s’abstenir, à tout prix, de leur emploi.

Trop exposée , la plaque se trouve irrémédiablement perdue dans un bain rapide, qui fait apparaître l'image en quelques secondes avec la plénitude de ses détails, et la fait disparaître dans un voile gris général avant qu’on ait eu le temps d'examiner son état. Fixée, elle donne un phototype gris et faible, partant une photocopie sans vigueur.

Une plaque surexposée se développe, en effet, très rapidement à la surface, et noircit avant que l’action pénétrante du bain ait pu se manifester suffisamment.

Insuffisamment exposée , la plaque se trouve également irrémédiablement perdue dans un bain rapide, qui la couvre d’un voile gris général avant que l’image ait apparu dans son entier. Dans ce cas aussi, impossible de l'examiner. Fixée, elle donne un phototype sans détails suffisants dans les ombres. partant une photocopie incomplète ou heurtée.

Une plaque sous-exposée exige un développement prolongé. donc une pénétration progressive du bain qui, s'il est trop concentré, augmente graduellement l’intensité des noirs avant que les détails paraissent dans les ombres.

On peut parer à la trop grande exposition en développant

lentement et progressivement de telle sorte qu’il soit loisible d’interrompre le développement à volonté, pour modifier la composition du bain avant l’achèvement de l’opération, et ainsi sauver sa plaque.. On parera, de même, mais par des modifications inverses, à une exposition trop courte. Un développateur rapide ne se prête jamais très bien à une action lentement progressive, quelle que soit d’ailleurs sa composition. Le diamidophénol, le métol, le paramidophénol, l’iconogène et l’oxalate ferreux, recommandables pour des poses exactes ou à peine suffisantes, ne permettent pas les modifications multiples nécessaires à la correction des grands écarts de pose, comme le font le pyrogallol, la pyrocatéchine, le glycin, le diogène et même l’ortol et i’hydroquinone.

En toute sincérité, et d’après de nombreuses expériences, le glycin et le diogène sont les révélateurs les plus éminemment propices au développement de n’importe quelle plaque sur- ou sous-exposée, les développant également bien, quel que soit le cas, en se servant de la méthode à trois cuvettes , c’est-à-dire en les tâtant dans un bain d'attaque de concentration moyenne, et en les achevant, soit dans un bain plus concentré, soit dans un bain plus dilué, en suivant la marche que j’ai indiquée à propos du glycin.

Vous avez donc en main deux modes de développement absolument précieux : Je développement lent en cuvette verticale et le développement à trois cuvettes; le premier pour des sous-expositions ou des surexpositions moyennes ; le second, dans tous les cas où l’on demeure dans l’incertitude absolue sur les conditions de l’exposition, ou dans la certitude qu’elle a reçu dans un sens ou dans l’autre des écarls considérables.

292. — Après développement, on peut reconnaître si un phototype a été trop ou pas assez posé, lorsque le développement a été poussé à fond.

Un phototype, trop posé ou pas assez posé, se présente au premier abord de la même façon. En d’autres termes, il est faible. Seulement, en y regardant de plus près, une différence très nette apparaît. Le phototype sous-exposé ne présente aucun détail dans les ombres; le phototype surexposé présente tous les détails dans ces mêmes ombres. J’appeiie tout

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particulièrement l’attention des débutants sur cette différence, toujours enclins qu'ils sont, par de mauvais conseilleurs, à voir dans un phototype faible une trace évidente de surexposition.

Quand le phototype est bien sec, on a encore un excellent moyen de contrôle, en le plaçant au-dessus d’une étoffe sombre, et en l’orientant de telle sorte, que la lumière le frappe sous une certaine incidence que vous trouverez vite. Cette étoffe peut être tout bonnement la manche de votre habit. Le contrôle se fait en mettant alternativement la gélatine en dessous et la gélatine en dessus.

1° Si le côté gélatiné vous offre une image positive du sujet photographié, et que le côté verre ne vous présente pas d’image du tout, vous pouvez affirmer que le phototype manque de pose ;

2° Si l’inverse a lieu, soyez sûrs que le temps de pose nécessaire aura été largement dépassé ;

3° Si vous ne voyez aucune image, soit d’un côté ou de l’autre, ou si vous voyez une image d’égale force des deux côtés, la pose peut être considérée comme exacte et suffisante.

J’ajouterai que si l’image reste invisible, c’est que la pose, tout en restant exacte, a été plutôt courte; inversement, lorsqu’elle est visible sur les deux faces, tout en restant exacte, la pose a été plutôt longue.

Pour ma part, j’estime que les meilleurs phototypes, au point de vue de l’harmonie des valeurs, sont ceux qui présentent une image sur les deux côtés.

293. — D’où provient cette image positive? Ses noirs sont incontestablement donnés par le fond vu à travers les parties transparentes du phototype ; quant à ses blancs et à ses demi-teintes, ils peuvent être fournis par la lumière blanche incidente réfléchie, en plus ou moins grande quantité, par l’argent qui constitue l’image en couches plus ou moins épaisses ; ils peuvent l’être aussi par l’existence de bromure d’argent non ré Juit par le révélateur et inattaqué par le fixateur.

Pour expliquer cette dernière opinion, il faut admettre que les parties violemment insolées de la plaque, noircissant superficiellement aussitôt leur immersion dans un dévelop-

pateur énergique, forment une couche d’argent suffisamment dense pour empêcher toute pénétration du liquide développateur, et du liquide fixateur, dans les régions sous-jacentes de la couche sensible où pourrait, ainsi, subsister du bromure d’argent inaltéré.

Le Dr Liesegang est partisan de cette interprétation, et la justifie en faisant remarquer que les contours des zones blanches sont attaqués sur une largeur d’un millimètre environ par la pénétration latérale de l’hyposulfitc ; mais il ajoute que le phénomène ne se produit pas si l’on a recours au développement lent dans un développateur dilué.

Il est évident que, dans le cas du développement lent, le développateur pénétrant toute l’épaisseur de la couche sensible, avant que commence la réduction même superficielle du bromure d’argent, le noircissement semble devoir avoir lieu dans toute l’épaisseur de la couche à la fois, sans qu’aucune parcelle de bromure d’argent y puisse échapper. Or il m’est arrivé maintes fois, dans le développement lent, d’avoir des blancs nettement marqués au dos de la plaque, jusqu’à croire que la débromuration n’existait pas.

Il y a donc, ou il peut donc y avoir, dans la présence de ces blancs, une autre cause que celle indiquée. Peut-être se trouve-t-elle dans les conditions mêmes du fixage. Nous la reverrons quand il sera question de cette opération relative.

294. — 11 est aussi une considération sur laquelle je tiens à retenir votre attention : c’est celle du grain de l’argent déposé constituant l’image.

Si l’importance de la grosseur de ce grain n’a qu’une valeur relative lorsqu'il s'agit de plaques 18 X 24, voire 13 X 18 et au-dessus, celte valeur devient très digne d’intérêt dès qu’on travaille sur des dimensions plus petites, le plus souvent destinées, et avec juste raison, à l’agrandissement.

Toute émulsion de gélatino-bromure d’argent, avant d’être propre à l’étendage sur un support : verre, celluloïd ou autre, est, comme nous l’avons vu, abandonnée à ellemême et dans un endroit tiède, pendant un temps plus ou moins long, dans le but de l’amener à maturation. Mais si, dans la période de maturation, le degré de sensibilité s’accroît, le diamètre moyen des grains de bromure s’accroît également. Il en résulte cette conclusion immédiate : plus

CONDUITE DU DEVELOPPEMENT

une plaque sera rapide, plus fort sera le grain de l’image. Or en travaillant avec les plaques de petites dimensions, on travaille généralement à la main, donc instantanément. Conséquemment on recherche les plaques les plus rapides, partant celles dont le grain est le plus gros, et alors les moins propres à l’agrandissement.

Malheur évident, mais malheur qu’il faut subir, l’instantanéité restant la première condition de ces genres de travaux. Toutefois, ce que nous devons chercher avant tout, c’est à ne pas augmenter ce grain. Or il est augmentable, et d’une façon très nette, par la nature et la conduite du développement.

De ces deux derniers facteurs, nous sommes absolument maîtres, et nous n’avons pas à les subir comme le premier. Portons donc sur eux toute notre attention.

L’hydroquinone, si répandu parce qu’il permet la fabrication commerciale de développateurs tout préparés qui se conservent assez pour rester de bonne vente, devrait être impitoyablement rejeté. Il n’est pas de révélateur, en dehors de bien d’autres défauts, qui grossisse le grain plus que celui-là, attendu que pour lui donner la rapidité qui plaît tant au consommateur inexpérimenté, il faut tenir l’hydroquinone en excès dans les solutions développatrices. D’ailleurs, les révélateurs sont assez nombreux pour que nous puissions choisir à notre ai se , et il nous devient impardonnable de pousser au grain par le fait du révélateur. Ceux que j'ai pris comme types : pyrogallol, diamidopbénol, glycin, donnent un grain particulièrement fin.

Reste la conduite du développement.

Le Dr Liesegang affirme que le grain est d’autant plus prononcé que la durée du développement est plus grande.

Quoique cette affirmation soit vraie, en principe, je ne saurais m’y associer du moment qu’elle se trouve formulée en termes aussi généraux. Il y a durée et durée; ou mieux, genre de durée. Si le développement est ralenti par dilution du bain, qu’il dure, par exemple, trois heures en cuvette verticale, il donnera un grain beaucoup plus fin que s’il n’a duré que cinq minutes avec le même développateur. Ce qui infirme le jugement du Dr Liesegang. En revanche, si le bain est ralenti par une copieuse addition de modérateur.

ayant, comme le bromure de potassium, le plus fréquemment employé, la propriété de dissoudre légèrement le bromure d’argent, le grain augmente d’une façon notable et le jugement du Dr Liesegang se trouve confirmé.

J’ai eu maintes fois l’occasion de constater ce phénomène, en prolongeant outre mesure, par de fortes doses de bromure de potassium, le développement de diapositives de projection dont je voulais amener l’image aux tonalités rouges

Le phénomène est très explicable. Par le fait môme de son action légèrement dissolvante sur le bromure d’argent qui, par le révélateur, se trouve réduit à l’état métallique dans le bain même, le dépôt d'argent vient se former précisément là où l’action du développement a fait saillir un peu d’argent réduit. A. moins, ce qui serait encore possible, que le modérateur anéantisse l’action de la lumière sur les tout petits grains, attendu que ceux qui composent l'émulsion sont de dimensions très différentes. Les gros grains seulement se trouveraient donc noircis par le révélateur.

Que ce soit cette explication ci ou cette explication-là, il n’en est pas moins vrai qu’on augmente sensiblement la grosseur du grain, en retardant le développement par un modérateur dissolvant du bromure d’argent.

11 existe encore, à mon avis, un quatrième facteur : la rapidité du séchage. Plus il est rapide, plus le grain est fort. Voulez-vous vous en rendre compte d’une façon très nette? Passez, avant de le faire sécher, un phototype dans une solution d’alun ou de formol pour insolubiliser la gélatine et faites le sécher devant un feu vif, en quelques minutes. Vous constaterez une augmentation de grain extraordinairement apparente.

En résumé, pour avoir des phototypes négatifs, à grains aussi fins que possible et par conséquent propices à l’agrandissement, il faut :

1° Faire emploi d’un révélateur communiquant par luimême un grain fin à l’image ;

2° Développer très lentement en retardant l’action du bain par simple dilution;

3° Faire sécher ses plaques régulièrement, c’est évident, mais lentement.

CONDUITE DU DÉVELOPPEMENT

Vous aurez ainsi le maximum de finesse, non seulement excellent pour l’agrandissement, mais encore éminemment propice au tirage direct des petites épreuves.

295. — Je viens encore une fois de préconiser le développement lent. Quelques bons esprits cependant le repoussent en voulant y voir la cause d’un phénomène connu sous le n,om de silhouettage et qui se présente sous la forme d’un minuscule liséré blanc bordant les objets s’enlevant envigueursurunfondlumineux. Dansleseffetsdecontrelumière, on le constate plus nettement et plus fréquemment que dans tous les autres effets. Ce phénomène, comme l’a très clairement exprimé M. Colson, est dû à la diffusion des substances en dissolution.

On sait, en effet, que ces différentes substances en dissolution dans l’eau s’y diffusent de façon différente, et ne passent dans la gélatine, ni en même proportion, ni dans le même temps. Donc dès qu’une plaque sera plongée dans un développateur, les trois éléments qui le composent: révélateur, conservateur, accélérateur, ne pénétreront pas dans la gélatine en même proportion que s’ils agissaient en liquide libre. De là, appauvrissement et renforcement de certaines rties. Il en résulte que lorsque deux impressions opposées, grand noir et grand blanc, se trouvent juxtaposées, le bord de la teinte foncée se trouve renforcé d’un liseré très foncé provenant de l’appel exercé sur les éléments du développaleur de la région faible non encore usés, et la teinte claire se trouve bordée intérieurement d’un trait encore plus clair dû à l’appauvrissement produit par cet appel.

Si l’on a remarqué ce phénomène avec le développement lent, c’est que jusqu’à présent on l’a plus particulièrement employé pour des développements difficiles, tels que les effets de contre-lumière; et par leur essence même, ces effets-la présentent le silhouettage dans la plaque, comme d’ailleurs ils semblent le présenter à l’œil dans la nature. Développez les mêmes effets avec un bain extrarapide, et vous aurez le même phénomène de silhouettage. S’il vous semble d’une visibilité moindre, c’est que dans le premier cas vous avez par développement lent une image très harmonieuse ; et que, dans le second cas vous avez, par développement rapide, une image heurtée.

Donc le silhouettage n’est pas le fait du développement lent, puisque le développement extrarapide le donne. Il est inhérent au sujet lui-même; inhérent aussi aux déplacements par diffusion des substances dissoutes dans tout développateur. Il est, et on ne saurait l’empêcher d’être, quel que soit le mode opératoire employé. Tout ce que l’on peut faire, c’est de ne pas exagérer son effet, et de chercher au contraire à l’atténuer.

En tenant compte du phénomène de diffusion, il va tout naturellement de soi que cette atténuation nous sera donnée par une agitation constante du liquide, par un renouvellement continu de celui-ci sur les surfaces attaquées. C’est pourquoi, préconisant le développement lent, j’ai toujours très vivement insisté sur la disposition des cuvettes spéciales à ce mode opératoire, c’est-à-dire un écartement suffisant entre les plaques pour que le brassage du liquide se fasse sans effort par suite des différences de densité. C’est ce qu on ne rencontre pas toujours. Les marchands livrant à ceux qui veulent faire du développement lent des cuvettes verticales fabriquées pour le fixage ou le lavage, présentant entre les plaques une couche mince qui ne se brasse que peu ou pas du tout.

De telles cuvettes donnent le silhouettage au plus haut degré. Il ne faut jamais les employer.

Les seules personnes qui puissent sérieusement s’insurger contre le développement lent sont les fabricants de plaques. L’image, en effet, y étant développée à fond, présentera des inégalités d’épaisseur, si le verre servant de support à la surface sensible n’est pas parfaitement plan. Il décèle donc immédiatement un défaut de fabrication, très fréquent par ces temps où règne en maître le sans-souci du client, et le désir de faire quand même flèche de tout bois.

296. — Un dernier mot, sur le relief apparent des phototypes négatifs.

Certains révélateurs communiquent à l’image un relief très net. A l’état sec, les phototypes développés avec eux paraissent avoir été gravés à la pointe sèche dans la gélatine.

C’est surtout avec l’acide pyrogallique que le phénomène se lit d’une façon très remarquable. On a même voulu

voir là un moyen de reconnaître les phototypes développés à l’acide pyrogallique.

MM. fladdon et Grundy ont poursuivi des recherches sur cette question. Ils ont trouvé que des bandes de gélatine trempées dans des solutions développatrices brunissaient toutes à l’air, à l’exception de celles qui avaient baigné dans des solutions de glycin et de paramidophénol. Ces dernières bandes se dissolvent à la même température que la gélatine ordinaire, alors que les autres sont pratiquement insolubles dans l’eau bouillante. Or, le glycin et le paramidophénol ne donnent aucun relief à l’image, soit que les produits de leur oxydation n’aient aucune action tannique, soit qu’ils ne s’oxydent pas à l’air quand ils sont mélangés à un alcali. L’expérience a prouvé que cette dernière explication était la véritable.

En conséquence, le relief est produit par une coloration et un tannage de la gélatine, qui sont plus prononcés là où la lumière a agi, parce que l’oxydation a été plus prononcée, et qui gonflent la gélatine en ces parties-là plus qu’en d’autres.

Or, si le glycin et le paramidophénol ne s’oxydent pratiquement pas quand ils sont exposés à l’air libre, il en va tout autrement si on les mélange à un puissant agent d’oxydation comme le bromure, état qui se manifeste inévitablement au cours du développement.

L’on obtient alors un produit coloré, donc, avec ces révélateurs mêmes, un relief. Combien, en effet, dans ma collection, ai-je de plaques développées avec eux et présentant au relief !

Quoi qu’on dise, on neut donc poser en principe que tous les révélateurs donnent le relief apparent, peu ou prou. Son absence dans certains cas s explique par l’emploi de grandes quantités de sulfite de sodium venant neutraliser l’action oxydante.

Il est d’ailleurs très facile de s’en rendre compte. Prenons, par exemple, le développateur à l’acide pyrogallique considéré comme étant celui qui fournit le plus grand relief apparent.

Si vous développez une plaque, le développateur étant constitué par de l’ammoniaque, du bromure de potassium et de l’acide pyrogallique en solution alcoolique ou à l’état

sec, l’image sera brune, affectée sans doute d’un léger voile brunâtre et présentera un tel relief qu’on pourra même s’en servir, au besoin, pour obtenir un tirage photocollograpbique.

Si vous développez une autre plaque, exposée dans les mêmes conditions, mais le développateur étant constitué par un carbonate alcalin, du bromure de potassium, du sulfite de sodium et de l’acide pyrogallique, en solution sulfitée ou à l’état sec, l’image sera noir gris, sans voile, et présentera un relief absolument insignifiant, si même elle en présente un. 1

Le relief apparent a ceci de particulier que, plus il est apparent, plus l’action colorante et tannique a été importante.

11 en résulte qu’une image paraissant faible en argent peut donner et donnera une photocopie vigoureuse si elle présenLe un relief apparent nettement accusé.

Je signale ce fait à l’attention de ceux qui croient systématiquement qu’une image faible ne peut jamais rien produire de bonv et qu’il faut toujours et quand même obtenir des images très denses.

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