D’abord le voile
Il va de soi que si vous renforcez un phototype présentant un voile, si faible qu’il soit, vous renforcerez par cela même ce voile, et votre épreuve ne gagnera guère au renforcement. C’est donc une condition primordiale de ne soumettre au renforçateur qu’un phototype absolument exempt de voile. Or, un phototype à renforcer est presque toujours voilé. Le phénomène est compréhensible. Ou la plaque a été fortement surexposée et le développement mal conduit n’a pu donner à l’image une intensité suffisante pour le tirage ; ou la plaque a été fortement sous-exposée, et vous avez poussé le développement jusqu’à ses dernières limites. Dans le premier cas, le voile de surexposition a paru ; dans le second cas, c’est le voile de sousexposition qui s’est montré. Dans les deux cas, ces voiles sont de même espèce. J’entends, par ces mots, qu’ils sont tous les deux formés à la surface de la couche : le premier par uDe action trop persistante de la lumière diffusée dans la chambre noire ; le second, par une action trop prolongée du développateur. Un troisième cas se présente, plus parti-
culièrementpour le débutant: il n’y a eu ni surexposition, ni sous-exposition, mais le développement a été arrêté beaucoup trop tôt. L'image est par conséquent trop faible, mais reste parfaitement brillante et dénuée de tout voile. Nous devons donc nous occuper seulement des images comprises dans les deux premiers cas.
Le voile étant tout de surface doit être enlevé et peut être enlevé facilement, dût-on par cette opération affaiblir légèrement l’image. Il n’y a pas à s’en préoccuper, tant qu’on ne compromettra pas les menus détails ou les légères demiteintes, puisque le renforcement augmentera leurs valeurs.
353. — Au moment du renforcement, toute trace d’hyposulfite doit être rigoureusement éliminée de la plaque. On ne pourra donc employer efficacement un éliminateur de voile contenant de l’hyposulfite. Autrement, il faudrait renouveler toutes les précautions prises pour un bon lavage, et faire sécher de nouveau le phototype. L’éliminateur de voile se composant de ferricyanure de potassium et d’hyposulfitë de sodium doit donc être rejeté. A mon sens, le plus pratique et le plus rapide est d’employer le perchlorure de fer acidifié. On fait la solution suivante :
Eau 1 000 cm* .
Perchlorure de fer sec 6 gr.
Acide citrique 6 —
354. — D’après M. Paul deJankô, à qui je laisse d’ailleurs toute la responsabilité de l’affirmation, et suivant la méthode de renforcement employée, le rapport entre l’intensité primitive et l’intensité après renforcement, serait :
Phototype blanchi par :
Noirci par :
Rapport des intensités.
Sulfite de sodium avec ou sans addition d’acide
Sou de sel alcalin 15 : 14
Oxalate ferreux 15 : 13
Hydroquinone 15 : 12
Hyposulfite, or et ammoniaque 15 : 11
mercure. I Ammoniaque 15 : 10
| Ammoniaque, la plaque ayant été séchée avant
I le noircissement 15 • 8,5
V Sulfhydrate d'ammoniaque 15 : 7
Bichlorure ( Métol 15 : 14
de < Hydroquinone 15 : 13
cuivre. ( Azotate d’argent 15 : 8
Renforcement direct au bi-iodure de mercure 15 : 10
— — au lerrocyanure d’uranium 15 : fi
COMMENT ON RENFORCE
D’après ce tableau, le renforcement au ferrocyanure d’uranium serait le plus énergique, ce qui est bien mon avis. Mais ilnefaut pas omettre que, dans certaines des autres méthodes, le renforcement peut être augmenté par renforcements successifs.
355. — Je retiendrai encore votre attention sur certaines causes d’insuccès. La première et la plus fréquente de toutes est le lavage insuffisant entre les deux opérations du blanchiment et du noircissement. Après le blanchiment, il y a formation, au contact de la gélatine, d’un composé organique et de chlorure mercurique qui, précipité sous forme de poudre blanche et non entraîné par le lavage, serait décomposé par le noircisseur pour former, sur l’image, un dépôt de mercure sous forme de taches d’aspect métallique. En outre, si l’on fait usage d’eaux calcaires, l’alcali ou l’oxalate ferreux détermine la précipitation d’un carbonate de chaux qui s’incorpore à la gélatine. Il faut en plus que la solution d’ammoniaque contienne de l’ammoniaque en quantité suffisante pour dissoudre tout le chlorure d’argent contenu dans la couche gélatineuse ; sans quoi ce chlorure noircirait pendant le tirage. Il sera donc bon de renouveler le bain d’ammoniaque après chaque opération. Quant au bain de mercure, il peut servir presque indéfiniment, c’est-à-dire jusqu’au moment où son action deviendrait par trop lente. On fera bien cependant de le filtrer lorsque, toute opération terminée, on le remettra dans son llacon.
Autre insuccès : Les lavages finaux étant toujours beaucoup moins longs que ceux qui suivent le fixage, surtout avec le procédé de renforcement aux sels d’uranium, il peut arriver qu’en mettant la plaque an séchage l’eau ne glisse pas uniformément. Il reste des gouttelettes. Si on laissait ces gouttelettes, les petites surfaces qu’elles recouvrent, séchant beaucoup plus lentement que les autres parties de la surface totale, formeraient, après séchage, des taches claires, comme celles provenant de gouttelettes d’eau ayant séjourné et séché sur un phototype sec. 11 faut donc, avec l’angle d’une feuille de papier buvard, enlever immédiatement ces gouttelettes, avant que la gélatine ait commencé à sécher.
Peut-être est-ce à ce phénomène, les gouttelettes étant imperceptibles, que l’on doit cet accident très caractéris
tique consistant dans la formation de petits points brillants connus sous le nom de trous d’aiguille. Des phototypes ne présentant aucunement ce défaut s’en trouvent quelquefois infectés après le renforcement.
Nombre d’auteurs ont prétendu que la cause de ce phénomène se trouvait dans une insuffisance de lavage du phototype avant le renforcement. Je ne me range pas à leur avis. Les expériences auxquelles je me suis livré m’ont parfaitement démontré que ce genre d’accident affectait de'' phototypes lavés à fond et débarrassés chimiquement de toute trace d’hyposulfite de sodium.
Je soumets la question à la sagacité des chercheurs, et j’accueillerai tous les résultats d’expérience que mes lecteurs voudront bien me communiquer à ce sujet.
Quant à l’insuccès qui consiste à avoir poussé trop loin le renforcement, par conséquent à avoir obtenu un phototype trop heurté, trop dense, quasiment in utilisable, nous verrons, dans le chapitre suivant, en parlant de l’affaiblissement., les moyens de le ramener en bonnes valeurs pour un tirage utile.
COMMENT ON AFFAIBLIT
857. En quoi consiste l’affaiblissement. — 358. Nécessité de distinguer entre les phototypes à affaiblir. — 359. Le phototype est trop opaque dans toute son étendue. — 360. Affaiblissement par action indirecte. • — 361. Emploi du perchlorure de fer. — 362. Emploi de l’eau iodée, ■ — 363. Emploi du chlorure de cuivre et de l’eau de Javel. — 364. Emploi du ferricyanure de potassium. — 365. Mode opératoire. — 366. Procédés divers. — 367. Le phototype présente des oppositions violentes. — 368. Nécessité d’un pelliculage. — 369. Affaiblissement par action directe. — 370. Emploi de l’eau céleste. — 371. Emploi du bichromate de potassium. — 372. Emploi du persulfate d’ammonium. — 373. Pratique de l’affaiblissement au persulfate d’ammonium. — 374. Suggestion d’un mode de développement. — 375. Affaiblissement des phototypes trop renforcés. — 376. Impossibilité d’avoir une formule unique. — 377. Affaiblissement local.
357 . — Si l’on peut, par le renforcement, améliorer un phototype négatif trop uniforme et manquant de vigueur, on peut également, mais toujours aussi dans une certaine mesure, remédier aux défauts contraires par l’opération dite de l' affaiblissement.
Je ne vous cacherai pas que si l’on peut obtenir de bons, quelquefois même de très bons résultats, par l’opération de l’atlaiblissement, encore faut-il prendre beaucoup de précautions pour exécuter cette opération avec succès. Comme pour le renforcement, il est d’absolue nécessité aussi que le phototype négatif se montre parfaitement détaillé et, le plus souvent, uniformément intense. Si le terme : le plus souvent, est là comme correctif, c’est que tout dernièrement, ainsi que nous le verrons dans la suite de ce chapitre, MM. Lumière frères ont appliqué à l’affaiblissement un produit, le persulfate d’ammonium, qui permet, dans une certaine mesure, mais suffisamment large cependant, de sauver un phototype négatif dont les grandes lumières sont intenses et les demi-teintes délicates.