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D'une manière plus générale, d'ailleurs, on devrait reconnaître que la publicité des débats judiciaires n'a aucun avantage et qu'elle a les plus grands inconvénients. Môme sans tenir compte du renversement de conscience qu'un homme doit éprouver à voir acquitter des gens dont la culpabilité est évidente à ses yeux, le spectacle du mal, la vue d'un criminel, quel bien cela peut-il faire? Quand on songe à la terrible puissance de l'imitation, à l'attrait redoutable du mal, ne doit-on pas reconnaître que tout ce qui met le mal en évidence est dangereux ?
Qu'on publie les condamnations, qu'on les exécute publiquement, voilà un exemple salutaire. Mais non : au lieu de cela, nous avons les lois sur la diffamation, qui ne permettent pas de traiter de voleur un homme condamné en cour d'assises pour vol qualifié ;
nous avons l'exécution dans le préau de la prison, qui n'est plus qu'un égorgement furtif, au lieu de ce sacrifice solennel de l'exécution en plein soleil, en présence du peuple que la loi va venger.
Qu'on admette aux procès criminels un petit nombre de témoins pour assurer la publicité des débats, voilà qui suffirait, et qui empêcherait les gens du peuple d'aller par centaines se repaître du plus triste et du plus dangereux des spectacles, celui du mal et de la dégradation morale.
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Ce n'est pas tout. Lorsqu'enfin, à travers tant d'obstacles, la société est parvenue à faire condamner un coupable, lorsqu'on doit compter que cette fois du moins force va rester à la loi, le droit de grâce parait, et soit par une commutation de la peine, soit par une diminution de sa durée, ou môme par une dispense entière, vient détruire en tout ou partie l'œuvre de la justice.
Sans doute le droit de grâce est indispensable, quand ce ne serait que pour réparer certaines erreurs judiciaires, et nous ne songeons pas à le critiquer en lui-même. Mais ce qui est inadmissible, c'est le système administratif des grâces collectives distribuées
régulièrement chaque année. On les motive sur la bonne conduite des détenus favorisés, ce qui n'est pas une raison sérieuse, attendu qu'un détenu, en ne se conduisant pas mal, ne fait que s'abstenir de malfaire, et cela ne peut en aucun cas devenir un mérite. La vraie raison de ces grâces collectives, c'est l'insuffisance des prisons, et aussi la raison d'économie, plus impérieuse à mesure que progressent le désordre et la dilapidation des finances. Si on ne dégorgeait pas de temps en temps les prisons, on arriverait bientôt à avoir cent mille détenus.
Cette observation, qu'on pourrait préciser par des calculs, peut servir à faire voir, entre autres, les nombreux inconvénients d'un système répressif fondé sur l'emprisonnement. Nous n'y insisterons pas davantage quant à présent, nous réservant d'y revenir plus loin lorsque nous nous occuperons du caractère actuel des peines.