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Lucrèce, livre III, vers

LA PASSION

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d, que la négligence de l'esprit, assiégé à la fois par verses passions et divers besoins, et dédaignant de occuper des petites choses.

fl n'est personne qui ne connaisse un certain état de ;]me, ennuyée, fatiguée, obsédée, disposée à s'irriter fie tout et à tout prendre en mauvaise part, et incapable cependant dédire d'où lui vient cette tristesse, ou en quoi ce malaise consiste. Nous souffrons dans ces moments-là d'un ensemble de sensations, en apparence indifférentes, en réalité pénibles, et notre état est assez analogue à celui d'un homme qui, entendant un concert de notes discordantes et ne sachant pas la musique, souffre sans savoir pourquoi. Il est d'autant plus nécessaire de s'accoutumer à discerner ces états avec précision, et à en avoir clairement conscience, que la première condition à remplir par le médecin qui veut guérir une maladie, est d'en connaître à fond les symptômes. Quant à la transformation d'une sensation agréable en sensation désagréable, et d'une sensation désagréable en sensation agréable, il est plus facile de la constater que de l'expliquer.

« Medio de fonte leporum a Surgit amari aliquid, quod in ipsis floribus angat *. »

On peut dire, en général, que c'est une application des lois de l'habitude. Quand on s'efforce de démêler les sensations, de les étudier, de les classer, on y prend goût; on s'en fatigue, au contraire, quand on les laisse entrer chez soi, et remplir l'âme, sans y prendre garde ei sans essayer de réagir sur elles. Toutes les fois qu'un rapport s'établit entre deux forces; si l'une d'elles est

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