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DE L'OBLIGATION DE RESPECTER EN SOI-MÊME LE DROIT

« La philosophie , c'est de préserver le génie qui est au dedans de nous de toute ignominie, de tout dommage ; c'est de vaincre le plaisir et la douleur, de ne rien faire au hasard, de n'user jamais de mensonge et de dissimulation. » — Marc Aurèle, livre VII, partie XVII, trad. d'A. Pierron.

Si nous plaçons avant tous les autres les devoirs de l'homme envers lui-même, ce n'est pas, tant s'en faut, que nous les considérions comme les plus sacrés de tous ; c'est uniquement pour continuer à suivre Tordre psychologique, et pour aller de ce qui est plus près de nous, plus sensible et plus familier, à ce qui est plus reievé et d'un ordre plus sublime. On ne peut jamais blesser aucun devoir, puisque ce serait transgresser la loi de Dieu et consentir à sa propre dégradation ; mais il faut bien qu'il y ait des degrés dans l'obligation, puisqu'il y en a dans la faute, et que d'ailleurs les circonstances nous obligent quelquefois à choisir entre deux devoirs. Nous examinerons plus tard cette question de hiérarchie entre les devoirs de l'homme ; nous ne faisons ici que les énumérer dans l'ordre qui nous a paru le plus naturel et le plus simple.

En parlant des devoirs de l'homme envers lui-même ou de la morale individuelle, nous rencontrons d'abord

L'ACTION

un proverbe que nous ne dédaignerons pas d'examiner; car ces dictons ou proverbes, que tout le monde a sans cesse à la bouche, exercent sur les mœurs une grande influence et sont cause souvent des plus grands maux On dit assez communément, pour répondre à des reproches qu'on sent mérités : « Je ne fais tort qu'à moimême. » Ces mots contiennent purement et simplement la négation de la morale individuelle.

Ils signifient : « Pourvu que ma conduite ne blesse pas les intérêts d' autrui, et ne compromette que les miens, je ne dois de comptes à personne, je ne fais qu'user de mon droit. »

Cette maxime peut être vraie, toutefois avec certaines réserves, en matière d'intérêt pécuniaire. Je suis libre, en effet, d'user de mon bien avec prodigalité, pourvu que cette prodigalité n'ait pour conséquence que de me priver moi-même de quelque plaisir, sans me mettre hors d'état de faire du bien. Encore cette liberté n'estelle pas entière, car la richesse est une force, et tout mauvais usage d'une force est condamnable.

Un autre cas où cette maxime peut être assez justement appliquée, c'est lorsqu'on lui donne un sens en quelque sorte judiciaire, et qu'on l'allègue pour montrer qu'on n'a rien à démêler avec la loi pénale. Je puis, par exemple, couper par la racine des arbres fruitiers qui m'appartiennent et répondre au magistrat qui me le reproche : « Ces arbres étaient à moi, je ne prive que moi , je détruis ma propre fortune ; je ne fais . qu'user d'un droit contre lequel le pouvoir civil est désarmé. »

En général, la loi civile a pour but le maintien de la

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