PLAN D'ÉTUDES
de punir n'est autre chose au fond que celui du bien et du mal, du libre-arbitre et de la fatalité, et que pour le résoudre il faut déterminer les conditions de la responsabilité, les limites entre le mal punissable et le péché ; tenir compte de la nature de l'homme, de ses mœurs, de son éducation, du milieu social, enfin, de l'époque où il vit et des antécédents historiques et héréditaires dont il est chargé.
Et ce n'est pas assez encore. 11 faut s'élever au delà de cette sphère étroite où s'agitent les sociétés humaines : alors ces faits, dont nous ne pouvons de près voir que les rapports contingents, se groupent à nos yeux en grandes masses dont des lois supérieures paraissent gouverner le cours : la nature entre en scène, et on entrevoit la vraie lumière de la science.
Il n'y a pas deux méthodes pour découvrir la vérité: ce qui est vrai d'une science l'est de toutes, et ce que nous proposons n'est en définitive que l'application, an droit de punir, des principes de Descartes et de Bacon, Toutes les sciences sont des sciences naturelles, et il faut que celles qui ne le sont pas la deviennent, sous peine de disparaître du domaine scientifique pour aller prendre, à côté de l'astrologie, de l'alchimie, du magnétisme, du spiritisme, la seule place qu'elles pourraient décemment occuper.
Lorsqu'on met en comparaison l'état actuel des
Kit LE DEVOIR DE PUNIR
sciences morales et politiques avec celui des sciences naturelles, non seulement les dernières paraissent de plusieurs siècles en avance sur les autres, mais on est amené à reconnaître que les seuls progrès que ces dernières aient pu accomplir depuis quelques années sont entièrement dus aux sciences naturelles, aux faits qu'elles ont constatés, aux principes qu'elles ont établis. A chacun des pas faits en avant par les sciences morales, on peut affirmer qu'il a fallu préalablement arracher une de ces vieilles idées qui, comme les mauvaises herbes, pullulent dans les champs mal cultivés mais disparaissent sous une bonne culture. Et comment en pourrait-il être autrement, quand on considère que du côté de la science positive il y a le doute philosophique et des faits, et que du côté de la science dogmatique il n'y a que des allégations ? Les
résistances ne peuvent manquer d'être désespérées et les adversaires nombreux de la part d'une école
qui ne demande à ses adeptes que de lire ou même simplement d'écouter, et de croire. Aussi n'est-ce pas chose facile de déloger les vieilles idées des positions qu'elles ont prises. Mais c'est beaucoup de voir où elles sont, afin de tirer dessus et de les tuer s'il est possible.
Les deux plus grands ennemis de l'humanité sont l'ignorance et le manque de cœur : on peut dire de plus que ces deux maux s'engendrent et se fortifient
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mutuellement. Il y a dans Y Imitation de Jésus-Christ un mot qui exprime d'une manière bien profonde et bien touchante cette vérité de premier ordre, cette vérité qui est peut-être la souveraine de toutes les autres, c'est que le cœur est le plus parfait et le plus puissant de tous nos instruments de connaissance :
« Aucune chose ne vous serait cachée si vous aviez le cœur bon. »
Vauvenargues a repris la même idée lorsqu'il a dit que « les grandes pensées vien nent du coeu r ». Qu'on prenne au hasarcTjWns \ e martyrologe de l'humanité, tel crime ou telle calamité que l'on voudra, et on reconnaîtra qu'aucun de ces malheurs n'aurait pu jamais avoir sa raison d'être si les hommes avaient su ce qu'ils faisaient ou si même, trop ignorants pour le savoir, ils avaient pu écouter les inspirations de ce cœur qui ne se lasse pas de palpiter pour tout ce qui est bien et de se révolter contre tout ce qui est mal.