‹ Le devoir de punir. Introduction a l'histoire et à la théorie du droit de punirChapitre 5 sur 71 · S IV · texte numérisé non relu

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Ayant donc d'aborder les détails et les systèmes, la première chose à faire serait de rechercher quelle est au vrai la situation de ce monde social, moral et juridique, où il s'agit de porter le fer et le feu de la répression. Il suffit de jeter un coup d'œil sur cette situation pour juger de retendue immense, de la complexité infinie, du problème à résoudre.

Il y a deux ordres de faits à considérer : ceux qui résultent des institutions ; ceux qui tiennent au fond invariable de la nature humaine.

Pour prendre ce qui est, et sans nous embarrasser de la question de savoir si tout se passait de même chez nos aïeux, il est de fait qu'au temps où nous

PRÉFACE 4a

vivons, des jouissances nouvelles, produit du travail ' et de la richesse, sont entrées dans le courant de la vie. Or l'homme veut jouir ; désormais il reftise de s'en tenir comme autrefois aux désirs et aux espérances : pour lui toute jouissance est un besoin, et tout besoin est un droit.

Le mécanisme épouvantable des chemins de fer, des bateaux à vapeur et des voitures publiques, a déraciné les peuples du sol où chaque homme puisait jadis sa nourriture ; il a entraîné dans son tourbillon aveugle les races dont la vie s'écoulait autrefois tout entière sans changer de lieu, et à l'esprit de famille, de patrie, ont succédé, pour des millions d'hommes, l'ennui du foyer et le besoin éternel de changement. Une autre conséquence de cette loco- \ motion perpétuelle et universelle, c'est la facilité qu'elle donne, [aux malfaiteurs, de commettre des crimes et d'en fuir le châtiment ; à tous les hommes en général, le moyen de se dérober, par des chan-j gements continuels de résidence, à cette responsa-; bilité de la réputation, qui est le frein le plus puissant des consciences faibles ou troublées.

Le développement des correspondances écrites, l'extension des lignes télégraphiques, en transportant la pensée d'un bout à l'autre du monde avec la rapidité de la foudre, font voyager les âmes aussi loin et plus vite que les corps.

Bes torrents de journaux, des cataclysmes dfe livres-, de brochures, d'annonce», d'affiches et dé dessins, grossissent de jour en jour, d'heure en heure ; on voit venir le temps eu, lat lecture ayant évincé la pensée, tontes lw idées et toutes les choses seront remplacées par du papier imprimé.

Les réunions, les fêtes, les spectacles, les expositions, les-- haroquefes, les- sociétés, tes orphéons, les concours, remplaçant les plaisirs naturels et simples d'autrefois, tirent e# poussent les hommes de touslfes côtés, les plongeant et replongeant san^ cesse dans les foules, lbm de leur flàmilîe, loin dfe leurs amis, loin de leurs- devoirs.

Sous l'aspiration irrésistible de la cupidité qui crée Pfaidustrfei et de* la? richesse qui donne le plaisir, les cultivateurs, d ailleurs ruinés par l'industrie et ne pouvant plus vivre sur* leurs terres, les ont abandonnées; ils sont venus former dans les grandes villes des- populations ouvrières ; ils y sont devenus riches-, maîtres de leurs patrons par la grève, maîtres du- gouvernement par l'émeute.

Ainsi, rien que par l'industrie, parla réunion, par l'association' ef par la publicité, la statique de la vie est* complètement renversée; Ea- race humaine s'est détachée 1 de 1 la terre, elle n r £ stationne plus, elle y roule : Fauberge et le wagon 1 ont? remplacé la maison paternelle qu'on- ne quittait jamais, la

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vfeilfe carriole qui, dans ses courses Tes plus- aventureuses, ne dépassait pas les frontières du canton. L'homme n'est plus ce que la nature l'avait fait, un immeuble par destination : âme, corps, caractères, tout cela est mobilisé, est devenu valeur mobilière. L'individu n'est plus que l'unité d'un groupe : la personne s'absorbe dans les fouie»; au milieu de ce débordement d'hommes et d'idée» qui la pressent et l'étouffeni dfe toutes parte, Pâme gante à peinç cons*cienee d'elle-même; le* sentiment, rintelifgeroce et far volonté, semblent lui échapper à» la fois».

Par suite dfe la liberté de la presse, le» doctrines les. plus abominables, les plus infâmes, peuvent se produire impunément, en dépit de» lois pénale» qm. permettent et ordonnent de les réprimer. On en peut dire- autant des images indécentes dont tous les mur» sont souillés.

©îi voit ici un phénomène quit, lui aussi*, demande à- être- examiné, celui d'une loi pénale condamnant ctes faits qualifié» crimes ou délits» et d'une constitution* républicaine rendant ce» mettiez faits non punissables parce qu'il» sont! commis en vertu de la liberté: San» doute, et je* ne vœux pas faine dtéqui- TOqw, tout cela pourrait être réprimé ai le gouvernement le voulait, mais il ne peut, pas le vouloir, parée que si réellement il poursuivait toutes les fois \ qu'il j a> lieu, il violerait la liberté de la presse, il

violerait la constitution. Je le répète, il y a donc là un point à régler ou à éclaircir. .

L'instruction publique, c'est-à-dire l'enseignement élevé à l'état d'institution nationale, est encore un fait social tout moderne, et dont l'influence joue, on en conviendra, un rôle considérable dans la moralité générale d'une nation. Autrefois il n'y avait pas d'instruction publique : il n'y avait qu'une instruction religieuse, parce que le clergé seul élevait les enfants. La morale n'était donc pas nationale mais religieuse, et le prêtre, par cela môme qu'il enseignait à ses élèves leurs devoirs de chrétiens, leur apprenait leurs devoirs de citoyens.

L'instruction primaire ou professionnelle a pour effet de pousser au déclassement, puisqu'elle donne le moyen de se rendre apte à un grand nombre de professions que les illettrés ne pourraient aborder sans son secours. A côté des avantages, elle a ses inconvénients et ses dangers, qui consistent à dégoûter les classes pauvres des travaux pénibles, et surtout à les livrer sans défense aux suggestions qu'elles trouvent dans la lecture des livres et des journaux inspirés par l'immoralité sous toutes ses formes.

L'instruction secondaire, à un degré plus élevé de l'échelle sociale, n'est pas exempte de certains dangers. Comme tendance au déclassement, il en est de même que de l'instruction primaire. Ne donnant non plus autre chose que des aptitudes et des diplômes, elle fait beaucoup de déclassés qui, autorisés par ces titres à se croire au-dessus des professions agricoles, industrielles ou commerciales, prétendent à des fonctions, à des clientèles, et n'y pouvant parvenir, prennent la sociétéen haine et cherchent à la troubler. Le nihilisme de Russie, de l'aveu de toutle/1 monde, n'a pas eu d'autre cause. '

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