L'Etoile, Iieqistre- Journal de Henri IV, janvier
lourd, de respect et d'admiration? Mais quJon y prenne garde; qu'on n'en croie pas aisément son cœur. Beaucoup arrivent à se persuader qu'ils ne veulent du pouvoir que pour faire le bien, quand ils ne cherchent au fond que le pouvoir et l'éclat qu'il donne K Le bien public est chose trop sacrée pour qu'un honnête homme en fasse un prétexte à ses convoitises. Êtes-vous bien sûr d'être le plus savant, le plus capable? Ne vous jugez-vous pas avec partialité? N'y a-t-il personne qui pût faire le même bien à votre place? Si vous ne vous sentez pas capable de renoncer sur-le-champ à l'objet de votre ambition en faveur d'un plus digne, vous n'êtes que le serviteur de votre intérêt, et ces semblants de dévouement dont vous leurrez les autres et vous-même ne sont qu'une hypocrisie. Un dévouement qui profite ressemble trop à un bénéfice pour qu'un homme sage le prenne au sérieux.
Quant à ceux qui, sans forfanterie et sans hypocrisie, jugeant bien leur capacité, et se sentant assez de désintéressement pour exercer le pouvoir sans prévariquer, et pour le quitter sans étalage d'héroïsme, luttent à ciel ouvert et par des moyens honorables pour le conquérir, leur ambition est légitime : elle ne les fait pas grands : elle les laisse honnêtes. Nous sommes ici-bas pour une certaine œuvre, nous avons chacun nos capacités et nos aptitudes, nous les avons reçues pour le bien de la société autant que pour notre bien : nous ne devons pas les enfouir. Il est bon qu'un sentiment naturel nous pousse à les exercer, et nous récompense,, par une joie modérée et pure, de les avoir exercées honorablement.