Les différents procédés constituant les différents
modes d’affaiblissement ne sauraient être employés à l’aveuglette ou exclusivement. Avant de chercher à affaiblir un négatif on doit, avant tout, déterminer à quel genre de phototype aff aiblissable on a affaire. Est-ce un phototype simplement développé et fixé? Est-ce un phototype renforcé? Est-ce un phototype développé de telle ou telle façon ? Est-ce un phototype voilé ou intense dans toutes ses parties? Est-ce un phototype dont les lumières seules sont trop intenses? etc., etc. Cependant on peut, dans la pratique courante, résumer ces considérations en deux groupes principaux :
1° Phototypes bien définis, mais opaques dans toute leur étendue;
2° Phototypes très bien définis, mais présentant des oppositions trop accentuées.
Examinons donc successivement ces deux groupes.
359. — 1° Le phototype est trop opaque dans toute son étendue , tout en présentant une bonne image. En d’autres termes, la photocopie qu’il fournit est excellente et harmonieuse, mais son tirage demande un temps considérable, rendant tout travail impossible, et cela seulement à cause de son manque de transparence générale.
Ce manque de transparence, ou, si vous le voulez, cette opacité générale, provient d’un empâtement produit par un développement trop prolongé. Il peut aussi être le fait d’une coloration de la gélatine, due à l’action d’un révélateur alcalin. C’est le cas particulier du voile coloré. A proprement parler, sa destruction ne constitue pas un affaiblissement. Pour l’instant, envisageons donc seulement le premier cas, celui provenant d’un empâtement général par un développement trop poussé.
Afin d’affaiblir cet empâtement, il faut évidemment réduire une certaine quantité de l’argent de l’image sans altérer la gradation des teintes de celle-ci, et sans lui enlever ses légers détails. Ce qui revient à dire qu’on cherchera à faire agir, également et simultanément, sur toutes les parties de l’image, un bain dissolvant, et qu’il vaudra évidemment mieux opérer avec un bain aussi faible que possible, de telle sorte, qu’avant d’agir d’une manière sensible à la surface de la plaque, il ait pénétré la couche dans tout son entier
COMMENT ON AFFAIBLIT
Nous aurons ainsi de grandes chances de ne pas altérer les valeurs de l’image et de diminuer son intensité proportionnellement à la durée de l’action du bain.
Cette opération peut se faire indirectement ou directement suivant les produits employés.
360. — Dans l’action indirecte, on transforme les molécules d’argent que l’on veut faire disparaître en un composé susceptible d’être éliminé par un dissolvant. Le composé peut être un chlorure, un bromure, un iodure, etc., et le dissolvant l’hyposulfite de sodium, toujours à portée de la main dans un laboratoire photographique.
Prenons un exemple. Si nous faisons agir sur notre image un chlorure ferrique, il formera, avec l’argent de l’image, un chlorure d’argent, et il restera du chlorure ferreux. Ce qui peut s’exprimer :
2Ag 4- Fe2Cl6 = 2AgCl 4- 2FeCl2
En plongeant alors la plaque dans une solution d’hyposulfîte de sodium, tout le chlorure d’argent, formé au détriment de l’image, sera dissous, et l’image se trouvera affaiblie d’autant. Mais, direz-vous, le degré d’affaiblissement, dépendant de l’action du premier bain, et le degré de cette action ne pouvant être constaté qu’après le passage dans la solution d’hyposulfite, ne serait-il pas plus pratique de mélanger le chlorurant et le dissolvant et de suivre alors l’affaiblissement. du phototype au fur et à mesure de l’action du bain? Il y a certes là un très haut intérêt. Toutefois, pour atteindre à ce but, il faut que le mélange ne détermine pas une réaction entre les deux produits. Cette réaction a malheureusement lieu avec le chlorure ferrique et l’hyposulfîte de sodium. Le chlorure ferrique se convertit en chlorure ferreux qui demeure sans action sur l’argent réduit. La réaction peut s’écrire :
4Fe2Cl6 -4- Na'2S203 + 5II20 = 2NaS0*H + SFeCl2 + 8HC1.
Néanmoins, comme nous le constaterons tout à l’heure, on peut réaliser ce mélange avec d’autres produits. Voyons, avant, comment on procède à l’aftaiblissement par cette première méthode.
361. — Si le phototype négatif a été séché, on le ramollit préalablement en l’immergeant pendant quelques mi-
mites dans l’eau, et on le plonge dans une solution de chlorure ferrique (perchlorure de fer). Cette solution se fait au titre de \ p. 50 ou 100 d’eau. Dans les cas où une grande énergie d’action est nécessaire, on peut employer une solution plus concentrée, soit 1 3 -30 p. 100. Ces doses sont données pour du perchlorure de fer sec. En employant du perchlorure de fer liquide, il faudrait d’abord s'assurer de sa teneur en perchlorure de fer. Commercialement, le perchlorure de fer liquide est vendu à 45° ou 30° Baumé. A 43°, la solution a une densité de 1,26. Ce qui correspond à peu près à des solutions de perchlorure de fer à 47 et 30 p. 100. Pour constituer la solution affaiblissante, on versera donc, dans 100 centimètres cubes d’eau, environ 2 centimètres cubes de perchlorure de fer à 45° Baumé ou 3 centimètres cubes de perchlorure de fer à 30° Baumé.
Dès que le phototype est immergé dans cette solution, on voit l’intensité diminuer peu à peu, mais assez vite cependant pour qu’il soit nécessaire de la surveiller attentivement. Lorsqu’on juge la diminution suffisante, c’est-à-dire inférieure encore à celle que l’on veut obtenir finalement, on lave abondamment la plaque et on la trempe dans un bain de fixage à l’hyposulfite de sodium, qui, en dissolvant immédiatement le chlorure d’argent formé, accentue encore le degré d’affaiblissement précédemment visible à l’oeil. On lave et l’on met à sécher.
362. — On peut remplacer le perchlorure de fer par l’eau iodée. L’action est plus facile à suivre. Dans l’eau iodée, en effet, l’image prend une teinte jaune due à la formation d'un iodure d’argent, et celte teinte jaune s’accentue d'autant plus que l’immersion de la plaque dans l’eau iodée est plus prolongée. On comprend donc qu’avec un peu d’habitude on puisse reconnaître le degré d’affaiblissement par le degré du jaune de la teinte, comme on connaît le degré de renforcement par le degré du blanchiment de la couche, puisque ces opérations peuvent se faire à la pleine lumière du jour. On obtient l’eau iodée en faisant la solution suivante :
Eau distillée
Iodure de potassium Iode en paillettes . . .
.. . 100 cm*.
5 gr.
. . (En excès.)
COMMENT ON AFFAIBLIT
363. — On peut également employer soit du chlorure de cuivre, soit de l’eau de Javel, surtout si l’on prépare celle-ci soi-même, comme je l’ai indiqué au chapitre du Fixage. Quel que soit l’oxydant employé, on achèvera toujours l’opération par un lavage, une immersion dans un bain de fixage, et un lavage final.
L’action de ces oxydants étant très énergique, et l’opération de l'affaiblissement pouvant se répéter indéfiniment, il sera bonde s’y reprendre à plusieurs reprises plulôi que de dépasser le but. Pourtant, si ce but était dépassé, sans avoir compromis les menus détails ni les demi-teintes de l’image, on pourrait avoir recours au renforcement pour la ramener à sa bonne valeur.
364. — Si, au lieu de se servir des sels ci-dessus, on fait usage, par exemple, de l’oxalate ferrique ou du ferricyanure de potassium, on peut réaliser, avec eux, simultanément la chloruration de l’argent et la dissolution du chlorure d’argent, donc suivre l'affaiblissement du phototype au fur et à mesure que le bain travaille.
En remplaçant le chlorure ferrique par l’oxalate ferrique, l’argent de l’image se convertit en oxalate d’argent, qui est dissous par l’hyposulfite au fur et à mesure de sa production :
2Ag + Fe2 (C20q2 = Ag2C204 + 2FeC20*.
D'autre part, le ferricyanure de potassium agit, très lentement, sur I ’ hyposulfi te de sodium, et se porte de [(référence sur l’argent constituant l’image, qu’il transforme en ferrocyanure d’argent, avec production de ferrocyanure de potassium. La réaction peut s’écrire :
2Fe2Cy,2K6 -4- 4Ag = Ag‘FeCy« + 3FeCy6K*.
Le ferrocyanure de poLassium est soluble dans l’eau, et le ferrocyanure d’argent est soluble dans l hyposulfitc de sodium. Donc, les deux opérations, déterminant l’affaiblissement du phototype, s’exécutent simultanément par l’une ou l’autre de ces deux méthodes. Toutefois, l’oxalate ferrique est d’une conservation délicate, tandis que le ferricyanure de potassium, à l’état de cristaux, se conserve bien et reste d’un prix minime. La seconde méthode a donc pré
valu et a formé un mode opératoire publié, en 1884, par M. E.-H. Farmer.
365. — On procède à ce mode opératoire, soit en ramollissant comme précédemment le phototype sec dans l’eau, soit en ne le ramollissant pas, ce qui me semble donner plus de régularité à l’action du bain affaiblisseur, et en le plongeant dans une solution d’hyposulfite de sodium à saturation étendue de quatre fois son volume d'eau, ou dans une solution à 20 p. 100. Après quelques minutes d'immersion dans ce bain, on lui ajoute, la plaque étant préalablement enlevée, quelques centimètres cubes d’une solution de ferricyanure de potassium à un titre quelconque. Si cette solution est, par exemple, à 10 p. 100, on l’ajoutera à raison de o centimètres cubes, soit 0gr,5 de ferricyanure, par chaque 100 centimètres cubes de la solution d’hyposulfite. La dose peut être augmentée ou diminuée suivant le degré de rapidité que l’on veut donner à l’action du bain. Il ne faut pas perdre de vue, cependant, que l’action du bain se montre très différente suivant la proportion qui existe entre les quantités d’hyposulfite de sodium et de ferricyanure de potassium. Toutes choses égaies d’ailleurs, il me semble préférable, dans le cas d’un voile intense général, d’agir avec une grande proportion de ferricyanure, 15 à 20 centimètres cubes de la solution à 10 p. 100, au lieu de 5 centimètres cubes.
Au reste, M. Paul de Jankô, qui s’est livré à une étude particulière sur ce sujet, estime qu'avec une solution conte-
nant :
Eau 100 cm*.
Hyposulfite de sodium 20 gr.
Ferricyanure de potassium 2 —
le phototype baisse dans son ensemble, et que toute la gamme des demi-teintes se trouvera respectée. En d’autres termes, le phototype affaibli conservera ses valeurs originelles. Mais si, au contraire, l’on abaisse à 0gr,2 la quantité de ferricyanure de potassium, la gamme des teintes se modifie, et les contrastes du phototype se trouvent augmentés. Il y aura, par conséquent, affaiblissement général, avec une sorte de renforcement des contrastes, si. chose difficile dans ce cas, on a pu opérer sans faire disparaître les menus détails.
COMMENT ON AFFAIBLIT
Quand on a atteint le degré d’affaiblissement que l’on désire, on lave très abondamment le phototype pour éliminer complètement l’hyposulfite de sodium, et l’on met à sécher. Comme la couche de gélatine se trouve très imprégnée d’affaiblisseur, il est bon de procéder au lavage un peu avant l'affaiblissement complet, attendu que l’affaiblisseur continuera encore à agir pendant les premières minutes du lavage.
Cette méthode a l’extrême avantage de permettre l’affaiblissement local de telle ou telle partie du phototype. Pour cela, on effectue le mélange d’hyposulfite et de ferricyanure ; puis, avec un pinceau, on applique ce liquide affaiblissant sur les parties dont on veut diminuer l’opacité. C’est un tour de main délicat; mais qui, pratiqué par un opérateur soigneux, peut rendre de grands services.
366. — Un mot encore. La lumière, je l’ai déjà dit, décompose facilement les solutions de ferricyanure de potassium. I1 sera donc bon d’employer des solutions fraîches. D’autre part, la liqueur affaiblissante a une teinte jaune verdâtre. Quand cette teinte tourne au bleu, l’afîaiblisseur a perdu toute son action, et il faut refaire le bain.
Ce n’est pas le seul mode d’affaiblissement susceptible d’être employé en une seule opération. 11 y en a beaucoup d’autres, mais tous font emploi du cyanure de potassium, et ceux qui me suivent dans mes enseignements photographiques savent combien j’évite de leur donner des formules nécessitant l'usage d’un poison aussi violent.
11 y a lieu toutefois, ce me semble, de retenir le mélange d’iode et de cyanure de potassium préconisé, en 1879, par M. Cooper, en substituant l’hyposulfite de sodium au cyanure de potassium, comme l’a indiqué M. Lainer. La formule devient alors :
Solution d’hyposulfite de sodiumc ristallisé à 25 p. 100. 1000 cm®.
Iodure de potassium 10 gr.
L’action de ce bain est très régulière, mais extrêmement faible. Aussi sa durée nécessite-t-elle, quelquefois, une immersion de huit à dix heures dans cette solution.
367. — Le second groupe, en lequel se résument les considérations pratiques de l’affaiblissement, est le suivant :
2* Les : t oîjtvpes m'est: 's présentent des oppositions molentes , i & sont trop heurtés et trop vigoureux, et, maigre les délicatesses de leurs demi-teintes , Us ne fournissent que des photocopies positives trop dures.
De tels phototypes proviennent. le pins souvent, d'érreuves instantanées on d’épreuves posées ayant reçu une duree d exposition insuffisante. Dans ces conditions, en effet, si l'on n‘a pas employé .e ievekr peinent lent surtout, on se trouve obligé de prolonger, outre mesure, l'action du développa teur. pour faire apparaître les demi-teintes et les ombres ayant reçu une pose trop courte.
L examen d'un te. phototype nous amène vite à constater que nous devons essayer de réduire, avant touv les sranis noirs de limace, et de laisser les faibles ombres intactes. En faisant usage, dans ee cas. des affaibli sseurs indiqués pour le premier groupe, on court les risques d'enlever les détails des ombres avant d’avoir affaibli suffisamment les hautes lumières, puisque ces détails son: nécessairement à ffeur de surface.
368. — Un moyen cependant se présente : peiliculer le phototype de façon à retourner la couche de gélatine et faire agir, sur son envers, le bain affaiblisseur. L imaze les ombres, les derrières et les plus péniblement venues sont, en effet, seulement formées à la surface du phototype. Donc, le bain affaiblissant n’agissant que progressivement et au fur et à mesure ie sa pêne nation dans la couche gélatineuse, affaiblira .es hautes lumières sans toucher, en quoi que ce soit, aux: menus détails desombres. Il sera même bon. alors, de faire usa^e d’un affaiblisseur énergique, pour pu il .diminue .es contrastes, presque avant même de pénétrer dans la couche.
369. — Si le pelliculage n’a pas été effectué, par la raison même ie la formation des menus détails et mores à la surface de la cou. ne. il faut a téuuer les contrastes oar un agent affaiblisseur attaquant de préférence les parties riches en argent, ou par un agent agissan a la manier- les renforçateurs ; mais inversement, c’est-à-dire, sub-ti tuant à chacune les molécules d'argent ie 1 image, soit une -décale. soit plusieurs molécules d’on composé biuJi; opaque.