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Nous arrivons enfin à ce qui, selon toute apparence, est la cause la plus fréquente et la plus efficace de la criminalité : l'alcoolisme. De la criminalité ; il faut ajouter : de la folie et du suicide, car crime, folie ou suicide, sont trois formes et peut-être môme ne sont que trois aspects, de l'épidémie mentale qui va s'infiltrant de proche en proche, comme la tache d'huile.
Tout est assez dit sur l'alcoolisme pour qu'il soit superflu d'y revenir ici. Nous prierons seulement le lecteur de vouloir bien se souvenir : que ce vice n'a pas seulement pour effet de démoraliser l'homme ; qu'il démoralise la race héréditairement, car les enfants de l'alcoolique naissent alcoolisés, et ceux qui sont procréés pendant l'ivresse sont souvent idiots; que non seulement ce vice pousse au crime, mais qu'il en vient à rendre l'agent irresponsable.
Irresponsabilité d'autant plus effrayante, qu'une fois interné dans un hospice et privé d'alcool, l'homme reprend sa raison et sa moralité ; qu'il se guérit ; qu'on est obligé de le remettre en liberté ; qu'à peine libre il boit ; qu'à peine il a bu, il tue.
Ce n'est pas tout, car considérant ici les causes • de démoralisation sous toutes leurs faces, nous ne devons pas oublier qu'avant de faire des fous furieux, l'alcool fait des ivrognes, et qu'avant de faire des ivrognes, il fait des fainéants, des joueurs, des débauchés, qui commencent par le vin pour finir par l'absinthe.
On ne saura donc jamais de quelle énormité peut être le contingent de l'alcoolisme dans la moralité d'un peuple. Môme il faut se borner à le chercher dans telle ou telle nation, et se garder des moyennes universelles, car il est certain que l'alcool n'a la môme influence ni sur toutes les races ni dans tous les climats. Sous cette réserve, personne ne songe à contester que l'alcoolisme ne soit une des principales causes de la criminalité.
Si quelque chose peut rendre ce mal plus désolant pour des peuples qui se prétendent civilisés, c'est que la source en est pour ainsi dire uniquement dans la cupidité des fabricants et commerçants, d'une part, et d'autre part, dans ce qu'on peut appeler l'infamie fiscale des gouvernements. Labourage et pâturage ne
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sont plus, comme au temps âe<i>uUy, ies deux mamelles de l'État : au temps où mtas'vivom, ces deux mamelles s'appellent alcool et tabac- Le budget des peuples repose sur deux «vices, et si demain les hommes s'abstenaient de fumer et boire avec «x ces, tous les États feraient banqueroute.
Cet état de choses, honteux pour la civilisation, estil irrémédiable ? Ce serait désolant de le croire, et il faut espérer qu'un jour viendra où les sociétés humaines trouveront moyen de s'organiser et de se soutenir autrement qu'en empoisonnant et en affolant les trois quarts de la population ; mais pour oe qui «st du présent, quand on songe à tout le mal produit par ces établissements d'ivrognerie que le fisc multiplie avec une avidité insatiable, il faudrait écrire à la porte de tous les cabarets : Chemin de là police correctionnelle, et sur l'enseigne de tous les cafés : ROUTE NATIONALE DE LA COUR D'ASSISES.
C'est ainsi que, puisant sa source principale dans l'exploitation qu'en fait le fisc, l'ivrognerie, sous le régime économique actuel de l'Europe, a cessé d'être un vice naturel à l'homme, pour devenir un crime gouvernemental. C'est à ce titre que nous avons dû ranger l'alcoolisme parmi les causes légales -de la démoralisation des hommes.
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