S XVII
Quoi qu'il en soit, emprisonnement et déportation, tels sont les deux pôles entre lesquels notre droit pénal semble condamné à osciller perpétuellement, comme si toute la question du droit de punir était là. Et ce qu'il y a de plus extraordinaire, par une pétition de principe sans issue, tout en proclamant, à grand tort d'ailleurs, que le problème du droit de
punir est tout entier dans la question pénitentiaire, on commence par garder les deux peines fondamentales du régime qu'on prétend réformer I
La vérité, c'est que l'emprisonnement, aggravé et prolongé dans les proportions où on l'appliqué généralement en Europe, est, si on le mesure aux conditions naturelles de la vie et aux droits sociaux de l'homme, quelque chose d'aussi exorbitant, d'aussi barbare, que les supplices les plus fous du moyen âge : nous le trouvons tout naturel parce qu'il a lieu de nos jours, mais quand les générations à venir le considéreront à la distance de quelques siècles, sans aucun doute leur jugement sur cette peine sera celui que j'en ose porter aujourd'hui.
D'ailleurs et quoi qu'on en pense, nous espérons en tout cas avoir du moins convaincu le lecteur qu'il ne suffit pas de modifier l'exécution de l'emprison*nement et de la déportation pour avoir résolu la question du droit de punir ; qu'il faut examiner ces deux peines dans leur nature propre, et rechercher si les vices et l'impuissance de la répression ne tiennent pas à cette nature môme.