‹ Le devoir de punir. Introduction a l'histoire et à la théorie du droit de punirChapitre 48 sur 71 · S 8. DE LA PEINE DE MORT · texte numérisé non relu

S 8. DE LA PEINE DE MORT

Bien que j'aie déjà suffisamment laissé voir d'avance mon opinion au sujet de la peine de mort, je ne crois pas pouvoir me dispenser de l'exprimer ici tout à fait catégoriquement. Cette question a été tellement épuisée qu'il n'y a plus, ce me semble, le moindre intérêt à la discuter une fois de plus, ni la moindre espérance d'y découvrir, au point de vue de ceux qui en demandent l'abolition, des arguments nouveaux. Aucun de ces arguments ne me semble décisif.

Rien qu'au point de vue de la discipline militaire et de la police de la mer, cette peine est reconnue absolument indispensable.

Maintenue dans ses limites naturelles, celles de la légitime défense, elle seule peut préserver l'existence des individus et des peuples contre les attentats qui les menacent continuellement. La mort d'un assassin n'est pas moins juste lorsqu'il a réussi à tuer sa

qu'est-ce qu'une PEINE? 261

victime que quand celle-ci, en se défendant, aura échappé au meurtre et l'aura tué lui-môme : dans l'un et dans l'autre cas l'individu ou la société ne font qu'user du droit de la guerre, droit que tous les hommes reconnaissent comme la seule sanction de la justice et de la vérité parmi les peuples.

Je ne crois pas utile d'insister davantage, et pourvu que la peine de mort ne soit précédée ou accompagnée d'aucun acte de barbarie ni suivie d'aucune exécution contre le cadavre ou la mémoire du condamné, elle constitue, ainsi que l'atteste la pra T tique universelle du genre humain, une peine incontestablement légitime.

Telles sont, ainsi que je viens de les exposer dans ce chapitre, les conditions auxquelles devra satisfaire la peine pour répondre à ce principe de nécessité morale qui me semble dominer la théorie de l'incrimination aussi bien que celle de la peine. Il nous reste à aborder maintenant la troisième question du droit de punir.

Page 1