XXIX
Désormais donc le mal se compose de deux parts : celui que la loi pénale réprime; celui qu'elle laisse à l'appréciation des consciences.
Or s'il est sans difficulté d'admettre en principe cette distinction, la société ne pouvant évidemment pas tout poursuivre , l'application n'en reste pas moins une des trois questions fondamentales du droit de punir : Qu'est-ce qu'un fait punissable ? Quand le législateur aura répondu : c'est ce que la loi définit comme tel, on saura quel est l'état actuel de la légis •
lation, mais on ne saura pas pour cela si la législation est bonne.
Sans doute, en fait, la loi peut s'avancer et s'arrêter où il lui plaît, mais le fait n'est pas le droit, et dans la réforme pénale c'est le droit qu'il s'agit de déterminer. La société n'a pas seulement des devoirs à l'égard des auteurs d'actes nuisibles qui alarment et sollicitent les consciences : elle en a envers ses. propres membres, auxquels elle doit protection, elle en a envers elle-même, car elle doit se défendre et se conserver. Son action ou son abstention n'est pas chose arbitraire ou indifférente : l'une ou l'autre doit se justiûer par une raison ou par une nécessité, et soit qu'elle incrimine un fait mal à propos, soit qu'à tort elle s'abstienne de l'incriminer, le mal direct ou indirect qui en résulte retombe sur tous les citoyens, et c'est elle qui en est responsable. D'ailleurs on ne saurait douter que les délits dont la loi se désintéresse n'influent sur la moralité générale par le fait même de leur impunité ; certainement l'exemple en est contagieux et ne peut manquer d'inspirer, par l'imitation, des délits du même genre.
Telle est, réduite à ses termes essentiels, la question que nous avons essayé d'examiner dans la seconde partie de notre ouvrage.
Si PRÉXACB
g XXX.
Etant résolues les deux questions de rincrimination^et de la peine, reste à déterminer la relation entre la peine et le délit. Ici nous n'avons à exposer aucune considération préliminaire à ce que le lecteur trouvera dans le corps de cet ouvrage, et il nous suffit d'avoir indiqué ce point.
Ainsi se trouvera tracé le plan de notre étude.
Nous espérons avoir mis en lumière l'idée générale qui a inspiré ce livre. Cette idée en explique le titre. Les trois mots : devoir de punir, nous semblent en effet formuler en termes exacts la conception de l'obligation et de la responsabilité sociales, par opposition à l'arbitraire et à l'irresponsabilitéque représentent les mots : droit de punir.
D'ailleurs on ne s'y méprendra pas, et nous osons donner l'assurance que quand on aura lu ce travail, on n'y aura rien trouvé qui tende à sacrifier, soit l'homme à la société, soit la société à l'homme.